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  • FASN Cancérologie : La direction Data dirigée par le Dr. Livartowski à l’Institut Curie (2/04/19)

    « Nous suivons des patients sur de très longues périodes. D’où l’idée de la création d’une direction des data, pleinement opérationnelle depuis 18 mois. L’objectif est de valoriser ces données accumulé depuis des années pour la recherche et pour la santé en utilisant notamment les algorithmes de l’intelligence artificielle », explique à Health & Tech Intelligence le Dr Alain Livartowski, oncologue et chargé des programmes de e-santé à la direction des Data de l’Institut Curie, à Paris. Il est membre du comité scientifique des Rencontres Nationales de la Santé Numérique, qui se tiennent le 2 avril 2019, à Paris.

    L’événement est organisé dans le cadre de la campagne #FASN sur le thème de la cancérologie à l’ère du numérique, en partenariat avec Unicancer, afin d’accompagner la transformation numérique et organisationnelle de l’offre de soins. Le programme de ces 36 heures chrono mettra en lumière les retours d’expériences d’acteurs de santé sur les grands programmes et expérimentations déployés au sein des établissements de santé et sur les nouvelles formes de coordination mises en place pour les professionnels impliqués dans la prise en charge des patients atteints d’un cancer.

    En quoi, l’Institut Curie a été pionnier dans le développement de la santé numérique ?

    L’Institut Curie a eu un projet d’hôpital numérique dès la fin des années 90 et nous étions totalement informatisé au début des années 2000. Nous avons, à ce moment-là, décidé d’abandonner complètement les dossiers papiers. Nous avons numérisé tous nos documents en 2007 et arrêté d’utiliser les films radiologiques.

    En 20 ans, nous avons accumulé un nombre considérable de données, comptes rendus, images et autres données. Elles sont constitués pour optimiser les soins. Cependant, nous avons aussi réfléchi à comment pouvoir utiliser ces données pour la recherche clinique, fondamentale et transnationale. Nous suivons des patients sur de très longues périodes. D’où l’idée de la création d’une direction des data, pleinement opérationnelle depuis 18 mois. L’objectif est de valoriser ces données accumulé depuis des années pour la recherche et pour la santé en utilisant notamment les algorithmes de l’intelligence artificielle.

    Il s’agit de la dynamique qui a abouti à la création de MyCurie ?

    En effet. L’intérêt d’être totalement numérique, et de développer des projets de e-santé est de s’ouvrir vers l’extérieur avec la messagerie sécurisée de santé, le DMP. Le partage s’effectue entre professionnels mais aussi avec les patients, qui sont de plus en plus hors les murs. D’où l’idée de l’application MyCurie pour que les patients puissent recevoir l’information complète les concernant.

    Une première partie d’outils pratiques donne accès aux rendez-vous, aux comptes rendus. Les patients sont très demandeurs, pas tant pour les consulter tous les jours, mais d’être sécurisés. L’autre possibilité très appréciée est de pouvoir communiquer avec les médecins. C’est encore assez nouveau et cela entraîne deux implications pratiques : une modification de l’organisation, notamment pour répondre aux patients quand le médecin n’est pas là, et une réflexion sur le modèle économique.

    Les informations récoltées en vie réelle par les patients alimentent leur dossier mais aussi la recherche, avec leur accord bien sûr. Le projet d’intelligence artificielle pour identifier des risques prédisposant aux thromboses chez les patients, annoncé en février 2019, est également un exemple de la dynamique volontariste de mettre la santé numérique au service du patient.

    Justement comment la e-santé change-t-elle la prise en charge des patients ?

    Le numérique devient un outil indispensable. Nous ne pouvons plus admettre de gérer la relation avec le patient uniquement par téléphone. Les patients eux-mêmes ne comprennent pas qu’un hôpital ne soit pas 100 % numérique. Ils veulent communiquer par les moyens modernes et numériques.

    Il est encore tôt pour voir un changement radical dans la prise en charge des patients. Nous avons plus de 5000 patients qui utilisent MyCurie. C’est à la fois beaucoup et peu. Souvent, les applications sont utilisées par quelques centaines de patients. Mais, sachant que nous avons entre 200 et 300 nouveaux patients par mois, nous sommes loin de notre objectif de 50 % des patients connectés.

    Les professionnels adhérent-ils à totalement à cette évolution ?

    Je ne conçois pas aujourd’hui un hôpital qui ne devienne pas 100 % numérique malgré la contrainte d’avoir à la fois un dossier papier et un dossier numérique, dans une phase transitoire. La prescription doit être totalement numérique, ainsi que le suivi du circuit des chimiothérapies, des médicaments, des examens, notamment d’imagerie. L’objectif est d’avoir un suivi complet du circuit du patient.

    Actuellement, personne ne reviendrait en arrière. En 2004, au démarrage, il a fallu échanger avec les équipes, les accompagner dans ce changement mais aujourd’hui, ils sont convaincus.

    Au point d’être moteur dans le développement et le déploiement ?

    Au démarrage du développement de l’application par exemple, quand il s’agissait d’information allant de l’hôpital vers le patient, ils n’étaient pas opposés mais ne se mobilisait pas beaucoup. Dans l’autre sens, pour l’information transmise par le patient, à gérer, analyser, intégrer dans les dossiers… les médecins se sentent plus concernés et sont très partie prenante. Ils ont été moteurs dans le changement d’organisation de pratiques pour répondre à cette nouvelle approche de la relation aux patients.

    Les patients sont-ils plus impliqués ?

