En 2017, le nombre de consultations de télémédecine aux États-Unis a été estimé à 202 374 et moins de 6 Américains sur 1 000 y auraient eu recours, révèle une étude* menée par des chercheurs américains de la Harvard Medical School.
Leur analyse montre à la fois une augmentation substantielle des actes de télémédecine et une pratique toujours marginale voire rare.
Par ailleurs, les résultats de ces travaux publiés le 27 novembre 2018 dans le Journal of the American Medical Association (JAMA) révèlent que les territoires ruraux ne profitent pas vraiment de cette nouvelle forme de médecine.
Rembourser la télémédecine pour la développer
Depuis le 15 septembre 2018, en France, les consultations médicales par visioconférence sont prises en charge par l’Assurance maladie. Aux États-Unis, 32 états ont adopté les « parity laws » en 2016, qui instauraient la prise en charge des actes de télémédecine. Ces lois visaient à promouvoir les soins à distance dans un pays où 20 % des citoyens sont confrontés à un manque de professionnels de santé. Depuis la mise en place de ces dernières, les données évaluant l’adoption de la télémédecine se font rares.
Pour combler cette lacune, des chercheurs de la Harvard Medical School et de l’université de Pittsburgh ont examiné les tendances en matière d’utilisation de la télémédecine et leur association avec des facteurs régionaux (présence de « parity laws » et offre de médecins).
Afin de dresser cet état des lieux, ils ont utilisé une base de données d’assureurs privés et de Medicare. Les données allant de 2005 à 2017 ont été recueillies et regroupées en 3 catégories de télémédecine : la santé mentale, les soins de premier recours et les autres spécialités. Les résultats de leur étude ont été publiés le 27 novembre 2018 dans le Journal of the American Medical Association (JAMA).
Résultats : des patients très urbains
- De 2005 à 2017, 217 851 patients ont reçu 383 565 visites de télémédecine.
- L’âge moyen des utilisateurs de télémédecine était de 38,3 ans, dont 63,0 % de femmes et 83,3 % de résidents des zones urbaines.
- Les utilisateurs de la télémédecine pour des soins de 1er recours étaient plus jeunes et plus urbains que ceux de la santé mentale.
- Le taux de croissance annuel était de 52 % entre 2005 et 2014 puis de 261 % entre 2015 et 2017.
- 53 % des actes de télémédecine étaient des consultations de santé mentale et 39 % de soins de médecine générale.
- En 2017, les soins de premier recours ont fait un bond et sont devenus majoritaires.
- Les consultations à distance pour des problèmes de santé mentale se sont particulièrement développées dans les zones sans psychiatres et dans des états remboursant ces actes.
- Les soins de premier recours n’étaient pas associés à un manque de médecins.
La commodité plus que la désertification
« Bien que l’utilisation de la télémédecine ait considérablement augmenté de 2005 à 2017, son utilisation était encore rare en 2017 », écrivent les chercheurs de la Harvard Medical School qui ont participé à l’étude.
Certes, ces données proviennent d’une seule population et peuvent difficilement se généraliser à l’ensemble du territoire américain, cependant, les auteurs de l’étude tiennent à souligner que malgré l’attention portée à la télémédecine en milieu rural, la plupart des utilisateurs de télémédecine vivaient en zone urbaine.
Quant à la désertification médicale, elle dope les téléconsultations de santé mentale, remarquent-ils.
En revanche, le recours à la télémédecine pour des soins de premier recours serait plus lié à la commodité de l’offre.
En conclusion, les auteurs de ces travaux estiment que les lois prévoyant le remboursement des soins n’ont contribué qu’en partie à l’adoption de la télémédecine.