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  • Interopérabilité en santé : d’un impératif technique à une obligation réglementaire structurante

    L’interopérabilité en santé désigne la capacité des logiciels, dispositifs, applications et entrepôts de données à dialoguer entre eux, à échanger des informations compréhensibles de bout en bout et à les réutiliser sans ressaisie humaine. Derrière cette définition technique se joue une transformation beaucoup plus large : la manière dont la France et l’Union européenne encadrent juridiquement les formats, la qualité, la circulation et la réutilisation des données de santé, depuis le cabinet de ville jusqu’aux grandes infrastructures nationales et européennes. 

    Un socle légal français qui rend les référentiels opposables 

    Le premier tournant majeur s’est opéré avec la structuration du cadre légal français autour de l’article L.14702 du Code de la santé publique, qui impose que les services numériques en santé soient conformes à des référentiels d’interopérabilité, de sécurité et d’éthique élaborés par le groupement chargé de la transformation numérique en santé et approuvés par les pouvoirs publics. Le texte ne vise pas seulement les échanges techniques : il encadre l’ensemble des usages numériques autour des données de santé à caractère personnel, qu’il s’agisse d’échange, de partage, de conservation ou de transmission. L’objectif affiché est clair : favoriser à la fois la coordination des parcours de soins, l’amélioration de la qualité et de l’efficience du système et le développement de la recherche clinique, dans un cadre normé et sécurisé. 

    Ce changement de statut, d’une logique de « recommandations » à une logique de « référentiels opposables », a été consolidé par la loi de 2022 qui en a fixé les modalités d’entrée en vigueur, avec une date butoir positionnée à fin 2023 pour la mise en conformité. Concrètement, il ne s’agit plus de se « rapprocher » des standards pour faciliter les interconnexions, mais bien de démontrer une conformité à des référentiels définis nationalement, condition préalable à l’intégration dans les grands dispositifs numériques publics et à l’accès à certains financements. 

    CISIS : architecture de référence pour les échanges de données 

    Au cœur de ce dispositif, le Cadre d’Interopérabilité des Systèmes d’Information de Santé (CISIS) tient lieu d’architecture de référence pour tout l’écosystème numérique en santé français. Porté par l’Agence du Numérique en Santé, il définit les volets techniques, fonctionnels et sémantiques qui permettent à des systèmes hétérogènes de se comprendre, en s’appuyant sur les grands standards internationaux tels que HL7, FHIR, DICOM ou les terminologies cliniques normalisées. L’ambition est double : garantir une continuité d’information entre la ville, l’hôpital, le médicosocial et le patient, et éviter la multiplication de passerelles spécifiques, coûteuses à maintenir et fragilisant la sécurité des données. 

    Le CISIS ne se limite pas à un catalogue de formats : il propose des profils d’interopérabilité applicables à des cas d’usage concrets (documents de synthèse, résultats de biologie, comptesrendus, etc.) en cohérence avec les services socles nationaux. Pour les éditeurs et intégrateurs, il devient progressivement un passage obligé : il est pris en compte dans les programmes de référencement et de financement de l’État, et il sert de point d’ancrage aux autres référentiels réglementaires qui se superposent à lui, notamment ceux dédiés à la télémédecine ou aux volets spécifiques comme la synthèse médicale. 

    Référentiels interopérabilité–sécurité–éthique : la télémédecine sous surveillance 

    La montée en puissance de la télémédecine a entraîné la publication de référentiels spécifiques, qui combinent exigences d’interopérabilité, de sécurité et d’éthique des systèmes d’information utilisés pour la téléconsultation et, plus largement, pour les actes de télémédecine. Une nouvelle version opposable du référentiel pour les systèmes d’information de téléconsultation, identifiée comme version 1.5.1, marque une étape importante : elle explicite les exigences techniques attendues des solutions, les obligations en matière de gestion des identités, d’authentification, de traçabilité et de respect du secret médical, tout en s’inscrivant dans le cadre plus général fixé par le Code de la santé publique. 

    Le ministère de la Santé a officialisé cette évolution en rappelant que ces référentiels conditionnent tant le déploiement des services que leur prise en charge financière. Pour les acteurs de la télémédecine, cela signifie que la conformité ne se joue plus uniquement au niveau des pratiques médicales, mais aussi au niveau du code des applications, des architectures d’hébergement et des flux de données : un service de téléconsultation doit à la fois garantir la sécurité et la confidentialité des échanges et s’aligner sur les formats et standards d’interopérabilité nationaux. 

    Le Volet de Synthèse Médicale : vers un résumé patient standardisé et exportable 

    L’un des exemples les plus parlants de cette normalisation est le Volet de Synthèse Médicale (VSM). Ce document, pensé comme un résumé structuré des éléments clés du dossier d’un patient, est destiné à être partagé dans les situations de recours, qu’il s’agisse d’urgences, de consultations non programmées ou de transitions de soins. La nouvelle version publiée en 2024, référencée IPSFR_2024, remplace la version de 2013 et s’aligne sur la norme internationale NF EN ISO 27269, qui définit l’International Patient Summary (IPS). 

    Cette spécification met à disposition des volets fonctionnels, techniques et d’interopérabilité, avec une version d’interopérabilité 1.4 validée, afin de garantir que les informations essentielles (antécédents, allergies, traitements, problèmes de santé actifs, etc.) puissent être produites par un logiciel en France et interprétées de manière cohérente dans un autre contexte, y compris au niveau européen. Pour les éditeurs, l’enjeu est d’intégrer ce modèle directement dans les logiciels métiers, afin que la synthèse se construise à partir de données structurées et alimente automatiquement le Dossier Médical Partagé et demain les infrastructures européennes, plutôt que de reposer sur des comptesrendus libres difficilement exploitables. 

    Alimentation du DMP : de l’incitation aux sanctions financières 

    En parallèle, la législation budgétaire fait évoluer le Dossier Médical Partagé, désormais intégré à Mon espace santé, d’un dispositif incitatif vers un dispositif assorti d’obligations pour les professionnels. Les travaux autour du PLFSS 2026 prévoient que les médecins puissent être sanctionnés en cas de manquement à l’obligation d’alimenter le DMP, avec des amendes pouvant aller jusqu’à 2 500 € par manquement. Cette évolution s’inscrit dans une volonté de rendre effectif le partage de données cliniques au quotidien : pour que le DMP ait une valeur pour le patient et pour les soignants, il doit être systématiquement alimenté en documents structurés et en données à jour. 

    Du point de vue de l’interopérabilité, cette obligation se traduit par une pression accrue sur les logiciels métiers, qui doivent être capables de produire des documents dans les formats attendus, d’utiliser les bons volets du CISIS, d’intégrer les volets de synthèse médicale et de s’articuler avec les services socles nationaux. Un logiciel qui ne permet pas une alimentation fluide et conforme du DMP expose ses utilisateurs à des risques de sanctions et, de facto, perd de son attractivité sur le marché. La mise en conformité devient donc un enjeu concurrentiel autant qu’un impératif réglementaire. 

    FHIR : le standard qui structure les architectures à venir 

    Dans ce paysage, le standard FHIR (Fast Healthcare Interoperability Resources) occupe une place particulière, car il propose un modèle d’API modernes appliquées aux données de santé. Plusieurs acteurs hospitaliers se sont organisés autour d’un groupement dédié pour coconstruire la mise en œuvre de FHIR sur des domaines jugés prioritaires, en cohérence avec les travaux nationaux pilotés par l’ANS et les associations d’interopérabilité. L’objectif est de produire des connecteurs et des ressources réutilisables, afin d’éviter que chaque établissement réinvente ses propres profils et ses propres règles. 

    FHIR représente un changement de culture : au lieu de flux massifs de messages, il permet de requêter des ressources ciblées (un patient, une prescription, un résultat) et de ne transporter que ce qui est nécessaire, tout en s’inscrivant dans un écosystème de services web contemporains. Pour les industriels, anticiper la réglementation revient à anticiper FHIR : non seulement parce qu’il est de plus en plus cité comme standard de référence, mais aussi parce qu’il s’aligne naturellement avec les exigences d’ouverture, de portabilité et de sécurité renforcées par les textes nationaux et européens. 

    SNDS et Plateforme des données de santé : une interopérabilité étendue à la réutilisation des données 

    L’interopérabilité ne se joue pas uniquement au niveau du soin. Le décret du 29 juin 2021 relatif au système national des données de santé (SNDS) définit les règles qui encadrent l’organisation, la pseudonymisation, l’hébergement et les conditions d’accès à ces données pour la recherche, l’étude et l’évaluation. Il précise la structure du SNDS, qui s’appuie sur une base principale couvrant l’ensemble de la population et sur un catalogue de bases complémentaires, ainsi que les responsabilités partagées entre la Caisse nationale d’assurance maladie et la Plateforme des données de santé. 

    Ce texte consacre aussi des principes stricts en matière de localisation des données, d’horodatage, de profondeur historique et de catégories d’acteurs autorisés à les exploiter. Pour les acteurs du numérique en santé, cela signifie que la production de données doit être pensée en amont pour être réutilisable dans ce cadre : formats harmonisés, qualité, documentation et gouvernance deviennent des éléments d’interopérabilité réglementaire, audelà des seuls échanges entre systèmes cliniques. 

    EHDS : l’interopérabilité à l’échelle européenne 

    L’autre grande brique est désormais européenne. Le règlement (UE) 2025/327 établissant l’Espace Européen des Données de Santé (European Health Data Space – EHDS) fixe un cadre commun pour l’utilisation primaire et secondaire des données de santé au sein de l’Union. Il prévoit la mise en place d’organismes nationaux chargés de l’accès aux données, la définition de formats et d’infrastructures de référence, une protection renforcée des droits des patients et, surtout, des exigences techniques spécifiques pour certains produits et services, comme les systèmes de dossiers patients électroniques. 

    Dans ce cadre, les fabricants de solutions de dossier patient, les fournisseurs de services numériques et les autorités publiques devront démontrer que leurs systèmes respectent des exigences d’interopérabilité, de sécurité et de portabilité, assorties d’un marquage et de mécanismes de surveillance du marché. Pour les acteurs français, l’enjeu sera d’aligner les solutions simultanément sur les référentiels nationaux (CISIS, référentiels interopérabilité–sécurité–éthique, exigences du SNDS et du DMP) et sur les obligations européennes du EHDS, afin de garantir la continuité des usages pour les patients et les soignants, tout en ouvrant la voie à des usages transfrontaliers et à des projets de recherche de plus grande ampleur. 

    Anticiper : de la conformité minimale à la stratégie de données 

    Face à cet empilement apparent de textes et de référentiels, la question centrale pour les acteurs n’est plus « fautil se mettre en conformité ? » mais « comment transformer cette conformité en levier de stratégie ? ». Pour les industriels, une première étape consiste à cartographier précisément les référentiels qui s’appliquent à leurs produits – CISIS, référentiels spécifiques téléconsultation, exigences liées à l’alimentation du DMP, contraintes d’accès au SNDS et obligations EHDS – et à en déduire une trajectoire d’évolution produit sur plusieurs années plutôt que des ajustements ponctuels. L’intégration native des volets d’interopérabilité, l’adoption progressive de FHIR, l’alignement sur le Volet de Synthèse Médicale et la préparation à la réutilisation des données deviennent des axes structurants de cette feuille de route. 

    Pour les établissements de santé, les GHT et les territoires, l’urbanisation du système d’information doit désormais être pensée à l’aune de ces obligations, en intégrant l’interopérabilité comme critère central dans les cahiers des charges et dans les arbitrages budgétaires. La gouvernance des données – qui produit quoi, dans quel format, pour quels usages primaires et secondaires – devient indissociable de la gestion des risques réglementaires, notamment face aux sanctions liées à la nonalimentation du DMP ou à la nonconformité aux référentiels opposables. Dans ce nouveau paysage, l’interopérabilité ne se réduit plus à un enjeu d’interface : elle devient un déterminant de la conformité, de la soutenabilité économique des solutions et de la capacité des acteurs à s’inscrire dans les trajectoires nationales et européennes de la donnée de santé. 

     

  • Interopérabilité en santé : une obligation réglementaire qui impact tous les acteurs

    L’interopérabilité des systèmes d’information en santé (SIS) représente une transformation essentielle pour l’écosystème de la santé numérique en France. Elle constitue un passage inéluctable d’un modèle de fragmentation des données vers une architecture de circulation fluide de l’information clinique et administrative. Cette mutation est imposée par la régulation et motivée par l’impératif médical et économique, elle nécessite à la fois des ajustements techniques, organisationnels et culturels.

