42% de la population française souffre de douleurs chroniques
En France, selon le baromètre de la douleur 2025 de la fondation de recherche Analgesia, 23,1 millions de personnes, soit 42% de la population adulte, souffrent de douleurs chroniques, principalement de nature musculosquelettique et de céphalées. Cette prévalence augmente avec l’âge, touchant 50% des personnes de plus de 65 ans vivant à domicile et jusqu’à 80% des personnes âgées en fin de vie. À l’échelle européenne, environ 150 millions de personnes sont concernées par des douleurs chroniques, soit l’équivalent des populations combinées de la France et de l’Allemagne.
L’intensité de cette problématique se reflète dans les chiffres de prise en charge : en France, seul un tiers des patients se déclare satisfait de son traitement, et 87% pratiquent l’automédication pour tenter de soulager leurs douleurs. Les arrêts de travail chez les personnes souffrant de douleurs chroniques sont cinq fois plus fréquents que dans la population générale, avec une durée cumulée dépassant quatre mois par an pour 45% des patients. Le coût économique est considérable : la douleur chronique engendre un surcoût estimé entre 1,2 et 5,1 milliards d’euros par an en France, en tenant compte des dépenses de santé et des pertes de productivité.
2024 la douleur chronique au delà des soins palliatifs
En 2024 a eu lieu un virage de la stratégie décennale des soins d’accompagnement, qui marque une rupture paradigmatique dans l’approche française de la douleur et des soins palliatifs. Contrairement à l’approche antérieure concentrée sur les soins palliatifs en fin de vie, cette stratégie élargit le cadre à une prise en charge anticipée et globale de la douleur chronique dès le diagnostic, mobilisant l’ensemble des acteurs du système de santé et de la société. Le gouvernement a alloué pour la première fois un investissement sans précédent de 1,091 milliard d’euros supplémentaires sur dix ans (2024-2034), soit une augmentation de 66% des moyens alloués aux soins d’accompagnement, dans un contexte où les besoins sont estimés à augmenter de 15% à 23% selon les sources. Cette stratégie s’articule autour de 30 mesures réparties en quatre objectifs : garantir un accès plus juste aux soins d’accompagnement, mobiliser l’ensemble de la société, développer la recherche et la formation, et assurer un pilotage coordonné de tous les acteurs. Parmi les mesures phares figure la création d’un plan personnalisé d’accompagnement pour chaque patient atteint d’une pathologie à haut degré de prévisibilité, visant à impliquer 500 000 patients d’ici 2034, ainsi que le développement de 27 nouvelles structures spécialisées dans la prise en charge de la douleur chronique dont 15 en oncologie et 12 pour les mineurs. La stratégie prévoit également le renforcement significatif de l’offre hospitalière avec 24 unités de soins palliatifs supplémentaires (portant le nombre total à 190), l’augmentation des lits de 7 540 à 8 000, et l’expansion massive des services d’hospitalisation à domicile avec 50 000 personnes supplémentaires prises en charge d’ici 2034.
Restructuration de la filière médicale et développement des compétences infirmières
L’année 2023 a également marqué l’adoption du parcours de santé pour les personnes présentant une douleur chronique par la Haute Autorité de Santé, un document structurant qui officialise une organisation graduée des soins en trois niveaux (premiers recours en ville, structures spécialisées, et centres experts). Ce parcours, mis à jour en décembre 2024, fournit un cadre normatif aux professionnels de santé et aux établissements pour améliorer l’accès et la continuité des soins. Parallèlement, la nouvelle labellisation des structures douleur chronique (SDC) engagée en 2023 pour une durée de cinq ans a permis d’augmenter de 11% le nombre de structures, passant de 243 en 2017 à 274 structures spécialisées aujourd’hui, dont 180 fonctionnant en consultation. Plus significativement pour la profession infirmière, le protocole national de coopération élaboré en 2023 par cinq centres experts en douleur reconnaît formellement les compétences des infirmiers spécialisés en douleur et leurs permet de prescrire certains examens, d’initier des traitements symptomatiques et d’effectuer des ajustements thérapeutiques, en lieu et place du médecin, au sein des structures labellisées. Ce protocole, actuellement en phase d’instruction à la HAS en 2024, représente une délégation de compétences sans précédent visant à réduire les délais de prise en charge et optimiser l’organisation des soins face à la pénurie de médecins spécialistes. Le financement de 20 postes d’assistants spécialistes en médecine de la douleur, lancé en 2023, s’accompagne d’un objectif d’ouverture de 300 postes universitaires à travers 100 chefs de clinique (dont 10 dès début 2024), 100 postes d’universitaires titulaires (10 par an à partir de 2025) et 100 assistants spécialistes, en vue de créer une filière universitaire reconnue et d’assurer le renouvellement des responsables de structures.
