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  • « Nous créons un avatar numérique du patient pour designer un implant 3D sur mesure » (B. Moreno)

    Benjamin Moreno, associé et directeur général Innovation de la société AnatomikModeling qui conçoit et fabrique des implants 3D sur mesure à destination de la chirurgie réparatrice, de la pneumologie et de la chirurgie maxillofaciale, a accordé un entretien à H&TI suite à la journée « start-up innovante du DM » organisée par le Snitem le 31 mai 2017 à Paris.

    Il revient sur l’origine d’une innovation de rupture, le développement des implants 3D sur mesure, leur personnalisation ainsi que sur sa démarche auprès des chirurgiens pour pallier certaines impasses thérapeutiques.

    Quelle innovation porte votre start-up ?

    Notre innovation réside principalement dans le fait de parvenir à traiter des données médicales issues de scanners médicaux ou IRM de patients, de manière efficace et rapide, permettant de récréer de manière virtuelle en 3D le corps du patient de façon numérique. Sur cet avatar numérique on peut designer, dessiner un implant 3D sur mesure. L’implant est donc personnalisé à 100 % pour chaque patient. Le principe est « un patient un implant ». 

    Comment invente-on une innovation de rupture, réalise t-on un screening de toutes les pathologies qui se trouvent être sans solution ? Ou votre idée est-elle innée ?

    La société est issue de ma rencontre avec le professeur Jean-Pierre Chavoin, ancien chef de service de chirurgie réparatrice et grands brûlés du CHU de Toulouse. Nous avons réfléchi au fait de pouvoir concevoir et fabriquer ce type d’implant 3D sur mesure notamment pour des pathologies retrouvées dans son service, à savoir tout ce qui concernait à l’origine les déformations thoraciques congénitales.

    Cela concerne une personne sur 300, ce sont donc des indications assez répandues. De manière générale, le développement de nouveaux DM au sein de notre société est à chaque fois issu d’une discussion et d’une réflexion avec un professionnel de santé, à savoir le plus souvent avec des chirurgiens ou des médecins qui nous contactent parce qu’ils sont face à une problématique soit pour laquelle il n’existe pas de solution, soit pour laquelle il existe des DM de série (non spécifique à chaque patient, fabriqué en volume, à des dimensions standardisées, NDLR) qui présentent des taux de complications assez élevés ou ne correspondent pas bien au traitement.

    Ce sont donc les professionnels de santé face à un besoin qui viennent vous trouver pour lequel vous « inventez » une réponse d’ « ingénieur » ?

    Effectivement, nous pourrions être considérés comme un bureau d’études. Nous évaluons le besoin, en analysons la viabilité économique, il faut que cela soit des indications présentant un volume de patients potentiels économiquement viable. Ensuite nous évaluons toute la partie ingénierie pour déterminer si le sur mesure et les dernières technologies 3D permettent d’apporter une amélioration via la personnalisation des implants.

    Qui décide de la viabilité économique ?

    Nous, à travers l’évaluation du nombre de patients potentiels concernés par cette pathologie : combien de personnes sont touchées annuellement en France et en Europe par exemple, quels sont les coûts de développement de R&D, quel serait le coût de production des implants, en fonction du nombre de patients potentiels. Cela s’assimile à une étude de marché.

    En tant que biologiste, comment pouvez-vous réaliser toutes ces tâches ?

    Dans l’équipe nous avons une bonne connaissance du milieu médical, nous savons donc quel est le prix maximal, nous nous renseignons sur les aspects médico-économiques : quel est le nombre de patients touchés par cette pathologie etc. L’équipe est constituée d’une directrice générale Business issue de HEC et ayant travaillé pendant 15 ans dans des grands groupes, qui s’occupe de la partie purement business, marketing et financière, d’un ingénieur en biomatériaux chargé de la partie R&D et production, de Jean-Pierre Chavoin, chirurgien, qui maîtrise parfaitement les aspects médicaux, quant à moi je m’occupe de la partie innovation.

    Quelle est votre position sur le marché français ? Êtes-vous seuls dans votre secteur à réaliser des implants 3D sur mesure ?

    Oui, concernant les implants thoraciques 3D sur mesure nous sommes seuls dans le monde à les réaliser. Ces implants pour la chirurgie thoracique et réparatrice sont actuellement commercialisés et utilisés par une quarantaine de centres en Europe avec qui nous travaillons, notamment par exemple en France les principaux CHU français : Toulouse, Nantes, l’AP-HP à Paris, Strasbourg, Rennes, Brest, Montpellier etc.