    L’enjeu dimensionnel et réglementaire

    Le marché mondial des solutions d’interopérabilité en santé est évalué à environ 4,8 milliards de dollars en 2025 et devrait atteindre 16,2 milliards de dollars à l’horizon 2035, ce qui signifie un taux de croissance annuel composé d’environ 14,5 pour cent. Cette dynamique de marché reflète moins une simple demande commerciale qu’une pression réglementaire systémique.​

    Aux États-Unis, le 21st Century Cures Act a établi des obligations impératives pour les établissements de santé en matière d’accès des patients à leurs données et d’échange d’informations entre systèmes hétérogènes. En Europe, l’Espace Européen des Données de Santé (EDHS) impose une architecture d’interopérabilité intégrant la protection des données personnelles comme élément constitutif. En France, l’Agence du Numérique en Santé (ANS) pilote cette transformation par le biais de la feuille de route du numérique en santé 2023-2027, elle-même encadrée par le standard HL7 FHIR en tant que norme de référence.

    Cette normativité croissante signifie que l’interopérabilité n’est plus une question de stratégie concurrentielle discrétionnaire, mais une obligation légale assortie de pénalités financières et réputationnelles.

    La fragmentation comme obstacle structurel

    La réalité empirique des hôpitaux français et occidentaux révèle une complexité supérieure à de nombreux autres secteurs économiques. Les plus grands centres hospitaliers universitaires déploient jusqu’à 1 000 applications informatiques distinctes, chacune générant, conservant et protégeant ses propres données de santé. Cette pluralité de systèmes d’information métiers (laboratoires d’analyses, services de radiologie, pharmacies, dossier patient central, gestion administrative) crée une fragmentation qui a des conséquences directes : redondance des actes médicaux, incapacité à disposer d’une vue holistique du patient, pertes administratives substantielles, et enfin impossibilité d’exploiter les données à grande échelle pour l’intelligence artificielle clinique.​

    Le faible investissement du secteur hospitalier en informatique (environ 1,7 pour cent du budget d’exploitation) a prolongé cette fragmentation en verrouillant les établissements dans des architectures héritées coûteuses et obsolètes. Dans ce contexte, l’interopérabilité apparaît non comme un choix technologique abstrait, mais comme une nécessité gestionnaire et clinique.​

    L’écosystème de l’interopérabilité comprend cinq catégories d’acteurs distincts. La classification qui suit s’appuie sur le rôle structurel de chaque groupe et sur son intérêt stratégique objectif à voir émerger des normes fortes d’interopérabilité.

    Les éditeurs de Dossier Patient Informatisé (DPI) : un intérêt ambivalent

    Les éditeurs de systèmes d’information hospitaliers, par exemple, Epic Systems, Oracle Health (ancien Cerner, acquis en 2022), ou Dedalus, occupent la position la plus centrale de l’architecture informatique hospitalière. Ils fournissent le socle applicatif qui centralise l’ensemble des données cliniques du patient et qui, de facto, détient les informations sensibles relatives à la santé.​

    L’analyse stratégique de cet acteur révèle une posture complexe et contradictoire. Historiquement, le modèle d’affaires de ces éditeurs reposait sur un mécanisme économique simple : plus les données demeuraient captives au sein de leur environnement propre, plus les coûts de migration vers un concurrent augmentaient, renforçant la dépendance du client. Cette « moat » commerciale était la principale source de valeur ajoutée extractible du contrat avec les clients. L’interopérabilité totale représentait donc une menace directe pour ce modèle.

    Cependant, depuis 2016-2018, un pivot stratégique s’est opéré. Face à la pression réglementaire croissante et à la menace d’entrée de nouveaux acteurs technologiques, ces éditeurs ont progressivement reconnu que la rétention forcée était devenue politiquement insoutenable et techniquement inévitable. Oracle Health explicite par exemple cette transition dans sa communication : l’interopérabilité n’est plus un coût mais le fondement d’un nouvel écosystème fermé mais connecté. Cette stratégie représente un pragmatisme commercial : accepter l’interopérabilité technique (les données sortent) tout en maintenant la domination commerciale (via l’écosystème propriétaire, les contrats de valeur ajoutée, et le positionnement de leader reconnu).

    Les fournisseurs cloud : un besoin de données structurées

    Les fournisseurs cloud représente une nouvelle catégorie d’acteurs pour lesquels la santé est un marché de croissance stratégique, non pas pour les logiciels cliniques mais pour l’infrastructure, l’intelligence artificielle et les données agrégées.​

    Contrairement aux éditeurs de DPI traditionnels, ces” hyperscalers” n’ont aucun avantage stratégique à maintenir des silos. Leur modèle d’affaires repose sur trois piliers : premièrement, la consommation de services cloud (calcul, stockage, bande passante) ; deuxièmement, la fourniture de services d’analyse et d’intelligence artificielle fondés sur de vastes volumes de données structurées ; troisièmement, la capture de la relation patient à travers des interfaces grand public (Apple Health intégrant les dossiers de multiples prestataires).

    L’interopérabilité est le prérequis technique absolu pour ce modèle. Des données fragmentées et mal structurées ne peuvent pas alimenter efficacement les algorithmes d’IA. Des données circulant au travers d’APIs propriétaires fermées ne permettent pas la création de dossiers agrégés unifiés. Ainsi, ces acteurs sont des défenseurs des standards ouverts tels que FHIR. Google Cloud Healthcare API, par exemple, implémente nativement les normes FHIR DSTU2, STU3 et R4, ainsi que HL7 v2 et DICOM.​

    Cependant, l’intérêt déclaré pour l’interopérabilité masque une réalité de capture de marché plus subtile. En fournissant l’infrastructure et en structurant les données selon leurs normes, ces acteurs créent une dépendance à leur écosystème. L’interopérabilité devient alors également un instrument de contrôle.

    Les acteurs de middleware et d’intégration : un intérêt central et paradoxal

    InterSystems ou Numih France (structure publique) constituent la catégorie des fournisseurs de solutions de middleware et d’échange d’informations en santé (HIE pour Health Information Exchange). Leur fonction est de traduire, transformer et router les données entre des systèmes incompatibles ou hétérogènes.​

    La situation de ces acteurs présente une tension inhérente. Leur raison d’être repose sur l’existence de l’interopérabilité problématique. Si, demain, tous les systèmes hospitaliers communiquaient nativement en FHIR et se comprenaient parfaitement, le besoin de middleware de transformation complexe s’atténuerait considérablement.

    Néanmoins, ces acteurs ont transformé cette menace existentielle. Ils reconnaissent que la standardisation technique complète (syntaxe, protocole) ne résout pas l’enjeu majeur : la sémantique. Même si deux systèmes échangent en FHIR, il demeure des risques de mauvaise interprétation (une allergie n’est pas une intolérance, une urgence vitale diffère d’une urgence relative). InterSystems, par exemple, positionne sa plateforme HealthShare non comme simple connecteur, mais comme système de normalisation de données, de déduplication et de création d’un dossier médical unifié « données saines ». Cela signifie que même dans un contexte FHIR standardisé, ces acteurs proposent une valeur ajoutée de gouvernance des données, de qualité et de conformité.​

    Leur intérêt à l’interopérabilité est donc réel mais reconfiguré : il se déplace de la connectique brute vers la sémantique et la gestion de qualité.

    Les régulateurs : une politique volontariste pour l’interopérabilité

    HL7 International (Health Level Seven), l’Office of the National Coordinator for Health Information Technology (ONC) aux États-Unis, l’Agence du Numérique en Santé (ANS) en France, et la Commission Européenne constituent les instances chargées de définir les standards, les référentiels terminologiques et les calendriers de conformité.

    Ces acteurs n’ont pas d’intérêt commercial direct à l’interopérabilité mais un intérêt systémique. Leur mandat est d’assurer la santé publique, la continuité des soins, l’efficience du système de santé et, de plus en plus, la souveraineté numérique des données de santé nationales et régionales. L’ANS pilote ainsi la feuille de route du numérique en santé 2023-2027, qui place l’adoption du standard FHIR et la mise en conformité progressive comme éléments centraux. La commission européenne, par la directive NIS 2 et l’EDHS, impose des obligations d’interopérabilité accompagnées de mécanismes de sécurité et de protection des données.​

    Ces acteurs régulateurs jouent un rôle de coordinateur et d’arbitre, souvent contre la résistance des acteurs installés bénéficiant du statu quo fragmenté.

    Les hôpitaux : un intérêt immédiat mais peu de marges de manœuvres

    Les hôpitaux publics et privés (AP-HP, CHU, groupes privés), les assureurs (mutuelles, organismes complémentaires), sont les principaux utilisateurs finaux des systèmes d’information pour la santé.

    L’intérêt stratégique est clair : une interopérabilité fonctionnelle génère des efficiences majeures. Les études estiment que l’interopérabilité complète pourrait générer des économies de 30 milliards de dollars annuels chez les États-Unis par réduction de la redondance et amélioration de l’efficacité. En France, les gains estimés tournent autour de plusieurs centaines de millions d’euros par an.​ Cependant, la capacité d’exécution de ces acteurs est hétérogène. Nombreux sont les établissements hospitaliers qui manquent de compétences internes en cybersécurité et en gestion de systèmes d’information complexes. Le rapport de la Cour des comptes sur la sécurité informatique des établissements de santé indique un déficit structurel de ressources humaines et financières dédiées au numérique. Cette asymétrie crée un écart entre les intentions stratégiques affichées et la capacité réelle à implémenter des architectures d’interopérabilité sophistiquées.​

    Les associations de normalisation : un tiers structurant

    Au‑delà des acteurs industriels et des régulateurs publics, des associations de normalisation comme Interop’Santé structurent un « tiers secteur » qui joue un rôle d’interface entre la doctrine étatique (ANS, EDHS) et la mise en œuvre concrète dans les établissements et les solutions logicielles. Elles regroupent en France les principaux organismes de standardisation (HL7 France, HPRIM, IHE France, PN13‑IS) et coordonnent l’adaptation au contexte national des standards internationaux (HL7 v2, FHIR, IHE, HPRIM) au travers de guides d’implémentation, d’extensions nationales et de référentiels techniques. Par leurs activités de formation, de concertation multi‑acteurs et de tests d’interopérabilité (« interopérabilité par la preuve »), ces associations transforment les exigences réglementaires abstraites en spécifications opérationnelles, contribuant ainsi à réduire l’asymétrie d’expertise entre grands industriels, régulateurs et établissements de santé, tout en pesant sur la gouvernance réelle des choix techniques au niveau national

    Opportunités Stratégiques de l’Interopérabilité

    Efficience opérationnelle et réduction des coûts

    L’interopérabilité fluidifie les processus administratifs et cliniques. Elle élimine la ressaisie manuelle de données (source d’erreurs et de charge administrative), réduit les examens redondants (biologie, imagerie) lorsque les résultats antérieurs sont inaccessibles, et accélère la prise de décision clinique en garantissant l’accès à l’ensemble des données du patient.

    Les études produites pour l’Ontario Health au Canada et pour l’Estonie montrent que des gains de 12 à 15 pour cent en efficacité hospitalière sont envisageables à court terme (2 à 3 ans) après une implémentation sérieuse d’interopérabilité. Pour les systèmes de santé sous contrainte budgétaire chronique, c’est un levier direct de réallocation de ressources vers le soin direct.​

    Déploiement de l’intelligence artificielle clinique

    L’IA générative et les algorithmes de machine learning en santé ne peuvent fonctionner que sur des données standardisées, de qualité suffisante et en volumes massifs. Une donnée fragmentée ou non structurée n’est pas exploitable par ces systèmes. L’interopérabilité FHIR transforme les données hétérogènes en données « computables » susceptibles d’alimenter des modèles prédictifs (détection précoce du sepsis, stratification du risque, optimisation thérapeutique).

    Cet enjeu explique l’engagement résolu des hyperscalers pour l’interopérabilité : sans donnée fluide et structurée, leur investissement en IA reste sous-exploité.

    Autonomisation du patient et médecine participative

    L’interopérabilité réoriente le contrôle de la donnée vers le patient. Des applications comme Mon Espace Santé en France ou Apple Health Records aux États-Unis permettent aux patients de consulter et de contrôler leurs données en provenance de multiples prestataires. Cela transforme le patient de consommateur passif en acteur actif de sa santé, ce qui améliore l’observance thérapeutique, la prévention et la prise de décision partagée.

    De plus, cette autonomisation facilite la médecine participative et la recherche patient-centrée, enrichissant la connaissance épidémiologique et thérapeutique.

