Un système d’intelligence artificielle a été capable de détecter les personnes ayant des idées suicidaires et celles qui ont fait des tentatives. Tels sont les résultats* que viennent de publier des chercheurs américains dans la revue Nature Human Behaviour. Leur algorithme affichait des taux de réussite de plus de 90%.
Prévenir le risque de tentative de suicide
Les psychiatres cherchent depuis des décennies des outils fiables pour prévenir les tentatives de suicide. Aucun marqueur biologique, tel une prise de sang, ne permet de prévenir un passage à l’acte. Et les patients eux-mêmes ne dévoilent généralement pas leurs intentions alors même que 60 à 70% des suicidants ont consulté un médecin généraliste dans le mois précédant leur geste dont 36% la semaine le précédant.
De nombreuses recherches sont donc menées pour que les nouvelles technologies pallient le manque de marqueurs biologiques. Et en matière de prévention du suicide, l’intelligence artificielle est porteuse d’espoir. Des Américains viennent d’en apporter la preuve. Ces chercheurs en psychologie et en psychiatrie issus de différentes universités (Pittsburgh, Miami, NY, Cambridge) ont publié le 30 octobre les résultats d’une étude dans laquelle ils avaient combiné intelligence artificielle et IRM.
La signature neuronale des pensées suicidaires
Concrètement, 17 personnes ayant des idées suicidaires et 17 personnes contrôle ont dû se concentrer sur une trentaine de mots, pendant 3 secondes sur chacun d’entre eux. Dans le même temps, une IRM de leur cerveau était pratiquée afin d’analyser les zones cérébrales qui s’activaient en fonction des mots. L’objectif de l’étude était d’évaluer si le cerveau des personnes suicidaires réagissait différemment à des mots liés à la mort. « Il s’avère qu’ils le font, explique le co-auteur de l’étude Matthew Nock, psychologue à l’Université d’Harvard. Nous pouvons prédire avec un degré de précision assez surprenant qui a eu des pensées suicidaires et qui n’en a pas eu – et même parmi ceux qui ont des pensées suicidaires, qui a fait une tentative et qui ne l’a pas fait. »
L’algorithme a fait ressortir 6 mots-concepts particulièrement discriminants :
- mort
- cruauté
- problème
- insouciance
- bien
- prière
Quand les personnes suicidaires se concentraient sur ces termes, des zones spécifiques du cerveau s’activaient.
Des résultats « impressionnants »…
Le système d’intelligence artificielle a permis de distinguer :
- les personnes ayant des idées suicidaires avec un taux de précision de 91% ;
- les personnes ayant déjà fait des tentatives de suicide avec un taux de précision de 94%.
… mais préliminaires
Ces résultats sont évidemment très préliminaires, l’étude ne portant que sur 34 individus. Cependant, Barry Howitz, responsable du département d’imagerie cérébrale à l’Institut national sur la surdité et autres troubles de la communication, s’est dit impressionné par la capacité de l’IA à repérer correctement les 9 personnes sur 17 qui avaient fait une tentative de suicide. Dans un commentaire associé à l’étude, il a déclaré : « Il est difficile d’imaginer une autre méthode ou un autre facteur de risque permettant de faire une telle distinction. Étudier seulement le comportement n’est probablement pas suffisant. Il vaut beaucoup mieux être capable de regarder ce qui se passe dans le cerveau », a-t-il ajouté.
La psychiatrie française croit aussi en l’IA
En France, le Pr Philippe Courtet, psychiatre au CHU de Montpellier, parie lui aussi sur l’intelligence artificielle. Avec le laboratoire d’informatique, de robotique et d’électronique de Montpellier, il développe une application qui prédirait le risque suicidaire. Son algorithme repose sur 3 types de données : des réponses à des questionnaires sur l’humeur, le contenu des échanges sur les réseaux sociaux, mais aussi des données implicites encore plus intéressantes issues de la géocalisation du smartphone qui renseignent sur les habitudes de vie.