    Au niveau de l’Europe nous sommes présents en Allemagne avec un chirurgien à Munich, à Berlin, à Bonn, ainsi qu’en Angleterre, en Suisse, en Italie, en Espagne, toute l’Europe de l’Ouest. Nous commençons à nous développer en Amérique du sud, prochainement nous serons présents en Argentine, en Colombie, ainsi qu’en Asie du Sud-est en Corée du Sud. Par ailleurs, en ce qui concerne les implants trachéo-bronchiques sur mesure, c’est-à-dire les stents pour la trachée, nous sommes également les seuls au monde puisque la première pose mondiale a été réalisée en octobre 2016. Ces implants sont encore en phase d’essai clinique avec le CHU de Toulouse et sont actuellement en cours d’implantation chez 10 patients.

    Dans l’idée cette technologie étant « déclinable », êtes-vous protégés par des brevets ?

    Nous bénéficions d’une protection de propriété intellectuelle effectivement via un dépôt de brevets, de marques ainsi que via une prise de marché rapide.

    C’est un algorithme qui vous permet de designer vos modèles ?

    Nous possédons un mix de solutions commercialisées, à savoir des outils d’ingénierie que l’on peut retrouver dans l’industrie aéronautique ou micro-électronique, mais effectivement nous avons développé des algorithmes en interne qui nous permettent de designer nos implants.

    D’un point de vue réglementaire la responsabilité de l’algorithme mathématique est du ressort de votre start-up ?

    Tout à fait.

    Quid de la responsabilité de l’implant imprimé en 3D ? Relève t-elle du chirurgien qui l’implante ? Ou de la start-up qui l’a conçu ?

    Nous évoluons selon un modèle assez particulier : nous ne fabriquons pas l’implant définitif. Nous réceptionnons les données patients, les traitons puis dessinons l’implant et en réalisons le prototype, c’est-à-dire le modèle positif. Ensuite c’est notre partenaire, le groupe Sebbin qui est un des trois acteurs leaders en Europe dans le secteur des implants mammaires, qui prend le relais. Ce dernier s’occupe de la fabrication de l’implant définitif et est donc identifié en tant que fabricant auprès des instances réglementaires. Ils s’occupent de l’ensemble de la traçabilité, de la gestion du dossier patient etc.

    De notre côté nous sommes plus focalisés sur la R&D, le développement de nouveaux implants, mais c’est notre partenaire qui les fabrique.

    Vous faites donc office d’intermédiaire pour trouver et recruter des chirurgiens ?

    Oui c’est une des particularités de notre modèle, chacun des deux partenaires a une action commerciale et marketing : le groupe Sebbin possède une filiale dans chaque pays européen, ainsi nous profitons de leur force de frappe commerciale sur place à travers leurs commerciaux qui interviennent notamment lors de congrès par exemple. De notre côté nous intervenons sur la formation des chirurgiens.

    Ces derniers viennent se former chez nous durant 2 jours à Toulouse dans l’objectif d’acquérir les techniques chirurgicales. Nous sommes également à l’interface directe avec le chirurgien : lorsque l’on dessine un implant, nous demandons systématiquement au chirurgien son accord de validation du design : l’implant n’est pas envoyé en production sans ce dernier. Nous avons aussi une action marketing via notre site Internet qui est orienté « information patient » mais également « information chirurgien ». C’est-à-dire que nous réalisons du B2B comme du B2C.

    Enfin, nous nous occupons également d’une vaste partie recherche puisque nous rédigeons des articles scientifiques pour des revues internationales et participons en tant que speakers lors de congrès internationaux.

    Comment avez-vous été financés ? Avez-vous été incubés ?

    Non, on nous considère souvent comme une start-up mais nous sommes plutôt une jeune entreprise innovante. Nous ne correspondons pas exactement aux critères de définition d’une start-up : lorsque nous avons créé la société en mai 2015, cette dernière était issue de 4 ans de recherche et développement menés en amont avec le Professeur Chavoin.

    A partir du moment où nous avons validé les concepts et procédés industriels, nous avons directement mis sur le marché au moment de la création de la société les produits, notamment les implants thoraciques. C’est-à-dire que lorsque nous avons créé la société nous avons directement généré du chiffre d’affaires. La société était tenue par les 4 associés et nous n’avons pas eu besoin de réaliser de levée de fonds ou de recherche de financement. Nous nous auto-finançons pour le moment en toute autonomie.

    Avez-vous travaillé en partenariat avec des hôpitaux ou des cliniques ?

    Tout a été développé en partenariat avec le Professeur Chavoin et notamment avec le CHU de Toulouse.

    Quels sont les retours des professionnels de santé, chirurgiens et des patients ?

    Cela fait partie de notre relation avec les chirurgiens avec qui nous travaillons : nous leur demandons de réaliser un suivi, de nous informer de leur ressenti lors de l’utilisation des implants, si cela améliore leur pratique etc. Nous sommes très demandeurs des retours d’expérience des chirurgiens, cela nous permet d’une part d’avoir un regard sur ce qui se passe dans la pratique, et d’autre part de potentiellement améliorer nos implants de manière régulière ainsi que le protocole chirurgical.