    Tout à fait. Nous nous sommes beaucoup appuyés sur les patients eux-mêmes pour savoir identifier leurs besoins, leurs souhaits, notamment via des enquêtes. Plus que les associations de patients, je m’appuie sur les patients suivis actuellement, dans mon service, pour être au plus près de leurs problématiques. Nous avons diffusé aussi des enquêtes.

    Pour MyCurie, nous avons d’abord demandé aux médecins de proposer l’application aux patients. Cela a démarré timidement. Puis, quand nous nous sommes débrouillés pour que les patients accèdent directement à l’application, sans passer par les médecins, nous avons eu 5 000 téléchargements en un an.

    Quels sont les freins à lever ?

    L’investissement en informatique coûte cher et pas seulement en matériel. Le volet fonctionnement d’un tel système, avec la mobilisation des médecins, soignants et administratifs n’est pas négligeable. Une organisation est à mettre en place alors que l’acte de télésurveillance n’existe pas. C’est un frein majeur. Quand, après la consultation, j’échange avec un patient par mail, ce n’est pas à côté de lui. Tant que cela arrive de temps en temps, il n’y pas de problème mais cette pratique se multiplie.

    Outre la dimension économique, nous sommes face aux freins habituels de changements des organisations et des pratiques. Certains sont très tournés vers ces nouveautés. Nous avons une grande base de personnes prêtes à changer mais qui ne sont pas forcément moteurs et une partie, de plus en plus restreinte, est plus à la traîne. Nous sommes en train de changer d’organisation hospitalière, de modèle de parcours de soin. Cela va se faire avec le temps.

    Certains patients également sont réfractaires à ce système. Nous devons le respecter en gérant les deux systèmes en parallèle.

    Vous restez optimiste ?

    Je suis optimiste car je suis dans un hôpital tourné vers l’innovation. J’ai été soutenu par ma direction qui m’a donné du temps, une équipe. Je pense que la santé numérique peut améliorer l’organisation, donner plus d’efficience. Pour que cela fonctionne à grande échelle, il faut rapidement lever les freins et trouver le modèle économique efficace.

  • WeData teste au CHU de Nantes sa solution d’anonymisation des données de santé

    La société nantaise WeData propose une solution logicielle qui ambitionne de concilier exploitation des données et protection des personnes : à partir des données patient nominatives, elle restitue des jeux de données virtuelles ou « avatars » qui contiennent les informations d’origine tout en rendant impossible leur identification, en conformité avec le RGPD, qui impose de détruire les données nominatives. Les données une fois anonymisées sont conservables sans limite de durée, ce qui permet leur monétisation auprès d’acteurs extérieurs.

    Une expérience pilote permet à WeData d’appliquer cette solution à l’entrepôt de données biomédicales du CHU de Nantes, le deuxième agréé par la Cnil après celui de l’AP-HP.

    Un « test grandeur nature » avant la commercialisation de la solution

    Cette expérience pilote offre un « test grandeur nature » déclare Olivier Breillacq, fondateur de WeData, joint par HTI. Le principal objectif est de « mesurer l’impossibilité de réidentification » des personnes « par croisement ». « Anonymiser, ce n’est pas seulement supprimer noms et prénoms, mais aussi tous les indices (âge, poids, nombre d’enfants)» qui permettraient de revenir aux personnes réelles à partir des données.

    La commercialisation de cette solution est prévue pour le second semestre 2019 à l’issue de l’expérience avec le CHU. Elle visera en premier lieu le monde de la santé, hôpitaux, cliniques et industrie pharmaceutique, puis le monde de l’assurance.

    eHop, l’entrepôt de données de santé du CHU de Nantes

    L’entrepôt de données de santé du CHU de Nantes, baptisé « eHop »a été constitué à partir des données des DPI (Dossiers patient informatisés). La Cnil a autorisé  en juillet 2018 l’établissement à « mettre en œuvre un traitement automatisé de données à caractère personnel ayant pour finalité un entrepôt de données de santé ».

    Rattaché au réseau interrégional des centres de données cliniques créé par le GIRCI Grand Ouest, l’entrepôt de données de santé eHop contiendrait des informations appartenant à quelque 2,3 millions de patients, ainsi que 50 millions de données structurées et 12 millions de documents « texte » collectés au cours des vingt ans écoulés.

    WeData, une société issue de l’écosystème scientifique régional

    WeData est issue de la société MethodOmics qui a travaillé 10 ans durant dans le secteur du Big Data et de la Santé. MethodOmics a été fondée par Pierre-Antoine Gourraud, professeur au CHU de Nantes: celui-ci est également responsable du service « Clinique des données » créé au sein du CHU.

    WeData a été accompagnée par la technopole régionale Atlanpole. Elle est membre de Naoedia, «collectif nantais de l’intelligence artificielle pour tous».

  • L’EHESP organise un séminaire sur l’IA et les établissements de santé le 5 avril 2019

    La Chaire de Management et des Technologies de Santé de l’EHESP organise le samedi 5 avril 2019 un séminaire sur le thème:

    « L’intelligence artificielle (IA) et ses impacts sur l’organisation des Établissements de Santé ».

    8.30
    Introduction par François LANGEVIN, Chaire de Management des Technologies de Santé de l’EHESP:
    « État des lieux et transformations prévisibles des hôpitaux. »

    1ere partie: « Points de repères scientifiques ».

