« Les professionnels de santé n’adhèrent à l’usage des outils proposés que dès lors qu’ils s’intègrent dans leur environnement de travail quotidien. » C’est ce que déclare Francis Mambrini, président de la Fédération des éditeurs d’informatique médicale et paramédicale ambulatoire (Feima), interrogé avec d’autres représentants des industriels par la Mecss au sujet du DMP, le 9 juillet 2019 à l’Assemblée nationale. Ce constat est selon lui l’une des raisons pour lesquelles « la question de l’interopérabilité est absolument fondamentale » : « un DMP non interopérable c’est zéro usage pour un professionnel de santé, c’est une évidence première », commente-t-il.
« Nous travaillons depuis 2 ans avec l’équipe DMP sur la dématérialisation de la carte CPS (Carte de professionnel de santé) indique à ce sujet Mariane Cimino, déléguée générale du Lessis (Les Entreprises des systèmes d’information sanitaires et sociaux) qui représente les éditeurs centrés sur les établissements hospitaliers. Nous avons proposé cela parce qu’on sent bien que c’est un blocage : à l’hôpital on n’a jamais la CPS au moment où on doit signer un compte rendu. À chaque déploiement des services DMP nous étions freinés pas les limites que portaient les systèmes carte« , confirme Francis Mambrini.
Les éditeurs tombent d’accord pour estimer que la DMP-compatibilité est en bonne voie. Côté libéraux, la Feima représente selon son président « sur le segment ambulatoire à peu près 70 % des professionnels de santé libéraux toutes spécialités confondues », soit 240 000 professionnels dont « 90 % ont la possibilité d’avoir un logiciel DMP-compatible ». Le Lessis rassemble selon sa déléguée générale « une trentaine d’éditeurs sur 100 », parmi lesquels « les trois éditeurs majeurs qui ont 70 % des établissements en France », à savoir Agfa, Maincare et Medasys, devenu Dedalus France. « Ceux-la sont DMP-compatibles et je pense que les autres le sont aussi », indique Mariane Cimino. « Ce n’est pas parce qu’on a les tuyaux pour envoyer que les services, eux, savent le faire », note-t-elle cependant.
Proposition du Snitem : intégrer des formulaires dans le DMP dans le cas des pathologies chroniques
« La filière du DM n’a droit de cité dans le numérique que très récemment, regrette pour sa part William Rolland, responsable e-santé au Snitem. On espère avoir rapidement des champs dédiés [dans le DMP] pour des éléments structurés, notamment l’identifiant unique du DM pour pouvoir le transporter d’une solution à l’autre » et assurer sa traçabilité.
William Rolland lance l’idée d’intégrer des formulaires dans le DMP dans le cas des pathologies chroniques pour qu’un patient puisse être suivi par tous les acteurs de santé, en ville comme à l’hôpital. « Les fabricants de DM ont dépensé des sommes assez conséquentes dans la mise en œuvre de plateformes d’intermédiation, qui mettent en lien un patient un professionnel de santé et l’industriel concepteur du DM, rapporte-t-il. Les données restent aujourd’hui dans cette plateforme, l’intérêt est de l’ouvrir. Nous œuvrons au Snitem pour que les industriels comprennent l’intérêt qu’ils ont a faire sortir ces données et a être compatibles avec le DMP. »
DMP et hôpital : « il faut rendre compatibles les différentes solutions »
Mariane Cimino décrit devant les députés la complexité de l’introduction d’un dossier médical dans un centre hospitalier. « Des centaines de logiciels font le SI de l’hôpital, dans un gros CHU il y a 400 logiciels différents », note-t-elle. Un dossier médical « est tentaculaire dans un hôpital, il doit s’interfacer avec beaucoup de spécialités [car] on ne fonctionne pas pareil en ophtalmologie qu’en cancérologie, explique-t-elle. [Par conséquent,] pour installer un dossier patient informatisé dans un hôpital, il faut entre cinq et six ans parce qu’il faut révolutionner toute l’organisation de l’hôpital. [Qui plus est,] on ne doit pas imaginer que tout le monde va changer pour utiliser le même logiciel au sein d’un GHT, il faut rendre compatibles les différentes solutions ».
Les représentants de l’industrie louent la gouvernance actuelle du projet DMP
Les représentants de l’industrie s’accordent pour louer la gouvernance actuelle du projet DMP. « Ce que je trouve positif depuis que la Cnam a repris le dossier en 2016, c’est qu’ils ont cette idée de « masse critique » [selon laquelle] c’est [seulement s’il y a] suffisamment de patients en France qui ont un DMP, que la situation pourra basculer », commente Mariane Cimino.
« Les professionnels se sentent impliqués et perçoivent une valeur ajoutée »
La maîtrise d’ouvrage « porte avec force et conviction le dossier », abonde Francis Mambrini. « Un réel engagement existe sur ce sujet, ajoute-t-il. Les professionnels se sentent impliqués et perçoivent une valeur ajoutée. On les écoute davantage dans les ateliers sur les évolutions du DMP, on s’est placé dans une logique de coconstruction ». Il rappelle le précédent atelier, qui portait sur le dossier pharmaceutique, « a bien marché parce qu’il était porté par la profession », et aussi parce que la question du rôle de éditeurs de logiciels « a été posée dès les tous premiers instants ».