Dans une analyse publiée mi-novembre 2017, le groupe financier américain Bloomberg met en avant les grandes tendances et innovations à suivre dans le secteur de la santé en Asie en 2018 et au-delà.
La robotique, le séquençage du génome et la numérisation des hôpitaux font partie des domaines les plus prometteurs dans la région, notamment en Australie, en Chine et à Taïwan.
Health tech : l’Asie est en train de rattraper progressivement son retard
Bien qu’elle abrite plus de la moitié de la population mondiale, certaines des économies les plus dynamiques au monde et de grands marchés pharmaceutiques, l’Asie est quelque peu à la traîne lorsqu’il s’agit de proposer de nouvelles solutions pour les traitements de demain.
Des facteurs démographiques favorables et un soutien des gouvernements
Certaines évolutions montrent cependant que le continent est en train de rattraper son retard :
- les populations asiatiques, qui vieillissent rapidement et deviennent de plus en plus en riches, réclament des soins de meilleure qualité et les investisseurs cherchent ainsi à innover davantage dans le secteur ;
- De nombreuses innovations dans le domaine de la santé du futur n’en sont qu’à leur balbutiement en Asie et leur succès n’est pas assuré mais elles bénéficient du soutien des gouvernement souhaitant encourager le développement du secteur de la health tech.
Voici les cinq principaux secteurs dans lesquels l’Asie pourrait devenir leader selon l’analyse de Bloomberg.
Australie : le cyborg, l’être humain du futur ?
Des scientifiques australiens recherchent des moyens de créer des parties du corps robotisées pouvant être contrôlées par le cerveau du patient équipé afin de permettre aux personnes physiquement handicapées de marcher ou de saisir un objet avec la main par exemple.
Redonner la vue aux personnes aveugles
- Des recherches à l’Université de Melbourne ont abouti à la création d’une start-up appelée Bionic Vision Technologies. L’entreprise cherche à commercialiser un dispositif capable de (re)donner la vue aux aveugles. Elle a mis au point un appareil composé d’une caméra, d’une paire de lunettes, d’une unité de traitement de la vue externe et d’un réseau d’électrodes qui serait intégré derrière la rétine.
- Une autre start-up australienne, Monash Vision Group, est en train de développer un système oculaire bionique qui se connecte directement avec le cerveau.
Un exosquelette pour permettre aux personnes paralysées de remarcher
- Une autre technologie élaborée par une équipe de l’Université de Melbourne va encore plus loin. Elle repose sur l’implantation d’une électrode dans un vaisseau sanguin situé à côté de la partie du cerveau qui contrôle le mouvement. L’outil pourrait être utilisé pour contrôler un exosquelette de robot qui permettrait aux personnes paralysées de marcher à nouveau.
Corée, Chine et Japon : médicaments biologiques et pilule connectée
Corée du Sud et Chine : premiers fabricants de médicaments biologiques
De nos jours, les thérapies les plus sophistiquées au monde pour traiter des maladies comme le cancer sont basés sur la prise de médicaments biologiques, soit des médicaments fabriqués à partir de cellules vivantes ou de protéines.
L’Asie est en train d’émerger comme l’un des leaders de la fabrication de ces médicaments et de leurs versions moins coûteuses, appelées les « biosimilaires ». En Corée du Sud, des entreprises comme Samsung Biologics, filiale du géant de l’high tech, disposent d’usines ayant les capacités technologiques nécessaires à la production en masse de thérapies aussi complexes pour des sociétés pharmaceutiques internationales. La société chinoise WuXi Biologics (Cayman) fait également partie des acteurs importants de ce marché spécifique.
Japon : la première pilule connectée validée par la FDA
Par ailleurs, L’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (Food and Drug Administration) a approuvé en novembre 2017 le premier médicament numérique au monde, conçu par la société japonaise Otsuka Pharmaceutical. Il s’agit d’une pilule antipsychotique qui envoie un signal au smartphone auquel elle est connecté une fois qu’elle a atteint l’intestin pour que les médecins puissent savoir si les patients prennent leurs médicaments.
