Exclusif : « La santé numérique peut faire une réelle différence pour la santé des citoyens en leur donnant un meilleur contrôle et un meilleur accès à l’information. Notre défi consiste à travailler avec la collectivité pour en faire une réalité (…) », explique Tim Kelsey, le directeur de l’agence de la santé numérique australienne, dans un entretien exclusif accordé à H&TI.
Pour H&TI, M. Kelsey revient sur les principaux projets de cette nouvelle organisation et les challenges auxquelles doit aujourd’hui faire face le système de santé australien. Sa position : placer au centre de l’industrie de santé le patient afin d’en faire un véritable acteur et ainsi faire évoluer plus rapidement le secteur.
Il explique également à H&TI que, selon lui, l’Australie peut devenir un leader essentiel sur l’échiquier mondial dans le domaine de l’e-santé.
Objectif n°1 : proposer au patient de devenir acteur du système de santé
L’agence de la santé numérique australienne a été créée en juillet 2016 sous l’égide du Commonwealth après l’annonce du budget fédéral 2015-16 « My Health Record (…) ». Il s’agit d’une fusion « des activités et des ressources pertinentes de l’Autorité nationale de transition pour la santé en ligne (NEHTA) ainsi que des activités opérationnelles du système My Health Record (MyHR) gérées par le ministère de la Santé (…) », indique le site officiel de l’organisation.
Quelle sont les différences entre le NEHTA/les activités opérationnelles de MyHR et cette nouvelle agence ? Est-ce une simple fusion des deux entités ?
L’agence de la santé numérique australienne a débuté ses activités le 1er juillet 2016. Elle est chargée d’améliorer les résultats sanitaires des Australiens via la prestation de services et de systèmes de santé numériques.
L’organisation comprend des activités et des ressources transférées de la NEHTA, ainsi que des activités opérationnelles du système My Health Record, qui étaient auparavant gérées par le ministère de la Santé du Commonwealth.
L’une des principales raisons pour lesquelles l’agence a été créée est la volonté de créer un cadre de gouvernance unique, transparent et rationalisé, responsable de la stratégie et des opérations nationales en matière de santé numérique pour l’Australie – regroupant les services de santé numériques du pays sous un seul et même ensemble.
Quels sont vos principaux objectifs ?
L’agence est responsable de tous les services et systèmes de santé numériques nationaux, en mettant l’accent sur l’engagement, l’innovation, la qualité clinique et la sécurité.
Elle a été instaurée pour soutenir l’innovation numérique dans toute l’Australie afin de donner aux citoyens davantage d’accès à leur santé et plus de contrôle aussi. S’ils acceptent ce principe, ils peuvent soutenir les professionnels de soins qui les suivent et s’appuyer sur le leadership remarquable de l’Australie pour découvrir de nouveaux médicaments et traitements.
Quels sont les projets actuels de l’agence de la santé numérique australienne pour les mois et les années à venir ?
Nous ne parviendrons à concrétiser notre vision de la transformation numérique seulement si nous travaillons en partenariat avec le secteur de la santé, l’industrie et les consommateurs.
C’est pourquoi nous nous engageons actuellement dans tous les domaines de la collectivité – que ce soit du côté des consommateurs, des cliniciens, des fournisseurs de soins de santé, des organismes de pointe et des organismes consultatifs, de la recherche et des sciences, de l’industrie et de la technologie – pour élaborer une stratégie nationale en matière de santé numérique.
Besoins, désirs et aspirations sont nos leitmotivs. Nous organisons des événements, des forums et des sondages en ligne pour faire avancer dans projets.
Nous avons besoin d’une nouvelle stratégie nationale en matière d’e-santé qui définira les priorités de la coordination nationale et de l’investissement dans les solutions de santé numériques qui façonneront l’avenir de notre système de santé.
- Concrètement, nos priorités cliniques actuelles consistent à assurer une messagerie électronique sécurisée et transparente entre les fournisseurs de soins de santé mais aussi dans les domaines de la pharmaceutique, de la pathologie et de l’imagerie diagnostique afin d’assurer un meilleur accès aux différentes données recueillies dans ces différents secteurs.