Propositions législatives en cours et transformation des services de soutien aux patients et aidants
Deux propositions de loi majeures relatives à la fin de vie ont été adoptées par l’Assemblée nationale en mai 2025 et sont actuellement examinées par le Sénat depuis janvier 2026. La proposition de loi relative aux soins palliatifs et d’accompagnement, votée à l’unanimité avec 560 votes, introduit une définition légale des concepts d’accompagnement et soins palliatifs, établit l’obligation d’un plan personnalisé d’accompagnement pour les personnes atteintes de maladies graves, et crée un nouveau type d’établissement dénommé « maison d’accompagnement » pour assurer une prise en charge de transition entre l’hôpital et le domicile. Parallèlement, la stratégie décennale apporte des changements importants aux mesures d’accompagnement des patients et des aidants : la mise en place de 1 100 équivalents temps plein (ETP) de psychologues dans les services de soins infirmiers à domicile d’ici 2034, avec une première vague de 100 ETP en 2025, vise à soutenir les patients et leurs proches. Les mesures de simplification du parcours des familles endeuillées s’accompagnent de l’automatisation du versement des pensions de réversion et d’une information systématique dans les 15 jours suivant le décès. Le doublement du nombre de bénévoles d’accompagnement en dix ans, le développement de 104 plateformes d’accompagnement et de répit passant à 400 d’ici 2026 avec un psychologue supplémentaire par structure, et la création de 500 gestionnaires de parcours pour améliorer la coordination territoriale constituent également des évolutions réglementaires majeures visant à transformer l’écosystème de prise en charge autour du patient
Réduction de 80% de la consommation de morphine post-opératoire : L’impact clinique des thérapies numériques prouvé
Les solutions numériques de gestion de la douleur démontrent une efficacité clinique validée par plusieurs décennies de recherche. Healthy Mind a observé une réduction de 57% de l’anxiété préopératoire, 80% de diminution de morphine post-opératoire et 70% de réduction de la douleur en soins palliatifs suite à l’utilisation de sa solution. Butterfly therapeutics a établi une équivalence clinique avec le MEOPA (Mélange Équimolaire d’Oxygène et de Protoxyde d’Azote) lors de biopsies ostéomédullaires. HypnoVR, utilisé dans plus de 550 établissements en Europe et validé par 30 publications scientifiques, combine hypnose médicale et réalité virtuelle. Endocare réduit l’intensité moyenne de la douleur de 6.0 à 4.5 (effet maximal de 42%) chez les femmes souffrant d’endométriose, avec persistance jusqu’à 4 heures post-traitement.
Opportunités Principales
Validation réglementaire croissante : RelieVRx représente le premier système de réalité virtuelle autorisé par la FDA pour la douleur lombaire chronique, proposant 56 sessions de thérapie comportementale cognitive à domicile. Stanza de Swing Therapeutics est la première thérapie digitale autorisée FDA pour les symptômes de fibromyalgie, avec 90% de patients préférant l’application aux médicaments seuls. Quell Fibromyalgia de NeuroMetrix détient l’autorisation de la FDA (DEN210046) comme premier dispositif médical portable pour réduire les symptômes de fibromyalgie chez adultes avec haute sensibilité à la douleur. Remedee Labs a obtenu en 2024 la certification européenne dispositif médical classe IIa pour la fibromyalgie via neuromodulation par ondes millimétriques.