    Introduction et modération : Rodolphe BOURRET, Directeur du Centre hospitalier de Valenciennes

    9.00-11.00
    Zyed ZALILA, Professeur à l’Université de Technologie de Compiègne (Sorbonne Universités), PDG et fondateur de Intellitech:
    « Familles d’algorithmes, mesure des performances. Vers une approche de l’IA Floue Augmentée : découvrir des systèmes prédictifs robustes et explicables »

    11.00-12.30
    Philippe BOURHIS, Directeur du système d’information patient de l’APHP:
    « Retour d’expérience en matière d’intelligence artificielle à l’APHP »

    12.30-13.30
    Pause déjeuner

    2e partie: « Paysage des start-up avec des applications à l’hôpital »

    Présentation, puis table ronde.
    État des lieux et modération: Jean Patrick LAJONCHERE, Directeur du Groupe Hospitalier St Joseph à Paris

    13.30-15.00
    Exemples de Start Up d’IA en santé. Groupe de réflexion et de mise en oeuvre au sein du groupe St Joseph.

    13.30-15.00
    Débat : enjeux pour l’avenir des d’hôpitaux.

    16.00
    Fin du séminaire

    Le séminaire aura lieu au Groupe Hospitalier St Joseph, Salle de conférence Galerie St Jean, Porte 10, niveau -1.

    Il est organisé dans le cadre de la Chaire de Management des Technologies de Santé, soutenue par les partenariats de l’EHESP avec ARKEA Banque E&I, Sham et Medasys.

    Cette séance est publique, elle est ouverte à toutes les personnes, personnels hospitaliers, étudiants, médecins, ingénieurs, directeurs, chercheurs, etc… qui désirent y assister.

    Inscription et contact : francois.langevin@utc.fr

  • Singapour : les données de 800 000 donneurs de sang restées en accès libre pendant 2 mois

    Les données personnelles de plus de 800 000 donneurs de sang sont restées en accès libre en ligne pendant 2 mois à Singapour. C’est un chercheur en sécurité qui a signalé la faille. L’expert a réussi à accéder à la base de données rassemblant les nom, prénom, sexe, taille, poids, numéro de sécurité sociale, groupe sanguin, nombre de dons et dates des 3 derniers dons de toutes les personnes ayant effectué un don de sang entre 1986 et janvier 2019, précise le quotidien national The Straits Times dans un article publié le 15 mars 2019.

    Il n’est pas indiqué quel est le système de gestion de bases de données relationnelles (SGBDR) utilisé mais le journal explique que les données n’étaient pas accessible directement depuis un navigateur web. Le chercheur mentionné a exploité une vulnérabilité de la solution pour accéder à la base à l’aide du client du SGBDR en question.

    Les moteurs de recherche classiques n’ont pas pu référencer ces données mais des moteurs d’appareils connectés à internet, comme Shodan, ont sûrement dû guider le chercheur vers cette base défaillante, analyse The Straits Times. En effet, Shodan référence tous les services et application détectés pour une adresse IP publique donnée et révèle aussi les vulnérabilités pouvant être exploitées sur les servies découverts.

    le Dr Mimi Choong May Ling , P.-D.G. de la Health Sciences Authority (HSA), équivalent singapourien de l’établissement français du sang, a tenu à rassurer les donneurs de sang en soulignant qu’une seule connexion externe, celle du chercheur qui a donné l’alerte, avait été identifiée sur cette base de données, hébergée chez Secur Solutions Group.

    Données de santé : 3 failles majeures recensés à Singapour en moins d’un an

    Il s’agit de la troisième fuite majeure de données de santé recensée au sein de la cité-État en moins d’un an.

    Janvier 2019 : les données de plus de 14 000 personnes atteintes du VIH piratées

    Le 28 janvier 2019, le ministère de la Santé singapourien révélait que les données confidentielles de 14 200 personnes atteintes du VIH, dont celles de 8 800 étrangers, avaient été piratées puis mises en ligne.

    Été 2018 : les informations d’environ 1,5 millions de citoyens volées

    Ce hack est survenu quelques mois après l’annonce d’une autre faille de sécurité de grande ampleur, qui avait cette fois visée les patients ayant effectué un séjour dans des cliniques entre le 1er mai 2015 et le 4 juillet 2018. Les informations personnelles d’environ 1,5 million de personnes, dont celles du Premier ministre Lee Hsien Loong, avaient été volées.

  • Centre-Val de Loire : lancement du 1er Living Lab français d’IA dédié à la santé

    L’université de Tours (Indre-et-Loire) et la Mutualité Française Centre-Val de Loire créent le premier Living Lab français d’intelligence artificielle (IA) dédié à la santé, décrit par les 2 partenaires comme « un lieu d’expérimentation, d’acculturation et de formation des professionnels aux nouveaux outils dotés d’IA ».

    La signature officielle de l’accord-cadre aura lieu le lundi 25 mars 2019 à Tours entre Philippe Vendrix, président de l’établissement tourangeaux, et Bernard Vigouroux, président de la Mutualité Française Centre-Val de Loire.

    Un lieu d’expérimentation et de recherche

    Les fondateurs ambitionnent de créer un lieu d’expérimentation et de recherche où collaboreront concepteurs, utilisateurs et financeurs afin de maîtriser les mutations induites par les nouvelles technologies et en particulier l’intelligence artificielle.

    Le Living Lab se propose d’identifier « à la fois les leviers de succès ou les sources de blocage » de ces technologies, « en partant du besoin des usagers et des connaissances des professionnels », avec pour objectif « de développer, en lien avec les industriels ou start-ups, celles qui seront les plus appropriées aux usagers ».

