Des équipes universitaires développent des plateformes numériques intégrant capteurs, applications mHealth et IA pour améliorer le suivi des seniors à domicile, prévenir les chutes et mieux gérer les maladies chroniques. Le vieillissement démographique s’accélère en Asie : la proportion de personnes de plus de 60 ans pourrait doubler d’ici 2050 selon l’OMS. Les maladies chroniques, la fragilité et les risques de chutes augmentent, alors que les systèmes de soins, souvent sous tension, peinent à répondre à la demande. Les méthodes classiques (consultations, appels, visites à domicile) présentent des limites :
Délais de suivi.
Coûts élevés.
Hétérogénéité des pratiques.
Faible continuité des données.
Une combinaison de capteurs portables, d’applications mHealth et d’algorithmes IA
Des équipes universitaires en Chine, au Japon, en Corée du Sud et à Singapour, reconnues pour leur expertise en télésanté, développent des plateformes numériques intégrant des technologies telles que :
Dispositifs de monitoring en temps réel.
Capteurs portables pour la détection automatisée des chutes.
Systèmes IoT et applications mHealth.
Algorithmes d’apprentissage automatique et réseaux neuronaux pour le suivi des paramètres physiologiques et l’identification des mouvements à risque.
Des solutions numériques qui transforment le quotidien des seniors
Une revue bibliométrique portant sur 649 articles publiée dans Journal of Medical Internet Researchconfirme l’efficacité tangible des dispositifs connectés :
Détection des chutes avec une précision remarquable (F-score 90–95 %).
Amélioration concrète de la qualité de vie grâce au suivi à distance, à des programmes d’exercices supervisés par capteurs et à l’auto-gestion des maladies chroniques.
L’établissement renforce la cybersécurité, l’évaluation éthique et les coopérations régionales et européennes afin d’intégrer l’IA dans les pratiques cliniques et organisationnelles au service des besoins des soignants et des patients.
Points-clés
Quatre projets structurants en IA ( trois RHU un EDS régional) portés ou co-portés par le CHU de Bordeaux ;
priorité donnée aux usages à forte contrainte métier comme les plannings RH, la gestion des lits et des flux;
évaluation clinique, organisationnelle, économique et éthique systématiquement intégrée au pilotage des projets ;
structuration régionale des données de santé via l’EDS fédéré EDS@NOVA (Bordeaux, Poitiers, Limoges) ;
renforcement de la cybersécurité avec une direction de la cybersécurité distincte de la direction du numérique.
Health & Tech Intelligence s’est entretenu avec Alexis Thomas, directeur général adjoint du CHU de Bordeaux et avec Sébastien Florek, directeur du numérique, directeur du système d’information hospitalier, support aux projets innovants intégrant de l’IA.
Le CHU de Bordeaux est un centre hospitalier universitaire de très grande taille, fortement impliqué dans la recherche, l’innovation et les coopérations inter-CHU, disposant d’une communauté médicale et d’une direction très engagées sur les projets IA, notamment autour des entrepôts de données de santé et de la numérisation des lames d’anatomopathologie.
Une stratégie IA en cours de formalisation
Le CHU s’appuie sur une communauté de recherche active, investie dans les projets IA, ainsi que sur des coopérations nationales et européennes autour des entrepôts de données de santé et de la numérisation des lames d’anatomopathologie.
Une feuille de route IA formalisée est en cours de rédaction, sous pilotage de la Commission médicale d’établissement, de la direction générale et de la direction du numérique.
Cette feuille de route vise à couvrir l’ensemble des cas d’usage (cliniques, médico-techniques, administratifs), en évitant la dispersion et en identifiant les sujets les plus pertinents en priorité.
3 RHU structurants, TALENT, ENVISAGE et Digital Urology 3D
Le CHU de Bordeaux est porteur de trois RHU majeurs intégrant fortement l’IA, TALENT, ENVISAGE et Digital Urology 3d, tous trois lauréats de l’ANR. TALENT vise à améliorer la prédiction et la prévention des accidents vasculaires cérébraux cardio-emboliques par des modèles d’IA, en s’appuyant sur des données cliniques et de rythme cardiaque collectées sur plusieurs sites, en lien avec l’IHU LIRYC, l’Inria et plusieurs partenaires industriels spécialisés dans l’analyse de signaux et l’imagerie cardiaque.
ENVISAGE a pour objectif de développer une solution de guidage par l’image basée sur l’IA pour optimiser la sélection des patients et le déroulement des procédures transcathéter sur les valves cardiaques, en partenariat avec des équipes françaises et canadiennes et des industriels de l’imagerie interventionnelle.
En urologie, par le programme de Recherche et Innovation sur le Cancer du rein I.CaRe Bordeaux, le CHU est fortement impliqué dans UroPredict. Ce projet, lauréat de l’AMI Data, IA et Parcours de santé du CSF-ITS, s’appuie sur l’EDS multicentrique thématique du réseau français de recherche sur le cancer du rein UroCCR contenant les données de plus de 21 700 patients pour développer des algorithmes prédictifs d’upstaging tumoral et de rechute après chirurgie. Ces modèles de machine learning quantifient d’une part le risque d’upstaging d’une tumeur (passage d’un stade localisé en imagerie à un stade localement avancé en anatomopathologie), et d’autre part le risque de rechute 5 ans après chirurgie d’un cancer du rein non métastatique. Ils sont aujourd’hui déployés et mis à disposition de la communauté scientifique et médicale internationale via le site internet du réseau uroccr.fr.
« […] Si l’offre des éditeurs d’IA ne répond pas, il faut pouvoir développer nous-mêmes certains algorithmes. »
Le CHU distingue des projets IA « historiques » et très spécialisés, souvent issus de communautés de recherche et d’appels à projets, et des projets plus transversaux (aide à la détection pour fractures, réalisation des plannings) qui suivent un processus classique d’achat, d’intégration et d’évaluation.
La ligne directrice est de ne pas tout développer en interne afin de limiter la prolifération d’« outils maison » difficilement maintenables, tout en conservant la capacité de développer certains algorithmes spécifiques lorsque l’offre du marché ne répond pas aux besoins.
Ce positionnement s’articule avec des investissements ciblés en capacités de calcul, notamment en serveurs dotés de GPU, lorsque les exigences techniques dépassent les solutions disponibles en mode service.
Formation et accompagnement des équipes
La formation à l’IA n’est pas encore structurée sous forme de cursus générique, mais l’accompagnement est ciblé sur chaque solution déployée
Une sensibilisation progressive aux enjeux de l’IA est menée auprès des cadres et des équipes administratives, afin qu’ils identifient clairement les fonctionnalités basées sur l’IA et les usages autorisés.
Il n’est pas possible, à ce stade, de proposer une formation généraliste à l’IA à l’ensemble des personnels, mais la montée en compétence est identifiée comme un axe de travail prioritaire.
« […] La mise en place de l’IA doit correspondre à des objectifs précis »
Sur les outils cliniques, un enjeu majeur est la bonne prise en compte des implications associées en termes de responsabilité, de sécurité et de pertinence. La compréhension de l’étendue des données exploitées par les modèles (pour la prédiction ou l’aide au diagnostic) fait partie des conditions d’acceptabilité.
Pour les outils de gestion, comme la planification RH, la confiance se construit autour de l’utilité perçue : les équipes sont souvent demandeuses de solutions d’optimisation pour réduire la charge administrative et gagner du temps .
L’évaluation de l’impact clinique, organisationnel et économique est au cœur des démarches de déploiement, en intégrant également une dimension éthique. Pour les outils d’aide au diagnostic (fractures, imagerie, prothèses), l’IA est considérée comme un dispositif médical et doit être évaluée en termes d’efficacité clinique et de sécurité des patients, tandis que les projets organisationnels suivent des indicateurs comme les temps d’attente, les taux de satisfaction, ou le temps passé à élaborer les plannings.
« Avec la direction de la cybersécurité, on a une organisation cyber de chacun des projets numériques. »
Le CHU de Bordeaux a renforcé sa gouvernance en créant une direction des risques cyber, distincte de la direction du numérique, pilotée par le RSSI, et qui intègre les DPO dont l’une des composantes est l’organisation du PCRA (plan de continuité et de reprise de l’activité).
Cette séparation permet d’assurer une indépendance de contrôle et de supervision, vis-à-vis des projets numériques mis en œuvre en particulier pour les projets numériques critiques incluant de l’IA.
Des procédures ont été mises en place pour intégrer la cybersécurité dès la conception des projets, avec l’objectif de ne plus déployer de solutions en dehors du cadre du référentiel national de sécurité (MSSI).
Chaque projet est ainsi analysé sous l’angle de son exposition vers l’extérieur et de la conformité aux exigences réglementaires et techniques en matière de sécurité.
Données, EDS@NOVA et numérisation des lames
Le CHU de Bordeaux est lauréat de la première vague nationale sur les entrepôts de données de santé (EDS) avec deux autres CHU régionaux et a mis en place un EDS local coordonné au sein du GCS NOVA.
L’EDS@NOVA, entrepôt fédéré associant Bordeaux, Poitiers et Limoges, a pour objectif de mettre en commun les données de santé hospitalières pour les projets de recherche mono centrique (présente dans un seul établissement) ou multi-centrique (sur l’ensemble des 3 sites), en garantissant la protection des données et l’encadrement des usages secondaires.