Réduction des coûts et accessibilité : Music Care, utilisé dans 500 départements hospitaliers mondiaux, a conclu un partenariat avec SANOFI permettant aux médecins généralistes français de prescrire la thérapie musicale depuis octobre 2021. Pathway through Pain, recommandé par le NICE (National Institute for Health and Care Excellence) via l’évaluation EVA (Early Value Assessment), démontre une réduction de 45% des coûts de santé et 23% de réduction de la dépression. Lin Health, accessible à plus de 60 millions d’Américains couverts, propose un traitement virtuel non-opioïde avec 90% des patients rapportant une réduction de l’intensité douloureuse. Paindrainer PD1, premier dispositif de gestion de la douleur chronique enregistré FDA classe 1, améliore significativement qualité de vie avec 95% de prédictions correctes après 20 jours.
Modèles hybrides pharmacologie-digital : UPSA a établi un partenariat avec Remedee Labs combinant paracétamol (Dafalgan, Efferalgan) et le bracelet Remedee Well pour une prise en charge multidimensionnelle. Après 90 jours d’utilisation Remedee Well, plus de 8 utilisateurs sur 10 déclarent amélioration significative de qualité de vie. Manage My Pain, validé cliniquement et utilisé par plus de 100,000 personnes, réduit l’anxiété de 2.10 points GAD-7 et la catastrophisation douloureuse de 5.23 points à long terme.
Risques Majeurs
Fragmentation technologique : La multiplicité des approches (réalité virtuelle immersive via HypnoVR, Deepsen, Healthy Mind, C2Care ; applications mobiles via Curable, Bearable, Manage My Pain ; neuromodulation portable via Quell, Remedee ; musicothérapie algorithmique via Music Care ; coaching digital via Lin Health) crée une complexité d’intégration pour les systèmes de santé. KineQuantum propose une solution VR spécifique à la kinésithérapie avec plus de 120 exercices, tandis que Cayceo développe IPNEO avec librairie d’environnements hypnotiques 3D adaptatifs.
Barrières d’adoption : Malgré l’efficacité démontrée, l’étude AppliedVR et S.O.L.V.E. Health Tech identifie comme préoccupations majeures l’intégration dans workflows complexes, coûts structurels et remboursement. Pain ROADMAP, développé par collaboration Université du Queensland-CSIRO, nécessite port d’un tracker d’activité pendant une semaine et saisie quotidienne via application, avec certains participants signalant l’encombrement du dispositif Actigraph. Carenity, réseau social pour 500,000 patients sur 1,200 pathologies, monétise via études anonymes pour laboratoires pharmaceutiques mais ne propose pas directement d’intervention thérapeutique.
Hétérogénéité des preuves cliniques : Biodol Therapeutics développe BDT272, un modulateur allostérique négatif FLT3 en essai Phase 1, ciblant douleurs neuropathiques périphériques sans encore de validation commerciale. Branch Health permet le tracking de la douleur et des symptômes avec stratégies d’auto-gestion personnalisées, mais les données d’efficacité clinique sont limitées. Someo Life propose une immersion sonore (méditation guidée, musicothérapie, auto-hypnose) pour seniors avec 88% satisfaction utilisateurs 5/5, mais essentiellement axé sur le bien-être plutôt que sur l’intervention clinique structurée.
Architecture Technologique et Positionnement Compétitif
Solutions VR cliniques avancées : Medtronic et Boston Scientific proposent des systèmes stimulation médullaire (SCS) avec outils digitaux complémentaires – Medtronic CareGuidePro pour suivi patients. Jolly Good développe une thérapie VR pour les douleurs chroniques avec Pain Center de l’Hôpital Universitaire Médical Aichi, ciblant les syndromes douloureux complexes et les douleurs post-AVC.
Plateformes d’auto-gestion : Curable propose éducation neurosciences de la douleur avec plus de 100 exercices CBT, mindfulness et journaling, cliniquement validé pour réduire symptômes chroniques. Bearable offre tracking illimité symptômes, traitements, médicaments gratuitement avec analyses corrélatives hebdomadaires/mensuelles. Pathways Pain Relief équipe patients chroniques avec techniques naturelles soulagement via programme guidé, méditations spécifiques et exercices physiothérapie..
