Articles

  • leCanon.ai : un assistant médical capable d’interroger 40 millions d’articles scientifiques en quelques secondes

    Un outil d’aide au diagnostic fondé sur l’analyse instantanée de données validées

    Généraliste et développeur, le Dr Othman Harit a conçu leCanon.ai pour répondre à une problématique vécue par de nombreux praticiens : accéder rapidement à une information scientifique fiable, au cœur de la décision clinique. leCanon.ai permet d’interroger en quelques secondes une base de plus de 40 millions d’articles scientifiques validés. En mobilisant les techniques d’intelligence artificielle, l’outil réalise une revue systématique de la littérature médicale, afin d’orienter ou d’étayer un diagnostic, à partir de sources vérifiées. L’objectif : permettre aux professionnels de santé de s’appuyer sur l’ensemble des connaissances disponibles sans subir leur surabondance. Le développement de leCanon.ai s’inscrit dans une démarche initiée dès les études de médecine du Dr Harit. Après plusieurs phases de conception, l’outil est désormais disponible sur le marché.

    leCanon.ai ne se présente pas comme un simple assistant numérique ou un chatbot médical, mais comme une première brique d’un modèle de « superintelligence médicale » pour les professionnels de santé. L’outil vise à compiler, structurer et restituer uniquement des données scientifiques probantes, validées à l’échelle mondiale, avec des algorithmes conçus spécifiquement pour la pratique médicale.

    Avec le soutien de Microsoft, Google et Station F

    Ce projet est porté par iAvicenne, une structure mêlant expertise clinique et savoir-faire en intelligence artificielle. Le développement est mené par une équipe pluridisciplinaire, incluant des étudiants de UCLA, Purdue ou encore Minerva University. Le Dr Harit, fort de quinze ans de pratique médicale, supervise des cycles de test et d’itération directement sur le terrain. Les partenaires technologiques incluent Microsoft, Google, AWS, Anthropic et Station F.

    leCanon.ai s’ajoute aux solutions d’aide à la décision médicale fondées sur l’intelligence artificielle. Il reste à voir comment il sera intégré dans les environnements cliniques et quelles seront les modalités d’évaluation de sa fiabilité et de son impact sur la qualité des soins.

  • France 2030 : 19 millions d’euros pour trois projets pilotes du Challenge Prévention

    170 millions d’euros pour structurer l’innovation en prévention

    Dans le cadre de la 6ᵉ étape du Tour de France de l’innovation en santé, la ministre de la Santé, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, Stéphanie Rist, et Bruno Bonnell, secrétaire général pour l’investissement, ont révélé les trois premiers lauréats du Challenge Prévention. Lancé en septembre 2024 sous l’égide de l’Agence de l’innovation en santé, ce dispositif vise à démontrer la valeur des innovations en vie réelle pour faire de la prévention. La stratégie « Innovation et Prévention » s’inscrit dans le cadre de France 2030 et mobilise un budget de 170 millions d’euros. Elle s’aligne sur les orientations du ministère de la Santé et repose sur trois volets complémentaires :

    • Un programme de recherche porté par l’Agence de programme de recherche en santé.
    • Le Challenge Prévention.
    • Et un axe dédié à l’industrialisation de solutions technologiques innovantes.

    L’objectif est de favoriser l’accès à ces dispositifs pour les citoyens, les professionnels de santé et les acteurs de terrain.

    Trois projets pour tester l’impact des innovations en conditions réelles

    Le Challenge Prévention, opéré par Bpifrance pour le compte de l’État, cherche à identifier, expérimenter et évaluer en vie réelle des solutions technologiques répondant à des enjeux de santé publique. Les trois premiers projets retenus cumulent plus de 19 millions d’euros de financement de France 2030 :

    • DETECSEPS : détection précoce du sepsis aux urgences afin de réduire la mortalité liée à ce syndrome.
    • PROKIDNEY : coordination d’une prise en charge précoce pour prévenir la maladie rénale chronique.
    • PGC2 : dépistage néonatal via séquençage génomique pour limiter l’errance diagnostique liée aux maladies rares.

    Ces projets visent également à faire émerger des modèles économiques reproductibles.

