• les origines et débuts d’Alsace e-santé
• les évolutions notables sur 10 ans
• le déploiement de l’innovation
• la protection des données personnelles
• le mécénat et les partenariats
• la convergence Grand Est
• Alsace e-santé dans 10 ans
tels sont les points abordés par Jonathan Lotz, directeur d’Alsace e-santé au cours d’un entretien accordé à Health&Tech Intelligence. Cet entretien a été accordé à l’occasion des 10 ans d’Alsace e-santé
Comment s’est créé Alsace e-santé ?
Le GCS Alsace e-santé est issu de la rencontre de l’Union régionale des médecins libéraux et de deux hôpitaux publics, les HUS et l’hôpital Sainte-Catherine à Saverne. Ils se rencontrent et se rendent compte que pour mieux prendre en charge leurs patients, il faudrait partager leurs informations. À l’époque, le dossier numérique devait être expérimenté dans un périmètre régional. Il s’agit des prémices du DMP tel que nous le connaissons aujourd’hui.
Maintenant que le DMP est géré par l’Assurance maladie, quel est le rôle d’Alsace e-santé ?
Nous avons un rôle d’animation dans le déploiement du DMP. Notre mission est de travailler sur les usages. Depuis le début de l’année, le DMP connaît un facteur multiplicateur : nous sommes sur un rythme aujourd’hui de 400 dossiers par semaine et de 1000 mails par semaine adressés aux assurés pour inciter à la création de DMP. Le patient devient ainsi acteur de sa création de dossier.
Quel bilan faîtes-vous des 10 ans d’Alsace e-santé ?
Alsace e-santé a fait émerger 3 outils clés sur la notion de partage et on se prépare au partage d’imagerie, Simral, dont le lancement est prévu le 20 juin 2017. Il s’agit d’un producteur d’images : plutôt que de remettre au patient une radio, il met sur un site de partage régional, l’image prescrite.
Par exemple, un patient en cancérologie sera en interaction avec plusieurs professionnels pour son suivi. Si le patient a donné son consentement sur le partage de ses données, les informations relatives à son suivi seront consultables sur la plateforme. Il s’agit d’une maîtrise d’ouvrage qui se constitue au sein d’un groupement de commande. Ce groupement comporte 56 structures. Le projet a été co-financé par l’ARS à hauteur de 3 M €.
Enfin, nous avons également mis en place Albiom. Cet outil regroupe pour l’instant 95% des laboratoires dans le Bas-Rhin dans le domaine de la biologie médicale. Le but est d’interfacer les contenus de ces laboratoires. Cet outil va créer un compte rendu qui sera inscrit dans le DMP et adressé aux médecins libéraux.
Comment se déploie l’innovation ?
Alsace e-santé a un rôle d’animation et de maîtrise d’ouvrage. C’est un plateau technique et de réseaux. Nous concentrons les acteurs qui vont éclairer un besoin. Sur la télémédecine par exemple, nous allons regrouper des acteurs engagés et collecter les initiatives. Il y a également un troisième volet plus en amont dans l’innovation sur la thématique de la e-santé avec notamment Alsace BioValley et l’IHU de Strasbourg.
Concernant l’innovation, les processus d’accompagnement et d’éligibilité sont en cours de définition et ne sont pas encore arrêtés. Nous communiquerons plus précisément à ce sujet dès que nous aurons confirmé nos partenariats.
La perspective est de procéder à des instances de sélection de projets par des comités composés d’experts neutres en charge d’évaluer les potentiels sur les différents axes : projet médical, modèle économique, durée d’incubation, conformité juridique et réglementaire…
Quel sera l’impact du consortium innovation et du mécénat sur votre fonctionnement ?
Cette phase est en cours d’étude.
Nous sommes actuellement à l’état de perspectives : 80% financement actuel provient de l’ARS, le reste provient d’autres sources de financement (le programme investissement d’avenir par exemple). Nous avons également une part de financement privé qui est attendue.
Le mécénat permettra d’accompagner un projet d’expérimentation avec la perspective de le porter par la suite au niveau régalien. L’idée est de s’inscrire dans des logiques de projets d’expérimentation avec l’objectif de porter ces derniers au niveau régalien pour légitimer les subventions au niveau du contribuable.
Travaillez-vous avec les start-up ?
Nous n’avons pas de relation avec les start-up, ni de projet d’incubation avec les entreprises. Notre mission est de représenter les adhérents. Notre objet n’est pas de faire de l’incubation d’entreprise mais de répondre aux besoins de nos adhérents afin de mutualiser leurs moyens. En cela, la relation de partenariat rend cohérente toute la dynamique publique ou privée de l’innovation.
Comment évaluez-vous vos innovations ?
Le process d’évaluation s’effectue en deux volets. Tout d’abord, la pertinence économique du point de vue de l’assurance maladie : il s’agit de la notion de l’usage sur la progression des services qu’on porte. En ce sens, l’ARS nous pousse vers une logique d’auto-financement.
Sur l’évaluation scientifique de l’innovation, nous nous penchons actuellement sur la conformité des algorithmes avec notamment l’appui d’universitaires. Pour les innovations existantes, notre rôle est d’évaluer la dynamique autour du partage pour apprécier le service.
Comment assurez-vous la protection des données personnelles, notamment à la veille de l’entrée en vigueur du RGPD ?
Pour toutes les données partagées, les données HDS, Alsace e-santé s’appuie sur les prestataires qui ont l’agrément. Le niveau de contrainte pour les données de santé est plus élevé que pour les données bancaires.
Concernant le règlement européen qui entrera en vigueur en 2018, notre équipe juridique sert de correspondant avec la CNIL pour la mise en conformité avec la future réglementation. Cette équipe travaille actuellement sur les points du règlement.
Alsace e-santé est aujourd’hui en parfaite conformité avec la réglementation actuelle.
Que va changer Grand Est au fonctionnement d’Alsace e-santé ?
Grand Est va transformer nos organisations : depuis fin 2015, nous faisons un état des lieux des services avec la Lorraine pour réfléchir à une organisation cible, une entité juridique unique, au 1er janvier 2018.
L’intérêt de ces travaux, est de finalement regrouper les trois structures régionales pour atteindre un seuil équivalent à des régions comme l’Ile de France ou la région Rhône Alpes.
Nous passerons donc d’un budget de 2M à 7M €, de 54 membres à 152 et de 17 collaborateurs à 42. Il y aura une mutualisation des investissements pour être sur des niveaux d’engagements plus importants dans les services qui sera proposée.
Comment imaginez-vous Alsace e-santé dans 10 ans ?
Tout d’abord, notre objectif est de continuer l’intégration aux travaux de l’ARS pour la santé, pour définir la santé avec Grand Est sur le volet numérique en santé.
Notre souhait est également que dans 10 ans, la e-santé soit confondue avec la santé, qu’il n’y ait plus de distinction entre santé numérique et santé.