    C’est une sorte de méthode open source interne ?

    Exact, il existe toujours des allers-retours entre les chirurgiens et nous. Ils nous expliquent pourquoi tel ou tel dispositif est plus pratique, permet un gain de temps ou est moins cher. Nous récupérons cette information et la diffusons aux autres chirurgiens du réseau.

    Quel est le nom de ce réseau ?

    Ce sont des « referral centers », centres référents, ils sont visibles sur notre site dans l’onglet « trouver un chirurgien » qui vous donne accès à une carte des centres référents actuels, correspondant à tous les chirurgiens qui se sont formés chez nous et que nous avons « accrédités » pour utiliser notre technologie.

    Vous possédez ce pouvoir d’accréditation ?

    Non, nous ne pouvons pas interdire une vente. C’est-à-dire que si un chirurgien que l’on ne connaît pas nous demande un implant on ne peut pas lui refuser, d’après la loi.

    En revanche, au sein de l’information fournie au patient, si ce dernier se rend dans un centre référent trouvé sur notre site, nous lui garantissons que le chirurgien est venu se former chez nous et est apte à appliquer les bonnes pratiques que nous avons définies. C’est un gage de qualité pour le patient.

    Avez-vous déjà refusé des accréditations ?

    Non, les chirurgiens montrent une certaine motivation puisqu’ils doivent venir se former durant 2 jours à Toulouse et suivre 3 interventions. Jusqu’à présent nous n’avons refusé aucune validation de centre référent.

    Quels freins avez-vous identifié au cours de votre développement ?

    Les principaux freins concernent les délais, ce qui est propre à toute l’industrie du DM ou du médicament en Europe. Par ailleurs le « frein » principal est incarné par le réglementaire, mais c’est également une protection : si votre gamme d’implants est validée, leur mise sur le marché n’est pas réalisable par n’importe qui, cela permet d’assurer une certaine qualité et une confiance.

    En revanche cela prend beaucoup de temps : entre la R&D d’un DM et sa mise sur le marché, il peut s’écouler 3 voire 4 ans, durant lesquels il est nécessaire d’assurer le financement.

    Les patients pris en charge sont-ils en impasse thérapeutique ?

    En ce qui concerne les implants thoraciques il s’agit d’une chirurgie morphologique. Les patients présentent une pathologie impactant l’esthétique de leur corps, n’impliquant que très rarement un retentissement fonctionnel. Ce sont des patients qui vivent « normalement », en revanche leur thorax se retrouve en partie enfoncé ce qui constitue un problème morphologique et esthétique. Chez ces patients il ne s’agit pas d’une impasse thérapeutique dans le sens où ils peuvent vivre avec cette déformation thoracique.

    Par ailleurs nous nous positionnons par rapport à des chirurgies orthopédiques plus lourdes dans lesquelles l’ensemble des côtes sont cassées et induisent un remodelage du thorax ce qui peut impliquer des complications plus importantes et surtout des temps d’intervention et de récupération beaucoup plus longs. Sur cet aspect nous nous positionnons avec une solution beaucoup moins invasive et présentant nettement moins de complications potentielles. Dans l’hypothèse où il y aurait des complications, ces dernières seraient moins graves. Donc concernant la chirurgie thoracique, cela représente plus de sécurité pour le patient, des temps d’intervention moins longs, et des taux de complications moins importants.

    Quant aux implants de trachée, c’est différent, il s’agit d’implants fonctionnels. Cela concerne des patients qui ne peuvent plus respirer et des implants qui pour l’instant sont utilisés dans le cadre d’essais cliniques. Ces patients sont effectivement en impasse thérapeutique : soit il n’existe pas d’implant qui leur soit adapté, soit l’implant de série ne fonctionne pas chez ces patients. Dans ce cas les implants sont en effet à visée thérapeutique.

    Si ces implants répondent à une indication ils sont donc remboursés ?

    En termes de remboursement, actuellement en France en ce qui concerne les implants commercialisés, ils ne sont pas remboursés par la sécurité sociale, en revanche l’intervention est prise en charge, cette dernière est codifiée. Dans les CHU partenaires, notamment ceux qui sont référencés sur notre site, l’implant est pris en charge par le CHU ou le pôle du CHU. Dans ce cas, tout patient affilié à la sécurité sociale française n’a aucun frais à débourser. En revanche si le patient se fait opérer par un chirurgien du secteur II dans le privé, l’intervention est prise en charge par la sécurité sociale, par contre l’implant sera à la charge du patient. Nous sommes en train d’étudier, notamment vis-à-vis des instances, le lancement d’une procédure visant à faire prendre en charge ces implants par la sécurité sociale. Dans ce cas, pour tout patient français, il existera potentiellement à terme une prise en charge de l’ensemble.