    Une dynamique appelée à s’amplifier

    Une deuxième relève de candidatures, clôturée en septembre 2025, a recueilli 29 projets portant notamment sur le sommeil, le sevrage tabagique, le bien vieillir ou encore la prévention de l’antibiorésistance. Une troisième relève est ouverte jusqu’au 22 septembre 2026. Les candidatures peuvent être déposées sur le site de Bpifrance.

    Transfert de la recherche, conduite du changement et modèle économique

    La journée du 3 décembre a permis de revenir sur le rôle de la recherche appliquée, illustrée par l’exemple du Nutri-Score. Déployé depuis 2017, cet outil issu du monde académique a modifié les comportements alimentaires et les pratiques industrielles. Les échanges ont souligné l’importance du transfert rapide des connaissances vers les politiques publiques. Les discussions ont aussi mis l’accent sur la conduite du changement. L’intégration des innovations passe par la levée des freins comportementaux, une meilleure littératie en santé, et l’inclusion d’interventions humaines dans les dispositifs numériques.

    Enfin, la table ronde consacrée à la responsabilité populationnelle a insisté sur la nécessité de standardiser les actions de prévention pour mieux en mesurer les effets à l’échelle territoriale. Un volet économique reste à construire pour la prévention, qui nécessite d’aller au-delà des seuls indicateurs médico-économiques. Des indicateurs socio-économiques comme l’autonomie, l’emploi ou l’organisation des soins doivent désormais être pris en compte pour évaluer la valeur globale des interventions préventives.

  • Ordonnance numérique : la HAS publie 36 exigences pour structurer la posologie des médicaments

    Un référentiel pour fiabiliser la transmission des posologies

    La Haute autorité de santé (HAS) a publié mi-novembre un référentiel qui vise à structurer les informations posologiques des médicaments dans le cadre de l’ordonnance numérique. Ce document, élaboré à la demande de la délégation au numérique en santé (DNS) et de la direction générale de la santé (DGS), répond à un besoin d’harmonisation afin de permettre un traitement automatisé et sécurisé des prescriptions. Généralisée depuis le 31 décembre 2024 en ville, l’e-prescription doit prochainement être étendue à l’hôpital, notamment pour les traitements délivrés en officine. Son déploiement s’accompagne d’enjeux liés à la réduction de la iatrogénie, à la fluidification du circuit du médicament et à la lutte contre la fraude.

    Structurer pour éviter la ressaisie et les erreurs

    Dans l’état actuel, l’absence de structuration normalisée de la posologie oblige les pharmaciens à ressaisir manuellement les informations dans leur logiciel, limitant les capacités de contrôle et introduisant un risque d’erreur. Le référentiel publié par la HAS vise donc à fiabiliser cette étape du processus de prescription et de dispensation. Il couvre les posologies les plus fréquentes en ville. Les prescriptions complexes, comme les perfusions multicomposant, les traitements adossés à un automate ou les médicaments radiopharmaceutiques, restent en dehors du champ structuré et devront continuer à être rédigées sous forme textuelle.

    Contenu du référentiel : 36 exigences illustrées

    La méthodologie s’est appuyée sur des recherches bibliographiques et l’analyse de 100 lignes de prescriptions anonymisées. Neuf types d’éléments font l’objet d’exigences spécifiques :

    • la quantité (valeur unique ou fourchette),
    • les unités de quantité,
    • la voie d’administration,
    • les moments de prise,
    • la durée,
    • les conditions particulières de prise,
    • les conseils associés,
    • les schémas d’ajustement progressif,
    • les alternances de doses.

    Au total, 36 exigences ont été définies, chacune accompagnée d’exemples reformulés jusqu’à l’élimination de toute ambiguïté. Le référentiel est le fruit de quatre réunions d’un groupe de travail réunissant 18 professionnels de santé (médecins, pharmaciens, infirmiers, praticiens hospitaliers), et de cinq réunions d’un groupe technique rassemblant des représentants de la Feima, Numeum, le Snitem et Interop’Santé.

    Entre juillet et août 2025, une phase de relecture a été organisée auprès d’une vingtaine de professionnels, dont des pharmaciens d’officine et hospitaliers, des médecins, ainsi que des représentants de la HAS, de la DNS et de l’Agence du numérique en santé (ANS).