    Risques et points de tension

    Expansion de la surface d’attaque cybernétique

    L’interopérabilité crée une multiplication des points d’entrée pour les acteurs malveillants. Chaque API ou interface de connexion entre systèmes représente une surface potentielle d’exploitation. Plus significatif encore, l’interconnexion accrue crée des risques de contagion : une brèche chez un petit prestataire de télémédecine mal sécurisé peut servir de point d’accès pour remonter jusqu’aux données centrales de l’hôpital principal.

    Le rapport de la Cour des comptes française documente que le secteur de la santé connaît une intensification des cyberattaques, avec 10 pour cent des victimes de rançongiciels en France étant des hôpitaux en 2023. Le coût moyen d’une telle attaque atteint 10 à 20 millions d’euros par établissement victime (gestion de crise et pertes de recettes).​

    L’ouverture des systèmes doit donc s’accompagner d’une stratégie intégrée de cybersécurité « zéro confiance » (zero trust), de segmentation des réseaux, et de surveillance des comportements anormaux des utilisateurs et des applications.

    Risques de dégradation sémantique

    Un risque subtil mais critique réside dans la préservation du sens clinique lors de la transformation des données. L’interopérabilité technique (les tuyaux connectent) ne garantit pas l’interopérabilité sémantique (le sens est préservé). Deux systèmes utilisant le standard FHIR peuvent malgré tout interpréter différemment une même observation (une allergie n’est pas une intolérance ; un antécédent chirurgical ne signifie pas une contre-indication présente).

    Cela requiert une standardisation parallèle des terminologies cliniques (SNOMED CT, LOINC, etc.) et des processus rigoureux de validation sémantique qui vont bien au-delà de la connectique informatique. C’est pourquoi des intermédiaires comme InterSystems insistent sur la normalisation et la « santé des données » comme service additionnel.

    Enjeux de souveraineté numérique et de dépendance technologique

    Un enjeu stratégique non négligé concerne la localisation et le contrôle des infrastructures d’interopérabilité. L’adoption croissante du cloud des hyperscalers américains (Microsoft Azure, Amazon AWS, Google Cloud) pour l’hébergement des données de santé crée une dépendance externe aux législations extraterritoriales américaines (CLOUD Act, Foreign Intelligence Surveillance Act).

    Ce risque a déjà suscité des contentieux en France, notamment autour de l’hébergement du Système National des Données de Santé (SNDS) chez Microsoft. Les exigences de souveraineté numérique, renforcées par le Data Act européen et l’EDHS, imposent la mise en place de garde-fous techniques et juridiques pour protéger l’infrastructure d’interopérabilité contre l’accès illicite par des autorités tierces.​

    Cette tension génère des coûts : les solutions « intercalaires » ou des nuages souverains français/européens (OVH, Eurizon, etc.) offrent des performances souvent inférieures à celles des hyperscalers, d’où un trade-off entre souveraineté et efficience.

    Inégalité de capacité d’implémentation entre établissements

    L’interopérabilité suppose une capacité organisationnelle, technologique et humaine que tous les établissements ne possèdent pas. Les grands CHU bénéficient de budgets numériques plus substantiels et de compétences en interne ; les petits hôpitaux de province et les structures de santé primaires manquent souvent de ces ressources. Ce différentiel crée un risque de fracture : une interopérabilité « de facto » au sein des grandes structures pendant que les petites demeurent isolées, fragmentant le système plutôt que de l’unifier.

    Synthèse et perspectives stratégiques

    Dynamique de redistribution des pouvoirs

    L’interopérabilité n’est pas un processus techniquement neutre. Elle représente une redistribution des pouvoirs au sein du secteur. Le mouvement historique a progressé depuis un modèle de monopoles de données (éditeurs de DPI contrôlant l’accès) vers un modèle émergent d’oligopoles d’infrastructure (hyperscalers contrôlant la couche cloud et l’IA). L’enjeu régulateur consiste à préserver un équilibre compétitif et à maintenir le contrôle public sur la gouvernance des données sensibles.

    L’importance croissante de la qualité et de la gouvernance

    À mesure que la connectique technique se standardise et que le coût des connexions diminue, la valeur différenciante se déplace vers la couche de gouvernance : qualité des données, traçabilité, conformité éthique et sécurité des algorithmes d’IA. Les acteurs qui fourniront des outils et des services de gouvernance (audit, normalisation, déduplication, détection d’anomalies) acquerront une position stratégique.

    Recommandations stratégiques pour les parties prenantes

    Pour les dirigeants hospitaliers : Exiger une conformité systématique et certifiée au standard FHIR dans tout appel d’offres de systèmes informatiques. Refuser les architectures propriétaires fermées qui créent une captivité des données. Investir parallèlement en compétences en cybersécurité et en gouvernance des données.

    Pour les investisseurs : Privilégier les acteurs positionnés sur la couche de sémantique, de gouvernance et de qualité des données plutôt que sur la simple connectique. Les technologies de middleware et de normalisation demeureront pertinentes longtemps. Les solutions de cybersécurité et de conformité acquerront une importance stratégique.

    Pour les régulateurs : Continuer à imposer des standards ouverts tout en renforçant les garde-fous de sécurité et de souveraineté. Favoriser l’émergence d’infrastructures d’interopérabilité souveraines à l’échelon européen et national pour réduire la dépendance aux hyperscalers américains.

    Pour les acteurs établis (éditeurs de DPI) : Accepter l’inéluctabilité de l’interopérabilité et transformer cette contrainte en opportunité de repositionnement comme coordinateurs d’écosystèmes. Investir dans la qualité de la donnée, les capacités IA et les services de valeur ajoutée pour compenser l’érosion de la rente de captivité.

  • Interopérabilité : quand la régulation européenne rebat les cartes du marché de l’e‑santé 

    Pour approfondir son étude sur l’interopérabilité les équipes d’Health&Tech Intelligence se sont entretenues avec Anne Maheust a présidente de l’association Interop’santé afin d’appréhender concrètement les défis organisationnels, humains, réglementaires et technologiques de l’interopérabilité, du point de vue du terrain. 

    L’interopérabilité, un problème technique et culturel

    Pour Anne Maheust, le principal frein à l’interopérabilité en santé n’est pas d’abord technique, mais culturel : le système souffre “d’un manque de connaissances” sur ces sujets. Ce déficit de culture a longtemps conduit les acteurs à considérer qu’il était quasi impossible de déployer des standards robustes, justifiant ainsi la prolifération de connecteurs point à point propriétaires, coûteux et difficiles à maintenir. Elle souligne que cette méconnaissance touche moins les équipes informatiques que les professionnels de santé, qui ne se sentent pas toujours concernés par la structuration et la circulation des données. Se présentant elle-même comme clinicienne de formation hospitalière ayant découvert progressivement l’importance de l’interopérabilité, elle estime indispensable que cette prise de conscience soit partagée par “plus de [ses] confrères”, afin que l’interopérabilité devienne un enjeu de formation et de pratique, et non plus un simple sujet délégué aux éditeurs. 

    Un équilibre à trouver entre souplesse et complexité

    L’évolution des standards en santé illustre un balancier entre excès de complexité et excès de souplesse. En France, les deux grands standards historiques, HL7 et IHE, portés notamment par l’association Interop’Santé, ont longtemps été “relativement complexes à comprendre, à mettre en place”, ce qui a encouragé le recours à des connecteurs ad hoc plutôt qu’à une standardisation systématique. L’arrivée d’HL7 FHIR, “standard fait par les développeurs pour les développeurs” et auto-descriptif, a abaissé la barrière à l’entrée en rendant plus simple la compréhension, la mise en œuvre et les tests. Mais cette facilité a généré une nouvelle dérive : “on a fait un 180° : c’est tellement facile que chacun l’adapte… et donc ce n’est plus interopérable”. Le défi n’est donc plus de prouver que les standards sont faisables, mais de contenir la tentation d’appropriations locales qui vident l’interopérabilité de sa substance. 

    Un coût économique important et un risque direct pour les patients

    Le manque d’interopérabilité entraîne un double coût, financier et clinique. Sur le plan économique, Anne Maheust décrit un marché où “les éditeurs font payer des connecteurs, des demi connecteurs”. Là où une API standard partagée permettrait un branchement natif, chaque couple de logiciels nécessite aujourd’hui un développement spécifique, vendu à des prix très variables. Mais au-delà du coût budgétaire, c’est la sécurité du patient qui est en jeu : l’absence d’échanges fluides entre logiciels de prescription, de pharmacie, de chimiothérapie ou de rétrocession conduit à des ressaisies multiples “donc des erreurs, donc des oublis, et donc un problème au final pour le patient”. L’interopérabilité apparaît ainsi comme un déterminant direct de la qualité et de la sécurité des soins. 

    Une problématique de politique publique

    La présidente d’Interop’Santé insiste sur la requalification progressive de l’interopérabilité, passée du statut de “simple problème technique” à celui d’“un des trois piliers du numérique en santé en France”, aux côtés de l’éthique et de la sécurité. Elle rattache cette évolution aux politiques publiques comme Ma Santé 2022 et aux missions de l’Agence du numérique en santé, qui consacrent l’échange fluide de données comme condition d’un système de soins coordonné et sécurisé. Cette reconnaissance institutionnelle transforme la nature du débat : il ne s’agit plus seulement d’optimiser des connecteurs, mais de traiter l’interopérabilité comme un enjeu de santé publique, au même titre que la qualité des pratiques ou la prévention des événements indésirables. Dans cette perspective, elle se montre optimiste sur l’horizon de 10 à 20 ans, convaincue que les problèmes actuels “vont vraiment se résoudre”, dès lors que les bases réglementaires et organisationnelles seront clairement posées. 

    Verrouillage des hôpitaux et intérêts divergents des éditeurs

    L’entretien met en lumière une tension structurelle entre éditeurs historiques et nouveaux entrants. Pour un éditeur déjà solidement implanté à l’hôpital, “vous n’avez pas toujours intérêt à déployer des standards d’interopérabilité” qui faciliteraient l’arrivée de potentiels concurrents capables de “se plugger sur vous facilement”. Elle décrit une pratique fréquente : lorsqu’un établissement souhaite ajouter un logiciel tiers, par exemple pour l’analyse pharmaceutique, l’éditeur en place pu être tenté de mettre en balance le coût potentiellement élevé d’un connecteur avec une solution tierce versus  sa propre solution, intégrée. À l’inverse, les nouveaux outils d’aide à la décision ou les solutions d’IA ont, eux, un intérêt évident à être “d’emblée interopérables” pour se connecter à l’ensemble des systèmes existants. Selon elle, le futur règlement européen va forcer ces deux catégories à converger, car tous ces logiciels seront assimilés à des DME soumis aux mêmes règles, et ne pourront plus se contenter de stratégies de verrouillage local. 

    Le règlement européen et l’arme de marquage CE

    Le règlement sur l’espace européen des données de santé est présenté comme un tournant qui va profondément remodeler le marché. L’interviewée est très explicite : les éditeurs qui ne se conformeront pas au futur cadre “pourront tout simplement plus déployer leur solution”, “comme si vous étiez un DM et que vous n’aviez pas le marquage CE”. Ce parallélisme avec le marquage réglementaire des dispositifs médicaux illustre la montée en exigence : l’interopérabilité deviendra une condition d’accès au marché, et non plus un avantage compétitif optionnel. Le cadre sera “vraiment complètement européen”, avec des standards choisis “notamment FHIR”, et des descriptions macro pour des objets comme les médicaments, que chaque pays pourra ensuite décliner en liste nationale. Mais ces standards restent encore à définir : certains États, peuvent être, tentés de pousser leurs propres normes, par exemple sur les vaccins, montrant que la construction du compromis restera politique autant que technique.

    Un chantier techniquement maîtrisable

    Sur le plan purement technique, Anne Maheust se montre rassurante : “il n’y aura pas vraiment de soucis techniques”, notamment parce que les standards retenus sont déjà connus et partiellement utilisés en France. L’ANS a par ailleurs identifié ce qui n’était “pas à 100% aligné” et mène des démarches de “mapping entre ce qui a été fait anciennement et ce qui va devoir être fait au niveau européen”, ce qui limite le risque de rupture brutale. Le point de vigilance majeur concerne plutôt la tendance française à ajouter des “surcouches réglementaires”. Elle rappelle que la transition ne se fera pas “du jour au lendemain en big bang”, d’autant que les éditeurs sont déjà très engagés sur des chantiers comme Ségur, mais estime que les blocages seront gérables si l’on évite de recréer des spécificités nationales excessives. 