    Quant aux implants trachéo-bronchiques, nous n’en sommes pas encore à cette étape mais en phase clinique de stade I chez l’homme. Mais nous effectuerons les mêmes démarches en vue d’une prise en charge de ce type d’implants. Hors France, les systèmes varient grandement d’un pays à l’autre, mais dans la majorité des cas soit vous avez une très bonne mutuelle qui accepte de payer, soit c’est à votre charge.

    L’implant en soi est une prothèse ?

    Oui, nous parlons souvent d’ « implants » car ce sont des dispositifs qui sont élaborés pour être implantés dans le corps humain, mais le terme de prothèse implantable est correct. Pour mémoire les orthèses sont des prothèses externes, les prothèses implantables en sont l’équivalent « interne ».

    Y a-t-il une indication spécifique à l’implant que vous avez conçu, ce dernier étant personnalisé cela concerne une situation d’impasse thérapeutique du patient, ou dans les textes, existe-t-il une indication spécifique de votre DM implantable ?

    Dans la législation, la classe du DM est attribuée en fonction de la durée d’implantation dans le corps. En l’occurrence, nos implants sont des DM de classe II B, c’est-à-dire « implantable longue durée, non actif », la durée étant supérieure à 29 jours. En ce qui concerne les DM sur mesure il existe une législation européenne particulière. Par exemple, il n’est pas obligatoire de posséder le marquage CE pour les implants.

    Les implants sont toutefois soumis aux normes réglementaires européennes (la norme ISO 13 485), en revanche le marquage CE n’est pas nécessaire car chaque implant est différent. Or pour réaliser un dossier de marquage CE il est indispensable de présenter des cotes à respecter.

    En l’occurrence en ce qui nous concerne ces cotes varient individuellement en fonction de chaque patient, on ne peut donc pas demander un marquage CE pour chaque implant. Par ailleurs, souvent pour les DM sur mesure, le chirurgien établit une prescription dans laquelle il formule une demande d’implant 3D sur mesure pour un patient X identifié. Cela constitue une prescription spécifique, de même pour le dossier patient il existe une traçabilité : un implant un dossier patient de suivi.

    Vous n’êtes donc pas le fabricant direct de ces implants, avec quelles matières premières sont-ils conçus ?

    Nous définissons nous-mêmes avec notre partenaire le biomatériau ainsi que tout le procédé industriel. En l’occurrence les implants sont fabriqués avec du silicone de grade médical implantable longue durée. Ce sont des silicones dont l’ensemble des tests de cytotoxicité et de biocompatibilité ont été validés. Ils sont donc certifiés pour une implantation dans le corps humain d’une durée supérieure à 29 jours.

    Plus précisément nous utilisons de la gomme silicone, c’est-à-dire du silicone entièrement polymérisé et non sous forme de gel. Il présente plus une texture de gomme, indéchirable et donc sans phénomène de rupture comme c’est le cas parfois pour les implants mammaires. Par ailleurs, ces implants sont fabriqués dans l’optique d’être posés à vie, il n’est pas nécessaire de les changer tous les 10/15 ans.

    Sont-ils 100 % français ?

    Tout est 100 % français pour tout ce qui concerne la conception et la fabrication. En revanche pour le silicone en lui-même il n’existe pas de fabricant de silicone de grade médical français. Nous nous fournissons donc auprès d’une société américaine qui est en situation de quasi monopole, Nusil. La matière première n’est donc pas française mais américaine, en revanche l’ensemble de la chaîne de conception, de réception et traitement des données, ainsi que de fabrication, stérilisation etc. est réalisée en France.

    A propos de votre solution pour le syndrome de Poland, comment fabriquez-vous du muscle ?

    Il s’agit d’un implant en silicone de grade médical non actif à visée esthétique et morphologique.

    Étant donné que ce dernier constitue la matière, il n’existe pas de problématique de biocompatibilité, de rejet de cette sorte de greffe ?

    En réalité le silicone est utilisé depuis des décennies dans le secteur médical car il est inerte, c’est-à-dire qu’il n’est pas reconnu par le corps humain. Il n’existe donc pas de phénomène de rejet comme en cas de greffe. Les implants en titane sont basés sur le même principe : il n’y pas de risque de rejet.

    D’un point de vue purement pratique : comment peut-on muscler puis entretenir son implant musculaire afin d’éviter qu’il ne s’atrophie ?

    Dans le syndrome de Poland, les patients présentent un côté sans muscle pectoral. L’implant vise à combler ce défaut esthétique mais il ne bouge pas, ne s’atrophie pas, il préserve sa forme ad vitam eternam.

    Ce n’est donc pas un implant fonctionnel ?

    Non c’est un implant morphologique.

    Visez-vous une autorisation de la FDA ?