    Ce référentiel servira de socle à un futur guide d’implémentation, annoncé par la HAS. Il sera élaboré par l’ANS en lien avec Interop’Santé, à destination des éditeurs de logiciels médicaux.

     

  • Santé publique France publie (Odissé) un portail open data couvrant 90 pathologies

    Le portail s’adresse à un large éventail d’utilisateurs : chercheurs, agences sanitaires, collectivités territoriales, décideurs politiques, journalistes et citoyens. Pour faciliter la prise en main, deux tutoriels vidéo proposent des parcours utilisateurs types.

    Un portail au service de la transparence et de la réutilisation des données

    Odissé, nouveau portail open data de Santé publique France, vise à renforcer l’accès libre et documenté à l’information en santé publique. Il rassemble des indicateurs produits à partir de plus de 70 systèmes de surveillance, d’enquêtes telles que le Baromètre de Santé publique France, ainsi que de l’expertise scientifique de l’agence. L’objectif est double :

    • Mieux comprendre l’évolution des pathologies et facteurs de risque à l’échelle nationale et locale,
    • Et faciliter leur réutilisation par différents acteurs.

    L’ensemble des données est mis à disposition en accès libre, couvrant 90 pathologies ou déterminants de santé. Certains indicateurs sont disponibles à des niveaux géographiques fins, parfois jusqu’à l’échelle intercommunale (EPCI). Ils informent sur les maladies chroniques, infectieuses, les expositions environnementales, les conditions de travail ou encore les comportements à risque (tabac, alcool…).

    Remplacement de Géodes : vers un accès plus direct et plus lisible

    Odissé succède à l’observatoire cartographique Géodes, lancé en 2019. Selon Yann Le Strat, directeur scientifique de Santé publique France, ce portail s’inscrit dans une stratégie de modernisation de la diffusion des données de l’agence. Odissé améliore l’ergonomie et simplifie la navigation grâce à un moteur de recherche enrichi par l’intelligence artificielle, des filtres par territoire, sexe, âge et année, ainsi que des outils d’export avancés. Les indicateurs peuvent être visualisés sous forme de cartes interactives, de tableaux et de graphiques, avec une entrée possible par territoire ou par thématique. Une API est également intégrée, facilitant l’exploitation des données dans des projets de recherche ou des outils tiers.

  • Troubles du sommeil en psychiatrie : une première publication issue de l’EDS du GHU Paris révèle un enjeu majeur de santé mentale

    Le GHU Paris Psychiatrie & Neurosciences franchit une étape décisive. Sa première étude issue de l’Entrepôt de Données de Santé (EDS) vient d’être publiée dans European Psychiatry, marquant une avancée importante pour la recherche en psychiatrie grâce aux données cliniques en vie réelle.

    Intitulée “A large-scale study of Chronic Sleep Disorders in Psychiatric Inpatients : prevalence, hospitalization burden, restraint use, and comorbidities”, cette étude constitue l’une des plus vastes analyses jamais réalisées sur les troubles chroniques du sommeil chez les patients hospitalisés en psychiatrie.

    Une étude à grande échelle pour un sujet longtemps sous-estimé

    Les troubles chroniques du sommeil sont souvent considérés comme des symptômes secondaires des maladies psychiatriques. Pourtant, l’étude révèle qu’ils constituent un facteur transversal majeur, associé à une aggravation systématique de plusieurs dimensions de la prise en charge.

    S’appuyant sur les données cliniques issues de l’EDS du GHU Paris, les chercheurs ont analysé plusieurs années de dossiers de patients hospitalisés afin d’évaluer l’impact réel et mesurable de ces troubles sur leur parcours de soins.

