Les systèmes de reconnaissance vocale qui analysent aussi les émotions dans la voix représentent un potentiel intéressant pour le diagnostic ou le suivi des troubles de l’humeur. Mais, ces technologies ne sont pas encore suffisamment fiables pour être utilisées dans la pratique clinique, d’après une revue de la littérature* parue dans le Psychiatric Rehabilitation Journal de l’American Psychiatric Association.
La reconnaissance vocale, un espoir en psychiatrie
Les applications mobiles développées pour dépister ou prendre en charge des personnes souffrant de troubles de l’humeur recueillent en temps réel des données sur l’état de santé. Elles sont issues de questionnaires et de la fréquentation des réseaux sociaux. Mais, les psychiatres s’intéressent de plus en plus aux données implicites. Autrement dit ces informations que révèle l’utilisation de notre smartphone. La géolocalisation, par exemple, en dit long sur nos habitudes de vie. Le décryptage de notre voix s’avère aussi riche d’enseignement, surtout lorsque tout l’enjeu consiste à évaluer l’humeur d’une personne.
Intonation, tonalité… de riches données implicites
Si les systèmes de reconnaissance vocale, type Siri, sont aujourd’hui présents sur tous les smartphones, ils ne sont pas encore capables d’analyser finement la voix. De nombreux chercheurs dans le monde tentent d’élaborer des dispositifs plus perfectionnés, qui analysent les émotions. Une étude approfondie de la littérature portant sur ces dispositifs vient d’être publiée dans l’édition de septembre du Psychiatric Rehabilitation Journal de l’American Psychiatric Association.
Des études peu concluantes
Les auteurs ont épluché 9 bases de données bibliographiques et en ont extrait 7 articles qui utilisaient les données audio du smartphone pour surveiller des personnes souffrant en majorité de troubles bipolaires. Le contenu même des conversations n’était jamais étudié. Ces outils embarqués sur les téléphones portables mesuraient un ensemble de données caractérisant la voix : la vitesse, le volume, l’intensité… En effet, les troubles de l’humeur affectent l’élocution de différentes façons : la voix a tendance à devenir plus monotone, plus basse, moins articulée…
Tout d’abord, cette revue de la littérature met en évidence que les études sont menées sur des échantillons de petite taille et donc peu démonstratives. Par ailleurs, les données recueillies présentaient une utilité clinique très variable, parfois les résultats étaient surprenants, d’autres fois difficilement interprétables.
Une technologie pas encore fiable
Ils en concluent qu’ » il reste encore beaucoup de questions scientifiques majeures à régler avant que ces outils ne soient cliniquement validés. » Et ils appellent les praticiens à faire preuve » de précautions s’ils envisagent de les utiliser dans le cadre de la prise en charge de leurs patients. »
Cependant, les systèmes d’analyse des émotions de la voix ont fait des progrès ces dernières années. Des chercheurs de l’université de Californie du Sud ont par exemple développé un outil qui a mis en évidence que l’espace sonore entre les voyelles était plus petit chez les personnes dépressives. Et cette particularité ne dépend pas du sexe, de la langue parlée ou du niveau d’éducation. Le potentiel de ces outils est donc bien réel mais reste à franchir encore de nombreuses barrières technologiques.