    Oui car nous recevons de nombreuses demandes de patients et de chirurgiens américains pour obtenir ces implants. Pour le moment notre partenaire, le groupe Sebbin est en mesure d’effectuer des livraisons partout dans le monde sauf aux États-Unis. La stratégie du groupe étant d’avoir le marquage CE dans tous les pays qui acceptent les normes européennes. Nous travaillons cependant à l’obtention de cette accréditation dans l’optique de vendre nos implants aux États-Unis.

    Avez-vous des données quant aux moindres infections post opératoires/nosocomiales ?

    Jusqu’à présent nous n’avons jamais été face à une situation d’infection. A l’heure actuelle plus de 1 000 patients ont été opérés. Il faut savoir que l’infection n’est pas imputable à l’implant en lui-même qui est livré stérilisé. L’infection provient plutôt d’une mauvaise pratique chirurgicale. On parle donc d’infection chirurgicale et non d’infection de l’implant.

    Quelles sont vos priorités/perspectives à court, moyen, long terme ?

    En ce qui concerne les dispositifs médicaux, nous possédons plusieurs gammes de produits à différents stades de développement. Pour les implants thoraciques commercialisés actuellement, nous travaillons au développement du réseau de chirurgiens ainsi qu’à la prise de marché au niveau mondial. Nous sommes donc dans une optique de développement de business et de marketing pour pouvoir être présents dans le maximum de pays possibles.

    Concernant les implants qui sont en phase d’essais cliniques, c’est-à-dire les implants de trachée, lorsque la phase d’essai clinique I sera terminée, nous démarrerons la phase clinique multicentrique II, à savoir une étude prospective basée sur des essais cliniques se tenant dans plusieurs centres.

    L’objectif est de qualifier le DM pour une mise sur le marché. Cette dernière se fera en priorité en France et en Europe de l’Ouest, puis suivra le même schéma que les implants thoraciques. Ces implants devraient par conséquent être mis sur le marché en fin d’année 2018, voire début 2019. Nous avons d’autres implants qui sont en phase de R&D, à un stade moins avancé, dont la mise sur le marché sera plus tardive.

    Cette technologie peut se décliner à d’autres secteurs ?

    Tout à fait, notre travail consiste à rencontrer les professionnels de santé, comprendre leurs problématiques, identifier des indications des pathologies pour lesquelles le sur mesure apporte réellement un bénéfice au patient.

    On nous demande souvent pourquoi nous ne réalisons pas d’implants de genou ou du hanche : les implants de série fonctionnent très bien dans 98 % des cas, le sur mesure ne présenterait pas vraiment de valeur ajoutée. Notre travail réside donc dans le fait de caractériser les pathologies pour lesquelles l’aspect géométrique, c’est-à-dire d’adapter l’implant à la morphologie du patient apporte un réel bénéfice. Cela peut effectivement un jour s’appliquer à l’ophtalmologie, l’urologie, la chirurgie digestive, pourquoi pas de la neurologie voire toucher l’ensemble des spécialités médicales.

  • Chatbots: « We want to be the first point of contact for people » (S. Behrens, Gyant)

    Stefan Behrens, co-founder of Gyant, a San-Francisco based start-up which created a medical chatbot, gave an interview to Health & Tech Intelligence during Viva Tech on June 15, 2017.
    • the features of Gyant
    • the future of chatbots in healthcare
    • the economic model of Gyant

    Are the main topics addressed in this interview.

    What gave you the idea to create Gyant, and how does the bot work?

    Gyant is a free chatbot giving advice to patients before consultation. We first worked on a symptom checker for Zyka, which was used to test 350 000 people in Brazil.

    Gyant can give advice on standard cases based on symptoms. It picks the most important explanation among 4 or 5 and advises the user, with different levels of emergency.

    We have chosen to distribute Gyant through Messenger, because it is dominant in the US and many other countries. It doesn’t mean we have a special partnership with Facebook: anyone can build a platform on Messenger. We are targeting users between 15 to 30, who will not always want to go to the doctor’s, and will not want to broach certain subjects with their parents.

    The chatbot is available in English, Spanish, Portuguese, and German. It will soon also be available in French, Chinese, and Arabic. Its medical database is linked to prevalence by country

    What are the most common questions asked to the bot?

    The most common symptoms are headache, fever, and stomach pain. There are also many questions about mental health and sexual health.

    Which technology is Gyant based on?

    We have taken a standard triage protocol used in the US and designed a new interface to make it more consumer friendly. Gyant works on a rules-based approached. We started out with rigid decision tress, but we are fine tuning them from people’s interactions with the bot.

    At the moment, we are generating a data set to unlock machine learning. We expect to have 2 million users by the end of the year, which will lead to a better data set for the 20 most frequent conditions.

    What is your business model?

