Doctolib, service de prise de rendez-vous auprès de professionnels de santé, vient de lever 26 millions d’euros le 26 janvier 2017. Stanislas Niox-Chateau, son directeur général (CEO) et l’un des trois co-fondateurs de la société, a accordé un entretien à Health & Tech Intelligence dans lequel il revient sur la stratégie de développement de l’entreprise.
Il note que si l’essentiel des utilisateurs sont des professionnels libéraux, un secteur dans lequel l’entreprise continue de se développer, Doctolib se développe à présent en direction des établissements de santé publics et privés.
Combien de fonds avez-vous levé depuis la création de Doctolib ?
Depuis la création de la société il y a trois ans, nous avons levé un total de 50 millions d’euros auprès de trois types d’investisseurs : Bpifrance, le fonds d’investissement Axel Partners, et des investisseurs individuels.
Quels services propose votre société aujourd’hui ?
Nous sommes partis d’un double constat.
Premièrement, le parcours de soins est complexe, opaque, et la prise de rendez-vous difficile. Nous avons donc souhaité le fluidifier grâce à un site et des applis permettant aux patients de prendre rendez-vous en ligne avec des professionnels de santé, et de recevoir des SMS/e-mails de rappel et d’annulation de rendez-vous. En 2016, notre site et nos applis ont compté 6 millions d’utilisateurs.
Deuxième constat : la gestion des rendez-vous coûte cher aux établissements et aux professionnels de santé, et elle est chronophage. Nous avons donc développé un service intégré sur mesure, qui leur donne accès à un agenda pour la gestion de leur planning, des prises de rendez-vous en ligne, à des outils de CRM, à la gestion de leur visibilité vis-à-vis des patients – dans le respect de la charte déontologique de leur Ordre –, ainsi qu’à un réseau de correspondants auprès desquels ils peuvent prendre rendez-vous pour leurs patients.
Comment se répartissent vos clients ?
Aujourd’hui, 90% de nos utilisateurs sont des professionnels de santé libéraux. Toutefois, nous développons également nos services auprès des établissements de santé. Nous avons ainsi gagné il y a quelques mois l’appel d’offres de l’AP-HP pour la mise en place de la prise de rendez-vous en ligne dans l’ensemble de ses établissements. Le déploiement a commencé à l’HEGP depuis un mois, et nous prévoyons d’installer notre service dans deux à trois hôpitaux chaque mois. Nous sommes la première start-up à déployer un service en mode SaaS à l’AP-HP.
Nous avons également conclu des partenariats avec les grands groupes de cliniques privées : Ramsay, Elsan, Medipole, Vivalto, Alma Viva… Nous travaillons aussi avec des centres de santé.
Quelle est la valeur ajoutée pour vos clients ?
Nous constatons une division par quatre du nombre de rendez-vous non honorés en moyenne, qui passent d’environ 10 % à 2 %. Les SMS et e-mails de rappel, ainsi que la possibilité pour le patient d’annuler son rendez-vous en ligne ont une importante valeur ajoutée.
Quel est le coût d’abonnement pour vos clients ?
Le coût est de 109 euros par praticien et par mois, tout compris. Il n’y a pas de frais de mise en service ni de frais annexes.
Quelle est votre stratégie de développement en Allemagne ?
La France et l’Allemagne représentent, à elles deux, 30 % du marché européen, avec une structuration similaire. Nous adoptons donc la même stratégie de développement qu’en France, et avons déjà ouvert quatre bureaux en Allemagne, à Berlin, Cologne, Hambourg et Munich. En France, nous avons désormais des consultants dans 35 villes, et nous installons notre service dans environ 1200 cabinets par mois.
Voyez-vous des freins réglementaires à votre activité ?
Non, mais nous avons deux types de contraintes à respecter : le respect de la charte déontologique de l’Ordre, et le respect de la réglementation en matière d’hébergement des données de santé.
Avez-vous prévu de diversifier vos services ?
Je ne crois pas au multitopic. Nous sommes dans une optique d’amélioration continuelle de notre service, avec 40 ingénieurs en interne consacrés à cette tâche. Nous travaillons également avec des professionnels de santé pour le développement de nouvelles fonctionnalités ainsi qu’avec certains éditeurs de logiciels médicaux qui ont très bien compris ce que nous pouvions apporter. Les relations sont en revanche beaucoup plus difficiles avec quelques éditeurs qui à mon avis ont tendance à prendre en otage leurs clients médecins.