La société sud-coréenne Ybrain a mis au point Mindd, un casque intelligent qui envoie de faibles courants électriques au cerveau afin de traiter certaines maladies mentales depuis le domicile des patients. Le but est ainsi d’encourager les personnes malades à se soigner, nombre d’entre elles refusant de suivre un traitement par crainte d’être stigmatisées socialement.
Le dispositif fait actuellement l’objet d’une étude clinique à la Harvard Medical School. La start-up espère obtenir une approbation de la FDA avant 2019 et la certification officielle de l’Agence européenne des médicaments (EMA) en juillet 2017.
Mindd : un déploiement dans les hôpitaux puis aux domiciles des patients
Au cours des onze dernières années, la Corée du Sud a enregistré le taux de suicide le plus élevé parmi les pays de l’OCDE, la dépression et les maladies mentales étant à l’origine de la plupart de ces décès (chiffres officiels).
De nombreux Sud-Coréens sont toujours réticents à l’idée de recevoir un traitement hospitalier en raison de la stigmatisation sociale. Ybrain a créé son bandeau intelligent afin de surmonter ce problème, le dispositif pouvant être utilisé à domicile, à l’abri des regards et des jugements.
Pour l’instant, l’appareil a été uniquement déployé dans les hôpitaux mais l’objectif est de le développer pour un traitement à domicile et ainsi d’augmenter les taux de traitement de la dépression à travers le monde, a précisé Lee Ki-won, fondateur d’Ybrain, dans une interview accordée mi-juin 2017 à The Korea Herald.
Un dispositif médical connecté
La société sud-coréenne a été cofondée en 2013 par trois ingénieurs du Korea Advanced Institute of Science and Technology dans l’optique de concevoir des dispositifs portables pour traiter les troubles mentaux, dont la dépression et la maladie d’Alzheimer.
10,2 milliards de wons (8 M € ; 8,9 M US$) ont été investis dans la start-up au cours des quatre dernières années.
Un traitement par stimulation trans-crânienne à courant direct (tDCS)
Ybrain a commercialisé Mindd en mars 2017 en Corée du Sud, après que le produit a été approuvé par le ministère de la Sécurité alimentaires et des médicaments comme dispositif médical portatif traitant la dépression.
L’appareil, qui pèse seulement 150 grammes, traite la dépression clinique par stimulation trans-crânienne à courant direct (tDCS). Concrètement, il libère un petit courant électrique au niveau du lobe frontal, où une diminution de l’activité est associée à la dépression, afin de stimuler les neurones de cette région du cerveau.
L’électricité est conduite via un tampon absorbant mis en contact avec le front, qui doit simplement être trempé dans une solution saline avant utilisation. Les utilisateurs ressentent une légère sensation à mesure que l’électricité passe. Seules 20 % des ondes électriques générées par le bandeau atteignent le cerveau.
Selon les responsables d’Ybrain, les essais cliniques ont montré l’efficacité de la thérapie électrique, sans aucun effet secondaire signalé.
Le bandeau enregistre certaines données clefs pour mieux suivre à distance les patients
Mindd se démarque de la concurrence par la technologie utilisée mais aussi car il aide à mener à bien un traitement entamé à l’hôpital depuis le domicile du patient.
Les personnes souffrant de dépression sont généralement obligées de prendre des médicaments mais il n’existait jusqu’ici aucun moyen concret pour les médecins de vérifier si elles continuaient à bien les prendre une fois chez elles.
Mindd enregistre les données essentielles lorsque les patients utilisent l’appareil. En plus de stocker les informations relative à leur thérapie électrique, l’appareil peut également enregistrer leurs niveaux d’activité physique et leurs heures de sommeil via une application smartphone. Ces données sont automatiquement envoyées aux médecins qui peuvent ensuite les utiliser pour surveiller l’observance thérapeutique et améliorer le traitement en cas de besoin. Les professionnels de la santé ne sont ainsi plus dépendants de la simple mémoire subjective de leurs patients. La qualité des soins devraient ainsi être améliorées, explique M. Lee.
Un lancement prévu en Union européenne et aux États-Unis
Jusqu’à présent, Mindd a été déployé dans douze grands hôpitaux à l’intérieur et à l’extérieur de Séoul. L’objectif d’Ybrain pour l’année 2017 est d’intégrer le dispositif dans environ 150 hôpitaux locaux et de faire en sorte de traiter au moins 3 000 patients.
Par ailleurs, la start-up prévoit de lancer d’ici la fin 2018 une version améliorée de son bandeau portable pour en faire le premier produit du genre à être développé au monde. L’idée est de remplacer le tampon imbibé d’eau saline par un matériau hydrogel.
- Ybrain espère obtenir la certification officielle de l’Agence européenne des médicaments (EMA) en juillet 2017 afin d’entamer une commercialisation dans toute l’Europe.
- La société envisage également d’enregistrer son appareil auprès de la FDA afin d’en obtenir l’approbation avant 2019.
Aux États-Unis, la Harvard Medical School a entrepris une étude clinique sur 500 personnes souffrant de dépression dans laquelle Mindd est utilisé. Combinée aux données recueillies à la suite des essais cliniques menées par le fabricant en Corée du Sud, les résultats de l’étude d’Harvard devraient renforcer la crédibilité de Mindd en tant que traitement susceptible de soigner dépression, explique Lee Ki-won.