Parmi les premiers projets IA et data soutenus au sein d’EDS@NOVA figure notamment TALENT, centré sur la prédiction du risque d’AVC cardio-embolique, aux côtés d’autres projets multicentriques menés avec l’université de Bordeaux, l’Inserm, l’Inria et le Health Data Hub.
En parallèle, un projet de numérisation des lames d’anatomopathologie est conduit sur les trois CHU, avec le soutien de l’Agence régionale de santé Nouvelle Aquitaine, avec stockage sécurisé et développement concomitant d’algorithmes internes pour la recherche et de benchmarks de solutions industrielles « sur étagère » pour l’aide à la lecture et la détection automatisée.
La réflexion éthique fait partie intégrante de la réflexion sur les modèles d’évaluation
L’évaluation éthique des outils IA est considérée comme un axe structurant de la stratégie, avec une réflexion en cours sur les modèles d’évaluation à appliquer. L’assistance IA à la décision clinique est traitée comme un dispositif médical, impliquant une démarche encadrée pour son évaluation, sa mise en production et la traçabilité des usages.
Une sous-commission dédiée travaille sur l’ensemble des usages de l’IA dont les outils de type ChatGPT (génération automatique de textes), afin de définir un périmètre de légitimité, les modalités d’usage et les règles de conservation des traces. Les questions juridiques (évolution du cadre, règles de responsabilité, transparence vis-à-vis des patients) sont discutées au sein de cette sous-commission, avec une attention particulière portée à la conformité et à la documentation des décisions.
Coopérations régionales, nationales et européennes
Au niveau régional, le CHU de Bordeaux coopère déjà avec les CHU de Poitiers et de Limoges dans le cadre de l’EDS multicentrique et de la numérisation des lames d’anatomopathologie, modèle en cours d’extension à d’autres établissements.
Cette coopération s’accompagne d’une volonté affichée d’éviter la concurrence entre établissements publics sur les choix des infrastructures d’IA, en privilégiant la mutualisation et l’harmonisation des choix de solutions.
Sur le plan national et européen, le CHU participe à au moins un programme européen reposant sur un modèle hybride de communication 5G permettant de garder en local les données sensibles du CHU tout en exploitant des outils et systèmes IA existants en limitant ainsi le risque d’exposition cyber.
Les équipes expriment un intérêt marqué pour des partenariats européens autour d’infrastructures et de solutions de cloud plus souveraines, afin de réduire la dépendance aux grands acteurs américains.
Le partage d’expérience avec d’autres hôpitaux français et étrangers, notamment canadiens, est vu comme un levier pour améliorer collectivement l’usage de l’IA en santé, en capitalisant sur les succès comme sur les limites rencontrées.
L’Hospitalisation à Domicile et les Services de Soins Infirmiers à Domicile sont les deux dispositifs majeurs de soins à domicile, mis en place sur prescription médicale.
En 2023, l’HAD a enregistré une croissance de 8,4 %, atteignant 297 700 séjours pour 168 000 patients.
La durée moyenne d’un séjour en HAD est de 25 jours, avec des écarts importants selon le type d’établissement (13,1 jours dans le public, 17,7 jours dans le privé).
Les personnes de plus de 60 ans, notamment celles nécessitant des soins palliatifs ou des pansements complexes, constituent la majorité des bénéficiaires de l’HAD.
Un algorithme d’orientation développé par la HAS est disponible via une application mobile pour aider les médecins à identifier les situations relevant de l’HAD.
93 % des patients pris en charge à domicile se déclarent satisfaits des soins reçus.
Malgré cette satisfaction, un quart des patients rencontrent des difficultés d’accès aux professionnels, et 11 % ont dû renoncer à des soins à domicile.
La feuille de route 2021-2026 vise à transformer l’HAD à travers sept axes, incluant l’intégration territoriale, la qualité des soins, et le développement de la e-santé.
Une coordination interprofessionnelle solide est indispensable entre les médecins, les structures HAD, les SSIAD, les hôpitaux, les ARS et les réseaux de santé.
Depuis 2016, des stages de trois jours en HAD sont proposés aux internes pour les sensibiliser à cette modalité de soins intégrée.
Le déploiement de l’intelligence artificielle dans l’HAD permet de limiter les erreurs, d’optimiser les tournées de soins et de surveiller les patients à distance de manière prédictive.
L’efficacité clinique de l’IA est démontrée, avec une réduction de 20 à 30 % des hospitalisations, une amélioration des réhabilitations post-AVC et une baisse des erreurs médicamenteuses.
Une alternative à l’hospitalisation complète
Les soins à domicile englobent l’ensemble des prestations réalisées au domicile d’un patient par des professionnels de santé (infirmiers, aides-soignants, ergothérapeutes, podologues, etc.). Ils sont destinés à toute personne, quel que soit son âge, nécessitant des soins médicaux quotidiens. Deux dispositifs principaux sont mobilisables, sur prescription médicale :
L’hospitalisation à domicile permet d’éviter ou de raccourcir un séjour à l’hôpital. La mise en place de l’HAD repose sur un projet thérapeutique élaboré par un médecin coordonnateur, en lien avec une équipe pluridisciplinaire. Elle s’applique notamment aux soins post-opératoires, aux pansements complexes, aux suites de chimiothérapie, à la surveillance de grossesses à risque ou encore à l’accompagnement en fin de vie. L’organisation logistique (ressources humaines et matérielles) est assurée par la structure d’HAD, qui coordonne également les intervenants extérieurs. Les services de soins infirmiers à domicile (SSIAD) visent le maintien à domicile de patients qui nécessitent des soins infirmiers. Ces derniers sont assurés par des infirmiers et aides-soignants, avec l’appui possible d’autres professionnels.
Qu’il s’agisse de l’HAD ou d’un SSIAD, la mise en place des soins à domicile repose obligatoirement sur une prescription médicale.
297 700 séjours d’HAD réalisés en 2023, en hausse de 8,4 % par rapport à 2022
En 2023, l’hospitalisation à domicile a concerné 168 000 patients pour 297 700 séjours, en hausse de 8,4 % par rapport à 2022 selon la Drees. Depuis 2017, le nombre de patients a progressé de 45 %. La durée moyenne d’un séjour est de 25 jours. La capacité d’accueil simultanée atteint 24 100 patients (+4,1 %), répartis dans 293 établissements autorisés. L’HAD représente désormais 7,7 % des capacités d’hospitalisation complète de court et moyen séjour en France. Le secteur associatif à but non lucratif concentre près de la moitié des capacités (49,3 %), des séjours (45,7 %) et des journées (48,7 %), avec une durée moyenne de séjour de 17,5 jours. Les établissements publics assurent 22,1 % des capacités et les structures privées lucratives, 21,1 %. La durée moyenne des séjours varie de 13,1 jours dans le public à 17,7 jours dans le privé lucratif, pour une moyenne nationale de 15,8 jours.
Les plus de 80 ans représentent le principal groupe de patients (56 000). Les soins palliatifs et les pansements complexes constituent les premières indications, avec respectivement 2,3 et 2,2 millions de journées. Suivent les soins de nursing lourds (782 000), la gestion de la douleur (705 000) et l’assistance respiratoire (681 000). Enfin, l’HAD en EHPAD reste une modalité importante avec 26 000 patients et 705 000 journées, contre 900 patients hors EHPAD. L’offre HAD reste toutefois hétérogène selon les territoires, avec une densité plus élevée en Guadeloupe, Guyane et Corse, et plus faible en Normandie et Pays de la Loire.
@Health & Tech Intelligence
SSIAD : 3,3 milliards d’euros dépensés en 2023, en hausse de 3,8 %
La croissance se poursuit, portée par le vieillissement et le virage ambulatoire
En 2023, les soins infirmiers à domicile poursuivent leur progression, atteignant 3,336 milliards d’euros, soit une hausse de 3,8 % sur un an. Cette croissance s’inscrit dans une tendance liée au vieillissement de la population et à l’orientation vers le maintien à domicile des personnes dépendantes. Les services de soins infirmiers à domicile concentrent l’essentiel de ces dépenses, avec 2,165 milliards d’euros. Parallèlement, les soins liés à la dépendance peuvent impliquer un reste à charge pour les ménages. Des réformes conventionnelles, comme les avenants n°6 et n°10, ont introduit de nouveaux actes et revalorisé la prise en charge à domicile, notamment via le soutien à la formation des infirmiers en pratique avancée.
93 % de satisfaction pour les soins à domicile, mais un quart des patients peinent à accéder aux professionnels
Selon une enquête BVA/Xsight pour France Assos Santé menée fin 2024 auprès de 500 personnes, 93 % des patients pris en charge à domicile se disent satisfaits des soins reçus, avec un sentiment de sécurité partagé par une large majorité. Le respect de la dignité (92 %) et la clarté des informations transmises (91 %) figurent également parmi les points positivement évalués. Ces résultats couvrent les deux principaux types de prise en charge à domicile : d’une part les soins post-hospitalisation, souvent liés à un parcours ambulatoire, et d’autre part les suivis de longue durée dans le cadre de pathologies chroniques, du vieillissement ou du handicap. L’accompagnement non médical (aide-ménagère, auxiliaire de vie) est également bien perçu.
