« La numérisation des systèmes de santé devrait impliquer non seulement les professionnels de la santé mais également les politiciens« , a déclaré Daniel Forslund, commissaire à l’innovation et à la e-santé pour la Ville de Stockholm, lors de la conférence « Digitalizing healthcare », qui s’est tenue à Paris le 27 novembre 2018 et à laquelle Health & Tech Intelligence a assisté.
Le commissaire a souligné l’importance d’un investissement en IT dans le secteur de la santé, qu’il perçoit comme nécessaire et « non comme un coût », soulignant qu’au moins 10 millions d’euros pourraient être économisés chaque année dans le budget informatique des établissements de soins si les systèmes informatiques obsolètes étaient écartés, la maintenance de ces derniers étant parfois plus coûteuse que l’intégration de nouvelles technologies.
Daniel Forslund a également cité quelques exemples de déploiements réussis du numérique en santé au sein de la région de Stockholm, où 26 000 patients par jour passent par des services électroniques pour consulter leurs dossiers médicaux, prendre rendez-vous avec un médecin et renouveler des ordonnances, 100 % digitales en Suède.
L’allocution de Daniel Forslund s’inscrivait dans le cadre de l’événement « Innovation en santé : un dialogue franco-suédois » (« Innovation in health: a french-swedish dialogue« ), organisé par Business Sweden à l’occasion de la Semaine suédoise, qui a lieu du 27 novembre au 5 décembre 2018 à Paris et à Nice.
Les nouvelles technologies peuvent aider à surmonter les défis du système de santé
Daniel Forslund, commissaire à l’innovation et à la e-santé pour la Ville de Stockholm, pointe du doigt les inconvénients, en termes de coût et d’organisation, d’un manque d’investissement dans les nouvelles technologies numériques eu sein des établissements de santé :
- « Nous pourrions établir un lien entre les principaux défis rencontrés par le système de santé et l’utilisation de systèmes informatiques médiocres », estime-t-il, un manque de modernité qui peut se traduire selon lui par :
- un accès limité aux professionnels de la santé ;
- un environnement de travail stressant ;
- des problèmes de sécurité pour les patients ;
- des temps d’attente inutiles.
- « Il est possible de retrouver dans la même organisation de soins une technologie médicale de pointe et des systèmes informatiques anciens (fax, papier), qui entraînent beaucoup de contraintes administratives pour les médecins et les infirmières et donc un manque de temps pour leurs activités directement liées aux soins », ajoute-t-il.
« Concentrer les investissements sur la technologie pourrait permettre de résoudre les frustrations de la vie quotidienne des patients et des professionnels », explique Daniel Forslund.
Investir dans la technologie pour améliorer l’environnement de travail et mieux personnaliser l’offre de soins
Selon le commissaire, investir dans les nouvelles technologies permet :
- d’améliorer l’environnement de travail :
- réduction des tâches administratives et donc de la bureaucratie ;
- renforcement de la sécurité des patients avec un accès sécurisé aux données et connaissances pertinentes ;
- davantage de chance d’attirer la nouvelle génération à travailler dans le secteur de la santé. C’est une « question de crédibilité », note Daniel Forslund. « Vous ne voulez pas vraiment travailler dans un environnement si le télécopieur est plus vieux que vous. » ;
- de personnaliser la communication et les soins délivrés aux patients :
- flexibilité, disponibilité et meilleur service ;
- meilleure continuité des soins et plus grande liberté pour les patients atteints de maladie chronique.
L’IT doit être perçu comme « un investissement » et « non comme un coût »
- La maintenance des anciens systèmes informatiques peut coûter plus cher que d’investir dans de nouvelles technologies :
- la perte de temps estimée en raison de difficultés techniques et d’une double documentation inutile est de 25 à 60 minutes par jour et par employé (x 35 000), soit 35 000 heures par jour, note Daniel Forslund ;
- la réduction des problèmes liés à la technologie dégage du temps à 2 000 infirmières dans la région de Stockholm, souligne l’expert, ce qui leur permet de davantage se concentrer sur leurs activités centrales et donc sur les patients ;
- Au moins 10 millions d’euros pourraient être économisés chaque année dans le budget informatique des établissements de soins si les systèmes obsolètes étaient abandonnés au profit de nouveaux systèmes.
Exemples d’un déploiement réussi du numérique en santé à Stockholm
- Le numérique est la nouvelle norme pour les patients dans la région de Stockholm : l’objectif est que tous les patients puissent choisir comment ils peuvent contacter les professionnels de santé, c’est-à-dire soit par téléphone, chat, vidéo ou rendez-vous physique :
- les cliniques ont été dans l’obligation de proposer des services électroniques et les hôpitaux devront faire de même en 2019 ;
- le remboursement de la télé-consultation a été rendu possible au même titre qu’une consultation physique ;
- des services numériques ont été intégrés dans toutes les composantes des systèmes de santé régionaux ;
- numérisation généralisée attendues : à Stockholm, 26 000 patients par jour utilisent leurs services électroniques personnels pour consulter leurs dossiers médicaux, prendre rendez-vous avec un médecin et renouveler leurs ordonnances (les ordonnances sont à 100 % numérique en Suède)
- un portail national a été mis en place pour les patients depuis les années 2000.
- Stockholm cherche à développer un meilleur environnement de travail pour les professionnels de la santé :
- 220 millions d’euros ont été investis dans la création d’une plateforme d’information ouverte et normalisée comportant le nouveau système de dossiers de santé électroniques (EHR) et une aide à la décision ;
- toutes les ambulances sont équipées d’une plateforme de documentation et de communication mobile ;
- des applications mobiles centrées sur la santé ont été déployées ;
- des solutions basées sur l’intelligence artificielle sont testées pour l’aide à la décision clinique.
- La région investit dans les compétences numériques :
- un programme de compétences en cybersanté à été déployé à Stockholm :
- programme de 3 ans pour développer les compétences numériques ;
- 15 000 employés ont été formés en 2016-2018 ;
- l’objectif est d’apprendre à utiliser des outils numériques pour collaborer avec des collègues et des patients ;
- l’idée est aussi d’apporter des modifications dans le fonctionnement des établissements de soins et dans la manière dont les professionnels de santé utilisent les données recueillies par leurs systèmes pour prendre des décisions cliniques, etc. ;
- un nouveau programme visant à diriger la transformation numérique va être lancé en 2019
- un programme de compétences en cybersanté à été déployé à Stockholm :
- « Identifier, comprendre et supprimer les obstacles à la numérisation » est « un travail systématique » dans la région, insiste Daniel Forslund, un effort passant par :
- un processus de révision annuelle : identifier et éliminer systématiquement les obstacles à l’innovation ;
- la mise en œuvre de systèmes de remboursement ;
- une observation des marchés publics : « Que font les prestataires de services de santé et les directeurs d’hôpitaux pour promouvoir l’innovation ? » ;
- un soutien pratique.
- Stockholm cherche également à trouver des idées et à créer des innovations en collaboration [avec les acteurs du secteur] afin de « favoriser une nouvelle culture de l’innovation » :
- en construisant à partir de la base, avec l’expérience des patients et des professionnels ;
- en créant un bureau d’innovation local pour les personnes, les start-ups, les équipes de recherche et les sociétés pharmaceutiques, à qui s’adresser ;
- en développant un fonds d’innovation interne.