    Le sommeil comme marqueur central de la sévérité clinique :

    L’étude met en lumière une série d’associations particulièrement marquées entre troubles chroniques du sommeil et difficultés d’hospitalisation. Les patients concernés présentent ainsi :

    • Un nombre plus élevé d’hospitalisations,

    • Des durées de séjour plus longues,

    • Un recours accru à l’isolement et à la contention,

    • Une résistance plus fréquente aux traitements,

    • Une plus forte prévalence de comorbidités psychiatriques (dépression, troubles bipolaires, troubles anxieux, addictions…),

    • Des comorbidités médicales plus nombreuses,

    • Un risque accru d’idées suicidaires et de passages à l’acte,

    • Une plus forte consommation de substances psychoactives et des expositions plus fréquentes à des situations de stress.

    Ces résultats soulignent que les troubles chroniques du sommeil ne sont pas seulement un symptôme accompagnateur, mais un véritable déterminant du pronostic psychiatrique.

    Une publication qui confirme la valeur stratégique des entrepôts de données de santé :

    Au-delà des résultats cliniques, cette étude constitue un tournant institutionnel. Il s’agit de la toute première publication scientifique issue de l’EDS du GHU Paris, démontrant la maturité croissante des entrepôts de données hospitaliers et leur capacité à générer des connaissances nouvelles sur des questions de santé publique.

    L’exploitation de données en vie réelle, à grande échelle, offre ici une vision unique de la complexité des parcours psychiatriques et met en lumière des phénomènes difficiles à appréhender dans des études classiques.

    Vers une redéfinition des priorités en psychiatrie ?

    Les conclusions de l’étude sont sans ambiguïté : le sommeil doit devenir un axe central du soin en psychiatrie.

    Loin d’être un symptôme secondaire, il apparaît comme un élément déterminant de l’évolution clinique, influençant la sévérité, les complications et le vécu de l’hospitalisation.

    Ces résultats pourraient encourager les établissements psychiatriques à :

    • intégrer systématiquement le dépistage des troubles du sommeil,

    • renforcer la formation des équipes aux approches non médicamenteuses,

    • développer des protocoles d’évaluation et d’intervention dédiés,

    • mieux articuler soins psychiatriques et médecine du sommeil.

  • Inégalités d’accès aux soins : 46 % des seniors dénoncent un manque de médecins, l’Observatoire Seniors prône des solutions numériques inclusives

    Alors que 80 % des retraités se disent pessimistes quant à l’aide qui leur sera apportée, et que 44 % déclarent avoir peur de vieillir, l’Observatoire Seniors et société, lancé par la mutuelle Intégrance, l’AD-PA et Citoyennage, alerte sur la nécessité de repenser les politiques publiques liées à l’âge. Au-delà du constat, l’enjeu est d’anticiper les fragilités futures, dans un contexte de transition démographique rapide. L’Observatoire milite ainsi pour une culture préventive du vieillissement, articulée autour de trois axes : infrastructures adaptées, formation, et engagement citoyen.

    Prévention : infrastructures, formation et inclusion

    Pour renforcer la résilience de la société face au vieillissement, l’Observatoire recommande :

    • l’adaptation des territoires : accessibilité des transports, logements sécurisés, services de proximité ;
    • la formation des aidants, professionnels et futurs retraités : dépistage précoce, préparation à la retraite, accompagnement numérique ;
    • la reconnaissance du rôle social des aînés : participation à la vie associative, culturelle, et citoyenne, quels que soient l’état de santé ou le niveau d’autonomie.

    Numérique : un levier pour l’accès aux soins, à condition de ne pas reproduire les exclusions

    46 % des retraités estiment que les professionnels de santé ne sont pas assez disponibles, un constat partagé en zones urbaines comme rurales. L’Observatoire plaide pour le déploiement de solutions numériques d’accès aux soins :

    • services de santé mobiles,
    • développement encadré de la télémédecine,
    • utilisation ciblée de l’intelligence artificielle (IA) pour alléger les tâches administratives et faciliter le maintien à domicile.

    Le fonds de dotation ABILITIS (mutuelle Intégrance) dans son livre blanc intitulé « IA et maintien à domicile : réalité ou fiction ? », propose un appel à projets national pour financer les initiatives alliant technologie et accompagnement des seniors. L’Observatoire rappelle que la précédente révolution numérique a creusé des inégalités d’accès. Il alerte : innover, oui, mais sans reproduire les mécanismes d’exclusion. Les outils numériques doivent aller vers les usagers, s’adapter à leurs usages, et s’accompagner d’un effort massif de médiation.