Un patient sur dix a renoncé à des soins à domicile faute de professionnels disponibles
En dépit de ces résultats, un quart des patients en suivi de longue durée et 19 % des patients en post-hospitalisation déclarent avoir rencontré des difficultés d’accès aux professionnels de santé ou aux aides à domicile. Ces obstacles concernent principalement les infirmiers, médecins et personnels d’accompagnement. Plus préoccupant, 11 % des personnes interrogées ont dû renoncer à des soins à domicile, en raison d’un manque de disponibilité des intervenants, ou dans une moindre mesure, pour des raisons financières. Les personnes vivant seules et celles en perte d’autonomie signalent plus fréquemment une expérience complexe ou insatisfaisante.
Des proches aidants sous pression
L’enquête met également en lumière la situation des proches aidants : 70 % d’entre eux rapportent des impacts négatifs liés à la prise en charge à domicile, notamment en termes de charge organisationnelle et de complexité administrative.
@Health & Tech Intelligence
Une demande qui augmente : en 2024, la baisse des lits hospitaliers ralentit, mais l’hospitalisation à domicile bondit
L’HAD et les soins à domicile en France devraient augmenter dans les années à venir, portés par une demande croissante liée au vieillissement démographique et aux préférences des patients.
Le recul du nombre de lits ralentit (-0,5 %), tandis que les prises en charge alternatives poursuivent leur croissance, notamment l’hospitalisation à domicile, selon les résultats de la base administrative de la statistique annuelle des établissements de santé (SAE) publiés par la Drees. L’HAD enregistre une croissance de +5,5 %, après +4,1 % en 2023. Elle permet désormais la prise en charge simultanée de 25 400 patients, soit une part de 8,1 % des capacités hospitalières en court et moyen séjour, hors psychiatrie – contre seulement 2,1 % en 2006. L’HAD anticipe une augmentation.
Facteurs de croissance future
Vieillissement de la population : Les personnes de 85 ans et plus passeront de 1,4 million à 5 millions d’ici 2060, augmentant les besoins en soins à domicile pour la dépendance et les pathologies chroniques.
Pression hospitalière : 71% des Français jugent les soins à domicile plus confortables, 92% des plus de 50 ans les voyant comme un atout face à la saturation des lits.
Politiques et innovations : Réformes comme le virage ambulatoire.
Le ministère trace la feuille de route 2021-2026 pour transformer l’offre de soins à domicile
Une croissance de 16,1 % en un an : l’HAD s’est fortement développée en 2020, portée par la crise sanitaire, mais demeure inégalement répartie et encore peu intégrée aux parcours territoriaux.
Face aux limites structurelles de l’hospitalisation conventionnelle et à l’aspiration croissante des patients à être pris en charge à domicile, la feuille de route 2021-2026 publiée par le ministère des Solidarités et de la Santé propose un plan de transformation de l’HAD, articulé autour de sept axes. L’objectif : intégrer l’HAD comme une solution à part entière dans l’offre de soins, y compris pour les cas complexes, en s’appuyant sur l’innovation organisationnelle et numérique. L’activité est marquée par une forte disparité régionale, avec des taux allant de 19,7 à 33,5 patients pris en charge par jour pour 100 000 habitants en métropole. Outre-mer, ces chiffres sont même plus élevés.
Sept axes pour structurer le développement de l’HAD
La feuille de route identifie sept priorités :
Mieux faire connaître l’HAD auprès des prescripteurs, du public et des professionnels en formation (actions de sensibilisation, intégration dans les formations médicales et paramédicales, reconnaissance des métiers spécifiques à l’HAD).
Renforcer l’intégration territoriale, via des coopérations avec les établissements hospitaliers, les soins de ville et les structures médico-sociales. L’inclusion dans les projets médicaux de territoire devient un levier.
Développer l’articulation avec le secteur social et médico-social, en particulier pour les personnes âgées, en situation de handicap ou de précarité. Des conventions spécifiques avec les EHPADs, ESSMS et SSIAD/SPASAD sont encouragées.
Améliorer la qualité et la sécurité des soins, avec des mesures sur le circuit du médicament, la certification HAS, les indicateurs qualité et le déploiement du programme e-Satis.
Faire de la e-santé un levier d’expansion, en soutenant l’interopérabilité des outils, la télésanté et l’accès à l’expertise médicale à distance.
Inclure davantage les patients et les aidants, par l’information, la formation, le soutien et l’intégration de leur expertise dans les parcours.
Soutenir la recherche et l’innovation, notamment via le développement de prises en charge innovantes et la participation des HAD aux projets de recherche organisationnelle ou clinique.
Un rôle renforcé pendant la crise sanitaire
La crise du COVID-19 a révélé l’agilité de l’HAD, qui a permis d’alléger la pression sur les hôpitaux, notamment dans les régions les plus touchées. En 2020, l’activité a augmenté de 16,1 %, dont +124,9 % pour les soins regroupés sous « autres traitements » (incluant les cas Covid), +228 % pour les transfusions et +19,6 % pour la chimiothérapie. Le rôle d’appui de l’HAD aux EHPAD a également été formalisé par le Ségur de la santé (mesure 28), avec des financements dédiés.
Un virage numérique en cours d’accélération
Déjà engagées dans l’informatisation de leurs dossiers patients, les structures d’HAD doivent désormais renforcer leur interconnexion avec les systèmes de santé numérique (HOP’EN, SUN-ES), participer à l’e-prescription et généraliser l’usage de la télémédecine et de la télésurveillance. L’objectif est aussi d’encourager l’adoption d’outils connectés pour améliorer le suivi à domicile.
L’HAD monte en charge, les SSIAD amorcent leur transformation
L’HAD fait face à plusieurs enjeux pour accompagner son developpement. Soutenue par la feuille de route 2021-2026, son développement territorial s’accélère, avec une démocratisation du “réflexe HAD” dans les EHPAD et les territoires. L’attractivité des métiers reste un défi face à la concurrence hospitalière et libérale, et nécessite des actions ciblées (stages, communication) et une gouvernance dédiée. L’intégration dans l’organisation des soins est également essentielle : en période de tension hospitalière, l’HAD doit pouvoir s’activer rapidement (évaluation à 48 h), avec une coordination efficace entre ville, hôpital, GHT et pharmacies. Les priorités incluent aussi la qualité et la sécurité des prises en charge, l’innovation numérique (accès au dossier patient, télésuivi), et la réduction des inégalités d’accès.
La réforme des SSIAD vise une meilleure coordination entre aide et soins (fusions SAAD/SPASAD) et prévoit la création de 25 000 places supplémentaires. Le modèle de financement doit être adapté aux besoins croissants, en particulier pour les publics les plus dépendants (GIR bas), tout en limitant le recours aux IDE libérales par un forfait journalier mieux calibré. Les tensions sur les ressources humaines appellent un accompagnement renforcé des équipes et une meilleure coordination gérontologique. Le maintien à domicile reste l’objectif central, via des soins de base, des actions de prévention et une évaluation continue des besoins. Enfin, le lien avec l’HAD doit être consolidé, via des coopérations renforcées, des systèmes d’information partagés et des indicateurs pour suivre l’impact sur les usagers et les aidants.
Cas d’usage : l’IA réduit les erreurs, optimise les tournées et prévient les hospitalisations
Jusqu’à 30 % de gain de productivité selon les retours terrain
Les outils numériques améliorent l’organisation des soins à domicile, facilitent la coordination interprofessionnelle et apportent un suivi plus réactif aux patients. Grâce à l’IA, les soignants peuvent, avant même d’entrer chez un patient, accéder à des informations, planifier les tâches à réaliser, enregistrer des observations ou encore obtenir des recommandations contextuelles sur les actes à effectuer. Ces fonctions s’étendent aussi aux bureaux des coordinateurs de soins, où l’IA permet d’optimiser les plans d’intervention. La numérisation des parcours de soins à domicile permet de structurer les politiques de prévention sur des bases plus solides. En automatisant les dimensions administratives, les professionnels pourraient concentrer leur expertise sur la relation soignant-patient et les actes médicaux.
Surveillance à distance : Les systèmes d’IA analysent les données des objets connectés pour détecter les anomalies vitales en temps réel. Des alertes automatiques informent les soignants en cas de chute ou d’arythmie cardiaque. Cette approche prévient les hospitalisations inutiles chez les patients âgés.
Gestion des médicaments : L’IA vérifie les interactions médicamenteuses et rappelle les prises via des applications vocales ou des boîtiers intelligents. Des algorithmes ajustent les dosages selon les paramètres physiologiques monitorés. Les erreurs de prescription diminuent de 20 à 30% dans les déploiements observés.
Planification des tournées : Des plateformes comme AntsRoute intègrent l’IA pour optimiser les itinéraires en fonction de l’urgence et des compétences des soignants. Les plannings s’ajustent dynamiquement aux imprévus. Les gains de productivité atteignent 15 à 30%, selon les retours de professionnels.
Suivi prédictif : L’IA prédit les risques de décompensation via l’analyse de données multimodales, incluant historique médical et habitudes quotidiennes. Des modèles identifient les biomarqueurs pour des trajectoires de soins personnalisées. Cette méthode renforce la continuité entre domicile et hôpital.
