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  • HIMSS 2017 – Aide à la décision clinique : retour d’expérience de l’Hôpital universitaire du Kentucky

    Dans le cadre des rendez-vous Himss 2017 avec la délégation française, Carole Steltenkamp, de l’Hôpital universitaire du Kentucky, a présenté sa stratégie de choix et de déploiement d’outils d’aide à la décision clinique au sein de son groupe hospitalier.

    Principes, facteurs de succès, difficultés, elle revient sur une stratégie débutée en 2010 autour de la détection précoce des risques de mortalité chez les patients déployée dorénavant dans les deux campus hospitaliers (925 lits, 1 million de patients uniques) et sur toutes les activités médicales.

    Mettre en place des outils d’aide à la décision clinique (CDS) est une étape stratégique dans l’amélioration de la qualité des soins mais demande patience, obstination et agilité. La clé de succès réside dans l’intégration complète de l’outil de décision clinique – dans  ce cas précis, il s’agit des solutions « Clinical Key » et « Order set » de Elsevier – dans le workflow médical du praticien.

    Le déploiement et le bon usage d’outils d’aide à la décision clinique « intelligents » présentent plusieurs stades d’utilisation :

    – stade 1 : la génération d’alertes en cas d’erreur ou d’événement indésirable. La limite de cette fonctionnalité est d’être utile une fois l’erreur survenue et de ne pas permettre de changer les pratiques.

    – stade 2 : l’anticipation des erreurs par la mise en place d’order sets (notamment coécrits avec les équipes de soins). Cette étape permet une réduction du nombre d’erreurs, moins d’alertes et un meilleur workflow.

    – stade 3 : le meilleur soin à tout moment par l’amélioration permanente et circulaire de l’outil, intégrant la capacité à recalculer à chaque usage la recommandation en s’appuyant sur l’intégration des meilleures pratiques, des e-requêtes automatiques, l’intégration de documentation et des alertes plus efficaces.

    Les principaux résultats constatés sont :

    • traçage systématique et revue des erreurs notamment de prescription médicamenteuse
    • remontée centralisée des informations dans l’outil de décision clinique
    • diminution du temps de détection des événements critiques
    • diminution du nombre d’incidents
    • diminution des durées de séjour

     

    Étude de cas et principaux apprentissages des UKH

    La prochaine étape de la feuille de route  aux UKH est la mise à disposition en 2017 sur smartphone des outils et tableaux de bords du CDS.

  • CDS

    Clinical decision supportnull

  • 83 % des Français pensent que la santé connectée est trop absente du débat politique (Sondage ODOXA)

    86% des Français sont satisfaits du système de santé, mais 83% d’entre eux pensent que la santé connectée est insuffisamment abordée lors des débats politiques : tels sont les principaux résultats le 7e vague du Baromètre santé d’Odoxa, publiée le 27 février 2017.

    L’enquête a été réalisée entre le 3 janvier et le 9 février 2017 auprès de 3046 Européens (Français, Italiens, Allemands, Espagnols, Britanniques) pour ce qui concerne la perception du système de santé; 428 médecins et 190 directeurs d’hôpitaux ont également été interrogés sur la santé connectée et la lutte contre les déserts médicaux.

    Les baromètres Santé 360 d’Odoxa sont réalisés en partenariat avec Orange, la Mutuelle Nationale des Hospitaliers, la Fédération hospitalière de France, Ramsay Générale de Santé, la chaire Santé de Sciences Po, Le Figaro Santé et France Inter.

    Des attentes fortes en matière de santé connectée

    La santé connectée représente, pour 77% des Français, une réelle opportunité de prévention, mais seulement 58% d’entre eux pensent qu’elle peut favoriser la qualité des soins.

    Ils s’accordent à dire que les nouvelles technologies ne sont pas suffisamment présentées aux médecins, notamment pour favoriser la prévention et pour améliorer la permanence des soins et diminuer leur coût (3 Français sur 4). 83% d’entre eux pensent que la santé connectée n’est pas suffisamment présente dans les débats politiques. 

    Enfin, 78 % des Français estiment que la santé connectée est une opportunité pour favoriser le maintien à domicile.

    Un système de santé plébiscité par les Français

    86% des Français sont satisfaits du système de santé et pensent même que c’est « un trésor » à fort potentiel. Cela explique que 77% d’entre eux soient sensibles aux discours des candidats sur le champ de la santé.