    Un espace européen de données au service de la recherche et de l’IA

    L’espace européen des données de santé est conçu pour transformer l’accès à la donnée pour la recherche. La présidente d’Interop’Santé résume l’ambition : permettre “à n’importe quel chercheur dans n’importe quel pays de pouvoir accéder à toutes les données sur un thème particulier”, dans un cadre sécurisé et harmonisé. Elle insiste sur l’impact attendu pour les maladies rares, où la mutualisation des cohortes au niveau européen offrira “un panel de patients tout à fait intéressant”, impossible à constituer au seul niveau national. Les solutions d’IA, qui ont “besoin d’accéder à la donnée”, sont également au cœur de cette stratégie. Aujourd’hui, explique-t-elle, l’accès est freiné à la fois par des blocages d’autorisation et par une “incompréhension des données qu’on récupère” : “si ce n’est pas interopérable, ça fonctionne pas”. L’interopérabilité devient ainsi une condition préalable à tout projet de science des données crédible. 

    2028–2029 : un horizon réglementaire à ne pas sous-estimer

    Enfin, le calendrier du règlement européen se précise, avec “2028, 2029” comme grandes dates de visibilité pour l’arrivée des premiers dispositifs opérationnels. Anne Maheust alerte sur le risque de répétition du scénario RGPD, où “tout le monde se dit oui c’est bon, on a le temps, on a le temps”, avant de découvrir “que ce sera le lendemain, il faudra s’y mettre”. Elle insiste sur le fait que ces échéances “arrivent très vite” au regard des cycles de développement logiciel, des arbitrages d’architecture et des déploiements hospitaliers. L’enjeu pour les éditeurs est d’anticiper suffisamment tôt la mise en conformité, sous peine de se retrouver exclus du marché au moment de l’entrée en vigueur. Pour les établissements, la décennie qui s’ouvre sera celle d’une refonte progressive des flux de données et de leurs relations contractuelles avec les fournisseurs, dans un cadre où l’interopérabilité ne sera plus un bonus, mais une obligation structurante. 

  • Alliance SIH : 80 à 500 solutions informatiques par hôpital, un frein à l’interopérabilité que l’alliance brise pour des SIH data centre souverains

    Des SIH fragmentés : 80 à 500 applications par établissement

    Les SIH français actuels souffrent d’une fragmentation sévère, avec entre 80 et 500 solutions informatiques coexistant dans un même hôpital, souvent dans des environnements propriétaires, créant silos et hétérogénéité sémantique.​

    • 97% des données dans les dossiers médicaux restent non structurées et inexploitées mondialement.

    • Architecture monolithique multipliant points d’intégration, erreurs et doublons.

    • Coûts élevés de maintenance et dépendance aux éditeurs propriétaires freinant l’IA.

    • Interopérabilité parcellaire due à méfiance et concurrence industrielle.

    Cette fragmentation pèse sur qualité des soins, quotidien des soignants et finances hospitalières, alors que l’IA exige données structurées persistantes.

    Alliance SIH : La Poste Santé Autonomie à l’initiative d’un collectif d’intérêt général

    L’Alliance SIH est lancée par La Poste Santé Autonomie, acteur industriel d’intérêt général à capitaux publics, aux côtés de CPAGE, Maincare, le GIE HOPSIS et les Hospices Civils de Lyon (HCL), deuxième CHU de France. Dominique Pon, DG de La Poste Santé Autonomie, souligne dans l’avant-propos que cette dynamique collective répond à la nécessité de transformer en profondeur les SIH pour affirmer la souveraineté numérique française. L’appel est ouvert à tous les acteurs partageant les valeurs d’intérêt général, de souveraineté, d’ouverture et de responsabilité.

    Olivier Barets, DGA marketing chez La Poste Santé Autonomie, explique que l’idée naît de la fragmentation des SIH actuels, composés de centaines de logiciels propriétaires coûteux et peu interopérables, freinant l’IA et risquant un décrochage face aux modèles data centre étrangers.

    L’alliance mutualise compétences et coûts pour accélérer des solutions concrètes, comme un module de DPI avec les HCL ou un logiciel de suivi des plaies.

    SIH ouverts, data centre et souverains

    L’ambition est de passer d’un modèle applicatif propriétaire à une architecture data centre centrée sur la donnée persistante et indépendante.​

    • Séparation stricte : données stockées dans référentiel unique vs applications consommatrices.

    • Garantir persistance, intégrité, gouvernance et accessibilité pour usages cliniques, administratifs, recherche.

    • Plus d’efficience économique, souveraineté numérique et maîtrise collective des données santé.

    • Vue holistique du patient pour coordination soins, médecine personnalisée et IA prédictive.

    Raymond Le Moign (HCL) et Virginie Valentin (HOPSIS) insistent sur référentiel unique éthique fluidifiant parcours patients.

    Trio openEHR-FHIR-OMOP + Better : Le socle technique open et accéléré de l’Alliance

    L’Alliance SIH s’appuie sur trois standards complémentaires :

    • openEHR : pour structurer durablement les données cliniques dans un référentiel unique (Clinical Data Repository), validation double niveau RGPD, évolutivité collaborative.
    • FHIR :  échanges rapides via API pour données administratives/non structurées.
    • OMOP :  pour la recherche clinique et les entrepôts de données.

    Ces normes ouvertes garantissent une interopérabilité native, une validation à deux niveaux conforme RGPD, et une évolutivité collaborative impliquant cliniciens et architectes.

    Le partenariat avec Better, plateforme européenne présente dans 28 pays, accélère le déploiement via une approche low code/no code, avec un système de design pour des interfaces fluides. L’architecture s’articule en cinq couches : données standardisées, administrative/logistique, production de soins, parcours de santé, recherche, et IA transversale. Gartner note que les Digital Health Platforms comme Better permettront à 80% des prestataires adoptants de surpasser leurs pairs en transformation numérique d’ici 2024.

    Mutualisation des coûts et 22 milliards d’euros de valeur e-santé

    Mutualisation ressources optimise budgets dans contexte déficits hospitaliers, générant valeur partagée.​

    • CPAGE (David Boussard) : Réécrit 100% offre, co-développement maîtrise coûts production.

    • Maincare (Olivier Geoffroy) : Accélère IA, alternative souveraine aux propriétaires étrangers.

    • HOPSIS/HCL : Renforce Easily (170 sites) pour SIH fluide, collaborations territoriales.

    • La Poste Sant Autonomie : Filière française souveraine, innovation responsable.

    • Potentiel marché e-santé : 22 milliards € en 5-10 ans (Arnaud Houette, Extens).

    Gartner prévoit 50% nouvelles capacités DSI via DHP d’ici 2027 ; 80% avance transformation pour adoptants.

    Bénéfices systémiques : Interopérabilité au service des soins et IA

    L’approche data centre catalyse innovation et efficience au-delà des acteurs.​

    • Clinique : Réduction doublons examens/erreurs, vue holistique parcours patient.

    • Opérationnel : Automatisation tâches, low code DSI, mutualisation maintenance.

    • Innovation : Intégration IA aisée, recherche multicentrique, gestion populationnelle.

    • Économique : Flexibilité, réduction dépendance propriétaire.

  • Interopérabilité : 2025, l’année du virage coercitif

    En 2025, l’interopérabilité n’est plus une affaire de « tuyauterie » pour DSI et éditeurs. Elle devient un objet politique, un levier économique et un champ de bataille réglementaire. Entre un Ségur du numérique qui a dopé artificiellement le marché, un PLFSS 2026 qui brandit la menace d’amendes et un futur Espace européen des données de santé (EEDS) qui se rapproche, le système français se retrouve pris entre rattrapage technique et virage coercitif.

    Sur le terrain, médecins, éditeurs, autorités et chercheurs n’ont plus vraiment le luxe d’attendre. La question n’est plus : « Faut-il partager les données ? », mais : « À quelles conditions, avec quelles normes, et au bénéfice de qui ? »

    Du « quoi qu’il en coûte » au « marche ou paye »

    Après les milliards injectés dans le Ségur du numérique, le ton a changé. L’État ne veut plus financer sans contrepartie observable.

    Le message se durcit avec la Vague 2 du Ségur :

    Le dispositif SONS (Système ouvert et non sélectif) a profondément remodelé le marché : l’État achète directement les mises à jour et les fonctionnalités Ségur pour les professionnels de santé, à condition qu’elles soient certifiées.

    Avec la Vague 2, le message se durcit :

    • 40 % à la commande, pour lancer le développement et le déploiement ;

    • 60 % au solde, uniquement si la mise à jour est effectivement installée, fonctionnelle et validée chez le client.

    Fini le temps où un projet pouvait rester « en cours de déploiement » pendant des années. Les guichets ASP imposent des dates butoirs qui structurent la feuille de route de tout un secteur. L’imagerie (RIS/DRIMbox), les DPI hospitaliers et surtout les logiciels de gestion de cabinet (LGC) pour les médecins libéraux sont pris dans cette course contre la montre.

    À cela s’ajoute un changement de périmètre : les « angles morts » de l’interopérabilité entrent en scène. DRIMbox pour l’imagerie, logiciels des paramédicaux, sages-femmes, solutions mobiles de suivi : tout ce qui était périphérique devient stratégique, car indispensable à une continuité de soins réellement data-driven.

    Le PLFSS 2026 introduit la première amende pour non alimentation du DMP :

    Côté PLFSS, le symbole s’appelle article 31. C’est là que se joue le tournant punitif.

    Le principe est simple, mais explosif : il ne suffit plus d’être équipé d’un logiciel compatible Ségur, il faut l’utiliser pour de vrai. Non-alimentation du DMP, absence de consultation avant certains actes redondants : chaque manquement peut être sanctionné jusqu’à 2 500 €, dans la limite de 10 000 € par an et par professionnel.

    Pour la première fois, l’interopérabilité devient une obligation opposable, au même titre que certaines règles de facturation ou de traçabilité. L’État ne subventionne plus seulement les outils, il conditionne une partie du modèle économique des médecins à l’usage effectif du numérique.

    Sans surprise, les réactions syndicales sont rapides et virulentes : « punir les médecins pour ne pas utiliser des outils qui leur font perdre du temps » est vécu comme un renversement de responsabilité. Derrière cette colère, un point de fond : l’ergonomie et la maturité réelle des outils sont encore loin du niveau attendu pour un usage fluide à grande échelle.

    Éditeurs sous pression, médecins sous contrainte

    Mis bout à bout, Ségur V2 et PLFSS 2026 créent un effet de ciseau :

    • Les éditeurs doivent livrer des fonctionnalités interopérables, conformes, certifiées, dans des calendriers serrés, sous peine de perdre des financements décisifs.

    • Les médecins doivent utiliser ces mêmes outils, documenter le DMP, modifier leurs pratiques, sous peine d’amendes.

    Sur le papier, le mécanisme est vertueux : financer la mise à niveau, puis exiger l’usage.
    Sur le terrain, la réalité est plus rugueuse :

    • abandon possible de certains logiciels jugés trop lourds ou trop coûteux à adapter,

    • concentration du marché autour de quelques acteurs capables d’absorber la complexité réglementaire,

    • risque d’« usage alibi » : alimenter le DMP avec des PDF non structurés juste pour cocher la case.

    L’interopérabilité sémantique, elle, ne progresse pas forcément au même rythme.

    HPRIM, FHIR et la fin des bricolages

    Pendant des décennies, la France a fait tourner la machine avec HPRIM. Un standard national, robuste, simple, très utilisé en biologie. Un standard qui a rendu service… mais qui, en 2025, est officiellement qualifié de « vieillissant et limitant » par l’ANS.

    HPRIM, un standard qui ne meurt jamais vraiment :

    Tout le monde sait qu’il faut en sortir. Officiellement, plus aucun nouveau flux ne devrait être développé en HPRIM. Officieusement, des milliers d’interfaces continuent de tourner dans les labos et cabinets, tant qu’elles « marchent » et que personne n’ose y toucher.

    Résultat : une dette technique massive et peu visible.

    Migrer vers HL7 CDA ou FHIR, ce n’est pas juste changer de format : c’est revoir l’architecture, la sécurité, parfois les modèles de données, mettre en place des API REST, gérer des authentifications modernes… Bref, un investissement que Ségur ne couvre que partiellement, surtout pour les petits éditeurs et les structures les plus fragiles.

    FHIR devient la nouvelle norme :

    En parallèle, HL7 FHIR est passé du statut de “buzzword de congrès” à celui de nouveau langage officiel de la santé française, en cohérence avec l’agenda européen.

    Version R4 dominante, profils FHIR intégrés dans le CI-SIS, « francisation » par l’ANS et Interop’Santé : le cadre est posé. On ne parle plus d’opportunité, mais de cible normative. Les projets Ségur, les DRIMbox, les annuaires, les agendas, les cercles de soins sont pensés nativement en FHIR.