Dispositifs neuromodulation portables : MyPainOff se connecte Bluetooth aux dispositifs TENS Easy@Home pour contrôle thérapie massage depuis smartphone, tracking emplacement corporel et intensité. Karuna Labs développe KarunaHOME, combinaison neurotechnologie propriétaire et coaching comportemental personnalisé via Virtual Embodiment Training sur 12 semaines.
Trois axes de maturité
L’écosystème des solutions numériques de gestion de la douleur présente une maturité différenciée selon trois axes. Premier axe : les thérapies digitales validées FDA/CE (RelieVRx, Stanza, Quell Fibromyalgia, Remedee) établissent légitimité réglementaire et ouvrent des voies de remboursement, créant un avantage concurrentiel durable. Deuxième axe : l’intégration pharmacologie-digital (UPSA-Remedee, Music Care-SANOFI) démontre la viabilité de modèles hybrides répondant aux résistances des prescripteurs. Troisième axe : la fragmentation technologique (VR versus mobile versus neuromodulation) génère de la complexité organisationnelle mais permet personnalisation thérapeutique.
Les systèmes hospitaliers privilégient des solutions validées cliniquement (HypnoVR 550+ établissements, Healthy Mind, Deepsen) réduisant la consommation médicamenteuse. Les investisseurs cibleront en priorité les acteurs aux autorisations réglementaires avancées. L’enjeu stratégique majeur demeure la standardisation des protocoles cliniques et la démonstration du rapport bénéfique coût-efficacité face aux alternatives établies.

Sources :
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Baromètre de la douleur 2025 (Fondation de recherche Analgesia) et reprises médiatiques : Puy de Sciences – Université Clermont Auvergne, « Douleurs chroniques : en France, elles concerneraient plus de 23 millions de personnes » ; Mutualistes, « 42% des adultes souffrent de douleurs chroniques en France » ; Le Quotidien du Pharmacien, « Plus de 40% des adultes souffrent de douleurs chroniques » ; Ouest‑France, entretien avec le Pr Nicolas Authier sur le premier baromètre de la douleur ; article d’IKI Assurances sur « 23 millions de Français ».
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Stratégie décennale des soins d’accompagnement (soins palliatifs et douleur, 2024‑2034, 1,1 milliard d’euros, 4 objectifs et 30 mesures) : communiqué du ministère de la Santé « Lancement de la stratégie décennale des soins d’accompagnement » ; site Parlons‑fin‑de‑vie, fiche de présentation de la stratégie décennale ; synthèse par l’ANFH sur les 4 objectifs et 30 mesures.
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Données sur la satisfaction des patients, l’automédication et l’impact socio‑économique de la douleur chronique : reprises et analyses du baromètre Analgesia dans la presse santé et grand public (Mutualistes, Puy de Sciences, Quotidien du Pharmacien, etc.).
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Healthy Mind (réduction de l’anxiété préopératoire et de la consommation de morphine, efficacité clinique en VR) : site institutionnel Healthy Mind ; étude de cas et article « Cas d’usage : La diminution de la douleur et de l’anxiété grâce à Healthy Mind » sur VR for Health.
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RelieVRx (AppliedVR) – thérapie VR pour lombalgie chronique, autorisation De Novo FDA et protocole (programme de 56 jours CBT à domicile) : site RelieVRx, page d’indications d’usage ; article NIH / Pain Medicine sur le programme VR à domicile pour lombalgie chronique ; résumé de la décision De Novo EaseVRx / RelieVRx par la FDA ; communiqué industriel sur le renommage EaseVRx → RelieVRx et les résultats prolongés.
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Stanza (Swing Therapeutics) – thérapie digitale ACT pour fibromyalgie, autorisation De Novo FDA : communiqué « FDA Authorizes Stanza to Treat Fibromyalgia Symptoms » ; résumé de la décision De Novo DEN220083 de la FDA ; communiqué sur les résultats de l’essai pivot PROSPER‑FM.
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Informations complémentaires sur la stratégie soins d’accompagnement, la structuration de l’offre et les objectifs de moyens (unités supplémentaires, postes, etc.) : articles de presse spécialisée sociale et santé, par exemple Le Média Social, « Soins palliatifs : 30 mesures pour une stratégie décennale des soins d’accompagnement ».