    En revanche, 39% des Européens perçoivent le système allemand comme le plus performant contre 23% pour la France.

    La nécessité de résoudre le problème des déserts médicaux et de réformer l’Assurance maladie

    Malgré un taux de satisfaction de plus de 4 Français sur 5, l’Assurance maladie doit être réformée pour

    • favoriser les soins ambulatoires (83%) ;
    • inciter les médecins à limiter les arrêts maladies (73%) ;
    • développer l’usage des médicaments génériques (72%).

    Ces mesures pour réduire le déficit de l’Assurance maladie sont généralement acceptées car elles n’engendrent pas d’effort financier de la part des usagers.

    Concernant les déserts médicaux, le problème est connu de tous les Français mais ils considèrent les mesures « peu convaincantes » dès lors qu’elles impliquent un effort de leur part. 70% des médecins refusent d’office de s’installer dans un désert médical; ce chiffre baisse à 46% « si les mesures proposées étaient suffisamment incitatives ».

  • Simulation : inauguration du Medical Training Center du CHU de Rouen

    Le Medical Training Center du CHU de Rouen a été inauguré par le Président de la République le 24 février 2017. Ce centre a pour ambition de former les professionnels de santé à des procédures, à des gestes ou à la prise en charge de situations à risque par l’utilisation de matériel, de mannequins ou de simulateurs.

    Il doit également permettre aux professionnels de santé d’analyser et d’améliorer leurs pratiques et leurs capacités à faire face aux situations à risque.

    D’une surface de 3000 m2, le medical training center est situé entre le CHU de Rouen et la faculté de médecine et de pharmacie. Il contient des espaces de formation, des salles de réunions, de briefing et débriefing. Son amphithéâtre dispose d’une régie vidéo directement connectée aux blocs opératoires et aux laboratoires du CHU, permettant ainsi la diffusion d’interventions partout dans le monde.

    Le medical training center propose plus de 70 formations, en formation initiale et continue, dans une vingtaine de disciplines : cardiologie interventionnelle, imagerie médicale, chirurgie, obstétrique, etc.

    Il va également accompagner la diffusion de l’innovation avec les partenaires industriels, prioritairement les start‐up locales, au moyen de tests ou de démonstrations d’équipements en vue de leur commercialisation.

    Le medical training center, qui a coûté 14,4 millions d’€, a été financé par :

    • le CHU de Rouen : 6,2 millions d’€
    • l’État : 3 millions d’€
    • la Région Haute-Normandie : 3 millions d’€
    • l’Université de Rouen : 1,7 milllion d’€
    • la métropole Rouen Normandie : 500 000 €.

  • Santé Publique France : parution au journal officiel de la loi entérinant sa création

    La loi n° 2017-228 entérinant la création de l’agence nationale de santé publique « Santé Publique France » a été publiée au journal officiel le 24 février 2017.

    Créée en 2016 dans le cadre de la loi de modernisation du système de santé, la nouvelle agence regroupe l’institut de veille sanitaire (InVs), l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes) et l’établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus).

    L’agence est dirigé par François Bourdillon depuis juin 2016. En tant qu’agence scientifique et experte du champ sanitaire, ses missions se déclinent autour des points suivants :

    – l’observation épidémiologique et la surveillance de l’état de santé des populations ;
    – la veille sur les risques sanitaires menaçant les populations ;
    – la promotion de la santé et la réduction des risques pour la santé ;
    – le développement de la prévention et de l’éducation pour la santé ;
    – la préparation et la réponse aux menaces, alertes et crises sanitaires ;
    – le lancement de l’alerte sanitaire.

  • Belgique : plus d’1million de patients inscrits sur le portail wallon de partage des données de santé

    Plus d’un million de patients se sont inscrits sur le Réseau Santé Wallon (RSW), plateforme d’échange des documents médicaux entre professionnels de santé, annonce la plateforme le 24 février 2017.

    Le Réseau Santé Wallon permet à l’ensemble des établissements hospitaliers et des généralistes de Wallonie de partager des documents médicaux dès lors que le patient s’est inscrit sur la plateforme.

    Ce sont les patients qui décident quels documents peuvent être partagés. Seuls les établissements et professionnels de santé pouvant justifier d’un lien thérapeutique avec le patient ont accès à ses données. Les patients ne peuvent en revanche pas voir le contenu des documents référencés.

    Le Réseau Santé Wallon couvre désormais près de 28 % de la population wallonne.

