Une équipe de chercheurs de la Faculté de médecine de l’Université de Boston a utilisé le machine learning (apprentissage automatique) pour analyser les données issues de Twitter portant sur l’activité physique. Ils ont constaté que les réseaux sociaux pouvaient fournir une vision précise du niveau d’activité physique au sein d’une population mais aussi des types d’exercices privilégiés et des niveaux d’intensité. Les résultats de cette étude* publiée le 14 juillet 2019 dans le BMJ Open Sport & Exercise Medicine suggère que la surveillance de l’activité physique à l’aide des réseaux sociaux pourrait être utile afin d’analyser les tendances spatiales et temporelles ainsi que pour compléter les méthodes traditionnelles de surveillance de l’activité physique.
Surveiller les niveaux d’activité physique pour lutter contre la sédentarité
Lutter contre la sédentarité est un des objectifs majeurs de santé publique dans bon nombre de pays industrialisés. Les États membres de l’OMS ont convenu d’élaborer et de mettre en œuvre des politiques visant à réduire les taux d’inactivité physique de 10 % d’ici 2025. L’engagement a donc été pris puisque la sédentarité est un facteur de risque modifiable. Cependant, pour atteindre cet objectif, il faut surveiller la prévalence de l’activité physique dans les populations. C’est une étape cruciale pour pouvoir ensuite cibler les interventions sur les groupes à risque et les régions à prévalence élevée.
L’estimation de la prévalence de l’inactivité physique grâce à des enquêtes traditionnelles est coûteuse, ne fournit pas des informations actualisées, et peut être sujette à des biais de remémoration. Les smartphones, bracelets d’activité physique et autres applis de fitness fournissent des informations plus précises sur le mouvement mais les réseaux sociaux permettent d’aller plus loin. Les informations textuelles descriptives donnent accès à des informations sur les activités favorites, l’intensité de l’exercice, le tout sur un très grand nombre d’individus.
Plus d’un million de tweets analysés grâce à l’IA
Des chercheurs de la faculté de médecine de l’Université de Boston ont donc mené une étude en utilisant les données de Twitter. Leur but était d’évaluer les différences entre les types d’activités déclarées par les utilisateurs et l’intensité de ces activités, mesurée en calories dépensées en 30 minutes d’activité. Deuxièmement, ils ont comparé ces données avec les estimations de l’inactivité physique provenant des centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC).
Ils ont obtenu des données de Twitter d’avril 2015 à mars 2016. Elles comprenaient 1 382 284 tweets d’activité physique géolocalisés de 481 146 utilisateurs (55,7 % d’hommes et 44,3 % de femmes) dans plus de 2 900 comtés des États-Unis. Ils ont ensuite appliqué l’apprentissage automatique et la modélisation statistique pour faire ressortir les différences selon le sexe et la région dans les exercices préférés. Un algorithme de correspondance des mots-clés a été utilisé pour identifier les tweets avec un contenu pertinent. Pour les sports d’équipe, par exemple, seuls les tweets contenant les mots ‘jouer’ et ‘joué’ en conjonction avec l’activité ont été conservés. L’intensité de l’exercice a été calculée en fonction du nombre de calories brûlées pendant 30 minutes d’une activité physique donnée par un adulte américain de poids moyen.
Les résultats de cette étude ont été publiés le 14 juillet 2019 dans le BMJ Open Sport & Exercise Medicine.
Résultats : des disparités régionales à prendre en compte
- La marche était l’activité physique la plus populaire mais les autres activités variaient selon le sexe et la région.
- Les femmes de l’Ouest ont pratiqué des exercices plus intensifs que dans toute autre région.
- Les hommes et les femmes ayant participé à l’étude ont mentionné avoir exercé des activités physiques approximativement équivalentes.
- Le crossfit était l’activité n°1 chez les hommes et c’était le yoga chez les femmes.
- Les hommes ont fait des exercices légèrement plus intensifs que les femmes mais la différence en termes de calories dépensées était faible.
Cette toute première étude visant à évaluer l’efficacité de l’utilisation de Twitter pour surveiller l’activité physique des hommes et des femmes met en lumière des différences entre le sexe et les régions.
Par ailleurs, les états qui signalent des niveaux d’activité physique plus élevés sur Twitter ont tendance à avoir une prévalence d’inactivité physique plus faible selon les estimations de l’enquête des CDC.
Les chercheurs ont tenu à souligner qu’ils avaient noté « une forte relation négative entre le volume de tweets et l’inactivité, et une forte association positive entre les recherches Google pour la perte de poids et l’inactivité ».
Twitter, un outil pour les décideurs politiques
En outre, les écarts entre les sexes et les régions indiquent que les interventions en matière d’activité physique basées sur les réseaux sociaux ne devraient pas être appliquées uniformément à travers les États-Unis. Surveiller la prévalence de l’activité physique à l’aide des réseaux sociaux et d’autres sources numériques permet de faire des estimations rapides et détaillées, et donc d’intervenir de manière précoce.
Cependant, « les données de Twitter doivent être combinés avec d’autres sources numériques, car les utilisateurs de Twitter sont plus susceptibles de signaler des activités physiques impliquant une interaction sociale », estiment les auteurs de l’étude. « Dans la plupart des cas, les communautés à faible revenu ont tendance à ne pas avoir accès à des ressources qui favorisent un mode de vie sain, a déclaré Elaine O. Nsoesie, auteure principale de l’étude. En comprenant les différences dans la manière dont les gens exercent leurs activités dans différentes communautés, nous pouvons concevoir des interventions qui ciblent les besoins spécifiques de ces communautés. »