    Our first goal is to increase the number of users of our bot. We are targeting emerging countries in particular: Latin America, the Middle East, Africa, South Asia, and South-East Asia. These markets are hard to monetize: that’s why we are also talking with health insurance companies in more mature markets. Our chatbot can be used for screening, for example of diabetes, asthma, or COPD, which could be of interest for those companies.

    Do you have any competitors?

    Babylon Health, who is testing a triage chatbot with the NHS at the moment, is a serious competitor, and they have raised a lot of money.

    How do you protect the data you collect?

    We respect HIPPA guidelines in the United States.

    What is your ambition in the long run?

    We want to be the first point of contact for people, whether they have a medical or a psychological concern.

  • Chatbots : « Nous voulons être le premier point de contact santé pour les gens » (S. Behrens, Gyant)

    Stefan Behrens, co-fondateur de la start-up Gyant, qui a créé un chatbot de conseil médical, a accordé une interview à Health&Tech Intelligence à l’occasion de Viva Tech, le 15 juin 2017.
    • fonctionnalités du chatbot
    • avenir des chatbots santé
    • modèle économique

    tels sont les principaux points abordés au cours de cet entretien.

    Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de créer Gyant, et comment fonctionne le bot ?

    Gyant est un chatbot de conseil et d’orientation santé. Tout a commencé au moment de l’épidémie de Zyka : nous avons mis au point un symptom checker pour le Zyka, qui a été utilisé pour tester 350 000 personnes.

    Gyant peut donner des conseils sur des cas standards à partir des symptômes renseignés par les personnes. Il choisit l’explication la plus urgente parmi 4 ou 5, et conseille l’utilisateur sur la conduite à tenir : aller aux urgences, consulter rapidement son médecin, prendre rendez-vous chez son médecin, ou rester chez soi et se reposer.

    Nous avons choisi de le distribuer via Messenger, car l’appli est dominante aux États-Unis et dans de nombreux autres pays. Cela ne signifie pas que nous avons un partenariat spécifique avec Facebook : n’importe qui peut développer une plateforme sur Messenger. Nous visons les utilisateurs entre 15 et 30 ans, qui tendent à aller sur internet pour s’auto-diagnostiquer quand ils sont malades au lieu de prendre rendez-vous chez le médecin, et ont du mal à aborder certains sujets avec leurs parents.

    Le chatbot est disponible en anglais, espagnol, portugais et allemand. Les versions française, chinoise et arable doivent prochainement sortir. Sa base de données médicale est reliée à la prévalence de certaines affections pays par pays.

    Quelles sont les questions les plus fréquemment posées au bot ?

    Les symptômes décrits le plus souvent sont le mal de tête, la fièvre et le mal de ventre. Il y aussi beaucoup de questions relevant de la santé mentale et de la santé sexuelle.

    Sur quelle technologie Gyant est-il basé ?

    Nous avons pris un protocole de triage utilisé de façon standard aux États-Unis et avons élaboré une nouvelle interface pour le rendre plus agréable à utiliser. Gyant fonctionne sur des arbres décisionnels. Nous avons commencé avec des arbres rigides, mais nous les affinons progressivement à partir des interactions des utilisateurs avec le bot.

    Nous sommes actuellement en train de générer la base de données qui nous permettra de faire du machine learning. Nous espérons avoir 2 millions d’utilisateurs d’ici la fin de l’année, ce qui nous permettra d’avoir un meilleur jeu de données pour les 20 maladies les plus fréquentes.

    Quel est votre modèle économique ?

    Gyant est gratuit pour les utilisateurs. Notre priorité est d’augmenter le nombre d’utilisateurs. Nous visons en particulier les marchés émergents : Amérique Latine, Moyen-Orient, Afrique, Asie du Sud, Asie du Sud-Est. Ce sont des marchés difficiles à monétiser ; nous sommes donc aussi en discussion avec des assureurs dans les pays plus avancés. Notre chatbot peut en effet être utilisé pour le dépistage de risques de malades chroniques comme le diabète, la BPCO ou l’asthme, ce qui pourrait intéresser les assureurs.

    Avez-vous des concurrents ?

    Babylon Health, qui teste actuellement un système de triage avec le NHS, est un concurrent sérieux. Ils ont levé beaucoup d’argent.

    Comment protégez-vous les données que vous collectez ?

    Nous respectons les recommandations HIPAA aux États-Unis.

    Quelle est votre ambition à plus long terme ?

    Nous voulons être le premier point de contact pour les gens, qu’ils aient un souci médical ou psychologique.

  • Les partenariats d’Alphabet Inc (Google) en santé : le point en juin 2017

    Partenariats stratégiques, en innovation, recherche et joint ventures : Alphabet Inc, maison mère de Google multiplie les initiatives dans la santé et les sciences de la vie, à travers ses filiales Verily Life Sciences, Google Deepmind ou encore Calico.