    Les professionnels de santé, utilisateurs de ces outils, participeront activement aux études et analyses. Il s’agira de dessiner les mutations des métiers et des savoirs mais aussi des organisations et des entreprises, et d’identifier les opportunités de développement de nouvelles offres répondant à un suivi individualisé, quel que soit le lieu de résidence de l’usager et/ou celui de sa famille.

    Les premières initiatives du Living Lab

    Le Living Lab engagera dès avril 2019 deux initiatives in situ dans 2 établissements de la Mutualité situés en périphérie de Tours.

    • Il se penchera sur la question du maintien de l’autonomie des personnes âgées, avec la mise en place d’un robot de diagnostic médical auto-administré au sein de la Résidence-autonomie Les Fosses Boissées, à Saint-Cyr-sur-Loire (Indre-et-Loire).
    • Il cherchera également à savoir comment favoriser les interactions équipes-résidents-familles à l’Ehpad de Beaune, situé à Ballan-Miré (Indre-et-Loire), en proposant des simulations cognitives aux résidents grâce à l’utilisation d’un robot doté d’IA.  

    Parallèlement, une recherche lancée en centre de simulation rassemblera des groupes de 15 à 20 professionnels de santé, dont certains expérimentent les outils dans le cadre de scenarii d’usage, le rôle des patients pouvant être joué par des acteurs professionnels ou des patients-experts.

    Seront examinées les incidences organisationnelles en termes de prise en charge et d’accompagnement du résident, la perception de la technologie et de son utilisation par le personnel, l’intégration de cette technologie dans le parcours de soins ainsi que l’incidence sur les procédures de travail individuel ou d’équipes.

    L’équipe analysera également quels sont les besoins et les usages à développer en lien avec les résultats de recherches, et ce en partenariat avec les industriels ou les start-ups. 

  • Étude : moins de risque de faux positifs dans le dépistage du cancer du poumon grâce à l’IA (Thorax)

    Faire le tri entre les nodules bénins et ceux qui sont malins est l’une des applications de l’intelligence artificielle (IA) dans le domaine de la santé. Cette technique permet de diminuer considérablement le taux de faux positifs dans le dépistage du cancer du poumon par scanner à faible dose. Selon une étude* publiée le 13 mars 2019 dans la revue Thorax réalisée par des chercheurs de l’University of Pittsburgh Medical Center, l’IA a permis d’éviter des biopsies à 30 % de personnes porteuses de nodules bénins.

    Cancer du poumon : un dépistage très perfectible

    Le cancer du poumon est le cancer qui fait le plus de victimes dans le monde. Pour réduire le fardeau qu’il représente, le principal levier est la réduction du tabagisme. Mais il est aussi urgent d’améliorer le dépistage. D’évolution rapide, le cancer du poumon est souvent diagnostiqué tardivement. Et le débat sur la meilleure méthode de dépistage dure depuis des années. Alors que les États-Unis ont adopté le scanner à faible dose, la France continue de préconiser le recours à la radio des poumons. En effet, en 2016, la Haute autorité de santé (HAS) a considéré que le scanner à faible dose conduisait à trop de faux positifs. Autrement dit, des nodules bénins étaient classés à tort comme malins.

    Trier les nodules grâce à l’apprentissage automatique

    Le dépistage du cancer du poumon via le scanner à faible dose entraîne en effet pas moins de 96 % de faux positifs.

    Des chercheurs de l’université de Pittsburgh, l’UPMC, (Pennsylvanie, USA) ont donc développé une méthode d’apprentissage automatique pour diminuer ce taux de faux positifs sans laisser passer d’authentiques cas de cancer.

    Les enjeux sont multiples : « Un test positif crée de l’anxiété, augmente le coût des soins et les tests de suivi ne sont pas sans risque, a déclaré Panayiotis (Takis) Benos, co-auteur de l’étude. Pour 96 % des personnes qui ont des nodules bénins, ces procédures sont inutiles. Nous essayons donc d’exploiter les données pour déterminer lesquels sont bénins et lesquels sont malins. »

    C’est la première fois que l’intelligence artificielle (IA) est appliquée à la question du tri des nodules bénins des cancers dans le dépistage du cancer du poumon.

    L’équipe de chercheurs a rassemblé des données de tomodensitométrie à faible dose auprès de 218 patients à risque élevé, chez lesquels un cancer du poumon ou des nodules bénins ont été ultérieurement confirmés. Ils ont ensuite introduit les données dans un algorithme d’apprentissage automatique afin de créer un modèle permettant de calculer la probabilité de cancer. Si la probabilité tombe sous un certain seuil, le modèle exclut le cancer.

    Les résultats de cette étude ont été publiés le 13 mars 2019 dans la revue Thorax.

    Résultats : des centaines d’actes inutiles évitées

    • L’IA aurait pu éviter à 30 % des personnes atteintes de nodules bénins de subir des tests supplémentaires.
    • Pas un seul cas de cancer n’a échappé à l’algorithme.
    • 3 facteurs majeurs permettent de faire le tri des nodules : le nombre de vaisseaux sanguins entourant le nodule, le nombre de nodules et le nombre d’années écoulées depuis que le patient a cessé de fumer.

    Vers une validation sur 6 000 scanners

    « Bien que nous sachions depuis un certain temps que les tumeurs nécessitent davantage de soutien vasculaire, c’est la première fois que nous sommes en mesure d’utiliser la technologie informatique pour quantifier leur contribution et de les intégrer à un modèle prédictif qui décide avec certitude que les patients n’ont pas de cancer « , a déclaré l’un des auteurs de l’étude.

