Utiliser la réalité virtuelle pour démocratiser la formation médicale ou optimiser la rééducation et l’éducation thérapeutique : telles sont les ambitions de la start-up Trois Prime lab, dont l’innovation manager, Théo Larrousse, a accordé un entretien à Health&Tech Intelligence le 6 novembre 2017.
• L’éducation thérapeutique,
• La rééducation et le suivi,
• La nécessité d’une co-création entre médecin et patient,
• L’allégement des charges apporté par la formation médicale virtuelle.
Tels sont les aspects abordés au cours de cet entretien.
Quelles sont les expertises proposées par Vtopia ?
Pour répondre à cette question, il faut d’abord présenter Vtopia. Il s’agit d’une plateforme de réalité virtuelle proposant un univers entier dédié à la médecine, un univers à la fois pour découvrir et pour apprendre. C’est un outil pédagogique avant tout mais également un outil de soin. Vtopia développe trois thématiques : la formation médicale, l’éducation thérapeutique et la rééducation et le suivi.
A propos de la formation des professionnels de santé, Vtopia a la volonté de démocratiser la formation en réalité virtuelle qui permet un apprentissage séquentiel et itératif sans impact sur le patient. En somme, le but est d’éviter l’erreur médicale.
Ces simulations permettent aussi d’alléger les frais de formation et les contraintes d’équipements en vue de s’entraîner plus souvent et plus précisément. Trois Prime Lab est constitué d’experts médicaux et digitaux qui travaillent directement avec des spécialistes publics ou libéraux.
Par exemple, nous développons un module de chirurgie bariatrique, une formation chirurgicale se présentant sous la forme d’un serious game collaboratif et hyper réaliste.
Avec les sensations d’une opération dans la réalité ?
Les sensations existent dans la mesure où les praticiens peuvent utiliser les vrais outils chirurgicaux avec des gants détectés en réalités virtuelle. En d’autres termes, vous manipulez les outils réels. Ce serious game est pensé comme une immersion où le but est de favoriser la mémoire procédurale, la mémoire par le geste.
Vos modules d’éducation thérapeutique, de rééducation et de suivi s’adressent-ils seulement aux médecins ? Y-a-t-il des modules à destination des patients ?
Les modules « éducation thérapeutique » et « rééducation et suivi » s’adressent aux patients ou aux aidants.
Dans l’éducation thérapeutique, nous développons des modules d’exploration physiologique (c’est-à-dire le fait de s’immerger dans son propre corps pour comprendre comment fonctionne un médicament), des modules de sensibilisation des aidants ainsi que des modules d’acquisition de gestes d’auto soins.
Ces modules se déroulent soit en cabinet médical soit en instituts et centres. Nous travaillons actuellement avec l’IDNC à Chartres spécialisé dans le traitement du diabète pour la mise en place d’un module destiné aux adolescents atteints d’un diabète de type 1.
Cette collaboration est pensée comme une co-création avec le personnel et les patients.
Les modules de « rééducation soin et suivi » concernent le soin et plus précisément comment la réalité virtuelle peut devenir un outil de l’arsenal thérapeutique. Les médecins l’utilisent avec le patient. Nous travaillons sur plusieurs pistes : rééducation post-AVC, la DMLA (à l’aide de la technologie eye tracking), la remédiation cognitive pour les patients schizophréniques.
L’une des thématiques que nous avons le plus à cœur est la sophrologie, en effet dans ce domaine, la réalité virtuelle s’avère un véritable outil de soins pour distraire pendant une opération anxiogène (découpe de plâtre, ponction veineuse) ou pour réduire le stress (méditation, hypnothérapie).
Pourquoi avoir ciblé les adolescents pour le diabète de type 1 ?
Tous les réflexes de l’adulte sont acquis dès l’enfance, ce qui prouve la nécessité de développer très tôt des automatismes pour l’observance et la compréhension du traitement. Pour cela, nous cherchons à rendre ludique et plus efficace le support de communication dès le plus jeune âge.
Comment ont-été établis les modules ?
Notre méthode de travail est de penser l’innovation comme le croisement entre une technologie et un besoin : nous cherchons des besoins et essayons d’y répondre.
À ce titre, nous cherchons directement sur le terrain des besoins de patients ou de professionnels de santé. Pour beaucoup de projets, nous faisons appel à des organismes publics et privés, à des patients experts ou à des professionnels de santé libéraux. Concrètement, nous allons à leur rencontre, voir quels sont leurs besoins, et réalisons des ateliers de co-création.
Une fois le besoin identifié, nous essayons de trouver une réponse technologique. Si cette réponse s’avère être à haut potentiel, nous testons le prototype avec l’utilisateur final (qu’il soit patient ou professionnel de santé). Nous considérons un produit efficace seulement si la solution convient à l’ensemble des futurs utilisateurs de ce produit (patient + médecin).
Êtes-vous en partenariat avec des universités, des hôpitaux universitaires ?
Nous sommes en relation avec des patients experts, avec le CHU de Tours, la clinique Aramav (association pour la recherche sur l’atrophie), la fondation Hopale ou encore une clinique de Toulon.
Vous ciblez seulement le marché français ?
Trois Prime Lab est supporté par Trois Prime Group, une agence d’innovation santé implantée dans plusieurs pays : Canada, États Unis, Espagne, Afrique du Nord. L’objectif est donc de déployer Vtopia dans toutes ces zones.
Quel est votre modèle économique ?
La plateforme sera gratuite afin de permettre aux utilisateurs de se familiariser avec la technologie et avec l’univers Vtopia.
La plupart des modules d’éducation thérapeutiques devraient être gratuits. En revanche, les modules de formation médicale, de soins, de rééducation et de suivi seront disponibles sous licence car ils demandent un travail de mise à jour et de R&D absolument nécessaire.
Quand votre plateforme sera-t-elle disponible ?
En 2018, nous prévoyons la version beta ouverte de Vtopia (pour tests utilisateurs) ainsi que nos premiers modules de chirurgie, un module d’audiométrie et de sophrologie.
Afin d’accélérer notre développement, nous recherchons toujours des acteurs publics avec lesquels nous pourrions collaborer.