La micro puce intelligente va être intégrée dans les comprimés Abilify, utilisés pour traiter la schizophrénie, les troubles bipolaires et d’autres maladies mentales.
Taïwan et la Chine misent sur le numérique pour moderniser le système hospitalier
Certains pays asiatiques exploitent de manière avancée le potentiel des big data pour améliorer les soins médicaux.
Par exemple, Taïwan a été l’un des leaders en Asie dans le domaine de la numérisation des dossiers médicaux. Ce passage au numérique a permis aux chercheurs de l’Hôpital universitaire national de Taïwan d’exploiter en profondeur des milliers de données, explique Isaac Ho, P.-D.G. de Venturecraft Group (source : Bloomberg). Il assure que les chercheurs taïwanais ont désormais la possibilité d’analyser en détail les dossiers relatifs au traitement des patients pour savoir quels suppléments nutritionnels peuvent leur être prescrits en fonction de leur âge, de leur maladie et de leurs antécédents médicaux.
Collecter de données sur les patients pour fournir des soins plus personnalisés
En Chine, des applications mobiles comme WeDoctor et Good Doctor de Ping An Insurance Group se développent dans les hôpitaux traditionnels afin d’offrir des services en ligne complets aux patients, de leur première demande de consultation jusqu’à leur séjour à l’hôpital. Cela permet aux entreprises de collecter des données tout au long de leur parcours et de fournir des soins plus personnalisés.
La Chine à la pointe du séquençage du génome
La médecine de précision capte l’attention des chercheurs chinois
Les chercheurs chinois exploitent de vastes volumes de données pour progresser dans la médecine de précision, une science émergente qui permet de personnaliser les traitements en fonction de la génétique et des caractéristiques biologiques du patient. Le pays avance ainsi de manière intéressante dans le domaine de la génomique.
La génomique est la cartographie des gènes. Elle permet de fournir des informations précieuses permettant à l’équipe médicale de connaître le risque que telle personne a de développer telle ou telle maladie, ou de savoir quel médicament serait plus efficace pour tel patient. Pour être réellement efficace, l’analyse des génomes doit être effectuée sur un grand nombre de personnes. C’est là que les Chinois ont un avantage.
La Chine a l’avantage de pouvoir séquencer des centaines de millions de génomes
Alors que le gouvernement britannique travaille sur le séquençage d’environ 100 000 génomes et les États-Unis sur celui d’1 million de génomes, la Chine se penche quant à elle sur le séquençage de 100 millions de génome, souligne Laura Nelson Carney (source : Bloomberg), analyste à Sanford C. Bernstein (États-Unis). « Ce qui est un peu différent en Chine, c’est qu’il n’y a pas la peur du Big Brother et cette crainte de savoir entre quelles mains sont tombées mes données », précise-t-elle.
Cette facilité à exploiter le séquençage génétique pour la médecine préventive a aidé des entreprises privées comme Beijing Genomics Institute (BGI), basée à Shenzhen, à amasser d’énormes masses de données, explique Laura Nelson Carney. Une autre entreprise chinoise, iCarbonX, analyse les données provenant des dossiers médicaux et des comportements des patients (activités physiques, alimentation…), en plus de proposer une analyse de leur génome permettant au personnel médical de leur fournir des conseils médicaux plus personnalisés.
Japon : le grand potentiel des cellules souches « universelles »
Les entreprises japonaises tentent de tirer parti d’une découverte du scientifique japonais Shinya Yamanaka, récompensée par le prix Nobel. M. Yamanaka a découvert que toute cellule humaine pouvait être génétiquement reprogrammée à un stade embryonnaire.
En se basant sur les résultats de cette recherche révolutionnaire, des sociétés comme Fujifilm Holdings Corporation et Takeda Pharmaceutical ont développé des banques de ces cellules dites « universelles ».
Certaines entreprises et scientifiques japonais ont prévu de s’allier pour réaliser des essais cliniques afin de tester de nouvelles thérapies utilisant cette technologie, qui permet de cibler tout un panel de maladies et de troubles, de la maladie de Parkinson aux lésions de la moelle épinière.