- Une autre priorité est de faciliter l’utilisation du système My Health Record. Le dispositif a été mis au point pour aider les individus et leurs fournisseurs de soins à mieux gérer leur santé. Les médecins et les hôpitaux peuvent se connecter à MyHR pour consulter les informations médicales importantes de leurs patients quand ils en ont besoin – comme en cas d’urgence – de n’importe quel endroit et à tout moment.
Plus de 4,4 millions d’Australiens sont actuellement inscrits sur MyHR.
Le numérique au cœur des innovations à venir dans le domaine de la santé
Comment votre organisation, et par extension l’e-santé, peut selon vous participer à la résolution des défis auxquels se retrouvent confronté le système de santé australien ?
Les avancées technologiques ont changé presque tous les aspects de nos vies, de la façon dont nous mangeons à la façon dont nous nous déplaçons. Elles ont déjà transformé notre capacité à prédire, à diagnostiquer et à traiter la maladie.
Cependant, il y a encore beaucoup à faire pour déployer tout le potentiel de l’high tech et encore améliorer les résultats de santé de chaque Australien. Nous croyons qu’en exploitant de manière sécurisée les données et les outils technologiques dans le domaine de la santé dans le but d’y tirer un avantage tous ensemble – patients, soignants, cliniciens -, cela nous aidera à vivre une vie plus saine et plus heureuse.
Le système My Health Record en est un exemple. Il donne aux patients et aux professionnels de la santé un accès immédiat en ligne à leurs informations de santé importantes. Il améliorera à terme les résultats des soins coordonnés, réduira les doubles emplois et fournira des renseignements essentiels dans les situations d’urgence.
Le dispositif MyHR est désormais mobile. Il permettra aux développeurs d’applications d’innover et, avec le consentement des consommateurs, d’exploiter les données récoltées dans les organismes de santé afin de délivrer en retour des conseils aux patients sur leur santé à travers des applications. Ce type d’innovation permettra de répondre aux attentes des consommateurs et des fournisseurs de soins dans l’espace de la santé numérique.
Quels sont les principaux problèmes auxquels vous vous trouvez confrontés aujourd’hui ?
Le système de santé australien vit actuellement un moment important. Nous sommes confrontés à différents défis et, notamment, à la nécessité de déployer des initiatives novatrices pour offrir des services de santé de qualité et continuer à améliorer les résultats sanitaires de l’ensemble des australiens.
Les services numériques sont désormais partout dans notre quotidien, des banques en ligne au shopping sur internet en passant par la réservation d’un séjour par le biais d’une application mobile.
La santé numérique peut faire une réelle différence pour la santé des citoyens en leur donnant un meilleur contrôle et un meilleur accès à l’information. Notre défi consiste à travailler avec la collectivité pour en faire une réalité et veiller à ce qu’elle réponde aux besoins de toutes les parties prenantes.
Nous savons que le dispositif My Health Record ne peut pas transformer le système de santé australien du jour au lendemain mais c’est une première étape importante pour observer comment la technologie numérique peut profiter à l’offre de soins. Les médecins généralistes nous disent eux-mêmes que tout outil permettant de fournir un accès rapide à l’information des malades et d’offrir de meilleurs soins cliniques à leurs patients est extrêmement précieux.
Confidentialité : « L’agence prend au sérieux la vie privée [des patients] »
My Health Record a récemment été critiqué par le Dr Bernard Robertson-Dunn, qui préside le comité de la santé de la Australian Privacy Foundation (APF). Il a notamment déclaré que MyR était « inutile » et « mettait en danger les données des patients » selon ses observations.
Quelle est la politique de confidentialité de l’agence de la santé numérique australienne ?
L’agence prend au sérieux la vie privée des parties impliquée dans son système.
- Elle suit une politique de confidentialité qui couvre la collecte, l’utilisation et la divulgation des renseignements personnels de ses parties prenantes.
>>>> Le document est disponible sur le site web de l’organisation : https://www.digitalhealth.gov.au/privacy.