    Après un premier indicateur réalisé en novembre 2016, Health&Tech Intelligence fait le point sur les partenariats d’Alphabet Inc dans la santé en juin 2017.

    Depuis novembre 2016, peu de nouveaux partenariats ont été conclus : on compte seulement seulement une initiative en 2017 avec les Universités de Duke et de Stanford sur la réalisation d’une cartographie de santé à partir de l’analyse de diverses données.

    L’une des filiales d’Alphabet, Deepmind, a été sous les feux de l’actualité dans le cadre de son partenariat avec le NHS : l’absence de recueil du consentement des patients pour l’utilisation de leurs données, ainsi que le caractère très large des données récoltées par rapport à l’objectif initial du partenariat, ont fait l’objet de nombreuses critiques.

  • M-santé : « AvisPlaie » application collaborative d’avis infirmier sur la cicatrisation des plaies

    Le réseau Suite de soins annonce le lancement de l’application « AvisPlaie » le 20 juin 2017.

    Cette application est un outil collaboratif permettant aux professionnels de santé de demander l’avis d’une infirmière référente sur un éventuel retard de cicatrisation en suivant la procédure suivante :

    • prendre la plaie en photo
    • remplir un questionnaire sur le patient et la plaie

    Les infirmières répondront dans les 12h suivant l’envoi.

    AvisPlaie est une application gratuite et disponible sur l’Apple store. Elle sera référencée sur Android dans les prochaines semaines. Elle sera également prochainement mise à disposition des soignants de tous les hôpitaux souhaitant l’utiliser.

    Enfin, toutes les infirmières peuvent utiliser AvisPlaie en se rapprochant d’une agence Suite de soins pour obtenir des codes d’accès.

  • Webinar télésanté : l’interopérabilité de la santé connectée – la référence scandinave

    Les experts des pays nordiques coopèrent depuis 2015 afin de faire face aux défis émanant de la télémédecine après avoir fait le constat des problèmes et des défis partagés, dont la question de l’interopérabilité, le manque de normes communes et la lenteur des marchés à fournir des produits interopérables.

    En mars 2017, un rapport a été rendu public, fruit de cette collaboration régionale, intitulé « Vers une architecture de référence nordique pour la technologie des soins et des soins personnels ».

    Les questions à traiter lors du webinar seront les suivantes:
    • Quels sont les éléments de l’architecture de télésanté nordique?
    • L’architecture de référence pourrait-elle être un modèle pour les autres ?
    • Les autres systèmes de santé européens peuvent-ils tirer des enseignements de ce travail ou se joindre à eux?

    Les décideurs et spécialistes suédois, danois, finlandais et norvégiens ont œuvré pour cartographier leurs technologies de santé, les normes et les cadres qu’ils utilisent dans le but de développer une architecture de référence nordique partagée pour la télésanté.

    La réunion est destinée principalement aux responsables de la politique de santé dans les États membres et les régions européennes  responsables de leurs infrastructures informatiques (y compris de la gestion des DPI et DMI).

    Pour de plus amples renseignements et l’inscription, suivre ce lien.

  • Télémédecine : nouveau partenariat entre MédecinDirect et CIPRÉS Assurances

    CIPRÉS Assurances, le courtier grossiste spécialisé en assurance de personnes, annonce le 19 juin 2017 avoir noué un partenariat avec le fournisseur de services de télémédecine, MédecinDirect.

    À la clé, un service de téléconsultation par téléphone ou via Internet offert aux assurés du courtier et leurs bénéficiaires.

    Une tendance généralisée

    Les partenariats entre les assureurs et les mutuelles d’un côté et les fournisseurs de service de télémédecine de l’autre ne cessent de se multiplier depuis le début de l’année 2017.

    MédecinDirect, le nouveau partenaire de CIPRÉS Assurances est loin de son premier partenariat avec une entité de l’assurance santé. À ce jour, la start-up compte une vingtaine d’acteurs issus de ce secteur.

    Cette alliance permet à CIPRÉS Assurances de proposer à ses assurés à titre gracieux les services suivants, sécurisés, confidentiels et assurés par des praticiens inscrits au CNOM:

    • consultations et prescriptions médicales (y compris sur ordonnance électronique) en ligne ou par téléphone et
    • accompagnement médical 7j/7, de 8h à 22h par téléphone et 24 h/24 via Internet.

  • M-santé : Mindstrong lève 14 M $ (12,5 M €) pour son application évaluant la santé mentale

    La start-up Mindstrong, spinoff de Verily (Verily Life Sciences) annonce, le 20 juin 2017, une levée de fonds d’un montant de 14 M $ (12, 5 M €) pour son application de diagnostic et d’évaluation de la santé mentale.