    Pour que cette technique soit validée et permette un dépistage plus précoce du cancer du poumon, l’étape suivante consiste à l’évaluer sur une population plus large. Ce travail a déjà commencé puisqu’environ 6 000 scanners issus du National Lung Screening Trial (essai national de dépistage pulmonaire) vont alimenter l’algorithme développé par les chercheurs de l’université de Pittsburgh.

  • IA : Merck s’allie à Iktos pour la conception de médicaments par intelligence artificielle

    Le laboratoire pharmaceutique allemand Merck signe un partenariat avec la société Iktos, spécialiste de l’intelligence artificielle (IA), pour la conception de nouveaux médicaments. Merck s’intéresse à la technologie dite de « modèle génératifs » capable de faciliter et d’accélérer les découvertes dans ce domaine.

    Grâce à l’apprentissage profond (deep learning), Iktos conçoit automatiquement de nouvelles molécules virtuelles possédant la totalité des caractéristiques biologiques requises pour traiter une pathologie donnée. Cette technologie permet des gains de productivité majeurs dans la phase amont de la R&D pharmaceutique. La société la propose à ses clients sous forme de services et d’un logiciel, baptisé « Makya ». 

    « L’intelligence artificielle émerge comme un pilier de la R&D biopharmaceutique du futur, commente dans un communiqué publié le 14 mars 2019 Belén Garijo, P.-D.G. « santé » de Merck. Pour les patients, cela peut signifier un accès plus rapide à de nouvelles options thérapeutiques. »
    « En très peu de temps, notre technologie a fait de grands progrès et nous avons hâte d’appliquer son considérable potentiel », déclare de son côté Yann Gaston-Mathé, Président et P.-D.G. d’Iktos.

    Iktos a annoncé récemment plusieurs collaborations avec des sociétés biopharmaceutiques afin d’utiliser l’IA pour concevoir de nouveaux composés.

  • AI GF 2019 : lancement du 1er forum international sur la gouvernance de l’IA le 23/03/2019 (Suisse)

    Organisé par l’AI Transparency Institute et soutenu par la Confédération suisse, le Forum AI GF 2019 se tiendra le 23 mars 2019 à la Fondation Brocher, près de Genève en Suisse, sous la forme de keynote speakers et de panels rassemblant des intervenants d’universités prestigieuses, telles que le MIT, l’Imperial College of London et l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). « Inspiré par la philosophie multipartite de l’Internet Governance Forum, il s’agit du premier forum international dédié à la gouvernance agile de l’IA« , indiquent les organisateurs dans un communiqué.

    L’objectif de l’événement est d’encourager le dialogue interdisciplinaire, « au carrefour de la technologie, de la politique et de l’éthique, dans la perspective d’un développement durable et responsable de l’IA, au service de l’être humain ».

    Des professeurs, des régulateurs (OCDE, Commission européenne et OMS, Union internationale des télécommunications) et des membres de la société civile seront réunis pour échanger au cours de cette journée. Ils dialogueront sur l’impact de l’intelligence artificielle et sur la manière d’affronter les défis qu’elle pose dans les sociétés contemporaines, aussi bien au niveau national qu’international. Ils feront également « un état des lieux du point de vue de la réglementation, de la sécurité, de la confidentialité, de l’équité, de l’interopérabilité et de l’auditabilité des algorithmes, et identifieront des synergies potentielles entre disciplines ».

    Les inscriptions doivent être réalisées en ligne sur Ai-governance-forum/kick-off-event-2019. Les prix d’accès au forum sont fixés en fonction du statut de chacun, précisent les organisateurs.

    Programme

    09:00-09:10 Welcome Eva Thelisson (AI Transparency Institute)

    09:10-09:30 Understanding the Fundamentals of AI and ML

    • Martin Jaggi (Professor at EPFL, Switzerland)

    09:30-09:50 Intelligence and AI

    • Joanna Bryson (University of Bath, UK)

    09:50-10:40 AI Opportunities and Challenges for Society

    • How AI can Enable a More Cooperative Future : Henry Lieberman (Research Scientist at MIT, USA)
    • Security and Privacy : Carmela Troncoso (Professor at EPFL, Switzerland)
    • Solving AI’s Privacy Problem : Florimond Houssiau (Researcher at Imperial College, London, UK)

    “A simulation on re-identification of anonymized datasets.”

    11:00 – 11:20 Coffee Break

    11:20 – 12:20 AI Opportunities and Challenges for Society

    • AI Assisted Decision-Making and Transparency : Maël Pegny (Associated member, IHPST, Université de Paris 1, France)
    • Direct Democracy, Digitalization, and AI : Florian Evéquoz (Professor at HES-SO, Switzerland)
    • AI Safety : El Mahdi El Mhamdi (Researcher at EPFL, Switzerland)

    “An explanation of social media poisoning of public debates and misinformation propagation and social media addiction.”