    Mais FHIR ne fait pas tout. Il normalise le contenant : JSON, XML, API REST.
    Le contenu, lui, reste une tour de Babel sémantique : SNOMED CT encore peu diffusé, coexistence de la CCAM, de la NABM, de la CIM-10, codes locaux, pratiques hétérogènes entre établissements. Tant que ce chantier n’est pas adressé, une grande partie de la promesse d’IA et d’analytique avancée reste théorique.

    la DRIMbox comme vitrine (et crash-test) de l’interopérabilité française

    S’il y a un domaine où interopérabilité technique, usage métier et pression réglementaire se télescopent, c’est bien l’imagerie.

    Historiquement, la radiologie vit dans son univers : DICOM, PACS fermés, lecteurs spécifiques et réseaux propriétaires. Avec la DRIMbox, tout change : les images doivent être accessibles via des technologies web (DICOMWeb), référencées dans le DMP à travers FHIR, et consultables simplement depuis un logiciel métier de ville.

    Sur le papier, la promesse est forte :

    • un généraliste peut visualiser une IRM réalisée à l’hôpital sans installer de viewer exotique,

    • le patient n’est plus condamné à circuler avec un CD ou une clé USB,

    • les résultats d’imagerie deviennent des données exploitables dans des parcours transverses.

    Dans la réalité, la DRIMbox est aussi un test grandeur nature du niveau d’interopérabilité du pays : qualité de l’INS, performances réseau, robustesse des conversions de protocoles, maturité des éditeurs de RIS et de DPI. Et le tout, sous la pression des calendriers Ségur.

    L’EEDS comme horizon obligé

    Pendant que la France gère ses guichets ASP, ses flux HPRIM et ses tensions avec les syndicats de médecins, l’Europe avance son propre agenda : l’Espace Européen des Données de Santé (EEDS/EHDS).

    Deux volets, un même message : la donnée de santé doit circuler.

    Avec MyHealth@EU, le patient et la donnée voyagent :

    Pour l’utilisation primaire, l’objectif est clair :
    un patient français en Espagne ou en Allemagne doit pouvoir être pris en charge en disposant de ses informations essentielles – synthèse médicale, prescriptions, comptes rendus – dans un format standard européen (EEHRxF).

    Calendrier :

    • 2027 pour les premières catégories obligatoires (résumé patient, e-prescription),

    • 2029 pour l’imagerie, les résultats de laboratoire, les lettres de sortie.

    Vu de 2025, cela peut sembler lointain. Vu des DSI qui jonglent déjà avec Ségur, INS, DMP, DRIMbox, CI-SIS et FHIR, cela commence à ressembler à une double peine si les chantiers ne sont pas articulés de manière cohérente.

    La donnée comme infrastructure de recherche :

    Le volet utilisation secondaire est potentiellement encore plus transformant. Il impose la mise en place de structures nationales d’accès aux données de santé (Health Data Access Bodies), à l’image du Health Data Hub en France, et oblige les « détenteurs de données » (CHU, CLCC, organismes publics…) à documenter et ouvrir leurs jeux de données dans des conditions strictes.

    Dans ce futur-là, un projet de recherche sur le cancer du poumon ne s’alimente plus dans un seul EDS hospitalier, mais dans une constellation de bases européennes harmonisées.

    Encore faut-il que les données françaises soient au niveau :

    • sémantiquement compatibles (SNOMED CT, LOINC, ORPHA Codes, etc.),

    • documentées (métadonnées à jour, dictionnaires de données),

    • techniquement interopérables.

    Quand l’interopérabilité conditionne la médecine de précision

    Pour comprendre ce qui se joue vraiment derrière ces débats de standards, il suffit de regarder les projets de pointe financés dans le cadre du PEPR Santé Numérique, comme StratifyAging.

    L’ambition : modéliser le vieillissement, notamment la multimorbidité des personnes âgées, en créant des jumeaux numériques de patients, capables de simuler des trajectoires de santé et d’anticiper la perte d’autonomie.

    Pour y parvenir, il ne suffit pas d’avoir « un DPI qui parle FHIR ». Il faut faire converger :

    • des données cliniques issues du soin courant (hôpital et ville) ;

    • des données d’imagerie (IRM, scanner, radiomics) ;

    • des données omiques (génomique, protéomique, métabolomique) régies par des standards bioinformatiques différents (GA4GH, etc.).

    Le tout, dans une logique où la frontière entre soin et recherche devient beaucoup plus poreuse. StratifyAging incarne une idée simple mais radicale : si les données du soin courant ne sont pas interopérables, la médecine de précision restera un slogan. Et là, tout se rejoint : un médecin qui n’alimente pas le DMP par refus ou par surcharge, un labo qui continue d’envoyer du HPRIM parce que « ça marche, un éditeur qui retarde son passage à FHIR faute de ressources… chacun contribue, à son échelle, à rendre impossibles les promesses de ce type de projet.

  • Interopérabilité : 19 études récentes révèlent les leviers techniques, réglementaires et cliniques pour la santé numérique (revue de littérature)

    L’interopérabilité constitue un défi fondamental pour les systèmes de santé numériques contemporains. La fragmentation des données cliniques entre institutions, l’hétérogénéité des formats et l’absence de consensus sur les standards freinent l’exploitation optimale des données de santé et limitent la coordination des soins. Cette revue de littérature examine 19 études scientifiques publiées entre 2024 et 2025 dans des revues spécialisées, dont :

    Ces publications proviennent d’institutions internationales, notamment :

    • l’Université de Yale (États-Unis),
    • l’Université Goethe de Francfort (Allemagne),
    • l’Université de Nazarbayev (Kazakhstan),
    • l’Amsterdam University Medical Center (Pays-Bas),
    • l’University Hospital Essen (Allemagne),
    • et plusieurs consortiums européens impliqués dans l’Espace européen des données de santé (EHDS).

    L’objectif de cet article est de synthétiser les connaissances actuelles sur les niveaux d’interopérabilité, les standards techniques dominants (notamment FHIR et SNOMED CT), les technologies émergentes (apprentissage fédéré, intelligence artificielle), et les obstacles persistants à l’implémentation d’une interopérabilité sémantique effective dans les systèmes d’information de santé.

    Niveaux fondamentaux : vers une hiérarchie simplifiée dans les dossiers patients

    L’analyse des niveaux d’interopérabilité révèle une architecture hiérarchique comparable au modèle LCIM (Levels of Conceptual Interoperability Model). El-Yafouri et Klieb identifient quatre niveaux distincts dans les systèmes de dossiers de santé électroniques (DOSSIERS PATIENTS) : technique/fondationnel, syntaxique/structurel, sémantique et processus/organisationnel. Cette classification s’écarte du modèle LCIM à sept niveaux mais conserve les principales dimensions.

    L’interopérabilité sémantique, définie comme la préservation de la signification des données échangées, représente le problème central à résoudre. Les attentes multiples associées à ce niveau génèrent des difficultés d’implémentation considérables. Contrairement aux approches traditionnelles, plusieurs auteurs démontrent que la standardisation complète des structures de données ne constitue pas un prérequis obligatoire à une interopérabilité utile. Cette observation suggère que des stratégies alternatives, centrées sur l’état des dossiers de santé plutôt que sur l’intégration systémique complète, pourraient accélérer les progrès.

    Wong et al. proposent une approche architecturale d’entreprise basée sur les standards pour transformer la fragmentation en interopérabilité, avec un objectif explicite d’amélioration de la sécurité des patients. L’intégration d’ontologies dans les architectures de traitement du langage naturel constitue une étape essentielle pour faciliter la détection et la surveillance des événements indésirables évitables dans les systèmes de santé.

    Standards techniques et protocoles d’interopérabilité

    FHIR : standard dominant dans 10 études récentes (2024-2025)

    Le protocole Fast Healthcare Interoperability Resources (FHIR) émerge comme le standard technique privilégié dans 10 des 19 études analysées. FHIR offre un cadre standardisé pour l’échange de données de santé, compatible avec les architectures modernes basées sur des services web RESTful.

    Akhmetov et al. démontrent que l’intégration de FHIR avec l’apprentissage fédéré permet une modélisation prédictive de l’activité physique et de la dépense énergétique tout en respectant les normes de confidentialité. Leur plateforme AutoML compatible avec FHIR illustre la faisabilité technique d’écosystèmes de santé numérique interopérables et préservant la vie privée.

    L’application FHIR-Former, développée par Engelke et al., intègre FHIR avec des modèles de langage de grande taille (LLM). Cette solution traite dynamiquement des données structurées (résultats de laboratoire, médicaments) et non structurées (notes cliniques) issues de ressources FHIR. Les résultats quantitatifs démontrent un score F1 de 70,7 % et une exactitude de 72,9 % pour la prédiction de réadmission à 30 jours, un score F1 de 51,8 % avec une exactitude de 88,1 % pour la prédiction de mortalité, et une exactitude de 94 % pour la prédiction des codes CIM. L’architecture configurable élimine le prétraitement spécifique aux institutions en s’adaptant aux diverses implémentations FHIR.

    Wen et al. développent des profils FHIR spécifiques pour l’échange de données de composition corporelle dérivées de tomodensitométrie quantitative. Quatre profils BOA (Body and Organ Analysis) couvrent 104 repères anatomiques, 8 régions corporelles et 8 tissus. Ces profils, définis à l’aide de FHIR Shorthand (FSH) et mappés vers les terminologies SNOMED CT et RadLex, établissent un cadre fondamental pour intégrer les biomarqueurs d’imagerie dérivés de l’IA dans les flux de travail cliniques et de recherche.

    L’évaluation comparative menée par Idrissi-Yaghir et al. sur la compréhension FHIR par les LLM révèle des performances contrastées. Les modèles commerciaux comme GPT-4o atteignent un score F1 de 0,9990 sur la tâche FHIR-ResourceID, 0,9400 sur FHIR-QA et 0,9267 sur FHIR-RESTQA. Les modèles open-source DeepSeek-v3 et Qwen 2.5 Coder-7B-Instruct démontrent également des performances élevées, avec respectivement 0,9400 sur FHIR-QA et 0,9533 pour Qwen. Cependant, tous les modèles éprouvent des difficultés significatives sur la tâche Note2FHIR, avec des performances variant de 0,0382 (OLMo) à 0,3633 (GPT-4.5-preview), soulignant la complexité de la conversion de texte clinique non structuré en ressources conformes à FHIR.

    Standardisation multilingue : couverture de 82% par HealthTermFinder sur 24 langues

    La standardisation terminologique constitue un pilier de l’interopérabilité sémantique. Noll et al. présentent HealthTermFinder, un outil exploitant le système UMLS (Unified Medical Language System) pour la découverte multilingue de termes de santé standardisés. L’outil a cartographié 24 langues, incluant l’arabe, le français, l’allemand et l’espagnol, vers SNOMED CT et HPO (Human Phenotype Ontology). L’application sur trois études de cas allemandes a atteint une couverture totale de 82 % avec une précision élevée. Cette approche multilingue répond à un besoin critique d’accessibilité aux terminologies médicales standardisées dans le contexte global.

    Mollerus et al. soulignent l’importance de standards comme FHIR et SNOMED CT dans le contexte des conditions neurodéveloppementales (autisme, TDAH, troubles d’apprentissage). La fragmentation des informations entre multiples prestataires utilisant des systèmes hétérogènes impose des charges administratives excessives aux professionnels et provoque des retards de soins, des procédures répétées et des résultats cliniques sous-optimaux pour les patients. L’interopérabilité fondée sur ces standards permet une collaboration interdisciplinaire améliorée, réduit la duplication de saisie de données et fournit une vue longitudinale des trajectoires de santé des patients.

    Cadre EIF : guide interactif pour la mise en conformité EHDS2 dans 7 projets

    Le contexte européen se caractérise par l’émergence de l’Espace européen des données de santé (EHDS), particulièrement l’EHDS pour l’utilisation secondaire des données (EHDS2). Hussein et al. développent une boîte à outils interactive basée sur le nouveau cadre d’interopérabilité européen (EIF) pour guider les projets dans l’alignement avec les exigences techniques et de gouvernance de l’EHDS2. Cette boîte à outils intègre les enseignements de sept projets européens de recherche sur le cancer (IDERHA, EUCAIM, ASCAPE, iHelp, BigPicture, HealthDataEU pilot, INCISIVE) et fournit des modules interactifs pour créer des cadres d’interopérabilité conformes.