  • HIMSS 2017 – EHR aux USA : le marché se recompose autour d’EPIC et de Cerner

    Les hôpitaux américains ont déployé des dossiers patients une dizaine d’années avant les établissements français. Résultat : ils passent actuellement à un dossier de deuxième génération, remettant en concurrence leur fournisseur historique.

    Dans le cadre de Himss2017, Lindsey Jarrell, CEO de Healthlink Advisors, présente à une délégation d’acteurs français la recomposition du marché des éditeurs aux États-Unis et les tendances stratégiques des hôpitaux qui conduisent ces évolutions. Regroupements hospitaliers, intégration ville hôpital, rôle croissant du patient, exigence de sécurité des soins sont autant de facteurs qui poussent les éditeurs à développer de nouvelles générations d’EHR et à créer des partenariats avec de nouveaux acteurs émergents.

    Les enjeux du marché des EHR aux USA sont à la hauteur des budgets consacrés par les établissements à leur informatisation. La clinique MAYO, groupe hospitalier majeur aux États-Unis, y consacre chaque année 8 à 9% de son revenu, alors que la moyenne constatée des budgets IT hospitaliers en France avoisine les 3%.

    2009 : HITECH ACT et meaningfull use accélèrent le marché

    La Loi sur les  TIC en Santé (HITECH), a été promulguée le 17 février 2009 afin de promouvoir l’adoption et l’utilisation judicieuse des technologies de l’information. HITECH a entraîné des changements majeurs pour l’industrie :

    • Croissance rapide de l’adoption du dossier patient
    • Priorité à l’interopérabilité
    • Défis continus concernant l’intégration des outils dans le  workflow et l’adoption par les médecins
    • Investissement massif dans la technologie de l’information sur la santé de la part des hôpitaux

    2017 : un constat mitigé

    Le constat dressé est pourtant mitigé, notamment quant à la réalité des usages des EHR et de leur adoption par le corps médical.

    • Peu d’hôpitaux ont maîtrisé la relation medécin – patient – DPI
    • Même si les États-Unis ont fait des progrès importants avec les DPI, peu d’acteurs tirent réellement partie de leur informatisation
    • La conception pour les environnements hospitaliers rend inadapté les outils pour une prise en charge plus globale des patients : systèmes d’alerte précoce, déterminants sociaux et information communautaire. De fait, les analyses et les rapports sont axés sur les hôpitaux.
    • Les exigences en matière de documentation clinique continuent de devenir plus complexes, la réglementation et les règles de prises en charge changent

    Conséquence : de nombreuses organisations adoptent des stratégies d’investissement de deuxième génération et remettent leur stratégie initiale (et leur outil) en question.

    Part de marché des éditeurs : concentration et nouvelle donne

    Du fait de la stratégie des établissements hospitaliers, qui intègrent de plus en plus leurs établissements et des centres de premier recours, et avec l’impulsion des programmes de financements par le meaningfull use de Medicare, le tableau des parts de marché des EHR se recompose :

    • Fournisseurs de DPI – segment Hôpital
      • 63% des hôpitaux participant au programme d’incitation Medicare EHR utilisent 1 des 3 fournisseurs Cerner, Meditech et Epic.
    • Fournisseurs de Dossier patient  – Médecine de Ville
      • 53% des cabinets médicaux participant au programme d’incitation Medicare EHR utilisent un des 5 fournisseurs Epic, Allscripts, eCW, NextGen, et GE.

    Les enjeux actuels :  Natural language et analyse de data

    Le traitement de la donnée contenue dans les dossiers patients est devenu un enjeu stratégique pour les hôpitaux, tant sur le plan médical que sur le plan du pilotage stratégique de l’activité. Cette exigence pousse les industriels à développer de nouvelles offres de plateformes de collecte de données provenant de plusieurs sources et de plusieurs éditeurs. L’analyse de données devient un champ d’investissement majeur.

    En plus des 5 acteurs traditionnels de ce marché – SAP, Oracle, Microsoft, IBM, SAS, deux acteurs spécialisés émergent sur ce segment de Business Analytics :

    • Pieces Tech: Plateforme pour le case management, Plateforme d’aide à la décision clinique en temps réel
    • Dimensional Insight : plateforme Diver, permettant une approche financière, clinique et opérationnelle.

    L’autre champ d’investigation majeur dans la stratégie IT des établissements est l’intelligence artificielle et le machine learning, avec l’enjeu de l’apprentissage sémantique et du « natural language ».