L’agence de la santé numérique australienne peut recueillir des informations personnelles pour s’acquitter de ses fonctions, y compris pour répondre à une enquête menée par une partie prenante, pour s’engager avec des individus dans le cadre de consultations et pour répondre aux demandeurs d’emploi potentiels.
- Elle dispose aussi d’une politique de confidentialité sur la façon dont elle traite les données privées en tant qu’opérateur du système MyHR. Celle-ci est disponible sur le site Myhealthrecord.gov.au : https://myhealthrecord.gov.au/internet/mhr/publishing.nsf/Content /privacy-statement.
Le texte précise comment et pourquoi l’information peut être récoltée, comment elle est utilisée et à qui elle peut être divulguée. Il fournit également des informations sur la manière de présenter une plainte si une personne pense que quelqu’un a consulté son dossier de santé de façon inappropriée. Lorsqu’une personne se présente au système My Health Record, ces renseignements lui sont fournis.
- L’outil My Health Record est également soumis à un cadre législatif détaillé, y compris à la Loi sur les dossiers médicaux, la Loi sur les identificateurs de soins de santé et la Loi sur la protection des renseignements personnels. Ces différents textes imposent des obligations aux utilisateurs de My Health Record, y compris aux fournisseurs de soins de santé et à l’Agence en tant qu’opérateur du système.
>>>> Pour davantage de renseignements sur la protection de la vie privée et la sécurité de MyHR, vous pouvez consulter la page dédiée sur le site officiel du dispositif : https://myhealthrecord.gov.au/internet/mhr/publishing.nsf/Content/privacy?OpenDocument&cat=Privacy%20and%20Security.
L’Australie, moteur du marché mondiale de l’e-santé ?
Quelle est votre vision de l’e-santé en Australie et plus généralement en Asie ?
L’Agence de la santé numérique australienne jouit d’un potentiel sans précédent pour aider à transformer la qualité des soins et l’expérience de santé en Australie et démontrer les avantages extraordinaires que la technologie numérique peut offrir aux patients, aux citoyens et aux professionnels dévoués qui les servent.
Voilà, en résumé, notre vision du secteur.
Pensez-vous que l’Australie puisse devenir le principal leader du marché de l’e-santé en Asie, voire à échelle internationale, dans les années à venir ?
Tout d’abord, je précise que le travail de notre agence se limite à l’Australie. Nous ne percevons donc pas l’Asie comme un marché.
Cela étant dit, l’analyse des expériences internationales nous permet d’apprendre des réalisations et des erreurs des autres. Les comparaisons internationales sont également utiles pour nous aider à faire le point sur l’évolution de l’Australie.
Cependant, il est difficile de comparer les progrès de l’Australie à l’adoption et à la mise en œuvre de l’e-santé dans d’autres pays. Il existe autant de modèles différents de santé numérique dans le monde que de systèmes de soins de santé, et il existe une grande variété d’approches.
Néanmoins, je crois fermement que nous pouvons ouvrir la voie à des avancées prometteuses dans ce domaine. Une base solide a été créée en Australie et à partir de laquelle l’innovation dans la santé numérique peut maintenant prospérer. Nous avons l’occasion de placer la nation au centre de l’excellence et de l’innovation mondiale en matière d’e-santé.
Notre approche place les consommateurs de la santé au premier plan, faisant d’eux de véritables coproducteurs, ce qui permet d’élaborer une stratégie capable d’améliorer les décisions et les résultats en matière de santé et de prise en charge. Les possibilités sont nombreuses au vu de la taille de la communauté, qui comprend les patients et plus largement le public, les soignants, les fournisseurs de soins de santé, les scientifiques et les chercheurs, les entrepreneurs et les innovateurs du secteur high tech.
La fondation de l’agence offre un nouveau départ, une occasion pour toute la communauté de décider à quel niveau elle souhaite intégrer les nouvelles technologies dans le système pour soutenir une meilleure santé et une meilleure offre de soins. Il ne s’agit pas seulement de nous mais aussi de nos enfants. Nous pensons à la façon dont nous pouvons tirer parti de l’héritage exceptionnel de la découverte scientifique de l’Australie pour cette génération et la prochaine.