Coordination interprofessionnelle : Les assistants virtuels facilitent les échanges via des dossiers partagés mis à jour par IA. La téléconsultation assistée analyse les symptômes pour orienter les décisions.
Une réduction de 30 % des hospitalisations et des enjeux éthiques (revue de la littérature)
Basée sur 186 publications de 1994 à 2025, la revue de la littérature révèle que l’IA appliquée au domicile améliore la réhabilitation post-AVC, réduit les hospitalisations chez les seniors et interroge les pratiques en matière de consentement et d’équité.
Trois scénarios d’application dominants
Les usages de l’IA identifiés dans les études se concentrent sur le monitoring passif, la réhabilitation et la prédiction de risques médicaux.
Monitoring à domicile : Lazarou et al. (2016) ainsi qu’Alwan (2009) décrivent des systèmes intelligents pour la détection de troubles cognitifs chez les personnes âgées, grâce à des capteurs passifs installés au domicile.
Réhabilitation : Chae et al. (2020) démontrent l’efficacité d’un dispositif associant montre connectée et plateforme web dans la récupération motrice post-AVC. Raccagni et al. (2024) étudient des protocoles spécifiques à la maladie de Parkinson.
Prédiction de risques : Belmin et al. (2022) et Levine et al. (2024) montrent que des outils prédictifs basés sur l’IA permettent de réduire les visites aux urgences et d’augmenter la précision diagnostique, notamment via des modèles comme GPT-3.
Un quart des études sont centrées sur les personnes âgées et les patients atteints de maladies chroniques, ce qui confirme l’orientation de ces solutions vers une personnalisation des soins à domicile.
Efficacité clinique et impact sur les hospitalisations
Les résultats cliniques rapportés font état de bénéfices mesurables :
Réduction des hospitalisations : selon Belmin (2022) et Havreng-Thry (2025), l’utilisation d’IA prédictive a permis une baisse de 20 à 30 % des hospitalisations chez les seniors.
Réhabilitation : les études montrent des améliorations significatives des fonctions motrices supérieures chez les survivants d’AVC, comme le souligne Chae et al. (2020) dans une étude prospective.
Hospitalisation à domicile : une méta-analyse menée par Lin et al. (2024) démontre que les sorties précoces vers le domicile avec suivi intelligent sont aussi efficaces que les soins hospitaliers classiques.
Acceptabilité et engagement : Zhao et al. (2025) relèvent une perception d’utilité des robots sociaux auprès des personnes âgées vivant à domicile.
Performance des modèles : Levine (2024) confirme la haute performance de GPT-3 en triage et diagnostic médical, contribuant à sécuriser les interventions à distance.
Plus de la moitié des études incluses dans la synthèse ont été publiées après 2020, ce qui témoigne d’une accélération des travaux validant les bénéfices des solutions IA en homecare. La synthèse fait également ressortir des points de vigilance éthiques et contextuels.
Respect de la vie privée : Hine et al. (2022) insistent sur les implications du monitoring intelligent pour les patients atteints de démence, notamment autour du consentement éclairé.
Barrières sociales et culturelles : Chung et al. (2016) soulignent que l’introduction de technologies en milieu domestique se heurte à des réticences culturelles, tandis que Papadopoulos et al. (2020) identifient des obstacles à l’adoption des robots humanoïdes.
Inégalités structurelles : des écarts apparaissent selon les contextes nationaux. Cingolani (2023) en Italie et Asonganyi (2025) au Cameroun évoquent des contraintes liées aux infrastructures, contrairement aux avancées technologiques signalées en Chine (Yang, 2022 ; Cheng, 2024). Une étude de Yang et al. (2022) a d’ailleurs été rétractée, illustrant la nécessité de rigueur dans la validation des données.
Les applications de l’intelligence artificielle en soins à domicile montrent des effets cliniques tangibles, notamment chez les personnes âgées. Mais leur déploiement à large échelle impose de résoudre des enjeux éthiques et techniques, et d’adapter les stratégies aux contextes locaux.
20 solutions d’IA opérationnelles pour les soins à domicile et l’HAD : prédiction, coordination, automatisation
Télésurveillance, logistique, assistants vocaux, transcription ou analyse d’images : 20 solutions d’intelligence artificielle sont actuellement utilisées ou en cours de déploiement en France et en Europe pour renforcer les capacités de soins à domicile et en hospitalisation à domicile Reposant sur des capteurs connectés, des algorithmes prédictifs, des modèles NLP ou des générateurs de langage, ces outils répondent à des besoins cliniques, organisationnels et réglementaires identifiés dans les parcours chroniques, post-opératoires et gériatriques. Tour d’horizon.
Anticiper les hospitalisations non planifiées
Plusieurs solutions associent capteurs, applications patient et algorithmes d’apprentissage automatique pour prédire les décompensations ou complications en amont.
Presage Care s’appuie sur les données ePROMs quotidiennes (symptômes, activité) recueillies par les patients pour anticiper les hospitalisations non programmées à 7-14 jours. Déployé en EHPAD et en HAD, ce dispositif médical classe IIa, évalué par la HAS, a permis une réduction de 80 % des passages aux urgences selon des essais menés sur plus d’un million de données. Satelia Cardio combine des capteurs connectés (balance, tensiomètre) à une IA certifiée par le SNITEM pour détecter les signes précoces de décompensation chez les patients insuffisants cardiaques. Une étude menée dans 130 centres français rapporte une baisse de 36 % de la mortalité et de 50 % des hospitalisations. Luscii, racheté par Omron en 2024, propose un suivi à domicile pour 150 pathologies. L’outil génère des scores de risque à partir de capteurs (Oura, Withings) et réduit les réadmissions de 65 % selon une étude britannique. hellocare.ai, kit hospital-at-home avec TV connectée et capteurs sans fil, intègre une IA générant des rapports cliniques automatisés. Tucuvi LOLA, assistant vocal multilingue, interroge les patients chaque matin et analyse les réponses via NLP pour générer des alertes. Déployé au Royaume-Uni et en Suède, il a permis une réduction de 70 % des appels des soignants.
Optimiser les tournées et la planification des soins
L’IA permet aussi d’améliorer l’efficience des soins à domicile, notamment via la planification géolocalisée et l’optimisation des tournées. AntsRoute par exemple est utilisé par plusieurs structures françaises, optimise en temps réel les tournées des IDE en fonction du trafic, des compétences requises et des créneaux disponibles. Les retours montrent une hausse de 30 % de la productivité et une baisse de 20 % des kilomètres parcourus.
Réduire la charge administrative et améliorer le reporting
Plusieurs outils d’IA visent à automatiser les tâches répétitives, à faciliter la documentation et à structurer les informations médicales dans les dossiers numériques. Posos e-scan automatise la saisie des ordonnances manuscrites via OCR et NLP, avec une réduction de 95 % des erreurs et de 80 % du temps de saisie. Déployé dans plus de 100 HAD en France. Arcad360 SSIAD intègre des outils de RPA pour automatiser les tâches de facturation et prévoir les plannings. CareConnect Nurse AI Speech-to-Text permet une transcription vocale en temps réel avec compatibilité SNOMED. Il cible les IDE intervenant à domicile sur smartphone. domo.health GenAI, basé sur Azure, facilite la coordination des équipes et génère des résumés automatiques des dossiers médicaux. Il est utilisé dans 10 pays européens dont la France. Loquii.ai, assistant vocal pour les infirmiers, propose synthèse de dossier et rappels médicamenteux. Il vise à fluidifier la communication entre HAD et hôpital.
Des acteurs mieux coordonnés pour structurer l’offre sur le terrain des HAD
Médecins traitants, équipes hospitalières, ARS, réseaux de santé : la prise en charge à domicile s’appuie sur une collaboration opérationnelle entre acteurs, avec des outils partagés et des critères d’intervention clarifiés.
L’Agence régionale de santé coordonne une politique de développement de l’HAD en s’appuyant sur l’ensemble des parties prenantes du parcours de soins. Objectif : garantir au patient le droit au domicile dès que la situation clinique le permet, et organiser l’intervention d’acteurs multiples dans un cadre structuré. Le maintien à domicile implique une articulation entre les professionnels de santé de ville, les établissements hospitaliers, les structures médico-sociales, les services d’HAD, les réseaux de santé et les proches. Pour fluidifier ce parcours, trois axes sont mis en avant :
définition des rôles selon une gradation des soins,
organisation des relais
et diffusion d’une information claire sur les modalités de recours.
Des prescripteurs aux coordonnateurs : qui fait quoi ?
L’entrée et la sortie en HAD reposent sur la prescription d’un médecin hospitalier ou libéral, et l’accord du médecin traitant, qui reste le référent de la prise en charge, y compris lorsqu’il n’est pas le prescripteur initial. Le médecin coordonnateur de l’HAD valide chaque admission. La demande est idéalement transmise via la plateforme Via-Trajectoire. L’équipe de l’HAD, en lien avec le prescripteur et le médecin traitant, évalue la situation et établit un projet thérapeutique individualisé. Ce projet précise les soins nécessaires, la fréquence des interventions, les besoins d’aides à domicile, les objectifs attendus et les relais à organiser. Il est réévalué au minimum chaque semaine. L’éducation du patient et de son entourage est intégrée à la mission des intervenants.
