« Organisation des soins, tout décloisonner ? », tel était le thème de la table ronde axée sur la révolution organisationnelle organisée lors de la 2è édition de PharmaCité à laquelle HTI a assisté le 13 décembre 2016.
Ci-dessous le verbatim de Carole Avril, Elisabeth Hubert, Christian Schmidt de la Brélie et Jean-Pierre Robelet, invités à débattre par Guy Vallancien.
Carole Avril : « La prévention est souvent une fausse bonne idée »
- « On a besoin des associations de patients pour être partie prenante à tous les niveaux : dès la conception, pendant le développement, l’évaluation, et l’innovation ».
- « La prévention est souvent une fausse bonne idée : le coût engendré par la prévention est plus important que ce qu’on en retire. »
- « Il faudrait alléger les contraintes, répondre à de petites choses non résolues comme servir un repas appétissant face à une pathologie en lien avec l’alimentation par exemple, on n’en parle pas or cela pourrait révolutionner la vie des patients. »
- « Il faudrait un hôpital non obsolète quand on l’ouvrira, on oublie les parties prenantes, donc lors de l’ouverture l’hôpital a déjà été aménagé. »
- « On crée du stress pour le patient, or il pourrait être autonome et acteur, ne pas juste recevoir les informations, il est capable de comprendre et réagir, capable de prendre le risque. »
Elisabeth Hubert: « On a confondu hôpital et hôtellerie ! »
- « Il y a 3 concepts à prendre en compte : la pertinence de l’hébergement à l’hôpital, le décloisonnement du système de santé médico-social et sanitaire & l’aggravation des soins. »
- « Il faut se poser la question de la pertinence de l’hébergement hospitalier alors qu’il existe des techniques & possibilités de télé-santé. On se heurte des intérêts bien établis : s’il y a trop de HAD : que ferons-nous des bâtiments construits ? Il y a trop de lits par rapport aux besoins dans 10 à 20 ans. D’autres pays font différemment : leur organisation fédérale leur permet de développer le niveau régional, le financement est très décentralisé, par choix. C’est en France qu’on a structuré, généralisé et financé. Les ressorts sont ailleurs. »
- « Nous sommes dans un pays où l’on adore discourir mais lorsqu’il faut passer aux actes il existe une réticence au changement. Puisqu’on ne réussit pas au niveau national, pourquoi pas une carte de régionalisation ? Il y a un poids des élus dans le pays, je suis persuadée qu’on n’ira pas vers davantage de réduction des inégalités si on multiplie les pouvoirs décisionnels au niveau des régions. »
- « Il faudrait élargir la formation hors CHU & arrêter de penser que les textes, lois & structures vont tout faire, c’est le meilleur moyen pour perpétuer l’immobilisme. » Quant à l’hôpital de demain : « On a confondu hôpital et hôtellerie ! On ne transformera pas la table de la cuisine en table chirurgicale. L’hospitalisation de demain c’est la chirurgie ambulatoire, la HAD, l’HDJ. »
- « Devant le patient, quel que soit le stade de la maladie la première interrogation doit être: a-t-on besoin le mettre dans un lit ? Il n’y a que 2 raisons de le faire : son état est instable & nécessite une surveillance continue, ou il nécessite un plateau technique pour une intervention.
Dans toute autre situation on doit se demander : où peut-on au mieux traiter ce patient ?
Le PLFSS a prévu que la pertinence du séjour hospitalier doit être posée avant tout, mais dans les comportements rien n’a changé : la plupart des hôpitaux ignorent cet article. »
Christian Schmidt de la Brélie : « L’innovation vient de la contrainte ! »
- « Il est question d’anticiper le malade. Il n’y a pas de retour sur investissement lors d’un financement immédiat mais l’action de prévention peut avoir une certaine portée et un intérêt direct (Vacciner contre la grippe les salariés en officine par exemple pourrait palier à la déficience générée par les arrêts de travail). »
- « Il faudrait repasser à la logistique du financement par les complémentaires, libérer l’hôpital de base pour les meilleurs soins, aller vers de meilleurs hôpitaux de jour, de meilleurs hôtels-patients, avec une universalité dans ce sens. »
- « L’innovation vient de la contrainte ! Actuellement les contraintes sont le financement et l’aspiration du citoyen de vivre en meilleure santé plus âgé, dans une logique d’occidentalisation. »
- « Il y a une pression de génération, arrêtons la réglementation ! L’organisation législative permet la transformation, tout existe aujourd’hui, les comportements vont évoluer, par les besoins et les attentes. Je suis optimiste quant à notre capacité d’innovation. »
Jean-Pierre Robelet: « Il n’y a pas un territoire qui répond à toutes les questions «
- « Comment organiser le parcours du patient et du citoyen ? Il faut inclure la prévention du diagnostic jusqu’à l’hébergement. »
- « Il faut parler d’un parcours de santé et non de soins car le parcours de soins exclut la prévention, or il faut traiter le patient dans son intégralité et intégrer la prévention dans sa dimension d’efficacité et de financement. »
- « On ferme les hôpitaux insecure et au nom de la sécurité on aggrave la pauvreté ? ».
- « Il faudrait un système de services adaptés avec télé-surveillance, des hôtels-patients pour ne pas faire peser sur l’hôpital les logistiques de nourriture, hébergement, lavage etc. »
- « Il n’y a pas un territoire qui répond à tous les questions: région commune etc. En fonction du problème il faut adapter le territoire. Il faut adapter l’action au territoire car le territoire est avec les usagers, les patients et les professionnels de santé. »
- « On a jamais eu autant de médecins, or on entend qu’il en manque. Le seul problème est qu’ils ne sont pas répartis comme on veut : ni démographiquement ni par spécialité. »
- « Ce n’est pas avec les maisons de santé pluridisciplinaires qu’on réglera le problème démographique car en concentrant des professionnels de santé sur un lieu précis on éloigne un certain type de population. »