Le Conseil de l’Union européenne (UE) a demandé à la Commission européenne de mettre en place une stratégie industrielle d’ici le printemps 2018 afin de soutenir le développement des PME, essentielles à la croissance du marché des sciences de la vie, notamment dans le domaine high tech.
Les mesures visant à faciliter leur déploiement sont encore trop rares ou trop contraignantes, analyse Steve Bridges, conseiller indépendant en matière de politique santé à Bruxelles, dans une colonne publiée le 28 août 2017 sur Euobserver.com. Cependant, des solutions existent, comme le prouvent les initiatives de l’Institut européen d’innovation et de technologie (EIT), qui propose des programmes adaptés aux profils particuliers des petites entreprises.
95 % des entreprises de technologie médicale en Europe sont des PME
Au sein de l’Union européenne (UE), neuf entreprises sur dix emploient moins de dix personnes, selon l’organisme Eurostat (étude 2015). Les petites et moyennes entreprises (PME) comptant moins de 250 employés jouent un rôle clé dans le domaines des sciences de la vie.
L’association industrielle Medtech Europe souligne par ailleurs que 95 % des 25 000 entreprises de technologie médicale en Europe sont des PME. Au regard de cette proportion, il est surprenant que la politique des PME ne soit pas plus claire, souligne Steve Bridges.
Le Conseil de l’UE souhaite l’instauration d’une stratégie industrielle d’ici mi-2018
La Commission européenne, sous la présidence de Jean-Claude Juncker, tente de démontrer que l’UE contribue à l’emploi et à la croissance sur le marché. Cette volonté n’est pourtant pas en adéquation avec la stratégie globale de l’Union européenne pour les deux ans à venir, l’agenda 2020 étant prioritaire.
Une réponse de la Commission attendue en septembre
En mai 2017, le Conseil de l’UE, où siège les représentants des États membres, a adopté diverses conclusions visant à encourager des initiatives sur le court terme : il demande notamment à la Commission de préparer une stratégie industrielle d’ici le printemps 2018. Il estime en effet que la Commission n’a pas suffisamment concentré son énergie sur l’emploi et la croissance et n’a jusqu’ici pas encore proposé de stratégie de manière proactive.
Jean-Claude Juncker devrait livrer sa réponse à l’organisation au cours du mois de septembre.
L’importance d’un soutien de l’UE aux petites entreprises
Dans les industries de haute technologie telles que les sciences de la vie, les politiques visant à stimuler la croissance dans les PME sont importantes car les petites entreprises essaient souvent de lancer leurs produits sur un marché hautement réglementé. Elles doivent rivaliser avec des acteurs plus puissants qui bénéficient de davantage de ressources pour assurer le respect de la législation.
Les PME sont parfois soutenues par des mesures spécifiques de l’UE, telles que les dérogations aux taxes de l’Agence européenne du médicament (EMA), qui réduisent les coûts facturés par l’agence aux fabricants pour réaliser l’évaluation d’un nouveau médicament à commercialiser dans l’Union.
Une législation encore trop lourde, notamment dans le secteur pharmaceutique
La législation sectorielle reste cependant globalement trop lourde, estiment certains acteurs de l’industrie, en particulier en ce qui concerne les produits pharmaceutiques, secteur au sein duquel les partenariats par des accords de licence avec des multinationale ou les acquisitions par ces grands groupes restent les solutions principales pour lancer des produits prometteurs sur le marché, rappelle M. Bridges.
Des programmes pour encourager le développement des PME dans les secteurs high tech
Plusieurs États membres de l’UE ont tenté de développer des politiques sur mesure pour les petites et moyennes entreprises dans les domaines des hautes technologies. Ils sont généralement identifiables par des mots-clés comme « innovation », « accélérateurs » et « incubateurs », employés pour sous-entendre que le gouvernement parle la langue des entrepreneurs.
Un intérêt réel de la part des responsables politiques pour le secteur est encourageant et permet de développer des pôles de compétitivités composés d’entreprises et de chercheurs, comme le Golden Triangle (Triangle d’or) des sciences de la vie en Angleterre, réunissant les université de Londres, d’Oxford et de Cambridge.
Les programmes mis en place ont pour but de créer des opportunités pour les chercheurs et les entrepreneurs en leur offrant un capital, un socle de connaissances scientifiques et un sens des affaires.
Mais encore trop de lourdeurs administratives
Cependant, l’implication dans les programmes financés par l’UE est souvent considérée comme trop longue et compliquée par les petites sociétés, en raison notamment des lourdeurs administratives qu’elle génère.
E-santé : l’EIT propose des programmes modulables adaptés aux besoins des PME
L’initiative de l’Institut européen d’innovation et de technologie (EIT) vise à mettre en place une approche moins prescriptive que celle généralement appliquée dans les programmes de l’UE puisque, ici, le candidat peut modifier ses objectifs et son engagement tout au long de la mise en œuvre du projet.
Il se concentre sur la création d’opportunités et de contacts pour les entrepreneurs, et sur le fait d’offrir une certaine flexibilité à leurs besoins, qui évoluent rapidement en tant que gestionnaires d’entreprises en croissance.
Favoriser la levée de capitaux
Au cours des cinq dernières années, l’EIT a lancé de nombreuses communautés de la connaissance et de l’innovation (KIC) sectorielles.
Fin 2014, le réseau de santé de l’Institut européen d’innovation et de technologie a été lancé dans le but de soutenir les start-up développant des technologies répondant à certaines des principales préoccupations de santé actuelles.
L’EIT a pour mission de favoriser la levée de capitaux pour ses membres entrepreneurs, qu’il s’agisse de fonds versés par l’UE ou d’opportunités provenant de sociétés de capital risque et d’entrepreneurs s’étant déjà retrouvés confrontés à des défis similaires.
Le Conseil espère voir émerger des politiques spécifiques au sein de l’UE
Un investissement constant, une adaptation de la législation et un changement graduel de la culture d’entreprise au cours des prochaines décennies est nécessaire pour créer un environnement véritablement novateur sur le marché des sciences de la vie.
Le prochain discours de M. Juncker sera surveillé de près par le Conseil de l’Union européenne, qui espère voir émerger des politiques spécifiques et concrètes allant au-delà de la simple rhétorique articulée autour des concepts d’« emplois et de croissance », insiste Steve Bridges.
L’annonce d’un programme précis pour soutenir les PME dans les secteurs des hautes technologies serait particulièrement bien reçue par l’ensemble de la filière.