L’ARS Île-de-France a mené dès 2016 un travail de clarification des niveaux d’intervention entre professionnels de ville, services de soins à domicile et structures HAD. Ce référentiel, fondé sur des critères d’inclusion et d’exclusion, a permis de poser des repères partagés sur les périmètres d’action de chaque acteur. Parallèlement, la notion de domicile a été élargie aux établissements d’hébergement pour personnes âgées (EHPA) dès 2007 et aux établissements médico-sociaux (ESMS) depuis 2012. Cela implique une coordination renforcée entre les acteurs sanitaires et médico-sociaux.
Formation à l’HAD : des stages de 3 jours pour sensibiliser les futurs médecins généralistes
Pour mieux faire connaître l’HAD aux futurs médecins généralistes, un stage de trois jours au sein d’un établissement d’HAD est proposé aux internes depuis 2016. Cette immersion leur permet d’appréhender les conditions de prescription et de coordination spécifiques à cette modalité de prise en charge. Des partenariats entre équipes de médecine physique et de réadaptation et opérateurs d’HAD ont permis d’expérimenter des prises en charge de rééducation à domicile, dites HAD-R. Ces dispositifs reposent sur une coordination étroite entre spécialistes, professionnels de l’HAD et acteurs sociaux. Un groupe régional HAD-R travaille à lever les freins, produire des outils partagés et soutenir les équipes dans leur collaboration.
En Île-de-France, des échanges réguliers entre acteurs de l’HAD et réseaux de santé tri-thématiques ont permis d’expliciter les rôles de chacun dans le parcours du patient et de construire une culture commune de l’intervention à domicile. La politique régionale de développement de l’HAD s’appuie sur la capacité des acteurs à organiser localement des parcours cohérents. En renforçant les outils d’orientation, les critères d’intervention et les logiques de partenariat, l’ARS et les professionnels impliqués cherchent à garantir une prise en charge adaptée, anticipée et partagée au domicile.
Soigné chez soi : une réponse à la crise hospitalière ?
Le vieillissement rapide de la population et l’augmentation des maladies chroniques rendent incontournables le développement des soins à domicile, notamment via l’HAD et les SSIAD. Ces dispositifs répondent aux besoins en matière de dépendance, de pathologies chroniques et de soins palliatifs. Leur montée en charge doit toutefois s’accompagner d’une adaptation des financements, du renforcement des équipes et d’un soutien aux aidants. Le numérique joue un rôle en facilitant la coordination, en optimisant les tournées et en anticipant les complications grâce à l’IA. Ces innovations permettent de sécuriser les prises en charge et aussi de structurer des parcours plus personnalisés.
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Dernières actualités (depuis janvier 2025) sur l’HAD et les services de soins à domicile
Décrets et expérimentations
Décret n° 2025-4 du 3 janvier 2025 modifiant les conditions de réadaptation en HAD, autorisant les EAPA pour au moins 2 pratiques thérapeutiques et renforçant la pluridisciplinarité.
Décret du 5 février 2025 et arrêté du 14 mars lançant une expérimentation de 3 ans pour un forfait d’adressage en chimiothérapie injectable vers l’HAD, visant à désengorger les HDJ et améliorer le confort des patients cancéreux.
PLFSS 2025 Annexe 6 signalant une croissance de 13,3% des prises en charge conjointes HAD-SSIAD en 2023, avec consensus pour réformer le financement de l’HAD.
Rapports et études
Étude DREES juillet 2025 sur les établissements HAD : 293 structures recensées fin 2023, capacité à 24 100 patients simultanés (+5% annuel moyen), après hausses post-Covid.
Rapport Insee Première n°2042 (mars 2025) prévoyant une forte hausse de la demande de services à la personne d’ici 2050 (5 millions de ménages), tirée par le vieillissement et l’assistance aux seniors dépendants.
Rapport BVA pour France Assos Santé (janvier 2025) analysant la satisfaction des Français envers les soins à domicile, avec focus sur raisons d’expérience positive.
Croissance et annonces sectorielles
Données DREES novembre 2025 : capacité HAD en hausse de 5,5% en 2024 après +4,1% en 2023, dans un contexte de réduction des lits hospitaliers.
ATIH. Hospitalisation à domicile – Chiffres clés. Lyon : Agence technique de l’information sur l’hospitalisation ; Disponible sur : https://chiffres-cles.scansante.fr/had.html
Pathologies chroniques plus fréquentes chez les jeunes.
Augmentation des recommandations cliniques.
Surcroît de tâches liées à la prévention.
Transfert de charges depuis l’hôpital (listes d’attente, sorties précoces).
Moins de soins à domicile.
Consultations toujours limitées à 10 minutes.
Recommandations évoquées :
Allonger les consultations à 15 min.
Augmenter le nombre de GPs (General Practitioners = médecins généralistes au UK).
Adapter le financement au temps réel nécessaire.
Renforcer la coordination ville-hôpital-domicile.
Une complexité mal définie mais bien réelle
Définir ce qu’est une consultation complexe reste délicat. Une déclaration de consensus récente la décrit comme difficile, exigeante, multifactorielle et chronophage. Elle peut concerner des patients en situation de précarité, atteints de douleurs chroniques ou de troubles liés à l’addiction, ou encore des situations cliniques débouchant sur des hospitalisations d’urgence ou nécessitant plusieurs prescriptions. S’ajoute une explosion des recommandations : le National Institute for Health and Care Excellence (NICE) en recense plus de 25 000. Le temps nécessaire à leur mise à jour et à leur application alourdit encore la charge cognitive et administrative des médecins généralistes.
Les politiques de prévention, en expansion dans les pays industrialisés, imposent également un surcroît de tâches aux médecins. Selon Minna Johansson (Université de Göteborg), si les recommandations européennes étaient appliquées strictement, plus de 80 % des adultes devraient consulter un généraliste pour réduire leur risque cardiovasculaire — un scénario incompatible avec les ressources médicales actuelles.
La multimorbidité touche 32 % des patients, les consultations en médecine générale se complexifient
En trente ans de pratique, le nombre de patients sous traitement est passé de 20 % à 50 %, les consultations sont plus longues, plus denses, et les journées de travail s’étirent. Ce constat est partagé par l’ensemble des médecins généralistes britanniques : la complexité clinique des consultations augmente, sans adaptation du système en parallèle. Le vieillissement de la population, associé à l’augmentation des cas de multimorbidité, contribue fortement à cette évolution. Selon une étude de l’université de Birmingham, 32 % des patients étaient atteints de plusieurs maladies chroniques en 2019, contre 23 % en 2005. Cette tendance concerne désormais aussi les jeunes adultes, qui présentent davantage de pathologies chroniques (diabète, obésité, hypertension) autrefois cantonnées aux personnes âgées.
Soins primaires au Royaume-Uni : les généralistes en première ligne face aux défaillances du système hospitalier
Un système sous-dimensionné
La croissance des listes d’attente hospitalières pousse les généralistes à assurer un rôle de relais, en prenant en charge des pathologies relevant normalement du niveau spécialisé. Cela entraîne un risque de complications, les médecins devant improviser des traitements ou des gestes (injections, prescriptions de corticoïdes) en l’absence d’accès rapide à un spécialiste. Le raccourcissement des durées moyennes de séjour (de 8,4 à 4,5 jours entre 1998 et 2020) et la baisse du nombre d’infirmiers à domicile (−43 % depuis 2009) transfèrent aussi la gestion post-hospitalisation vers les généralistes. Ceux-ci se retrouvent à suivre des patients encore instables, parfois dès leur retour du service d’urgences. L’essor des professionnels de santé non médecins, encouragé par le dispositif ARRS (Additional Roles Reimbursement Scheme), modifie la répartition du travail en soins primaires. En 2023, ils étaient plus de 17 000, contre seulement 280 trois ans plus tôt. Ce sont désormais les généralistes qui prennent en charge la majorité des cas complexes, les autres professionnels traitant les situations plus simples.
Des consultations trop courtes (10 minutes, elles devraient être de 15 minutes)
Malgré la montée en complexité, la durée des consultations reste figée à 10 minutes depuis des décennies. Le Pr Azeem Majeed (Imperial College London) déplore un financement qui ne permet pas d’allouer plus de temps aux patients complexes, obligeant les médecins à dépasser leur créneau ou à fragmenter le suivi. Le Royal College of General Practitioners et le BMA plaident pour des consultations d’au moins 15 minutes, mais cela exigerait soit une baisse du nombre de rendez-vous quotidiens, soit une augmentation du nombre de médecins — un scénario peu réaliste à court terme, alors que les départs et les réductions d’activité se multiplient dans la profession.
Un écosystème en expansion rapide : l’IA change déjà les pratiques
Avec 50 millions d’euros mobilisés, 350 projets lauréats et 660 porteurs engagés, plus de la moitié intégrant déjà des briques d’intelligence artificielle, le paysage de l’IA en santé connaît une accélération. Les États généraux ont ainsi rendu visible l’ensemble de la chaîne : institutions publiques, hôpitaux, fédérations, assureurs, industriels, associations d’usagers, fondations, experts réglementaires et territoriaux. Tous s’accordent : l’IA n’est plus une promesse. Elle s’installe dans le quotidien des parcours, des diagnostics et de la prévention. L’intégration rapide de l’intelligence artificielle en santé soulève des enjeux autour de la garantie humaine, de la régulation et de l’innovation industrielle.