    LES SENIORS EN FRANCE : heureux mais en décalage ? Les révélations du premier baromètre de l’Observatoire Seniors et société

  • Vaccination des seniors : le Livre Blanc 2025 appelle à combler le retard numérique du parcours vaccinal

    Un parcours vaccinal fragmenté, peu traçable

    Le Livre Blanc 2025 sur les infections respiratoires à prévention vaccinale des seniors dresse le constat que la France accuse un retard dans l’intégration du numérique au service de la vaccination des personnes âgées. Ce retard technologique freine l’atteinte d’une couverture vaccinale. Parmi les obstacles relevés : l’absence de carnet vaccinal numérique partagé empêche la coordination entre professionnels et complexifie le suivi vaccinal individuel. À cela s’ajoute l’absence de rappels automatisés ou d’alertes adaptées à l’âge ou aux comorbidités, pourtant rendus possibles par des solutions déjà existantes dans d’autres domaines de santé publique. Les auteurs pointent également une fragmentation institutionnelle du pilotage et une inégale disponibilité territoriale des outils numériques, qui renforcent les disparités d’accès à la vaccination entre régions ou entre zones urbaines et rurales.

    Un levier pour simplifier, personnaliser et élargir l’accès

    Dans les recommandations, l’usage des outils numériques est considéré comme un levier prioritaire, notamment pour :

    • Simplifier le parcours vaccinal via l’intégration des rappels dans les DMP,
    • Améliorer la lisibilité du calendrier vaccinal,
    • Faciliter l’accès aux nouveaux vaccins via des alertes ciblées,
    • Déployer des plateformes de coordination territoriale intégrant les données de vaccination, les indicateurs de couverture et les besoins populationnels.

    Le Livre Blanc suggère de s’inspirer de modèles étrangers où des applications mobiles, couplées à des bases de données en temps réel, permettent de suivre l’état vaccinal de manière proactive.

    Une recommandation transversale aux six axes d’action

    L’enjeu numérique est transversal aux six priorités du Livre Blanc : il doit soutenir la simplification administrative, renforcer la coordination entre acteurs, appuyer la mobilisation des professionnels de santé et contribuer à une approche populationnelle fondée sur les données. Les auteurs appellent à accélérer le développement et l’interopérabilité des outils numériques.

  • Sans loi de financement 2026, la sécurité sociale resterait sous tension : jusqu’à 30 Md€ de déficit anticipé (note de la DSS)

    L’absence de loi de financement n’interrompt pas les prestations sociales

    À défaut de cadre juridique précis, l’exécutif s’appuierait sur les règles provisoires appliquées début 2025 pour assurer la continuité du financement de la sécurité sociale, mais avec des conséquences graves pour les établissements et les comptes sociaux.

    La note* (disponible en fin d’article) rappelle que les principales prestations sociales – retraites, allocations familiales, remboursements de soins – restent dues indépendamment de l’adoption de la loi. Établies par des textes permanents, elles ne nécessitent pas de vote annuel pour être versées, tout comme les cotisations et prélèvements affectés à leur financement. L’indexation sur l’inflation prévue par la loi continuerait de s’appliquer.

    Les réformes stoppées

    En revanche, aucune nouvelle négociation conventionnelle ne pourrait être engagée, y compris celles actuellement en cours, comme celle avec les infirmiers ou sur les « maisons France santé ». Ces mesures sont considérées comme des dépenses discrétionnaires non indispensables.

    112 Md€ pour les hôpitaux, 34 Md€ pour les EHPAD et établissements médico-sociaux : les versements resteraient indexés sur les tarifs 2025

    Faute de loi de financement, les versements aux établissements de santé (112 Md€) s’appuieraient sur les tarifs 2025. Les dotations seraient déléguées par douzième dans la limite des crédits reconductibles. Les cliniques privées pourraient continuer à facturer sur cette base, contrairement à l’approche temporaire retenue en 2025. Pour les EHPAD et établissements médico-sociaux (34 Md€), la même logique s’appliquerait : reconduction mensuelle des crédits, y compris les créations de places déjà décidées. Mais aucun développement du plan « 50 000 solutions » pour le handicap ou de renforcement des effectifs soignants ne pourrait avoir lieu.