    Gyrard et al. documentent les leçons apprises de six projets européens concernant l’implémentation de standards de santé et l’interopérabilité sémantique de l’Internet des objets (IoT). Les discussions portent sur les standards d’interopérabilité, les graphes de connaissances, les cadres de qualité des données, les données de santé générées par les patients, le raisonnement IA, les approches fédérées, la sécurité et la confidentialité. Un modèle a été développé pour mapper les standards recommandés par l’EHDS2 au modèle EIF et aux standards ISO pertinents. Les projets contribuent également au développement de standards ISO/IEC, notamment la norme 21823-3:2021 sur l’interopérabilité sémantique pour les systèmes IoT et la future ISO/PWI 24051-2 sur la pathologie numérique et l’analyse d’images par IA.

    Gyrard et al. identifient les critères essentiels pour concevoir un outil de recommandation de standards adapté aux projets de santé. L’analyse des organisations de développement de standards (SDO) et des outils existants vise à améliorer l’efficacité et la qualité de la prestation de soins tout en donnant aux patients un contrôle accru sur leurs données de santé, conformément à la réglementation EHDS.

    Technologies émergentes et innovation

    Confidentialité renforcée : absence de centralisation et protocoles de confidentialité différentielle

    L’apprentissage fédéré (FL) représente une approche technologique majeure pour surmonter simultanément les défis d’interopérabilité et de confidentialité. Akhmetov et al. démontrent que les modèles FL, entraînés localement sans centralisation des données, atteignent des performances équivalentes ou supérieures aux modèles d’apprentissage centralisé (CL) en termes de précision de classification. Les métriques incluent l’exactitude, l’aire sous la courbe (AUC), le rappel et la précision pour la classification, ainsi que l’erreur absolue moyenne (MAE), l’erreur quadratique moyenne (MSE) et l’erreur quadratique moyenne (RMSE) pour la régression.

    Joshi et Joseph conduisent une revue systématique suivant les lignes directrices PRISMA, analysant 15 études publiées entre janvier 2020 et avril 2024 sur l’application du FL aux DOSSIERS PATIENTS. Les résultats indiquent que le FL améliore le partage et l’analyse de données dans divers environnements de santé, renforçant la standardisation et l’interopérabilité des DOSSIERS PATIENTS. Les modèles FL égalent ou surpassent généralement les modèles localisés, particulièrement lorsque les données locales sont limitées ou fragmentées, et démontrent une efficacité particulière pour prédire les maladies rares et gérer des types de données hétérogènes. L’utilisation de moyennes fédérées, de modèles personnalisés et de méthodes d’agrégation conscientes de l’hétérogénéité gère efficacement la diversité des données tout en maintenant la confidentialité par le biais de protocoles avancés comme la confidentialité différentielle.

    Ontologies floues et NLP : approches émergentes pour la gestion des données non structurées

    L’intégration de l’IA dans les systèmes interopérables suscite un intérêt croissant. Oikonomou et Khera analysent les obstacles au développement de systèmes d’IA médicale évolutifs, accessibles et précis dans des contextes géographiques et temporels distincts. La représentativité des données, l’interopérabilité, l’assurance qualité et l’importance de types de données indépendants des fournisseurs constituent des priorités pour maximiser les bénéfices globaux de l’IA en cardiologie.

    El-Yafouri et Klieb identifient les ontologies floues, le traitement du langage naturel et la transformation bidirectionnelle comme approches émergentes pour l’interopérabilité sémantique. L’IA démontre un potentiel significatif pour gérer des données semi-structurées ou non structurées, suggérant que des réglementations renforcées pourraient s’avérer nécessaires pour guider les intégrations en cours.

    26 études issues de 15 pays révèlent 5 axes majeurs d’interopérabilité

    Adegoke et al. réalisent une revue de portée couvrant 2015-2025 sur l’interopérabilité comme catalyseur pour la santé numérique et les thérapeutiques numériques. L’étude, menée selon le cadre Arksey et O’Malley et les lignes directrices du Joanna Briggs Institute, identifie 255 articles potentiellement éligibles et sélectionne un échantillon aléatoire de 26 articles pour une analyse approfondie. Les résultats couvrent 15 pays et identifient cinq domaines thématiques :

    • politique et gouvernance ;
    • intégration basée sur les standards ;
    • infrastructure et plateformes ;
    • technologies émergentes ;
    • problématiques d’implémentation dans les pays à revenus faibles et intermédiaires (PRFI).

    Les technologies prioritaires incluent la santé mobile (mHealth), l’utilisation de FHIR HL7 pour l’échange de données et la blockchain. Les PRFI font face à des déficits de capacité numérique, des systèmes hérités et une fragmentation de la gouvernance. Les facilitateurs d’interopérabilité comprennent les standards (FHIR HL7), les cadres de gouvernance des données et les interventions politiques. Le cadre TEFCA (Trusted Exchange Framework and Common Agreement) gagne en adoption, bien que les PRFI nécessitent des investissements dédiés en gouvernance, infrastructure et capacités pour une utilisation équitable.

    Pratiques cliniques : limites actuelles et leviers d’automatisation interopérable

    Le livre blanc HIMSS-SIIM pointe des pratiques fragmentées, impactant la qualité des soins en ophtalmologie

    Goetz et al. publient un livre blanc HIMSS-SIIM sur les défis d’interopérabilité en imagerie oculaire. Malgré la disponibilité généralisée de l’imagerie oculaire et le potentiel de l’IA autonome pour le diagnostic rapide, plusieurs facteurs entravent l’optimisation de la pratique clinique. Bien que certaines grandes institutions aient développé des flux de travail numériques de bout en bout utilisant des DOSSIERS PATIENTS, des archives d’imagerie d’entreprise et des visualiseurs diagnostiques dédiés, cette expérience ne s’est pas encore généralisée aux cliniques ophtalmologiques indépendantes de petite taille. Les pratiques d’interopérabilité fragmentées affectent les soins aux patients dans tous les domaines de santé, particulièrement en ophtalmologie où la rareté des centres de soins rend essentielle la collaboration entre prestataires, spécialistes et médecins de soins primaires traitant des conditions systémiques avec impact profond sur la vision.

    2 102 études (2000-2024) révèlent une évolution vers l’IA et la réutilisation massive des données

    Shen et al. conduisent une revue exhaustive de l’évolution de l’utilisation secondaire des dossiers patients et de leur interopérabilité dans la recherche médicale sur 25 ans (2000-2024). La recherche dans les bases de données PubMed, Scopus et Web of Science a identifié 2 212 études, dont 2 102 (93,03 %) ont été incluses dans l’analyse. La distribution temporelle révèle 1 079 études (51,33 %) entre 2000 et 2009, 582 (27,69 %) entre 2010 et 2019, 251 (11,94 %) entre 2020 et 2023, et 190 (9,04 %) en 2024. Les auteurs concluent que l’évolution des DOSSIERS PATIENTS marque une étape importante dans l’intégration de la technologie et de la médecine, depuis les pratiques documentaires précoces jusqu’à l’utilisation sophistiquée de l’IA et de l’analyse de données massives.

    De Zegher et Celebi présentent un prototype d’assistant virtuel développé dans le cadre du projet européen AIDAVA, créant un graphe de connaissances de santé personnelle interopérable et réutilisable, conforme à un standard sémantique, en maximisant l’automatisation dans la curation de données de santé multimodales hétérogènes. L’article décrit les différentes étapes de transformation d’un élément de données depuis sa collecte jusqu’à sa forme réutilisable, avec les problématiques associées. Les auteurs concluent que le défaut d’interopérabilité pourrait être résolu en abordant ces problématiques de manière structurelle à travers une feuille de route validée.

    Synthèse des obstacles et recommandations

    L’analyse transversale des 19 études révèle des obstacles récurrents à l’interopérabilité des systèmes de santé numériques :

    • Absence de consensus sur les standards à adopter malgré la multiplication des cadres normatifs ;
    • Hétérogénéité technique et sémantique des systèmes d’information existants ;
    • Complexité de la conversion des données cliniques non structurées vers des formats interopérables ;
    • Déficits de capacité numérique dans les pays à revenus faibles et intermédiaires (PRFI) ;
    • Charges administratives importantes liées à la dispersion des sources d’information ;
    • Fragmentation de la gouvernance et absence de cadres réglementaires harmonisés.

    Plusieurs stratégies émergent pour surmonter ces obstacles :

    • Adoption prioritaire de FHIR comme standard d’échange, associé à SNOMED CT pour la terminologie ;
    • Utilisation de l’apprentissage fédéré pour la collaboration inter-institutionnelle, préservant la confidentialité ;
    • Développement de profils FHIR spécialisés adaptés à l’imagerie, la composition corporelle ou la pathologie numérique ;
    • Intégration de modèles de langage de grande taille pour automatiser le traitement des données cliniques non structurées ;
    • Mise en place de boîtes à outils et cadres de conformité pour l’alignement avec les exigences réglementaires ;
    • Conception d’architectures d’entreprise fondées sur des ontologies standardisées pour renforcer la sécurité des patients.

    El-Yafouri et Klieb soulignent que différents cas d’usage peuvent bénéficier d’approches variées et que se concentrer sur l’état des dossiers de santé plutôt que sur l’intégration systémique complète peut accélérer l’interopérabilité. Cette perspective pragmatique reconnaît que l’interopérabilité utile n’exige pas nécessairement une standardisation universelle exhaustive.

    Enseignements, défis et perspectives :

    L’interopérabilité des systèmes de santé numériques demeure un défi multidimensionnel nécessitant une convergence entre standards techniques, gouvernance réglementaire et technologies émergentes. Les 19 études analysées démontrent que FHIR s’impose comme le protocole dominant pour l’échange de données, tandis que l’apprentissage fédéré offre une solution prometteuse pour concilier interopérabilité et confidentialité. L’intégration de l’intelligence artificielle, particulièrement les LLM, présente un potentiel considérable pour automatiser la transformation de données cliniques hétérogènes en formats standardisés, bien que des limitations substantielles persistent dans la conversion de texte non structuré.

    Les cadres réglementaires émergents, notamment l’EHDS en Europe et le TEFCA aux États-Unis, structurent progressivement l’écosystème d’interopérabilité. Toutefois, les disparités entre régions développées et PRFI soulignent la nécessité d’investissements ciblés en infrastructure et en renforcement des capacités. L’approche pragmatique consistant à privilégier l’interopérabilité de l’état des dossiers de santé plutôt que l’intégration systémique exhaustive pourrait accélérer les progrès.

    Les recherches futures devront approfondir l’évaluation de l’impact clinique de l’interopérabilité sur les résultats patients, développer des méthodes robustes pour gérer l’hétérogénéité sémantique persistante, et établir des cadres de gouvernance équitables permettant une adoption globale des standards. L’interopérabilité constitue non seulement un impératif technique mais également un levier stratégique pour transformer les systèmes de santé vers une médecine de précision, une recherche accélérée et des soins coordonnés centrés sur le patient.

    Références bibliographiques :