HTI a été présente à la deuxième édition des États Généraux de l’IA en Santé qui a rassemblé une diversité d’acteurs institutionnels, professionnels, privés et associatifs, partageant un même objectif : construire un cadre collectif, éthique et opérationnel qui accompagne la transformation sanitaire tout en préservant le lien humain.
Les acteurs publics structurent : stratégie nationale, régulation, formation
L’État, moteur d’un modèle européen souverain
La Ministre Stéphanie Rist affirme la volonté de construire un modèle européen singulier, conciliant innovation et droits individuels : « Nous assumons de construire un modèle souverain, équilibré, conjuguant innovation et respect des droits »
Elle annonce :
Une gouvernance nationale unifiée intégrant IA, numérique, recherche et innovation au sein d’une seule direction ministérielle.
La mise en œuvre du 2ᵉ volet de la stratégie nationale IA et données de santé, élaborée avec plus de 70 acteurs et 100 contributions publiques.
Institutions publiques : gouvernance unifiée, régulation et cadre européen
Une stratégie nationale structurée autour de la souveraineté
La ministre de la Santé évoque la mise en œuvre d’une gouvernance intégrée réunissant numérique, données, recherche et innovation. L’objectif est d’assurer un déploiement cohérent des technologies et de renforcer la capacité d’arbitrage public. Cette orientation s’inscrit dans un paysage réglementaire européen marqué par l’adoption du règlement sur l’intelligence artificielle et l’importance de conserver une maîtrise locale des usages et des données.
HAS : cartographier, structurer et sécuriser les usages
Depuis 2024, la Haute Autorité de Santé (HAS) impose aux établissements la cartographie des systèmes d’IA. Les échanges mettent en avant des avancées sur l’organisation interne, avec des marges d’amélioration concernant la formation et l’information du patient. La mise en conformité avec les exigences de transparence reste en discussion avec la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL)
Formation et inclusion : la clé d’une transformation réussie
Marc Dumon (ANFH) a détaillé un plan qui vise à former un million de professionnels hospitaliers à l’IA d’ici 2027. Ce volet formation est perçu comme un levier essentiel pour démocratiser une intelligence artificielle responsable. Le rôle des établissements, syndicats, grands groupes comme le Groupe VyV, qui travaille sur un modèle de langage propriétaire, souligne l’intérêt d’approches complémentaires entre santé publique, secteur privé et acteurs mutualistes. Pour Marc Dumon, « comprendre l’IA » constitue une étape indispensable pour accompagner les usages
Établissements et fédérations : un besoin d’outils fiables et de repères communs
Des niveaux de maturité hétérogènes
Les fédérations hospitalières (FHF, FHP) et Unicancer soulignent une appropriation variable selon les structures. Des enquêtes montrent un faible taux de réponse concernant l’usage des IA, témoignant d’une perception encore partielle du sujet.
Les intervenants insistent sur la nécessité de :
Repères partagés.
Référentiels communs.
Critères fiables d’évaluation des solutions.
Assureurs : prévention, accompagnement et gestion des risques
La Mutuelle générale de l’Éducation nationale (MGEN) décrit l’usage d’outils d’aide à l’accompagnement et de prévention. Les représentants rappellent que la responsabilité liée au choix des outils et à leur évaluation nécessite une méthodologie rigoureuse
Perspectives industrielles et territoriales
La conférence a mis l’accent sur les enjeux industriels avec la nécessité d’un réseau hospitalier ouvert, collaboratif et européen renforcé. Dr François Braun, a plaidé pour une régulation évolutive adaptée au rythme des innovations, garantissant « que l’IA serve à améliorer l’accès aux soins et la coordination territoriale ». L’enjeu est ici double : sécuriser les innovations tout en laissant la place à l’expérimentation et à une diffusion équitable dans tous les territoires.
Le trouble du spectre de l’autisme (TSA), touchant environ 1 naissance sur 100 selon l’OMS, se caractérise par des altérations du langage, des interactions sociales et des intérêts restreints. Le diagnostic actuel, basé sur l’observation comportementale vers 3–5 ans, présente plusieurs limites :
Diagnostic tardif retardant l’accès aux interventions adaptées.
Evaluation subjective et variable selon l’expertise.
Absence de marqueurs biologiques objectifs.
Absence de dépistage systématique à la naissance.
Le MIND Institute (UC Davis, CA, USA) étudie depuis 2019 l’ADN leucocytaire de nouveau-nés via la puce Infinium HumanMethylation450, combinée à l’apprentissage machine et deep learning. L’équipe dirigée par Janine M. LaSalle a récemment publié dans Biology of Sex Differences une étude utilisant le séquençage bisulfite du génome entier (WGBS) sur plusieurs centaines de sujets.
Des signatures de l’autisme différentes selon le sexe
Les résultats montrent :
Une identification de régions d’ADN différentialement méthylées (DMRs) enrichies pour des gènes liés au développement cérébral.
La présence de signatures spécifiques selon le sexe, avec des DMRs sur le chromosome X chez les filles.
Ces signatures se recoupent avec des gènes connus comme facteurs de risque TSA et sont détectables dès la naissance, confirmant la pertinence d’un dépistage biologique précoce.
Validation et intégration dans le dépistage néonatal
Les chercheurs doivent maintenant effectuer :
Une validation multicentrique et reproductibilité à grande échelle.
Une standardisation des tests et intégration dans les programmes de dépistage néonatal.
Une évaluation des implications éthiques et psychosociales liées au dépistage précoce.
Jean-Jacques Coiplet, ancien directeur de l’ARS Bourgogne-Franche-Comté, est nommé à la direction générale de l’ARS La Réunion, où il pilotera les politiques sanitaires du territoire.
Bertrand Parent succède à Laurent Bien à la tête de l’ARS Guyane. Professeur à l’EHESP et spécialiste de la gestion de crise, il prendra ses fonctions le 15 décembre.
Ancienne secrétaire d’État, Christelle Boucher-Dubos dirigera l’ARS de Corse. Elle succède à Marie-Hélène Lecenne et pilotera l’adaptation des réformes de santé sur l’île.
Jean-Jacques Coiplet nommé directeur général de l’ARS de La Réunion
Par décret du 2 décembre 2025, Jean-Jacques Coiplet prend ses fonctions de directeur général de l’Agence régionale de santé de La Réunion à compter du 15 décembre 2025. Il succède à son poste précédent de directeur général de l’ARS Bourgogne-Franche-Comté. Jean-Jacques Coiplet est administrateur de l’État. Il est diplômé de l’École des hautes études en santé publique et de Sciences Po Grenoble. Sa carrière débute comme inspecteur de l’action sanitaire et sociale à la DRASS Centre.
Il occupe ensuite des postes d’adjoint aux directeurs des DDASS des Alpes-de-Haute-Provence, du Jura et de Mayotte. Il dirige les DDASS de Lozère, de l’Aisne, puis des Bouches-du-Rhône de 2008 à 2010. En 2010, il rejoint l’ARS Provence-Alpes-Côte-d’Azur comme directeur de la santé publique et environnementale. De mai 2012 à novembre 2016, il est directeur général de l’ARS Corse. De novembre 2016 à septembre 2017, il exerce comme directeur régional et départemental de la Jeunesse, des sports et de la cohésion sociale en région PACA. D’octobre 2017 à novembre 2022, il dirige l’ARS Pays de la Loire. Depuis novembre 2022, il est directeur général de l’ARS Bourgogne-Franche-Comté. Il pilote les politiques de santé publique dans ces agences. En tant que directeur général de l’ARS La Réunion, Jean-Jacques Coiplet supervise l’offre de soins, la santé publique et les établissements sanitaires.
Bertrand Parent nommé directeur général de l’ARS de Guyane
Par décret du 2 décembre 2025, Bertrand Parent est nommé directeur général de l’Agence régionale de santé de Guyane à compter du 15 décembre 2025. Il succède à Laurent Bien. Bertrand Parent est professeur à l’École des hautes études en santé publique. Il enseigne le management, la communication et la gestion de crise depuis 2005. De 2015 à 2018, il dirige la Délégation Réunion de l’Agence de Santé Océan Indien. Il est membre du Haut Comité à la Santé Publique. Il contribue à la formation des directeurs d’ARS avec l’EN3S. En tant que directeur général de l’ARS Guyane, Bertrand Parent coordonne les politiques sanitaires locales. Il gère les crises et renforce le système de santé amazonien. L’agence veille sur la prévention et les soins
Christelle Boucher-Dubos nommée directrice générale de l’ARS de Corse
Par décret du 2 décembre 2025, Christelle Boucher-Dubos est nommée directrice générale de l’agence régionale de santé de Corse à compter du 15 décembre 2025. Elle remplace Marie-Hélène Lecenne. Christelle Boucher-Dubos exerce comme médiatrice et déontologue nationale à la Cnaf depuis 2022. Elle a été secrétaire d’État aux Solidarités et à la Santé de 2018 à 2020. Christelle Boucher-Dubos cumule 27 ans de services publics.