    12:20 – 13:20 Lunch

    13:20 – 14:00 Cross-lingual Real-Time Global Media Monitoring

    • Marko Groblenik (Jozef Stefan Institute, Slovenia)

    14:00 – 14:20 Value Aligned Design of AI Systems

    Raja Chatila (Pierre and Marie Curie University, France)

    14:20 – 15:40 Panel: Shaping an International Consensus on AI Policy (Moderators: Eva Thelisson & Carmela Troncoso)

    • AI and Robotics : Juha Heikkilä (Head of Unit, Robotics, Directorate-General for Communication Networks, Content and Technology, European Commission, Luxembourg)
    • WHO/ITU Focus Group on AI and Healthcare : Thomas Wiegand (Professor at Technical University of Berlin, Germany)
    • OECD Approach on AI Policy : Karine Perset (OECD, Paris, France)
    • Policy Recommendations of and Legal Status for Intelligent ICT, Security and Economic Redistribution : Joanna Bryson (Professor at University of Bath, UK)
    • Recommendations of High Level Expert Group on AI from EU Commission (AIHLEG) : Raja Chatila (Professor at Pierre and Marie Curie University, Paris, France)

    15:40 – 16:00 Coffee Break

    16:00 – 17:00 Panel: Towards Responsible AI (Moderator: El Mahdi El Mhamdi)

    • AI and the Dilemma of Augmented Cognition : Friedhelm Hummel (Professor at EPFL, Switzerland)
    • Trustworthy AI and Social Choices : Sacha Alanoca (AI Policy Researcher and Program Manager, The Future Society, London, UK)
    • Fairness and Algorithms : Michele Loi (Postdoctoral researcher at the University of Zürich, Switzerland) 1

    7:00 – 17:15 Conclusion and Future Steps

    17:15 – 18:00 Aperitif 

  • Data science, IA : « essais cliniques, quelles perspectives en 2019 ? » (Ch. Hebenstreit, Medidata)

    Health & Tech Intelligence relaie la tribune « Essais cliniques, quelles perspectives en 2019 ? » de Christian Hebenstreit, general manager & senior vice president EMEA de Medidata (Londres), une société de technologie américaine qui développe et commercialise des logiciels en tant que service d’essais cliniques. Dans ce texte, le responable évoque les importantes opportunités offertes par les nouvelles technologies (data science, intelligence artificielle, et plus précisément machine learning, etc.) dans le cadre des processus de développement des médicaments.


    « Les entreprises du secteur des sciences de la vie les plus avancées en matière de technologie sont conscientes que de nos jours, l’innovation digitale et l’hyper-connectivité des plates-formes sont désormais primordiales. Les innovations technologiques dans les essais cliniques jouent un rôle de plus en plus important dans la mise au point de médicaments. Le secteur des sciences de la vie a là une formidable occasion d’améliorer l’efficacité et de réduire ses coûts tout en accroissant la portée de ses recherches et en améliorant l’expérience patient et les essais cliniques. Cette opportunité se présente alors que les leaders du secteur tirent parti des dernières tendances en matière de digital, telles que la data science, l’intelligence artificielle, la surveillance des risques, l’analytics et le machine learning (apprentissage automatique), pour améliorer, rationaliser et réduire les risques inhérents au processus de développement des médicaments.

    La technologie a propulsé les essais cliniques dans une « nouvelle ère » : les avancées technologiques ouvrent de nouvelles opportunités à un secteur traditionnellement limité en matière d’innovation étant donné le système de règlementation strict mais néanmoins nécessaire qui l’encadre. De nouvelles plateformes visent à améliorer l’efficacité et la productivité des essais cliniques, et permettent d’obtenir de nouveaux résultats, de renforcer l’engagement du malade et de réduire ses contraintes.

    Quelles sont donc, selon Medidata, les tendances dans le monde des sciences de la vie, de la pharmacie et de la santé pour 2019 ?« 

    Les essais cliniques vont s’internationaliser davantage

    La pénurie de patients, l’évolution vers une médecine plus personnalisée et plus axée sur la valeur, l’attention accrue portée aux maladies rares, la hausse des coûts opérationnels… autant de facteurs qui poussent à la mondialisation des essais cliniques. Au-delà des marchés américain, français, anglais ou autres, nous devrions voir les organismes de recherche clinique et les sociétés pharmaceutiques se tourner vers d’autres régions du monde pour leurs essais, dans l’objectif de bénéficier d’un plus grand nombre de sujets potentiels, de coûts opérationnels réduits et, en définitive, d’accélérer la mise sur le marché de leurs traitements.

    Près de la moitié des essais cliniques se déroulent actuellement hors des États-Unis, les pays émergents investissant lourdement dans des infrastructures dédiées à la santé et aux sciences de la vie. Les tests et l’autorisation de mise sur le marché sont maintenant également en voie de mondialisation, pour le bénéfice à la fois des laboratoires et des différents groupes de malades. Selon les prévisions mondiales des analystes du secteur, les essais cliniques réalisés dans les pays développés devraient représenter environ 66,8% du total mondial d’ici 2020, en baisse par rapport à aujourd’hui (76 %). Les pays émergeant quant à eux devraient accueillir 25,2 % des essais, contre seulement 15,7 % aujourd’hui.

    La tendance croissante à mener des essais cliniques hors des États-Unis est un facteur important dans l’amélioration de leur efficacité. Le nombre de malades participant à des essais est en baisse aux États-Unis et en hausse à l’étranger. L’applicabilité des résultats d’études effectuées à l’étranger dépend de la maladie étudiée et de l’état de la pratique clinique en vigueur dans la zone géographique. Mais, d’un point de vue général, la plupart des experts reconnaissent l’aspect positif de cette tendance : en effet, lorsqu’un essai de grande envergure nécessite la participation de milliers de malades, sélectionner des sites à l’étranger peut amener à économiser des centaines de millions de dollars et permettre de trouver des patients plus rapidement.

    Essais cliniques virtuels : la marche à suivre pour une meilleure rétention des malades

    Les organismes de recherche clinique continuent de voir l’importance de réduire les contraintes subies par les malades pendant les essais cliniques ; ils veulent également rendre les tests et les traitements accessibles au plus grand nombre de patients. En conséquence, les tests virtuels qui permettent aux malades d’enregistrer leurs données à distance, sans avoir à sortir de chez eux, seront de plus en plus nombreux.