    1. Noll, R., Storf, H., & Schaaf, J. (2025). HealthTermFinder: Enhancing Multilingual Interoperability. Studies in Health Technology and Informatics, 153, 272-276. https://doi.org/10.3233/SHTI250262
    2. Oikonomou, E. K., & Khera, R. (2025). Designing medical artificial intelligence systems for global use: Focus on interoperability, scalability, and accessibility. Hellenic Journal of Cardiology, 8, 9-17. https://doi.org/10.1016/j.hjc.2024.07.003
    3. Akhmetov, A., Latif, Z., Tyler, B., & Yazici, A. (2025). Enhancing healthcare data privacy and interoperability with federated learning. PeerJ Computer Science, 11, e2870. https://doi.org/10.7717/peerj-cs.2870
    4. Joshi, H., & Joseph, S. (2025). Standardization and Interoperability: Federated Learning’s Impact on EHR Systems and Health Informatics. Advances in Health Information Science and Practice, 11, UBYM3803. https://doi.org/10.63116/UBYM3803
    5. El-Yafouri, R., & Klieb, L. (2025). A scoping review of electronic health records interoperability: Levels, expectations, approaches, and problems. Health Informatics Journal, 31(4), 14604582251385986. https://doi.org/10.1177/14604582251385986
    6. Gyrard, A., Abedian, S., Gribbon, P., Dalmiani, S., Giuffrida, M., Manias, G., Autexier, S., & Hussein, R. (2025). Towards Semantic Interoperability: Health Standardization Recommendation Tool. Studies in Health Technology and Informatics, 153, 1110-1114. https://doi.org/10.3233/SHTI250562
    7. Shen, Y., Yu, J., Zhou, J., & Hu, G. (2025). Twenty-Five Years of Evolution and Hurdles in Electronic Health Records and Interoperability in Medical Research: Comprehensive Review. Journal of Medical Internet Research, 27, e59024. https://doi.org/10.2196/59024
    8. Mollerus, F., Lynch, C., & Bruining, H. (2025). Data interoperability for a systems approach to developmental conditions. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 176, 106245. https://doi.org/10.1016/j.neubiorev.2025.106245
    9. Adegoke, K., Adegoke, A., Dawodu, D., Adekoya, A., Bayowa, A., Kayode, T., & Singh, M. (2025). Interoperability as a Catalyst for Digital Health and Therapeutics: A Scoping Review of Emerging Technologies and Standards (2015-2025). International Journal of Environmental Research and Public Health, 22(10), 1535. https://doi.org/10.3390/ijerph22101535
    10. Engelke, M., Baldini, G., Kleesiek, J., Nensa, F., & Dada, A. (2025). FHIR-Former: Enhancing clinical predictions through Fast Healthcare Interoperability Resources and large language models. Journal of the American Medical Informatics Association, ocaf165. https://doi.org/10.1093/jamia/ocaf165
    11. de Zegher, I., & Celebi, R. (2025). Journey of a Data Element to Data Interoperability and Reuse. Studies in Health Technology and Informatics, 327, 974-978. https://doi.org/10.3233/SHTI250517
    12. Goetz, K. E., Boland, M. V., Chu, Z., Reed, A. A., Clark, S. D., Towbin, A. J., Purt, B., O’Donnell, K., Bui, M. M., Eid, M., Roth, C. J., Luviano, D. M., & Folio, L. R. (2025). Ocular Imaging: Challenges, Current State, and a Path to Interoperability: A HIMSS-SIIM Enterprise Imaging Community Whitepaper. Journal of Imaging Informatics in Medicine, 38(3), 1283-1290. https://doi.org/10.1007/s10278-024-01261-0
    13. Wen, Y., Choo, V. Y., Eil, J. H., Thun, S., Pinto Dos Santos, D., Kast, J., Sigle, S., Prokosch, H. U., Ovelgönne, D. L., Borys, K., Kohnke, J., Arzideh, K., Winnekens, P., Baldini, G., Schmidt, C. S., Haubold, J., Nensa, F., Pelka, O., & Hosch, R. (2025). Exchange of Quantitative Computed Tomography–Assessed Body Composition Data Using Fast Healthcare Interoperability Resources as a Necessary Step Toward Interoperable Integration of Opportunistic Screening Into Clinical Practice: Methodological Development Study. Journal of Medical Internet Research, 27, e68750. https://doi.org/10.2196/68750
    14. Guijarro-Castro, C., & Quispe Munayco, G. O. (2025). Inteligencia Artificial. Perspectiva latinoamericana: Interoperabilidad y efecto ambiental [Artificial Intelligence: Latin american perspective: Interoperability and environmental effect]. Revista Española de Salud Pública, 99, e1-e4.
    15. Gyrard, A., Abedian, S., Gribbon, P., Manias, G., van Nuland, R., Zatloukal, K., Nicolae, I. E., Danciu, G., Nechifor, S., Martí-Bonmatí, L., Mallol, P., Dalmiani, S., Autexier, S., Jendrossek, M., Avramidis, I., Garcia Alvarez, E., Holub, P., Blanquer, I., Boden, A., & Hussein, R. (2025). Lessons Learned From European Health Data Projects With Cancer Use Cases: Implementation of Health Standards and Internet of Things Semantic Interoperability. Journal of Medical Internet Research, 27, e66273. https://doi.org/10.2196/66273
    16. Mortensen, H. M., Gromelski, M., Hench, G., Martens, M., Wittwehr, C., Kumar, S., Kumar, V., Audouze, K., Virvilis, V., Nymark, P., Angrish, M., Lynch, I., Edwards, S., Magagna, B., & Wojewodzic, M. W. (2025). The FAIR AOP roadmap for 2025: Advancing findability, accessibility, interoperability, and re-usability of adverse outcome pathways. Computational Toxicology, 35, 100368. https://doi.org/10.1016/j.comtox.2025.100368
    17. Hussein, R., Gyrard, A., Abedian, S., Gribbon, P., & Martínez, S. A. (2025). Interoperability Framework of the European Health Data Space for the Secondary Use of Data: Interactive European Interoperability Framework-Based Standards Compliance Toolkit for AI-Driven Projects. Journal of Medical Internet Research, 27, e69813. https://doi.org/10.2196/69813
    18. Wong, Z. S., Gong, Y., & Ushiro, S. (2025). A pathway from fragmentation to interoperability through standards-based enterprise architecture to enhance patient safety. NPJ Digital Medicine, 8, 41. https://doi.org/10.1038/s41746-025-01442-3
    19. Idrissi-Yaghir, A., Arzideh, K., Schäfer, H., Eryilmaz, B., Bahn, M., Wen, Y., Borys, K., Hartmann, E., Schmidt, C., Pelka, O., Haubold, J., Friedrich, C. M., Nensa, F., & Hosch, R. (2025). Using a Diverse Test Suite to Assess Large Language Models on Fast Health Care Interoperability Resources Knowledge: Comparative Analysis. Journal of Medical Internet Research, 27, e73540. https://doi.org/10.2196/73540

    Méthodologie de recherche documentaire

    Dans le cadre de cette revue de littérature, une recherche systématique a été réalisée sur la base de données PubMed afin d’identifier les publications les plus récentes et pertinentes au croisement des thématiques d’interopérabilité, d’intelligence artificielle et de santé pour l’année 2025. La requête utilisée était la suivante :

      • (“interoperability”[Title] OR “interoperability”[MeSH Terms])

      • AND (“artificial intelligence”[Title/Abstract] OR “AI”[Title/Abstract] OR “artificial intelligence”[MeSH Terms] OR “deep learning”[Title] OR “machine learning”[Title])

      • AND (“healthcare”[Title] OR “health”[Title/Abstract] OR “medicine”[Title/Abstract])

      • AND (“2025″[Date – Publication])

    Cette stratégie a permis de cibler spécifiquement les articles répondant aux critères définis : l’interopérabilité en santé, avec une dimension liée à l’intelligence artificielle ou à l’apprentissage automatique/profond, publiés en 2025. Ce processus d’identification garantit la pertinence et l’actualité des sources retenues pour l’analyse et la synthèse issues de cette littérature scientifique.

     

  • Interopérabilité en santé : du cadre légal français à l’agenda européen

    Insights :

    • Le cadre français d’interopérabilité (CI-SIS, piloté par l’ANS) s’appuie massivement sur des standards internationaux comme HL7, FHIR, DICOM, CDA, LOINC et SNOMED CT pour assurer une interopérabilité technique et sémantique entre tous les acteurs. 
    • Le CI-SIS n’est pas qu’un catalogue de formats : il propose des profils d’interopérabilité alignés sur des cas d’usage concrets (biologie, comptes rendus, VSM, etc.), ce qui en fait un outil opérationnel pour les éditeurs et les établissements. 
    • L’article L.1470-2 du Code de la santé publique rend opposables les référentiels d’interopérabilité et de sécurité : la conformité n’est plus facultative mais devient un prérequis pour accéder aux dispositifs publics et à certains financements.  
    • Le PLFSS 2026 introduit des sanctions financières (jusqu’à 2 500 euros par manquement, plafonné à 10 000 euros/an) pour non-alimentation effective du DMP / Mon espace santé, faisant basculer l’interopérabilité dans une logique coercitive.  
    • FHIR R4 est en train de devenir le « langage officiel » des échanges de santé français, en cohérence avec l’agenda européen, avec des profils FHIR définis dans le CI-SIS et co-construits avec InteropSant.  
    • Les LLM montrent de très bonnes performances sur la compréhension des ressources FHIR mais restent en difficulté sur la conversion de texte clinique libre en ressources FHIR (tâche Note2FHIR), révélant un blocage majeur sur les données non structurées. 
    • L’Espace Européen des Données de Santé (EHDS) impose un calendrier contraignant (dès 2027 pour le résumé patient et l’e-prescription, 2029 pour imagerie et biologie), ce qui crée une double pression pour les DSI déjà occupées par Ségur, DMP, DRIMbox et CI-SIS.  
    • L’Alliance SIH (La Poste Santé Autonomie, CPAGE, Maincare, HOPSIS, HCL) adopte le trio openEHR–FHIR–OMOP pour transformer les SIH en « data centres » ouverts, illustrant un basculement vers des architectures de données cliniques longitudinales et réutilisables. 

     

    📌Interopérabilité en santé : un cadre national articulé autour du CI-SIS, des standards HL7 FHIR et d’une hausse de 112% des cyberattaques

    Le cadre français d’interopérabilité structure les échanges de données de santé autour du CI-SIS, organisé en trois couches complémentaires (contenu métier, services d’échange, couche technique) et appuyé sur des standards comme HL7, FHIR, DICOM, CDA, LOINC et SNOMED CT. Le Centre de Gestion des Terminologies de Santé assure la cohérence des terminologies à l’échelle nationale, condition indispensable à une interprétation homogène des données entre logiciels et établissements. La généralisation de l’interopérabilité vise la réduction des redondances d’examens, l’amélioration de la continuité des soins et la maîtrise des coûts pour les pathologies chroniques. Une augmentation de 112% des attaques par ransomware entre 2022 et 2023 met en évidence la nécessité d’un haut niveau de sécurité et de chiffrement des échanges. Le CI-SIS s’accompagne d’outils opérationnels, tels qu’un espace de tests et des scénarios de validation, pour vérifier la conformité des solutions. L’ensemble positionne le cadre français comme un socle structurant, aligné sur les standards internationaux tout en intégrant des exigences de sécurité renforcée

    👉 Plus de détails sur « Interopérabilité en santé : 7 standards techniques sur 4 niveaux pour structurer les échanges »

    📌19 études internationales, 10 centrées sur FHIR et plus de 80% de couverture terminologique : l’interopérabilité à l’ère de l’IA et de l’apprentissage fédéré

    La revue de 19 études publiées en 2024–2025 montre que FHIR est présent comme standard principal ou structurant dans 10 travaux, confirmant sa place dominante dans les projets d’interopérabilité. Plusieurs recherches démontrent que l’apprentissage fédéré obtient des performances prédictives comparables à l’apprentissage centralisé, tout en évitant la centralisation des données des dossiers patients. Des approches combinant FHIR et grands modèles de langage atteignent des scores F1 supérieurs à 0,7 ou 0,9 pour certaines tâches de prédiction clinique ou de question–réponse structurée, mais restent en difficulté sur la transformation Note2FHIR des textes libres. Un outil de découverte terminologique multilingue parvient à couvrir environ 82% des concepts sur 24 langues, illustrant un progrès significatif pour l’accès aux terminologies standardisées. Les travaux recensés insistent sur la centralité de SNOMED CT, LOINC et des ontologies cliniques pour garantir une interopérabilité sémantique robuste. Les cadres européens comme EHDS2 et l’EIF servent de fil conducteur pour relier standards, gouvernance des données et exigences réglementaires.

    👉 Plus de détails sur «Interopérabilité : 19 études récentes révèlent les leviers techniques, réglementaires et cliniques pour la santé numérique (revue de littérature) – Health & tech»

    📌Interopérabilité en e-santé : un impératif réglementaire européen qui va changer en profondeur le marché d’ici 2028‑2029

    L’article montre comment l’interopérabilité est passée d’un “simple” sujet technique à l’un des trois piliers du numérique en santé, avec des impacts économiques majeurs pour les éditeurs comme pour les établissements. Il souligne le double coût du manque d’échanges normalisés, à la fois financier (multiplication de connecteurs spécifiques facturés au cas par cas) et clinique, avec des risques d’erreurs de saisie qui affectent directement la sécurité des patients. Le futur règlement sur l’espace européen des données de santé fera de l’interopérabilité une condition d’accès au marché, en s’appuyant notamment sur FHIR, et imposera une convergence progressive des logiciels vers un cadre commun, avec des premières obligations opérationnelles attendues autour de 2028‑2029. Cette transformation, jugée techniquement maîtrisable, suppose surtout un changement culturel chez les professionnels de santé et une anticipation forte des éditeurs pour éviter un “effet RGPD” de mise en conformité dans l’urgence.