  • Programme d’investissements d’avenir (PIA) : précisions sur le volet régionalisé

    Bernard Cazeneuve, Premier Ministre, a présenté une communication sur le volet régionalisé du programme d’investissements d’avenir lors du conseil des ministres du 24 février 2017. 500 millions d’euros lui seront consacrés.

    Ces 500 millions d’euros vont être répartis en deux enveloppes de 250 millions :

    • la première sous forme de subventions et d’avances remboursables. Elle sera déployée via Bpifance ;
    • la seconde sous forme d’investissement en fonds propres. Elle sera déployée via la Caisse des Dépôts.

    Un appel à candidatures a été diffusé le 24 février 2017 auprès des régions pour déterminer la répartition des fonds de la première enveloppe. Pour chaque action sélectionnée, l’État et les régions financeront à parité : à 1 € apporté par l’Etat correspond 1 € apporté par la région. Les premiers appels à projets régionaux pourront être initiés avant l’été.

    La seconde enveloppe fera l’objet d’une consultation pour déterminer les meilleures conditions d’intervention dans les premiers stades de développement des entreprises : pré-amorçage, amorçage et capital croissance.

    La communication du Premier Ministre précise que ces fonds vont donner aux pôles de compétitivité un levier supplémentaire pour porter leurs projets structurants pour les filières industrielles.

  • Téléassistance : une convergence avec la télésanté, au bénéfice des mutuelles et assureurs (Pipame)

    La téléassistance et la télésanté tendent à converger en raison des évolutions technologiques, selon l’étude du PIPAME « L’avenir du marché de la téléassistance et des services associés », présentée le 24 février 2017 : miniaturisation des équipements, protocoles de communication de l’internet des objets, connexion à des plateformes de traitement des données.

    Cette convergence va entraîner une modification des équilibres stratégiques du secteur, au profit des mutuelles et assureurs.

    La téléassistance, un marché fortement concentré

    • les 5 leaders du marché captent plus de 70 % des abonnements (Vitaris, Présence Verte, GTS Mondial, Europ Assistance, Filien ADMR).
    • les 10 plus grands acteurs du marché captent 86 % des abonnements.

    3 groupes stratégiques dominent le marché :

    • assurances et mutuelles : 27 %
    • spécialistes (Assystel, Vitaris, Bluelinea…) : 27 %
    • secteur associatif : 27 %

    S’ajoutent à ces groupes les banques (4%) et les acteurs de la sécurité (7 %).

    Deux nouveaux entrants se positionnent sur le marché :

    • La Poste, qui s’appuie sur son réseau de facteurs ;
    • Orange, qui a notamment conclu un partenariat avec Harmonie Mutuelle en mai 2016.

    Une filière fragilisée

    Le nombre d’abonnés à un service de téléassistance a connu une augmentation régulière ces dernières années, pour atteindre 580 000 en 2015.

    A contrario, le chiffre d’affaires global du secteur stagne à 112 millions d’€ en 2015. Cette stagnation est due à une forte compression des prix.

    De plus, l’écosystème de la téléassistance est fortement dépendant de la commande publique, avec un tiers du marché géré directement par les départements (délégation de services publics, marchés publics). Cette politique sociale contribue au développement de la téléassistance, mais ne permet pas d’impulser une dynamique d’innovation commerciale et technologique, cette dernière n’étant pas une priorité pour les acteurs publics.

    Des opportunités manquées avec Paerpa et TSN

    Les auteurs de l’étude regrettent le manque d’implication des assisteurs dans les projets Paerpa, alors que la téléassistance pourrait contribuer aux objectifs poursuivis par ce programme : suivi des personnes post-hospitalisation, détection des chutes, sécurisation de la prise de médicaments via les piluliers connectés, etc.

    Quant à TSN, 3 projets pourraient, selon l’étude, présenter des synergies avec la téléassistance :

    • Autonom@dom : bouquet de services, coordination des intervenants, plateforme téléphonique d’information et d’orientation des personnes ;
    • XL ENS : télésuivi de personnes atteintes de cancer, gestion d’appels de convivialité, suivi des urgences hors des heures ouvrables par le service départemental d’incendie et de secours des Landes ;
    • E TICSS : coordination des intervenants, mise en place de capteurs connectés.