    Des aides d’urgence pourraient devenir nécessaires en cas de tensions de trésorerie. Les crédits du fonds d’intervention régional (5,5 Md€) seraient limités aux montants 2025. Même principe pour les opérateurs comme Santé Publique France, l’ANSM ou le Fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante (3,3 Md€), ainsi que pour les dépenses de gestion des organismes de sécurité sociale (14 Md€), sous réserve de contenir les dépenses non essentielles.

    Sans PLFSS, 30 Md€ de déficit et risque de déstabilisation du financement social

    L’absence de loi de financement fragiliserait fortement les finances sociales : la commission des comptes anticipe un déficit de 28,7 Md€, auquel s’ajouterait 1,6 Md€ de perte liée à l’inapplication de la clause de sauvegarde sur les produits de santé. Le déficit dépasserait alors 30 Md€, un niveau jamais atteint hors crise économique. Le besoin d’emprunt de l’ACOSS serait porté à plus de 100 Md€, un niveau sans précédent, potentiellement déstabilisant. La dette de l’État envers la sécurité sociale s’accroîtrait également, aggravant les tensions de trésorerie.

    Des marges de manœuvre limitées pour le gouvernement

    En l’absence de texte voté, seules quelques mesures conservatoires pourraient être décidées par voie réglementaire :

    • Réduction des allègements généraux (1,5 Md€).
    • Maintien des cotisations risques professionnels (400 M€).
    • Hausse des franchises médicales (1 Md€).
    • Décalage ou réduction des prestations familiales (jusqu’à 500 M€ cumulés).
    • Ou encore poursuite du freinage du FNAS (400 M€).

    Les négociations sur les prix des produits de santé pourraient se poursuivre, car jugées essentielles pour la continuité des soins. Mais ces mesures ne couvriraient qu’environ 5 Md€ sur les économies initialement prévues. Toutes les mesures qui nécessitent une base légale, comme la sous-revalorisation des prestations ou la taxation exceptionnelle des organismes complémentaires, resteraient inaccessibles.

    *Note – Pour le Premier ministre Objet conséquence d’un retard ou d’un défaut d’adoption du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026

     

  • Un algorithme augmente de 31 % le taux de diagnostic de démence en soins primaires

    Un duo IA-questionnaire améliore la détection de la démence chez les plus de 65 ans

    La détection précoce de la maladie d’Alzheimer et des démences apparentées (ADRD) reste insuffisante en soins primaires, où plus de la moitié des patients âgés n’obtiennent jamais de diagnostic formel. Un essai clinique randomisé publié dans JAMA Network Open évalue l’efficacité d’une approche combinant un auto-questionnaire (QDRS – Quick Dementia Rating System) et un algorithme d’intelligence artificielle (PDM – Passive Digital Marker) exploitant les données des dossiers médicaux électroniques (EHR). L’étude a été menée entre juillet 2022 et juillet 2024 dans 9 centres de santé communautaires (federally qualified health centers) à Indianapolis (États-Unis), au sein du réseau Eskenazi Health. Les établissements ont été répartis en trois groupes :

    • Soins habituels sans dépistage,
    • Utilisation du PDM seul, o
    • Ou approche combinée QDRS + PDM.

    Les participants, âgés de 65 ans et plus, sans antécédent de démence ou trouble cognitif léger, ont été suivis pendant 12 mois. L’objectif principal était le taux de nouveaux diagnostics de démence. Le critère secondaire incluait la réalisation d’un bilan diagnostic (imagerie, tests neuropsychologiques, analyses biologiques).

    Résultats : effet significatif de l’approche combinée

    Sur les 5325 patients inclus, l’incidence des diagnostics ADRD en 12 mois a été de :

    • 15,4 % dans les cliniques QDRS + PDM,
    • 12,4 % dans les cliniques en soins habituels,
    • 10,3 % dans les cliniques PDM seul.

