Le gouvernement britannique a annoncé en août qu’il allait déployer un plan de financement public à hauteur de 160 millions de livres sterling (176 M €) spécialement pour le secteur des sciences de la vie, et plus précisément pour le développement de nouveaux médicaments et thérapies mais aussi de produits health tech.
La mise en place d’un environnement fiscal favorable pour encourager un plus grand développement du marché des sciences de la vie au Royaume-Uni, avec un accent mis sur les exportations et la création de nouveaux centres d’innovation, a également été suggéré par le scientifique de renom Sir John Bell, dans un examen de la stratégie industrielle de l’État, commandé par le gouvernement britannique et publié le 30 août 2017.
Un renforcement de la collaboration entre le NHS et les entreprises
Le gouvernement envisage de faire du Royaume-Uni un leader mondial dans le secteur des sciences de la vie, dont le chiffre d’affaires annuel est estimé à 69 milliards d’euros (64 Mds £). La somme allouée à ce marché spécifique (176 M €) permettra d’assurer en priorité un meilleur accès aux connaissances (recherches, outils novateurs) et aux talents (chercheurs, experts high tech…) de l’industrie pour l’ensemble des entreprises et organisations publiques du marché.
Le Pr. John Bell appelle également à une plus grande collaboration entre le National Health Service (NHS) et les entreprises en ce qui concerne les produits de santé numériques et les recherches « ambitieuses » sur le long terme.
Les sciences de la vie au cœur de la stratégie industrielle du Royaume-Uni
Les sciences de la vie ont été identifiées comme l’un des nombreux secteurs, tout comme celui des voitures basées sur l’intelligence artificielle (IA) et des véhicules sans chauffeur, à faire partie des priorités de la stratégie industrielle présentée par Theresa May en début d’année.
Les patients doivent rester au cœur du système de soins
« Je souhaite que les patients continuent à être au cœur du système pour qu’ils obtiennent les meilleurs traitements disponibles, que ce soit par un accès précoce aux tests cliniques, en permettant aux professionnels de la santé de travailler avec des outils innovants et de nouvelles technologies, ou par une implication au centre du processus recherche afin d’intégrer rapidement les meilleures pratiques dans le système de soins », a déclaré le secrétaire d’État à la Santé, Jeremy Hunt.
« Un secteur des sciences de la vie fort et en croissance est essentiel pour garantir cela, d’autant plus que nous négocions notre sortie de l’UE », a-t-il ajouté.
« Nous nous engageons avec Sir John Bell à travailler dans les mois à venir à l’instauration d’une entente sectorielle qui pourra nous aider à saisir les opportunités dans le domaine [des sciences de la vie] », a déclaré de son côté le secrétaire d’État aux Affaires, à l’Énergie et à la Stratégie industrielle, Greg Clark.
Un environnement fiscal plus favorable
Sir John Bell insiste également sur l’instauration d’un environnement fiscal favorable afin de booster la croissance du marché des sciences de la vie. L’idée serait notamment d’encourager les investissements à travers la mise en place de mesures soutenant davantage les PME ainsi que la création de nouveaux centres d’innovation afin de favoriser la fabrication et l’exportation de produits prometteurs à échelle mondiale.
Greg Clark a d’ailleurs annoncé qu’une enveloppe de 25 millions de livres sterling (27 M. €) sera dédiée au développement des PME centrées sur la fabrication de technologies dans le domaine des sciences de la vie. Il a également assuré que le gouvernement investirait 12 millions de livres (13 M. €) pour l’extension du Centre de fabrication de cellules et de thérapie génique situé à Stevenage (Est de l’Angleterre).
Vers un développement de l’IA dans le secteur de la santé
Un avis indépendant sur l’intelligence artificielle devrait par ailleurs être publié dans les prochaines semaines.
« L’IA est susceptible d’être largement utilisée dans l’industrie de la santé et le Royaume-Uni devrait avoir pour ambition de développer et de tester des systèmes d’IA intégrés qui fournissent des données en temps réel de manière plus efficace qu’un suivi réalisé par un être humain et permettent de prédire diverses évolutions de l’état de santé des patients, concernant des conditions telles que le cancer et les maladies inflammatoires », précise M. Bell dans son rapport.
Il encourage le gouvernement et le NHS à être proactifs dans le domaine de l’intelligence artificielle en encourageant les investissement et les innovations.
Harmoniser les accords existants sur l’accès aux données de santé pour faciliter la recherche
« Les accords existants au Royaume-Uni sur l’accès aux données pour le développement d’algorithmes ont été réalisés au niveau local, principalement avec des grandes entreprises, et ne permettent pas de jouir équitablement des avantages qu’ils engendrent », prévient l’expert.
Le gouvernement a, selon lui, l’opportunité de définir un cadre clair afin de mieux exploiter la valeur réelle des données du NHS au niveau national car, pour l’instant, les accords en vigueur conclus localement ne permettent pas de partager avec d’autres régions les informations obtenus à partir de l’analyse de ces données.
Gagner la confiance du public via la transparence pour avancer plus vite
Le Pr. Bell souligne également l’importance de la transparence afin de gagner la confiance du public et ainsi favoriser l’avancement de la recherche, qui doit utiliser des données de santé publiques.
Il propose pour cela la mise en place « d’un échange national plus important avec le public permettant une véritable compréhension de l’utilisation des données, en précisant autant de détails qu’il le souhaite, y compris des informations claires sur les personnes pouvant accéder aux données et à quelles fins. Cet échange devrait également aboutir à la présentation d’informations complètes sur la façon dont les données sur la santé sont essentielles pour améliorer le système de soins et les services de santé grâce à la recherche. »
La fin des prescriptions manuscrites ?
D’autres recommandations liées au National Health Service sont présentées dans le rapport, y compris :
- un appel à la fin des prescriptions manuscrites et à la généralisation des prescriptions électroniques dans les hôpitaux ;
- l’instauration d’un forum pour les chercheurs du milieu universitaire, des organismes de bienfaisance et de l’industrie pour qu’ils participent à tous les programmes nationaux de données sur la santé ;
- la création de deux à cinq centres d’innovation numérique afin de rassembler des données provenant de régions de trois à cinq millions d’habitants dans le but d’accélérer l’accès à la recherche via des panels représentatifs de la population nationale.