    Le rapprochement avec la télésanté autour du traitement des données

    Certains téléassisteurs commencent à développer des services innovants autour de la prévention, avec une analyse des données collectées par les équipements et capteurs. Dans cette logique, les informations de télésanté pourraient être intégrées avec les services de téléassistance pour permettre un suivi continu de la personne. Les plateformes de téléassistance pourraient alors devenir un point de concentration des données de différentes natures.

    Les auteurs de l’étude soulignent l’avantage compétitif des mutuelles et assureurs dans cette perspective :

    • l’offre de téléassistance peut s’inscrire dans une perspective d’accompagnement du parcours de vie des personnes et de fidélisation des clients ;
    • elle peut apporter des gains aux mutuelles et assureurs en réduisant les risques d’hospitalisation et les coûts liés au retour à domicile après hospitalisation ;
    • les investissements financiers sont modestes à l’échelle de l’activité de ces groupes.

     

  • « Nous servons d’interface entre le monde médical et le monde technologique » (W. Allègre)

    Ingénieur au laboratoire d’électronique du CMRRF de Kerpape, Willy Allègre a accordé un entretien à HTI dans lequel il explique comment l’ingénierie sert de support au développement de nouvelles technologies d’assistance pour les patients en situation de handicap.

    • Le pouvoir décisionnel du patient dans les projets R&D,
    • la cybersécurité des logiciels, algorithmes, systèmes intégrés en domotique,
    • l’évaluation de l’expérimentation sur le terrain : living-lab santé et autonomie,
    • living-lab : l’auto-évaluation du patient dans des appartements tremplins,
    • rehab-lab : fab-lab et impression 3D par le patient de ses aides techniques,
    • le modèle de financement des fab-lab,
    • l’adhésion des patients aux technologies d’assistance,
    • la veille technologique, démarche open source,
    • la réglementation des technologies d’assistance.

    tels sont les points essentiels abordés par Willy Allègre.

    Du point de vue de l’ingénieur, comment sont acceptées les technologies d’assistance par les patients ? Avez-vous des contacts directs avec eux ?

    Oui, principalement dans le cadre de prises en charge en équipe pluridisciplinaire (avec nos collègues médecins et thérapeutes). Mais avant cette étape, nous effectuons en amont beaucoup de veille technologique afin de savoir ce qui existe. Cela nous permet, à un moment donné pour un patient donné, ayant des besoins spécifiques, de proposer une solution. Cette solution technologique peut être en lien avec l’accès à l’informatique, l’aide à la communication, l’aide au déplacement, la domotique etc. Cette solution-là, nous la proposons en essayant de connaître les besoins et les ressources financières, les capacités de la personne à interagir, son appétence par rapport aux technologies. Cette première étape d’expression des besoins nous donne des idées de solutions que l’on teste puis valide.

    Comment réalisez-vous cette veille technologique ?

    Nous réalisons une veille « large » sur les produits en lien avec le handicap et la silver économie, auprès de revendeurs, newsletters et forums. Cette veille ne se limite pas à une veille produits spécifiquement dans le domaine du handicap, nous allons chercher plus loin et en dehors : par exemple nous recherchons dans le domaine du jeu vidéo des interfaces pour l’accès à l’informatique : il existe des « eye trackers » dans le domaine du médical qui coûtent des milliers d’euros mais ayant l’avantage d’être robustes pour l’aide à la communication notamment, pour pouvoir désigner des lettres à l’écran avec les yeux.

    Mais il existe également des interfaces d’eye-tracking low-cost développées dans le domaine du jeu vidéo : ce sont des solutions qui exploitent le mouvement des yeux. L’échelle de prix est différente, avec un coût d’environ 100$. La qualité et la fiabilité sont moindres mais ces solutions peuvent néanmoins répondre à certains besoins. Notre veille s’applique également aux méthodes, algorithmes et technologies développés dans les laboratoires de recherche.

    Nous devons en fait réaliser le grand écart entre des solutions concrètes, applicables aujourd’hui et les solutions de demain qui sont en cours de développement dans des laboratoires de recherche. On se doit donc de réaliser des partenariats avec les différents laboratoires de recherche qui travaillent par exemple sur la réalité virtuelle, l’interface homme-machine, la domotique… Cela peut être ciblé sur les interfaces BCI (Brain Computer Interface) pour exploiter les signaux électriques du cerveau pour utiliser l’informatique, comme sur la production de synthèses vocales ou sur le TAL (Traitement Automatique des Langues) pour permettre d’accélérer la vitesse d’écriture avec la prédiction de mots pour les personnes qui n’ont pas l’usage de la parole et qui doivent communiquer avec un clavier de lettres par exemple. Nous servons d’interface entre le monde médical et le monde technique. Nous pratiquons le bilinguisme entre ces deux mondes.