    Seul le groupe combiné a montré une augmentation significative par rapport au groupe contrôle (odds ratio ajusté : 1,31 ; IC 95 %, 1,05–1,64). Aucun bénéfice significatif n’a été observé pour le PDM seul. Concernant les examens complémentaires, 36,7 % des patients du groupe combiné ont reçu un bilan dans les 12 mois, contre 29,0 % dans le groupe contrôle. Le hazard ratio ajusté pour la réalisation d’un diagnostic précoce dans le groupe combiné est de 1,37 (IC 95 %, 1,12–1,68).

    Outils numériques intégrés au dossier médical

    Le QDRS est un auto-questionnaire de 10 items, administré via portail patient, nécessitant moins de 3 minutes pour être complété. Le PDM, quant à lui, s’appuie sur un algorithme d’apprentissage automatique appliqué aux données EHR (antécédents médicaux, prescriptions, consultations), avec un seuil de probabilité de risque fixé à 59 %. Les résultats étaient transmis directement aux professionnels via une interface sécurisée intégrée à l’EHR. Le système de décision clinique recommandait une orientation vers le centre de soins cognitifs de l’hôpital pour toute alerte positive.

    Limites et perspectives

    Le taux de complétion du QDRS est resté faible (21 %), mais semble avoir renforcé la confiance des médecins dans les alertes du PDM. L’absence d’un bras “QDRS seul” limite l’interprétation de l’efficacité relative de chaque outil. L’étude s’est déroulée dans un seul réseau de soins urbain, auprès d’une population majoritairement afro-américaine et socialement défavorisée, ce qui peut limiter la généralisation. Les auteurs suggèrent que cette approche est duplicable avec d’autres outils basés sur les données passives des EHR et les PROs (patient-reported outcomes), sans surcharge de travail pour les équipes cliniques.

    Recommandations et implications

    Les résultats soutiennent l’intérêt de combiner données patients et outils d’IA pour renforcer la détection précoce de la démence. L’intégration d’un tel système dans les EHR peut inciter les cliniciens à engager un bilan diagnostic après un signalement positif. Cette stratégie s’aligne avec les priorités identifiées dans le National Plan to Address Alzheimer’s Disease et les récentes orientations du Center for Medicare and Medicaid Innovation.

  • La FDA déploie une IA agentique pour automatiser les tâches complexes de ses agents

    La Food and Drug Administration (FDA) a annoncé, le 1er décembre 2025, le déploiement généralisé de capacités d’intelligence artificielle dites agentiques à l’ensemble de ses agents. Ce type d’IA, capable de planifier, raisonner et exécuter des tâches en plusieurs étapes, permettra aux équipes d’automatiser des processus complexes. Conçue pour être utilisée de manière volontaire, cette technologie s’inscrit dans la stratégie de modernisation numérique de l’agence, selon les mots de son commissaire, le Dr Marty Makary. Elle vise à fournir aux scientifiques, examinateurs et inspecteurs les outils pour « accélérer davantage l’accès à des traitements efficaces ».

    Un prolongement du projet Elsa

    Ce nouveau déploiement fait suite à l’introduction en mai 2025 d’un outil basé sur des modèles de langage de grande taille (LLM), appelé Elsa, utilisé aujourd’hui par plus de 70 % du personnel de la FDA. Intégré progressivement dans les flux de travail, Elsa a fait l’objet d’ajustements menés par les équipes projets internes. Avec l’IA agentique, la FDA ambitionne d’aller plus loin :

    • Automatisation de la gestion des réunions,
    • Appui aux examens pré- et post-commercialisation,
    • Vérification des revues,
    • Surveillance du marché,
    • Inspections de conformité,
    • Mais aussi fonctions administratives.

    Un défi interne pour encourager l’adoption

    Pour accompagner cette mise en service, l’agence lance un « Agentic AI Challenge » de deux mois. Les employés seront invités à concevoir leurs propres solutions à base d’IA agentique, qui seront ensuite présentées lors de la FDA Scientific Computing Day en janvier 2026. L’agence insiste sur le rôle actif et créatif des employés dans l’adoption de ces outils Développée dans un environnement GovCloud à haute sécurité, cette technologie respecte des règles strictes : les modèles déployés ne sont pas entraînés sur les données saisies ni sur celles transmises par les industriels. La protection des données sensibles reste un impératif pour l’agence.