Le patient de demain sera éclairé et augmenté, selon Joël de Rosnay, qui intervenait à la journée parlementaire organisée par le Cercle des décideurs numérique et santé le 6 décembre 2016 à l’Assemblé nationale sous le patronage de Jean-Louis Touraine, député du Rhône et vice-président de la Fédération hospitalière de France.
Le colloque, au cours duquel ont été présentées les propositions du Cercle pour assurer la transition du système de santé, a également permis d’aborder le financement de l’innovation en santé, la nouvelle relation entre patients et médecins permise par l’ère du numérique, et ses conséquences en termes d’organisation.
La santé de demain selon Joël de Rosnay : médecine 4 P et épigénétique
Joël de Rosnay a présenté sa vision de la santé de demain : un patient éclairé et augmenté (empowered), un suivi à la fois général et personnalisé grâce à l’écosystème numérique, une maintenance de la santé. La médecine 4 P (prédictive, préventive, personnalisée, participative) deviendra réalité, notamment grâce à une meilleure connaissance de l’épigénétique.
Demain, une médecine toujours humaine
La première table ronde de la journée parlementaire s’ouvrait par un court film présentant la vision de la santé de demain par les jeunes générations. Conscients des bouleversements à venir en matière de santé, adeptes des technologies, ils souhaitent néanmoins que l’humain conserve toute sa place dans le soin.
Victor de Castro, médecin anesthésiste, et Pauline d’Orgeval, fondatrice de deuxiemeavis.fr, ont débattu de la nouvelle relation qui s’instaure entre le patient qui veut choisir et décider de sa santé, et le médecin. Celui-ci sera demain moins centré sur la technique, mais plus sur l’accompagnement et le soin, grâce aux outils d’aide au diagnostic et à la décision permis par l’intelligence artificielle et le machine learning. Pour Victor de Castro, la formation des médecins doit dès à présent prendre en compte cette nouvelle donne, étant donné le temps long des études médicales.
Michel de Lempdes, partner chez Omnes Capital, et Christophe Marques, économiste, ont abordé la question du financement de l’innovation et de son intégration au système. Pour Michel de Lempdes, les entreprises innovantes sont bien financées en phase d’amorçage, mais ont ensuite des difficultés à trouver les financements nécessaires pour grandir. Si le nombre de start-up créées augmente dans le secteur de la santé, la complexité de ce système et la multiplicité des interlocuteurs sont des freins pour les créateurs d’entreprises. Christophe Marques a de son côté évoqué les réticences à l’intégration des innovations dans le système de santé.
Demain, un ONDAM refondu ?
Michel Yahiel, conseiller social du Président de la République, est revenu sur les trois objectifs de la stratégie nationale de santé :
- améliorer l’état de santé des Français
- conserver un cadre financier soutenable
- se rappeler que la santé est un secteur d’activité
S’appuyant sur le dernier rapport du Haut conseil pour l’amélioration de l’assurance maladie, il a estimé que l’ONDAM, sous sa forme actuelle, avait vécu, et envisagé la possibilité de délégations plus importantes aux ARS demain.
Regrettant les freins à la diffusion des innovations dans le système, par exemple la télémédecine, en raison de sa complexité administrative, il a appelé au lancement de travaux d’économie de la santé.
Demain, des citoyens acculturés à la santé ?
Laurent Degos, ancien président de la Haute Autorité de Santé, a insisté sur le rôle des usagers dans l’innovation en santé : c’est de la demande que viendra le changement. Le patient prendra le pouvoir, et évaluera les résultats des soins, alors qu’aujourd’hui ce sont les process qui sont évalués. Mais une barrière demeure pour l’instant : le manque d’acculturation des patients à la santé (health litteracy). Une véritable politique d’éducation à la santé, y compris à l’école, est donc nécessaire.
En conclusion, Jean-Louis Touraine a insisté sur l’importance de maintenir l’égalité face à la santé pour l’ensemble des Français.