    Comment envisagez-vous la réglementation de toutes ces technologies d’assistance ?

    Dans les assistances technologiques au sens large, il y a des équipements qui répondent aux exigences réglementaires des dispositifs médicaux. Cela comprend la majorité des fauteuils roulants électriques par exemple. Dédiées au domaine de la santé, ces aides doivent être classées « dispositif médical ». C’est d’ailleurs le cas pour tous les systèmes robotiques dans lesquels il existe une boucle de rétro-action, c’est-à-dire qu’il y a un système mécanique, électronique qui peut influencer le comportement de la personne.

    Concernant les interfaces ou logiciels qui peuvent être proposés en tant qu’assistance technologique, cela dépend de leur origine : il existe des logiciels dédiés à la communication, des claviers virtuels développés dans le domaine de l’open source, libre ou gratuit : dans ce cas, ce n’est pas forcément un dispositif médical. Pour autant nous nous permettons de le proposer au patient si cela répond à ses besoins afin qu’il puisse l’utiliser tous les jours.

    Comment procédez-vous lorsque vous proposez une solution à un patient ? Au cas par cas, avec son consentement ?

    Toute solution technologique proposée est préalablement testée par le patient qui doit la valider. Dans la pratique quotidienne, notre objectif en tant que laboratoire dans un centre de rééducation est de prendre en compte les besoins, de proposer différentes solutions, en étant le plus neutre possible par rapport aux technologies, aux produits proposés aux patients. Par exemple si le critère numéro un à prendre en compte est le prix, ce qui arrive souvent, nous faisons en sorte que toutes les solutions répondent a minima mais sinon complètement aux besoins des patients. Des solutions peuvent être gratuites dans certains cas.

    Le patient a donc un pouvoir décisionnel sur les solutions qu’on lui propose ?

    Nous n’imposons rien. On se doit de proposer différentes possibilités. Concrètement, prenons l’exemple de deux personnes tétraplégiques, différentes, une jeune, un peu « geek » et une moins jeune n’ayant jamais utilisé l’informatique. Si l’on prend simplement en compte le profil tétraplégique on peut proposer une solution adaptée qui fonctionne pour un financement possible, identique pour ces deux personnes.

    La réalité est plus compliquée : pour le patient « geek » on va pouvoir mettre en place une solution d’head tracking qui repère les mouvements de la tête avec la webcam de la tablette ou de l’ordinateur : la personne est autonome quant à la sélection avec le curseur de la souris : le jeune patient tétraplégique pourra adhérer à cette solution-là. Mais la personne n’ayant jamais utilisé d’ordinateur va être mal à l’aise face au fait de ne pas avoir d’interface physique sur laquelle agir pour déplacer le curseur. Nous avons vécu cette situation et proposé un joystick au menton grâce auquel la personne tétraplégique comprenait que lorsqu’elle bougeait le menton cela faisait bouger le curseur à l’écran.

    Comment sont sélectionnés les patients qui participent à l’expérimentation de ces nouveaux outils technologiques ?

    Dans le cadre de projets collaboratifs, l’idée est de former une équipe à Kerpape pour participer au développement d’un robot, d’un système de déplacement, d’un logiciel etc. L’intérêt est d’inclure les patients dès le début du projet afin qu’ils puissent exprimer au mieux leurs besoins. Ils interviennent également principalement à la fin du projet (l’idéal étant qu’ils soient impliqués tout au long du projet), lorsque nous réalisons une expérimentation en conditions réelles, notamment dans notre living-lab où ils évaluent le dispositif développé.

    Pour les impliquer, nous appliquons une procédure classique dans laquelle il convient de définir dans le projet des critères d’inclusion, d’exclusion, une lettre d’information type pour la personne qui recrute les patients et leur explique le projet.

    Comment vous positionnez-vous en tant qu’ingénieur de terrain, avez-vous identifié des obstacles à la R&D en France ?

    A mon avis, et par rapport à ce que j’ai pu entendre des collègues chercheurs / partenaires, une des difficultés rencontrées par les laboratoires de recherche est le faible taux de sélection des appels à projets de type ANR-FUI : la concurrence est de plus en plus rude, c’est une tendance qui est également retrouvée au niveau des appels à projets européens.