    L’application de Mindstrong, actuellement en cours de développement propose aux médecins et aux patients des outils de mesures objectifs pour évaluer l’état de la santé mentale du patient. Les biomarqueurs digitaux de Mindstrong mesureront ainsi la mémoire, le temps de réponse, l’attention et l’exécution des fonctions.

    Toujours au stade expérimental, Mindstrong n’a pas précisé quand et comment serait commercialisée son application.

  • Syndicat National de la Silver Economie : Benoit Goblot réélu président

    Benoit Goblot a été réélu président du Syndicat National de la Silver Economie (Asipag) par les membres réunis le 15 juin 2017 à l’occasion de leur assemblée générale annuelle.

    Lors de la réunion, l’ensemble du Conseil d’administration et du Bureau du syndicat a été renouvelé.

    C’était également l’occasion d’entériner la feuille de route 2017-2018 du défenseur d’intérêts de la filière silver économie.

    L’enjeu principal pour Asipag est de porter les valeurs et les voix des entrepreneurs au sein de la filière et d’être attentif au respect des engagements des différentes parties prenantes du comité de filière et à la poursuite d’une mise en place opérationnelle.

    Dans un contexte en sourdine, le syndicat doit s’efforcer de développer la reconnaissance des métiers de la filière et valoriser son impact en tant que levier majeur de croissance économique.

  • E-santé : favoriser la circulation des données patients en Europe (étude KPMG, juin 2017)

    Le 20 juin, KPMG publie une étude sur la circulation des données de santé en Europe. Cette étude intitulée « Mapping out the obstacles of free movement of electronic health records in the EU in the light of single digital market » a été commandée par le gouvernement estonien actuellement à la présidence de l’Union européenne.

    Cette étude cible plusieurs États membres : l’Estonie, le Royaume-Uni, la Suède, la Pologne, l’Allemagne, la Finlande. Toutefois, les résultats de ce rapport sera remis au Conseil européen et se veut donc à portée prescriptive pour l’ensemble des États membres.

    La circulation des données patients, les obstacles, les recommandations pour optimiser le partage d’informations entre les médecins dans l’espace européen , tels sont les aspects de l’étude.

    Optimiser la circulation des données patients

    L’étude KPMG s’interrogeait en tout premier lieu sur les obstacles à la libre circulation des données de santé. En se fondant sur les pays étudiés, l’étude remarque qu’il reste peu d’obstacles au partage des données de santé. 

    Certaines structures refusent les données électroniques (justificatifs papier etc.). Le second obstacle est la collecte et le formatage des données de santé (numérisation, etc.) qui demeurent en majeure partie à la charge des patients. Cette tâche chronophage ralentit selon KPMG la circulation des données de santé mais pourrait être compenser par la multiplication des plateformes de partage dans le secteur privé et public qui produiront leurs propres données. 

    Les données de santé existent et l’étude insiste sur la nécessité de développer les plateformes gérant ces données tant dans le secteur public que dans le secteur privé. Cette question est d’autant plus importante à l’échelle de l’Union européenne.

    Outre les aspects réglementaires, deux hypothèses nécessitent de s’interroger sur la mise en place d’un ou de plusieurs cadres transnationaux de partages de données des patients dans l’espace européen :

    • le patient change de prestataire de santé pour un autre dans un pays membre ;
    • le docteur consulte un confrère dans un autre pays pour une seconde opinion.

    Changer les mentalités au sein du corps médical

    Le partage des données patients comporte un aspect ambivalent : 

    • le rôle central du patient : l’étude parle d’un système « patient-centré » pour évoquer la nécessaire autonomie du patient dans la gestion de ses données et donc l’impératif de plateforme simple d’accès (user friendly) et d’une information de ces derniers sur les traitements, les protocoles, etc. Le bouleversement technologique que connaît la santé va de paire avec l’avènement du patient acteur ;
    • la place du corps médical : il s’agit de faire évoluer la croyance selon laquelle les médecins sont plus à même que les patients pour utiliser les données de santé. 

    L’étude propose donc de faire évoluer les professions médicales vers une collaboration avec le patient dans la gestion des données de santé. 

    Créer des dispositifs européens spécifiques à la e-santé

    Parmi les recommandations de l’étude de KPMG, il convient de souligner les recommandations pour créer des dispositifs de e-santé, des règles de gouvernance à l’échelle de l’Union européenne :

    • accroître la coopération entre les États membres ayant une culture et maturité similaire sur les questions du digital ;
    • conduire une étude sur les causes des inquiétudes en matière de protection des données personnelles ;
    • promouvoir les bonnes pratiques en e-santé à travers l’Union européenne ;
    • intégrer le cadre d’intéropérabilité européen en e-santé en tant que critère pour financer les projets en e-santé au sein de l’Union européenne ;
    • créer un cadre législatif intelligible pour les patients.