73% des professionnels de santé en France connaissent la notion d’expérience patient en 2024, contre 55% en 2018, signe d’une diffusion soutenue.
En 2024, près de 1,3 million de questionnaires e‑Satis ont été analysés, avec des taux de satisfaction globaux supérieurs à 80% mais des disparités territoriales et par spécialités.
L’ajout d’un agent conversationnel IA au parcours ambulatoire augmente les scores d’expérience globale et de communication médecin‑patient.
96% des soignants jugent que l’expérience patient améliore la relation de soins et la qualité de la prise en charge; 95% citent un effet positif sur l’image de l’établissement.
L’IA est utilisée pour analyser massivement les verbatims patients (NLP), dépasser la « note sur 10 » et fournir des explications causales et des signaux faibles.
Le module IA d’e‑Satis (actif depuis 2024) automatise l’analyse des commentaires, restitue tendances, ressentis et priorités d’amélioration.
14 cas d’usage IA sont documentés dans 35 hôpitaux, dont chatbots/assistants (≈24%) et mesure de satisfaction (≈24%) comme segments dominants.
Des plateformes comme Verbatim.care sont entraînées sur >100 000 verbatims labelisés et déployées dans >50 structures en France et Belgique, avec ~70 thèmes/sous-thèmes.
Les freins majeurs identifiés: manque de référent expérience patient (38%), pression et stress des équipes (62%), ressources et formation insuffisantes (45% et 40%).
📌La voix du patient devient un actif de pilotage
L’appropriation de l’expérience patient par les soignants s’accélère et s’appuie sur des dispositifs nationaux structurants. En 2024, 73% des professionnels de santé déclarent connaître la notion d’expérience patient, contre 55% en 2018. Environ 1,3 million de questionnaires e‑Satis ont été analysés, avec des taux de satisfaction globaux supérieurs à 80%. 96% des professionnels perçoivent un impact positif sur la relation et la qualité de prise en charge, et 89% sur la fidélisation des patients. Cette dynamique crée un terrain favorable à l’usage de l’IA pour exploiter ces retours de manière systématique.
La littérature récente montre que les données rapportées par les patients peuvent alimenter des modèles prédictifs performants tout en posant des défis de validation. Certains modèles atteignent des exactitudes autour de 0,72 à 0,90 et des AUC proches de 0,93 selon les contextes cliniques. Les revues insistent cependant sur l’hétérogénéité de la gestion des données manquantes, le reporting incomplet des paramètres de modèles et un déficit d’information sur l’équité, qui limitent la généralisabilité. L’intégration opérationnelle repose sur des parcours numériques simples, incluant le dossier électronique, l’automatisation de la saisie et du calcul des scores. Au total, les preuves soutiennent un changement d’échelle, à condition de renforcer standardisation, transparence et gouvernance des données.
📌E‑Satis, brique critique de la qualité hospitalière
Le programme e‑Satis de la HAS structure la mesure de la satisfaction et du ressenti des patients à grande échelle depuis 2015. Chaque année, près de 2 millions de patients sont interrogés et plus de 1 000 établissements participent aux campagnes. Depuis 2024, un module d’IA analyse automatiquement les commentaires libres pour dégager des thèmes, des tendances et des priorités d’action. Les résultats sont restitués à la fois au public et aux établissements, et intégrés à la certification et à l’amélioration continue. Le dispositif tend désormais vers une extension à d’autres secteurs de soins et vers une analyse plus fine des verbatims grâce à l’IA.
Le panorama de 27solutions d’IA montre un passage d’une simple note de recommandation à une compréhension des causes via l’analyse automatique des textes. Les verbatims patients permettent de détecter des signaux faibles et des incidents que les moyennes de score masquent. La frontière entre confort perçu (questionnaires d’expérience) et résultat clinique (questionnaires de résultats) s’estompe avec des systèmes de télésurveillance qui déclenchent des alertes en temps réel. Des approches comportementales et des agents conversationnels contribuent à réduire l’anxiété et les frictions dans les parcours. L’optimisation des flux, notamment aux urgences ou en chirurgie programmée, améliore directement l’expérience vécue.
📌🗺️Quatorze cas d’usage à l’échelle des établissements
Plus de 50 établissements en France et en Belgique déploient des cas d’usage couvrant l’analyse de verbatims, les chatbots, le suivi longitudinal et les parcours critiques. Certains modèles sont entraînés sur plus de 100 000 commentaires, et au moins 24 établissements pilotent leurs parcours à partir de ces analyses textuelles. Les segments les plus investis sont les assistants virtuels et la mesure de satisfaction, qui représentent chacun près d’un quart des cas recensés. Des solutions comme Verbatim.care, Heko ou Caresquad visent des gains de réactivité, de préparation des patients et de priorisation des actions. Cette industrialisation des usages met au premier plan la robustesse des algorithmes et la gouvernance des données.
L’amélioration de l’expérience mobilise patients partenaires, aidants, professionnels de santé et acteurs médico‑sociaux tout au long des parcours. Les questionnaires de résultats rapportés par les patients, utilisés par les médecins généralistes ou les infirmiers, facilitent la détection précoce de problèmes et l’ajustement des prises en charge. En France, plusieurs millions d’aidants influencent le vécu des soins, tout en ayant eux‑mêmes besoin de soutien et de reconnaissance. La coordination avec le secteur médico‑social reste souvent insuffisamment structurée malgré des besoins élevés chez les patients fragiles. L’intégration systématique des retours patients est présentée comme un moyen concret de réduire certaines réhospitalisations précoces et d’améliorer l’efficacité globale des parcours.
IA RH : le GHR Mulhouse expérimente l’automatisation des plannings
Publié le mercredi 03 décembre 2025 à 16h19
Le GHR Mulhouse Sud-Alsace lance une expérimentation d’IA pour optimiser l’élaboration et l’actualisation des plannings du personnel hospitalier, dans le cadre de l’AMI DGOS. Le projet, copiloté par la DRH et la DSI, associe l’éditeur Optacare et vise à améliorer la gestion RH et l’organisation du travail.
L’analyse des données révèle un panorama de 14 cas d’usage distincts de l’IA dédiés à l’amélioration de l’expérience patient dans les établissements de santé. Ces initiatives s’appuient sur 27 solutions technologiques développées par 21 entreprises, déployées dans 35 hôpitaux en France et à l’international. Le marché est caractérisé par une concentration notable sur deux segments principaux : les chatbots et assistants virtuels (5 cas d’usage, 23,8%) et la mesure de satisfaction patient (5 cas d’usage, 23,8%). Ces deux catégories représentent près de la moitié des applications identifiées, témoignant de l’intérêt croissant des établissements pour l’automatisation de la communication patient et la collecte systématique de retours d’expérience. Le cas d’usage le plus largement déployé est le pilotage de l’expérience patient à partir de verbatims textuels, présent dans 24 hôpitaux, démontrant l’intérêt stratégique des établissements pour l’exploitation systématique des retours patients. Le chatbot d’information préopératoire (solution Heko de BOTdesign) équipe 4 hôpitaux, ciblant la réduction de l’anxiété des patients avant intervention. L’analyse en temps réel de la satisfaction est déployée dans 2 hôpitaux (CH de Valenciennes, Hôpital Foch), illustrant l’intérêt pour le monitoring continu de l’expérience patient.
De 100 000 verbatim entraînant une IA à plus de 50 établissements utilisateurs
Une plateforme telle que Verbatim.care d’EntendsMoi repose sur des algorithmes de traitement automatique du langage (TAL/NLP) entraînés sur plus de 100 000 verbatim d’expérience patient, labellisés manuellement par des professionnels de santé et des patientes. Cette base permet de classifier les commentaires en environ 70 thèmes et sous‑thèmes, croisés avec quatre niveaux de ressenti, pour objectiver satisfactions et insatisfactions dans des contextes hospitaliers, ambulatoires et de soins primaires.
Verbatim.care est co‑conçue avec plusieurs établissements pilotes et est aujourd’hui utilisée par plus de 50 structures en France et en Belgique, couvrant un large spectre d’établissements (CHU, hôpitaux généraux, cliniques, fondations, centres de lutte contre le cancer, etc.). En parallèle, Better World et d’autres solutions d’analyse de verbatim et d’enquêtes post‑consultation sont déployées notamment dans des centres d’imagerie (CH de Valenciennes, Hôpital Foch), illustrant une dynamique d’industrialisation de la mesure qualitative de l’expérience patient.
Cette massification du recueil et de l’analyse des retours patients s’articule avec une vague d’agents conversationnels (vocaux et textuels) qui automatisent des segments entiers du parcours – accueil téléphonique, suivi chronique, information préopératoire, urgences – tout en cherchant à réduire l’anxiété des patients et des proches. Les cas d’usage couvrent déjà des domaines variés (radiologie, urgences, bloc opératoire, pédiatrie, ophtalmologie, médico‑social, post‑COVID), ce qui confère à l’IA une place structurante dans la transformation de l’expérience patient.