    Avant même d’avoir débuté le projet, il faut réaliser un travail considérable de rédaction, de communication, pour la plupart du temps avoir des retours négatifs qui pourraient être contestables. Ce qui est à pointer plus généralement, c’est le financement contractuel de la recherche en France qui n’est pas évident pour pérenniser les savoir-faire, et avancer sereinement sur des projets de R&D.

    Concernant les logiciels et algorithmes utilisés traitant de nombreuses données : comment la cybersécurité est-elle intégrée dans vos solutions technologiques ? Comment éviter que quelqu’un d’autre que le patient puisse contrôler son robot ?

    Dans le domaine de la domotique, avec l’arrivée massive des objets connectés et de l’IoT, il y a des solutions pour le handicap qui sont intéressantes, mais cela implique de résoudre les problèmes de failles au niveau de la sécurité informatique. Sur le terrain, on se rend compte que tous les fabricants ne se sont pas assez posés la question de la sécurité du serveur domotique face aux menaces actuelles en termes de connexion à distance.

    Dans le domaine particulier du handicap, il faut être le plus vigilant possible puisque les situations peuvent être bien plus compliquées lorsqu’il est question de la domotique d’une personne tétraplégique ou alitée alors que les aidants ne sont pas là. Pour ces personnes-là, la sécurité du logement est essentielle. Par exemple, pour la télé-alarme : un patient se sent mal chez lui et est seul dans un appartement équipé aménagé, il doit pouvoir appuyer sur un bouton afin d’être en communication avec un opérateur qui puisse rediriger l’appel vers un proche ou les secours. Nous devons réfléchir également aux pires situations : en cas de panne de courant comment se comporte la domotique ? Une de nos préconisations est que la télé-alarme reste sur une ligne fixe pour qu’elle reste branchée en permanence. De même, pour la porte d’entrée nous proposons des ouvre-portes avec batteries intégrées en cas de coupure de courant…

    Concernant le living-lab, comment évaluez-vous l’expérimentation sur le terrain ? Avez-vous des indicateurs pour évaluer le bénéfice pour le patient ?

    Nous n’avons pas d’indicateurs-types, cela dépend des projets menés. Les appartements tremplins font partie du forum des living labs en santé autonomie. Nous avons 4 objectifs dans ce living-lab :

    • 1- Mises en situation de vie autonome : 115 séjours depuis 2012
    • 2- Démonstrations/Essais/Adaptations : 60 mises en situation ponctuelles par an
    • 3- Formation auprès d’artisans du bâtiment : 145 artisans formés depuis 2012
    • 4- Recherche appliquée / Innovation

    Le living-lab est d’abord un lieu de vie dans lequel on permet aux patients de séjourner pendant une semaine : l’objectif est que pendant leur période de rééducation au centre, ils puissent évaluer leur autonomie avant le retour à domicile, pour se rassurer.

    Ce sont les patients qui s’auto-évaluent dans ce milieu ?

    C’est l’objectif principal : les patients s’auto-évaluent de leur côté. Les appartements tremplins ont été conçus/prévus pour réaliser la transition entre la vie en rééducation et la vie à l’extérieur, ce qui représente un grand écart. C’est une étape intermédiaire durant laquelle le premier objectif est que le patient évalue sa propre autonomie. En parallèle il y a une évaluation clinique, des objectifs thérapeutiques définis par les ergothérapeutes: la confiance de la personne, les activités à réaliser (cuisine, recevoir d’autres personnes) il y a beaucoup d’items retenus. L’idée est de se servir de l’appartement comme une plateforme pour montrer les choses de la vraie vie, mais il faut faire le distingo entre :

    • le living-lab en tant que plateforme, lieu de simulation de la vraie vie pour développer des projets,
    • la méthode de co-création souvent associée au living-lab regroupant plusieurs acteurs pour avoir différents points de vue et aboutir à une solution.

    C’est l’ADN de Kerpape : avant même d’avoir un living-lab, lors de la prise en charge : le patient est intégré dans la boucle, entouré de professionnels ayant des regards différents qui proposent des solutions concrètes pour le patient.