    👉 Plus de détails sur « Interopérabilité : quand la régulation européenne rebat les cartes du marché de l’e‑santé  – Health & tech»

    📌Jusqu’à 2 500 € par manquement et 10 000 € par an : 2025, l’année où l’interopérabilité devient coercitive

    L’évolution réglementaire transforme l’interopérabilité en obligation opposable, avec l’inscription des référentiels dans le Code de la santé publique via l’article L.1470-2. Le non-respect de l’alimentation effective de Mon espace santé expose les acteurs à des sanctions pouvant atteindre 2 500 euros par manquement, dans la limite de 10 000 euros par an, marquant un tournant clair vers une logique coercitive. L’accès à certains financements et dispositifs publics est conditionné au respect des standards définis dans le CI-SIS et aux référentiels de sécurité associés. Cette dynamique s’inscrit dans un calendrier plus large, incluant les exigences européennes de l’EHDS pour le résumé patient et l’e-prescription à partir de 2027, puis pour l’imagerie et la biologie en 2029. Les directions des systèmes d’information et les éditeurs doivent intégrer ces contraintes dans leurs plans de conformité, sous peine de fragiliser la soutenabilité financière et la capacité de connexion aux services socles. La convergence entre pression nationale et agenda européen fait de 2025 un point d’inflexion pour l’interopérabilité des systèmes de santé.

    👉 Plus de détails sur «Interopérabilité : 2025, l’année du virage coercitif – Health & tech»

    📌De 80–500 applications à un socle unifié : l’alliance SIH mise sur openEHR, FHIR et OMOP pour bâtir des data centres cliniques souverains

    Les grands hôpitaux peuvent compter entre 80 et 500 applications, voire jusqu’à 1 000 solutions numériques en incluant l’ensemble de l’écosystème, créant une fragmentation extrême des données de santé. L’alliance SIH réunissant plusieurs éditeurs et établissements propose de recentrer les systèmes d’information hospitaliers sur un socle de données cliniques longitudinales, structuré par openEHR, FHIR et OMOP. Cette stratégie vise à transformer les SIH en data centres souverains, où les applications se connectent à une base commune plutôt que de multiplier les silos propriétaires. La mutualisation des modèles de données, des terminologies et des connecteurs facilite la réutilisation pour la recherche, la qualité des soins et la régulation. La démarche met l’accent sur la souveraineté des données, le contrôle des architectures et la compatibilité avec les standards internationaux. Une gouvernance partagée devient un levier essentiel pour orchestrer les migrations, prioriser les chantiers et aligner les membres de l’alliance sur une vision commune.

    👉 Plus de détails sur «Alliance SIH : 80 à 500 solutions informatiques par hôpital, un frein à l’interopérabilité que l’alliance brise pour des SIH data centre souverains – Health & tech»

    📌Interopérabilité obligatoire : des référentiels nationaux qui redessinent les feuilles de route de tous les acteurs du numérique en santé

    L’obligation de conformité aux référentiels d’interopérabilité et de sécurité reconfigure les priorités des éditeurs, établissements et industriels du numérique en santé. Les cadres publiés par l’ANS, le CI-SIS, le CGTS et les référentiels de sécurité conditionnent l’accès aux programmes nationaux, aux services socles et à une partie des financements. Les roadmaps produits doivent intégrer des guides FHIR, des profils d’interopérabilité ciblés et l’usage systématique des terminologies officielles telles que SNOMED CT, LOINC ou RUIM. Les organisations sont amenées à renforcer les compétences internes en standards, terminologies et sécurité, et à inscrire ces exigences dès les phases de conception des solutions. Les dispositifs de tests, projectathons et outils de validation deviennent des passages incontournables pour démontrer la conformité. Le risque principal pour les acteurs qui ne s’alignent pas réside dans une perte progressive de compatibilité avec l’écosystème français et européen, ainsi qu’une difficulté accrue à accéder aux marchés les plus structurés.​

    👉 Plus de détails sur «Interopérabilité en santé : une obligation réglementaire qui impact tous les acteurs – Health & tech»

    📌De la technique au droit : comment l’interopérabilité devient la colonne vertébrale réglementaire du système de santé numérique

    L’interopérabilité quitte le seul champ des architectures techniques pour devenir un pilier explicite des textes juridiques et des politiques publiques en santé. Les cadres tels que le CI-SIS, le PGSSI-S, l’EHDS ou TEFCA définissent simultanément des formats, des API, des exigences de sécurité, de consentement et de gouvernance des données. Cette évolution fait de l’interopérabilité une condition d’émergence de la médecine de précision, de la recherche à grande échelle et de la régulation appuyée sur des données fiables et partageables. L’ensemble des dispositifs réglementaires renforce les obligations de traçabilité, de standardisation et de contrôle de la conformité pour les différents acteurs. Les investissements dans des architectures durables, des compétences en standards et terminologies, ainsi que dans des plateformes de test deviennent des choix stratégiques plutôt que techniques. L’interopérabilité s’affirme ainsi comme la structure porteuse des services numériques de santé, reliant données cliniques, innovation et exigences réglementaires.

    👉 Plus de détails sur «Interopérabilité en santé : d’un impératif technique à une obligation réglementaire structurante – Health & tech»

    Visuel de synthèse étude interopérabilité @HTI
  • PLFSS : Ce 9 décembre, l’Assemblée se prononce sur un budget remanié, France santé réintroduit, franchises gelées

    Vendredi 5 décembre, les députés ont rétabli plusieurs dispositions du Projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2026, précédemment supprimées par les sénateurs. Parmi elles figure la création du réseau France santé, un dispositif initialement annoncé à la rentrée par le Premier ministre Sébastien Lecornu. Le vote solennel du texte est attendu ce mardi 9 décembre à l’Assemblée nationale, dans un contexte de tensions politiques autour des arbitrages budgétaires liés à la santé.

    Un dispositif présenté comme « pragmatique »

    Porté par la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, le réseau France santé se veut un outil « à la main des professionnels et des élus », avec un cahier des charges souple. Les structures labellisées devront proposer des rendez-vous sous 48 heures en cas de besoin médical avéré, être ouvertes cinq jours par semaine et pratiquer uniquement des consultations en secteur 1. Chaque entité pourra bénéficier d’un financement pérenne de 50 000 euros.

    Retrait de l’augmentation des franchises médicales

    Autre point d’achoppement : l’augmentation des franchises médicales. L’exécutif a finalement renoncé à cette mesure, qui visait à doubler les montants à la charge des patients sur les médicaments et consultations, pour générer 2,3 milliards d’euros d’économies. Face à une opposition transpartisane et à la pression des organisations professionnelles, le Gouvernement a préféré revoir sa copie et proposer une enveloppe complémentaire en faveur des hôpitaux, annoncée comme prochaine.

    Un vote sous haute tension à l’Assemblée

    Le texte du PLFSS 2026, profondément remanié depuis sa présentation initiale le 14 octobre, doit encore franchir plusieurs étapes parlementaires. Le Gouvernement a intégré la suspension de la réforme des retraites pour rallier les socialistes, mais les oppositions restent mobilisées contre le texte. Le Premier ministre Sébastien Lecornu cherche désormais à sécuriser les votes écologistes en amont du scrutin décisif du 9 décembre.

  • Numih France déploie sa nouvelle plateforme hospitalière dh sur trois sites

    4 ans de co-développement

    Numih France, anciennement MipihSIB, annonce la mise en production de la première version de sa plateforme de gestion hospitalière de nouvelle génération, dh, sur trois établissements pilotes. Ce déploiement concerne les domaines

    • Des approvisionnements et finances.
    • Des ressources humaines.
    • Et de la gestion administrative du patient.

    Fruit de quatre années de développement en co-construction avec plus de quarante établissements de santé, dh marque une rupture avec les anciens outils (Pastel, Agirh, Magh2, QL). La conception a intégré des méthodes issues du design thinking et de l’UX/UI, afin d’améliorer l’ergonomie, la lisibilité de l’information et l’adoption terrain.

    CHIC, CHIVA et CHI Vallées de l’Ariège : trois établissements pilotes pour la plateforme dh

    dh opérationnel en trois temps : finances, RH, patient 

    La plateforme dh a été conçue pour s’inscrire dans les environnements multi-établissements, en particulier ceux des Groupements Hospitaliers de Territoire (GHT). Son architecture repose sur des composants open source qualifiés et sécurisés, assurant l’indépendance technologique de Numih France et une compatibilité native avec les normes d’interopérabilité FHIR. Pensée pour être hébergée en mode SaaS, dh permet des mises à jour régulières et sans interruption de service. L’intégration d’outils d’intelligence artificielle, en développement interne ou via un store partenaires, vient enrichir les fonctionnalités du système.

    Après une phase de tests poussée, le déploiement a été réalisé en trois temps :

    • Le 24 juin 2025 pour les finances,
    • Fin août pour les ressources humaines,
    • Et le 27 septembre pour la gestion administrative des patients.

    Cette montée en charge a permis de valider les processus d’accompagnement et de correction. Les établissements pilotes — CHIC Castres-Mazamet, CHIVA, et CHI Vallées de l’Ariège — ont salué l’ergonomie, l’implication des équipes, et la souplesse d’adaptation du progiciel. Les retours témoignent d’une prise en main réussie malgré les défis liés au changement de système, notamment grâce à l’implication conjointe des services métiers et des directions informatiques.

    Un accompagnement personnalisé pour 2026

    Numih France prévoit un déploiement progressif de dh en 2026 dans les établissements de santé et GHT qui souhaitent moderniser leurs systèmes de gestion. Pour chaque direction métier, des équipes dédiées seront mobilisées afin d’assurer un accompagnement sur mesure.

  • Dépenses de santé en hausse dans l’UE entre 2007 et 2023, mais l’accès aux soins reste inégal

    Le renoncement aux soins progresse en France

    Les dépenses de santé progressent dans l’UE, sans amélioration nette de l’accès pour tous

    Entre 2007 et 2023, les dépenses sociales liées à la santé ont augmenté dans la plupart des pays européens, selon une étude publiée le 3 décembre 2025 par la Drees. Réalisée à partir des données ESSPROS d’Eurostat, cette analyse met en regard l’évolution de ces dépenses — rapportées au PIB potentiel — avec des indicateurs d’accès aux soins et de conditions de vie. En France, cette hausse s’accompagne d’un maintien d’un faible reste à charge pour les ménages. Néanmoins, les auteurs relèvent une légère progression du renoncement aux soins sur la période, signalant que l’augmentation des dépenses ne suffit pas à lever tous les obstacles d’accès, notamment dans certains territoires ou pour certaines populations.

    Europe : l’augmentation des dépenses de santé ne garantit pas une meilleure couverture

    Le lien entre dépenses de santé et accès aux soins s’avère complexe. Si la France affiche un niveau élevé de dépenses et un reste à charge modéré, d’autres pays ont connu des évolutions divergentes. L’étude relève une forte hétérogénéité des trajectoires en Europe, à croissance économique comparable. Autrement dit, à dépense égale, les résultats en termes d’accès ou de couverture peuvent fortement varier selon les choix d’organisation du système de soins. Par exemple, certains pays ont pu maintenir ou améliorer l’accès aux soins sans nécessairement accroître fortement leurs budgets, grâce à des réformes structurelles ou à une meilleure efficacité des dispositifs existants. D’autres, en revanche, n’ont pas observé de progrès significatif malgré une hausse de l’effort financier.

    Dépenses sociales en France : +2,8 points de PIB entre 2007 et 2023, avec des effets contrastés sur la santé

    Protection sociale : la France parmi les pays les plus dépensiers, sans garantie d’équité en santé

    En 2023, la France reste l’un des pays européens les plus dépensiers en matière sociale, incluant la santé. Sur l’ensemble des prestations sociales (vieillesse, maladie, famille, exclusion…), la part dans le PIB potentiel atteint 31,7 %, contre 28,9 % en 2007, soit +2,8 points. Cette progression dépasse la moyenne de l’Union européenne (+2,3 points) et se rapproche de celle de l’Allemagne (+2,7). L’étude souligne que ces dépenses ont contribué à renforcer certains acquis, notamment sur le plan de la redistribution. Toutefois, elle invite à nuancer l’interprétation : un haut niveau de dépenses ne garantit pas à lui seul une amélioration continue des indicateurs de santé publique, ni une réduction des inégalités d’accès.

    @ Drees : Les dépenses sociales ont augmenté partout en Europe entre 2007 et 2023, à quelques exceptions près. https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse/etudes-et-resultats/251203-ER-%C3%A9volution-des-d%C3%A9penses-de-protection-sociale-en-Europe

    L’analyse s’appuie sur les données du système ESSPROS (Système européen de statistiques intégrées sur la protection sociale), coordonné par Eurostat. La Drees y intègre des comparaisons entre États membres de l’UE (hors Estonie et Croatie, pour cause de données manquantes), ainsi que la Norvège et la Suisse. Les dépenses sont ici rapportées au PIB potentiel, afin de neutraliser les effets conjoncturels. Les indicateurs d’accès aux soins incluent notamment le taux de renoncement et le niveau de reste à charge des ménages.