Plus de 24 établissements pilotent leurs parcours via les verbatim textuels
La plateforme Verbatim.care est déployée dans au moins 24 établissements de santé explicitement cités (CHU de Brest, HCL, Hôpital de Foch, Institut Mutualiste Montsouris, Centre Léon Bérard, etc.), qui utilisent l’analyse des verbatim pour piloter l’expérience patient par parcours, service et population. Les retours issus d’enquêtes, questionnaires en ligne, SMS, mails et avis numériques sont centralisés, catégorisés finement par thématiques de satisfaction ou d’insatisfaction, et restitués via des tableaux de bord personnalisables, facilitant l’identification des irritants récurrents et le suivi des plans d’action.
Better World met en œuvre une approche complémentaire, en analysant en continu les verbatim patients dans l’imagerie (CH de Valenciennes, Hôpital Foch) pour produire des indicateurs de satisfaction, de sentiment et de zones d’amélioration, permettant des ajustements rapides des processus de prise en charge. Dans ce contexte, l’IA transforme la voix du patient en un levier structuré de décision managériale, contribuant à une démarche d’amélioration continue et à une meilleure cohérence entre stratégie, opérations et attentes des usagers.
Les agents conversationnels d’accueil téléphonique et multicanaux (voix, texte, chatbots) permettent de fluidifier la gestion des appels entrants et sortants, de réduire les transferts incorrects et les temps d’attente, et d’orienter rapidement les patients vers les bons services, tout en gérant la prise de rendez‑vous, les rappels et la collecte d’informations préalables. En ophtalmologie, des interfaces conversationnelles automatisées et des vidéos générées par IA (avatars) fournissent des réponses personnalisées et accessibles 24/7, libérant les équipes des tâches répétitives et améliorant l’accessibilité à l’information.
Opportunités dans le suivi longitudinal et les maladies chroniques – Une IA dédiée au suivi des bébés prématurés et soins prolongés
AIConnectsCare illustre le potentiel de l’IA pour le suivi longitudinal en créant une plateforme de soins connectés centrée sur les bébés prématurés et les patients en soins de longue durée, permettant aux familles de suivre en temps réel la condition des patients et de maintenir un contact régulier avec les équipes de soins. Cette connectivité continue vise à réduire le stress et l’anxiété des familles, tout en améliorant la qualité de vie des patients de long terme grâce à une meilleure information et une communication structurée.
Des chatbots génératifs et assistants virtuels apportent, plus largement, un soutien aux patients chroniques en répondant aux interrogations fréquentes, en rappelant les prises de médicaments et en encourageant l’adhésion aux protocoles de soins, ce qui renforce l’engagement patient et la continuité du suivi. Dans le contexte post‑infection virale (COVID‑19), une application d’auto‑évaluation comme SafePlay offre une interprétation des symptômes et des tests selon les protocoles nationaux, en plusieurs langues, contribuant à un accompagnement standardisé et accessible à distance.
En établissement, des assistants vocaux tels que Nearcare structurent et priorisent les demandes des patients (médicales et non médicales), en orientant automatiquement les requêtes vers le bon interlocuteur et en qualifiant les besoins cliniques (intensité de la douleur, zone concernée, etc.), ce qui réduit les interruptions inappropriées, optimise le temps des équipes et augmente la satisfaction des patients comme des soignants. Cette capacité de tri et de routage intelligent des sollicitations constitue un socle pour une organisation des soins plus réactive, efficiente et centrée sur les besoins exprimés.
Opportunités sur les parcours critiques – Urgences et péri‑opératoire
Des solutions comme FollowMe Urgences et Saniia permettent un suivi temps réel de la prise en charge aux urgences, en informant les patients et leurs proches de l’évolution du parcours et en aidant à mieux organiser les flux grâce à des modèles prédictifs intégrant des données internes et contextuelles (météo, événements, vacances). Cette transparence réduit l’anxiété des proches et soutient une régulation plus fine des capacités, ce qui est stratégique dans un contexte de tensions structurelles sur les services d’urgence.
En péri‑opératoire, la plateforme Heko (BOTdesign) propose un chatbot d’information préopératoire pour les patients, déjà déployé dans plusieurs CHU et hôpitaux français, qui délivre des recommandations claires et personnalisées avant la consultation d’anesthésie, administre des questionnaires cliniques et génère des alertes et recommandations adaptées. Cette approche fluidifie la relation soignant‑patient, améliore la préparation des consultations et interventions, et renforce la sécurisation des parcours via un suivi pré, per et post‑opératoire intégrant des modules d’éducation thérapeutique.
Caresquad étend cette logique en automatisant le rappel des consignes préopératoires par des agents vocaux paramétrables, qui appellent les patients pour vérifier la compréhension des consignes (jeûne, horaires, préparation spécifique), détecter les difficultés potentielles et alerter les équipes en cas de besoin, avec enregistrement, transcription et synthèse des échanges. Cette automatisation sécurise le parcours (réduction des erreurs ou oublis), diminue le stress des patients et optimise le temps infirmier, tout en s’intégrant aux logiciels médicaux et en respectant les exigences de conformité (RGPD, hébergement HDS, chiffrement de bout en bout).
Opportunités dans le médico‑social et la qualité – Une solution tout‑en‑un de pilotage qualité et risques
Qualinéo, via son copilote IA, illustre le potentiel de l’IA pour la gestion de la qualité et des risques dans les secteurs médico‑sociaux et sanitaires, en intégrant l’automatisation des enquêtes de satisfaction, la gestion des incidents, la classification intelligente des événements et la suggestion d’actions correctives et préventives. Les établissements médico‑sociaux peuvent programmer des enquêtes anonymisées, analyser automatiquement les verbatim pour extraire tendances et axes d’amélioration, et piloter leurs plans d’action via des tableaux de bord centralisés couvrant indicateurs, événements indésirables, plaintes usagers et équipements.
Le copilote IA s’appuie sur des algorithmes de LLM/NLP et de machine learning pour la compréhension sémantique, la classification automatique et la réponse aux questions qualité, en s’adressant à un spectre large d’établissements (Ehpad, FAM, MAS, IME, SAD, crèches, hôpitaux, cliniques, biologie). Cette intégration renforce la capacité des organisations à relier l’expérience patient/résident à la gestion systémique des risques, améliorant la traçabilité, la réactivité et la cohérence des démarches d’amélioration continue.
Comparaison structurée de quelques cas d’usage clés
Axe / Solution
Finalité principale
Type d’IA / interface
Contexte d’usage
Verbatim.care (EntendsMoi)
Pilotage de l’expérience via analyse de verbatim multi‑canaux
NLP/TAL, classification thématique et ressenti
Hôpital, clinique, soins primaires
Better World
Mesure de satisfaction post‑consultation et analyse de verbatim en imagerie
Analyse de verbatim, sentiment, tableaux de bord
Centres d’imagerie, hôpitaux
FollowMe Urgences / Saniia
Information temps réel du parcours et prédiction de flux
IA prédictive, notifications temps réel
Urgences hospitalières
Heko / BOTdesign
Parcours pré‑ et post‑opératoire guidé, questionnaires, éducation thérapeutique
Chatbot, scoring patient, analyses et alertes
Bloc, anesthésie, chirurgie, oncogériatrie
Caresquad
Rappels préopératoires et suivi patient via agents vocaux
Agents IA vocaux, API, transcription/synthèse
Péri‑opératoire, secrétariat médical
AIConnectsCare
Suivi connecté des bébés prématurés et soins prolongés
Plateforme connectée, communication familles
Pédiatrie, soins de longue durée
Nearcare
Qualification et routage des sollicitations patients en temps réel
Assistant vocal/numérique, priorisation
Services de soins hospitaliers
Qualinéo + copilote IA
Pilotage qualité et risques, enquêtes de satisfaction, analyse des verbatim
LLM/NLP/ML, copilote IA qualité
Médico‑social et sanitaire
Enjeux stratégiques pour les directions
Les données disponibles montrent que l’IA appliquée à l’expérience patient est déjà à l’échelle, avec des plateformes comme Verbatim.care entraînées sur plus de 100 000 verbatim et déployées dans de nombreux établissements, et des solutions comme Better World, Heko, Caresquad, AIConnectsCare, Nearcare ou Qualinéo couvrant des segments critiques du parcours (imagerie, urgences, péri‑opératoire, médico‑social, pédiatrie, maladies chroniques). Cette dynamique crée une opportunité de passer d’une approche ponctuelle et quantitative de la satisfaction à un pilotage continu, qualitatif et opérationnel de l’expérience patient, articulant voix du patient, réactivité organisationnelle et sécurisation des parcours.
Pour les directeurs hospitaliers et médico‑sociaux, les enjeux stratégiques portent désormais sur la sélection et l’intégration de ces solutions dans une architecture cohérente, du recueil de verbatim à l’agent vocal préopératoire. Ils concernent aussi la gouvernance de la donnée et des algorithmes (robustesse, explicabilité, sécurité) et la conduite du changement auprès des équipes et des patients.
Les cas d’usage recensés suggèrent qu’une co‑construction active avec les professionnels et les patients, une articulation claire entre IA et décision humaine, et un alignement avec les démarches qualité et gestion des risques constituent des leviers clés pour transformer durablement l’expérience patient grâce à l’IA.