    Le 4e objectif du living-lab pour les appartements tremplins est de servir de plateforme de recherche notamment pour des projets en lien avec la domotique, dont voici 2 exemples :

    • Un projet académique porté par Télécom bretagne et le laboratoire d’électronique breton lab-STIC : l’objectif était d’expérimenter un protocole XAAL ayant pour but faire communiquer différents produits en domotique entre eux. Les équipes sont venues expérimenter leur solution dans l’appartement en situation réelle à la fin du projet.
    • La Société Vity Technology : le projet ASIM consistait à tester un serveur en domotique avec des relevés biomédicaux : ce n’était pas une mise en situation mais une expérimentation technique. Ces expérimentations nous permettent d’évaluer le stade de développement sur le terrain des différents projets dont on peut ensuite commercialiser les solutions.

    Quid de votre FAB-LAB ?

    Nous avons lancé début 2016 un FAB LAB interne au centre de Kerpape, où autour de l’impression 3D nous proposons au patient d’être acteur de la création de son aide technique : aide à la manipulation, fauteuils, tablettes etc. pour les activités de la vie quotidienne. Par exemple, un patient tétraplégique a pu réaliser un support de verre pour permettre d’amener un verre à la bouche car il n’a pas la motricité suffisante au niveau de sa main. Il existe d’autres exemples comme la prise de stylet, embout de fauteuils, joystick au menton : tous ont été réalisés avec une imprimante 3D. En un an, nous avons impliqué 30 patients. Plus de 50 aides techniques ont été réalisées par les patients. Le stylet permet au patient dont la motricité des doigts a été altérée d’avoir accès à la technologie tactile: le stylet originel était trop fin, sa prise était impossible pour le patient. Il a pu adapter un stylet issu du commerce grâce à l’impression 3D. Nous sommes le seul centre de rééducation dans lequel c’est possible aujourd’hui. Nous avons trouvé un modèle de fonctionnement dans lequel le patient peut venir fabriquer son aide technique, accompagné d’une ergothérapeute experte dans ce domaine et d’un étudiant en stage au laboratoire.

    Contrairement à ce qui se fait en ergothérapie classique où l’on doit manipuler des matériaux, ici on passe par de la fabrication numérique : à partir du moment où la personne a un accès à l’informatique, elle a accès au logiciel de modélisation 3D et accès à la création d’objets physiques. Ce qui est très important pour nous, c’est l’aspect « partage des fichiers » : la fabrication est numérique donc le fichier est partageable : la personne peut l’imprimer : elle part avec son aide technique physique dont elle se sert directement, une fois sortie du centre Kerpape mais si jamais elle la casse, on lui donne aussi la version numérique. Localement elle pourrait ré-imprimer toute seule son aide technique en frappant à la porte d’un fab-lab ou demain d’un centre commercial.

    Quel est le modèle de financement des fab-lab ?

    Je ne pense pas qu’il y ait de modèle type de financement des fab-lab, il y a un modèle financement par fab-lab. Dans notre modèle, nous avons trouvé un fonctionnement dans lequel l’étudiant stagiaire accompagne techniquement les patients : ces derniers viennent sur leur temps libre, en dehors des prises en charge, de façon bénévole au fab-lab. En tant qu’ingénieurs nous nous assurons de l’organisation générale. L’ergothérapeute elle, vient dans le cadre de prise en charge pour apporter son expertise médicale. Par ailleurs, de manière plus globale, nous sommes dans une démarche d’open source, d’innovation par le partage, car nous sommes également des utilisateurs de solutions. Cela nous permet de bénéficier de logiciels qui ont déjà été développés. Le fait que d’autres laboratoires de recherche développent des solutions d’head-tracking dans cette démarche nous permet par exemple de proposer des solutions gratuites au patient. La seconde raison est, qu’en interne, nous n’avons pas la structure pour protéger ce que l’on fait.

    Quels sont vos projets à venir à court ou long terme ?

    Le Projet Robo-K est un projet dont la première version est terminée. La deuxième version devrait être commercialisée. C’est un robot d’aide à la rééducation de la marche, avec la mise en place d’un bio-feedback qui permet de relever un certain nombre d’informations sur l’utilisateur : sa position par exemple. Quant à PREDICT4ALL, c’est un projet qui n’a pas encore débuté, consistant à la prédiction de mots avec une tolérance aux erreurs orthographiques. Il n’existe pas aujourd’hui de système de prédiction de mots pour des logiciels d’aide à la communication qui prendraient en compte les erreurs orthographiques. Ce qui existe aujourd’hui c’est la prédiction d’inversion de lettres. Or en cas de troubles dyslexiques ou dysorthographiques chez les enfants ou adolescents en apprentissage par exemple on retrouve d’autres types d’erreurs à corriger.