    Cette tendance sera facilitée par l’avancée des nouvelles technologies, notamment grâce aux dispositifs de contrôle portables, l’utilisation généralisée des smartphones pour enregistrer et transmettre les données à distance en temps réel, ainsi que l’apparition de logiciels plus sophistiqués de suivi des anomalies et de la conformité pour assurer la fiabilité de ces données. La possibilité de pouvoir participer à des essais cliniques tout en restant chez soi est particulièrement intéressante pour les enfants : cela leur permet de se sentir plus à l’aise pendant ces moments éprouvants et souvent effrayants pour eux.

    Le téléphone portable, avec ses systèmes de localisation intégrés et la technologie nécessaire à l’exécution d’applications médicales, permet d’autonomiser ceux qui vivent loin d’un hôpital, et représente un outil parfait pour accélérer l’avancée des essais virtuels.

    De plus, la méthode d’enregistrement et de transmission des données dans le cadre d’essais virtuels est avérée fiable et cliniquement significative, ce qui en fait une option viable pour les chercheurs de l’industrie pharmaceutique.

    Le rôle croissant du chief Patient experience officer

    L’amélioration de l’expérience patient devient de plus en plus un objectif stratégique pour les entreprises du secteur des sciences de la vie. Il sera donc nécessaire que certaines personnes en assurent la responsabilité et jouent un rôle déterminant en s’assurant que cette vision des choses soit partagée par le conseil d’administration.

    Améliorer l’expérience patient ne constitue plus une simple option ; les entreprises ne survivront pas sur le marché actuel si elles n’en font pas une priorité stratégique. Une expérience patient exceptionnelle doit comprendre entre autres des soins de qualité, une expérience agréable, de la transparence, la compréhension des besoins du patient, des méthodes d’indemnisation efficaces. Et les organisations du secteur des sciences de la vie ne devront pas sous-estimer l’importance de leur rôle en la matière.

    Le poste de Chief Patient Experience Officer devrait donc prendre de l’importance en 2019. Ce nouveau responsable, qui pourrait se positionner comme un prolongement du Chief Digital Officer, est considéré comme la personne en charge de superviser les différents aspects des essais cliniques : depuis la conception du protocole, la sélection des malades jusqu’au déroulement de l’essai et au suivi des patients pour minimiser les abandons et assurer la fiabilité et la validité des essais.

    Promotion de la diversité dans l’industrie

    Parler de l’’importance de la diversité est quasiment devenu un cliché. Il n’en reste pas moins que la représentation des minorités et des personnes handicapées dans de nombreux domaines de l’industrie des sciences de la vie est toujours inférieure à celle de ces groupes dans la population en général.

    La diversité est aujourd’hui une condition sine qua none du succès et donc de la qualité de toute entreprise. Dans le secteur des sciences de la vie, elle est la clé de l’innovation dans une économie qui l’exige de plus en plus.

    Pour que l’industrie des sciences de la vie continue à se développer au niveau mondial, la diversité et l’inclusion ne peuvent pas être une simple initiative parmi d’autres. Ce doit être le cœur de la politique de l’entreprise à tous les échelons et elles doivent se refléter dans les stratégies de recrutement, de rétention et de promotion. Un facteur tout particulièrement important en matière de diversité : recruter un panel de malades plus large pour un essai clinique nécessite de favoriser également une plus grande diversité au sein des intervenants afin d’aider à développer la confiance et faciliter la communication avec ces communautés.

    Accroître la diversité des malades

    2019 et les années à venir verront émerger un courant visant à encourager les membres de groupes minoritaires à participer aux essais cliniques. L’un des défis à relever sera que dans les pays développés, ces groupes se trouvent souvent dans des régions à faible revenu, et que les cliniciens n’y ont pas assez de ressources pour gérer le type de programmes d’engagement du patient nécessaires pour inciter de nouvelles communautés à intégrer des essais cliniques. En effet, lorsqu’une communauté n’est pas habituée à participer à de telles études, il est nécessaire d’employer bien plus de moyens pour éduquer les patients potentiels sur les bénéfices, les risques, les protocoles et les processus des essais.

    Accroître la diversité des malades participant à des essais cliniques ne permet pas seulement d’accroître la taille du panel. Lorsque que l’on étudie des maladies plus rares, on s’aperçoit en effet qu’elles n’affectent qu’une petite partie de la population, dont les membres ne sont généralement pas des Caucasiens des classes moyennes.

    Donner de l’élan à la transformation numérique en adoptant les technologies émergentes

    Les nouvelles technologies, comme les dispositifs portables, le contrôle à distance et les visites cliniques virtuelles contribuent déjà à replacer le patient au cœur des essais cliniques. Les réseaux sociaux offrent également des opportunités accrues en matière d’engagement des patients.

    L’intelligence artificielle (IA) a d’ores et déjà commencé à s’imposer dans le secteur des sciences de la vie, tout d’abord dans le cadre de la découverte et le développement de médicaments, puis pour des applications tout au long du cycle de vie du produit. Le secteur des sciences de la vie regorge de procédures générant de multiples données, or l’IA commence tout juste à y être utilisée pour collecter, gérer et utiliser intelligemment toutes les données structurées et non structurées.

    Pour 2019 et les années suivantes, l’IA est la plus à même d’aider à analyser les gros volumes de données sur les malades, permettant ainsi aux cliniciens et aux professionnels de santé de passer plus de temps avec leurs patients et donc de renforcer la dimension humaine des essais. Parmi les applications clefs de l’AI, du machine learning (apprentissage automatique) et du big data analytics (analyse des données volumineuses) dans le secteur pharmaceutique pour l’année à venir, on peut citer :

    • la curation et l’importation de données : par exemple en rationnalisant les multiples façons d’enregistrer (plus de 700) le genre du malade dans les essais cliniques ;
    • l’accélération de la découverte de biomarqueurs : le Machine learning regroupe les profils génomiques au niveau du patient et aide à comprendre les causes de la maladie et des effets indésirables ;
    • l’identification des valeurs aberrantes via le big data analytics permettra d’accélérer l’obtention de l’approbation des organismes de régulation ;
    • l’utilisation de l’intelligence artificielle et du Machine learning réduira la nécessité de recourir à des essais contre placebo.

    Aujourd’hui, les entreprises pharmaceutiques doivent gérer d’énormes volumes de données. A cause de l’environnement compétitif et de la rigueur des normes réglementaires, ces données sont cachées derrière des pares-feux et restent inaccessibles pour le reste du monde. En 2019 et après, le big data analytics continuera à combiner les données issues de différentes sources et à révéler de nouvelles relations et de nouvelles conclusions qui seraient restées inconnues sans cela.

    Dernier point, et non des moindres, le Machine learning va devenir de plus en plus un outil très utile pour le R&D pharma, à condition que les infrastructures de données les plus avancées soient mises en place, que les bonnes questions soient posées, que les objectifs importants soient bien définis et qu’une formation suffisante aux data soit dispensée. Si toutes ces conditions sont remplies, les modèles d’apprentissage automatique vont accélérer de manière exponentielle le processus de R&D.

    L’essor de la thérapeutique numérique

    La thérapeutique numérique constitue déjà une option de traitement pour certains troubles mentaux, dont l’alcoolisme, via des moyens pouvant aller du thérapeute numérique à la gamification de la gestion de la dépendance. L’industrie des sciences de la vie continuant d’exploiter le potentiel des nouvelles technologies, les thérapies numériques seront de plus en plus intégrées aux pharmacothérapies traditionnelles.

    Pour de nombreuses maladies chroniques, le traitement médicamenteux est centré sur la gestion de la maladie, ce qui nécessite une surveillance et un traitement en temps réel. Des moniteurs connectés mesurant des paramètres tels que le sucre dans le sang, par exemple, pourraient être associés à un processus plus automatisé d’administration d’insuline, réduisant ainsi le risque d’incidents hypoglycémiques ou hyperglycémiques et diminuant le nombre de visites à domicile ou sur site ou d’admissions en urgence. Nous nous attendons à voir plus d’innovations de ce genre catégorie au cours de l’année à venir.

    Des effectifs fluctuants

    Les progrès de la mondialisation posent des défis majeurs au secteur pharmaceutique. Les grandes entreprises pharmaceutiques multinationales revoient considérablement leurs modèles économiques, ce qui a déjà entraîné la fermeture de plusieurs sites ainsi que des licenciements. De nombreux sites multifonctions sont en train d’être transformées en unités opérationnelles plus ciblées dans une optique de rationalisation.

    Le recours à la sous-traitance et la collaboration avec les sociétés de supply chain sont de plus en plus fréquents. De même pour le passage aux « génériques » lorsque les brevets portant sur les médicaments « vedettes » du XXe siècle arrivent à expiration, ouvrant ainsi la concurrence à des fabricants à faibles coûts. La réponse concurrentielle consiste à investir dans l’intégration de nouvelles technologies et le transfert rapide des connaissances dans de nouveaux produits.

  • Étude : l’apprentissage automatique permet de détecter Alzheimer dans des images numérisées (Nature)

    Un réseau de neurones est capable d’identifier les enchevêtrements neurofibrillaires (NFT), principal marqueur de la maladie d’Alzheimer, avec un degré élevé de précision, directement à partir d’images numérisées. C’est la conclusion d’une étude* publiée en février 2019 dans la revue Laboratory Investigation (Nature) par des chercheurs de l’École de médecine Icahn de Mount Sinai à New York, concepteurs de la plateforme Precise Informatics, utilisée dans le cadre de ce projet.

    Alors que le diagnostic précis de ces maladies est difficile et nécessite la mobilisation de spécialistes hautement qualifiés, ces travaux révèlent que l’application de l’apprentissage automatique (machine learning) à des images microscopiques numérisées permet de détecter et de quantifier une accumulation anormale de protéines tau dans les enchevêtrements neurofibrillaires (NFT) du cerveau, qui est le symptôme de maladies neurodégénératives.

    L’IA pourrait s’avérer utile pour détecter plus facilement les maladies neurodégénératives

    « L’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) pourrait grandement améliorer notre capacité à détecter et à quantifier les maladies neurodégénératives, ce qui représente une avancée majeure par rapport aux méthodes en usage, très exigeantes en capital humain et peu reproductibles », a déclaré John Crary,  auteur principal de l’étude, professeur de pathologie et de neurosciences à l’école Icahn. Au final, ce projet permettra un diagnostic plus efficace et plus précis des maladies neurodégénératives. »

    Une autre étude révèle qu’il est possible de détecter précocement Alzheimer par l’IA à partir d’un test sanguins

    D’autres chercheurs tentent actuellement de détecter précocement les symptômes d’Alzheimer grâce à l’IA, et notamment par le biais de l’apprentissage automatique, à partir entre autres de tests sanguins. C’est le cas de l’équipe de recherche en génétique d’IBM dirigée par Ben Goudey, qui a publié en mars 2019 les résultats de ses travaux sur le sujet.