Dans une « Lettre ouverte à ceux qui nous gouvernent », le chirurgien Jacques Cinqualbre, gérant de Hopi Medical, parle de l’intérêt de la télémédecine, qui « gomme les délais insupportables et les déplacements exténuants ».
Auteur d’un livre paru à l’été 2017 intitulé « Télémédecine, la vraie médecine de proximité » (Ed. Du Signe), il argumente pour le développement de cette offre, trop longtemps estampillée « violon d’ingres de quelques illuminés ».
HTI publie les grandes lignes de cette tribune.
La (véritable) téléconsultation – celle qui est complète et qui reste humaine aux deux extrémités de la chaîne – est en passe de gagner l’adhésion des professionnels de santé et des patients. Que ceux que ce scénario laisse dubitatifs se préparent ! A des degrés divers, tous les praticiens l’intégreront dans leur pratique, en complément du mode présentiel classique. Dans les cinq ans.
L’autre révolution c’est la concentration de toutes les informations du patient dans un dossier médical unique. Comment accepter la parcellisation des données outils à la réflexion du praticien dans des silos isolés ? une véritable perte de chance pour le patient.
Rapprocher le patient du médecin par la téléconsultation.
Rapprocher le médecin du patient par le dossier médical unique.
Parlons de la téléconsultation.
La téléconsultation, ce qu’elle n’est pas …
On ne parle pas ici de « téléconseil » abusivement appelé téléconsultation et qui consiste en un entretien par téléphone avec le médecin contacté, via une plateforme ad hoc.
Utile ? sûrement, pour rassurer la maman sur l’état de santé de son enfant ou, à l’inverse, pour exercer une fonction de triage en invitant à une hospitalisation rapide.
Définitif ? certainement pas. La délivrance d’une ordonnance au terme d’une simple conversation téléphonique est une hérésie.
La distinction téléconseil versus téléconsultation doit être établie formellement. On l’attendrait des instances habituellement promptes à relever ce genre d’ambiguïtés, exploitées sans vergogne par des annonceurs peu scrupuleux qui jouent les bonimenteurs sur les ondes et à la télévision.
Autre forfaiture, les kiosques et autres cabines. Le patient est censé, juché sur un trône, relever lui-même ses paramètres physiologiques (faussés par l’émotion) puis positionner – lui-même et seul – sur et dans son corps des capteurs dont il ne connaît rien. Aberrant. Cela relève de la faute contre l’esprit. Et on ne parle pas des questions d’hygiène. Exit.
La téléconsultation, ce qu’elle est …
Une téléconsultation se doit de reprendre, l’ensemble des étapes pertinentes de toute consultation médicale, à savoir la phase conversationnelle (accueillir, écouter, questionner, observer) puis, autant que de besoin, l’une ou plusieurs des quatre étapes de l’examen physique (inspection, palpation, percussion, auscultation). Palpation et percussion seront efficacement supplées par l’échographie, nativement intégrée au dispositif, s’il se veut efficace.
La (télé)consultation sera – comme il se doit pour toute consultation – complétée des indispensables étapes de prescription, de documentation, d’archivage selon des procédures rigoureuses garantissant sécurité maximale et confidentialité absolue. Le DMP s’avère un allié fort utile. Notamment pour transmettre une ordonnance sécurisée vers toute pharmacie. Et pour tenir informés sans délai les professionnels de santé partenaires, dont le médecin traitant, lorsqu’il existe, évidemment.
Ainsi conçue, la téléconsultation est une révolution dans l’accès aux soins et dans l’échange d’informations entre professionnels de santé.
Qu’on en juge :
- L’expérience prouve que les médecins téléconsultants établissent avec leurs patients une phase conversationnelle de toute première qualité, dense, profonde, sans déficit d’informations, ce que démontre par exemple l’efficacité de la télépsychiatrie.
- Les médecins disposent, pour la phase d’examen physique, d’outils numériques souvent supérieurs aux appareils qu’ils utilis(ai)ent dans leur cabinet, à telle enseigne qu’ils les adoptent pour leur propre usage. Les performances d’un (télé)examen clinique sont surprenantes. Pour un « ventre douloureux » par exemple, une affection ORL, un suivi de grossesse, etc., la téléconsultation apporte la réponse, en toute sécurité. Et permet de documenter avec un archivage facilité.
- Ils découvrent la pratique de l’échographie qui se doit de faire partie de l’arsenal diagnostique de tout médecin généraliste en 2017 et qui enrichit leur pratique et économise de nombreux transferts. Une formation adaptée, validante, leur est proposée.
- Dépassant ce que l’on est en mesure de faire dans la « vraie vie », les médecins généralistes peuvent mettre en contact leur patient avec un spécialiste en « direct », sans délais ni déplacements, au cours de la téléconsultation.
- Autre révolution : l’infirmière libérale peut appeler le médecin à partir du domicile du patient chez lequel elle se trouve. A partir d’un porte document aisément transportable intégrant tous les outils y compris échographe et lecteurs de cartes vitale et CPS, elle établit une téléconsultation (y compris en l’absence de connexion internet, 4G et même 3G suffisent). Si l’on y réfléchit, cela permet au médecin de faire une visite à domicile sans déplacement, ni pour lui qui reste à son cabinet, ni pour le patient.
La question du désert médical
Déjà, il faut s’entendre sur les termes. Il y a le désert rural où le médecin ne réside plus puisque l’évolution sociologique a désertifié la zone. Il y a le désert urbain lorsque, dans un quartier donné en ville, il n’y a pas de successeur au médecin parti en retraite. Parce que les choix d’installation et les modes d’exercice ont profondément évolué. C’est un phénomène incontournable et la pathétique coercition administrative n’y changera rien.
Le point commun entre ces situations est pour le patient lambda – qui se retrouve sans médecin traitant – la difficulté d’accès aux soins.
La téléconsultation permet d’y remédier en installant un cabinet médical virtuel : un lieu sobre mais bien équipé avec un(e) infirmier(ière) qui accueille tout patient, lui explique les modalités de la mise en relation avec un médecin distant, inconnu ou connu, et participe avec délicatesse à cette authentique consultation aussi complète qu’une consultation dite présentielle classique, conduite par le télémédecin distant. Ni plus, ni moins. Sans parler de la possibilité incroyable, mentionnée plus haut, de mise en relation avec un spécialiste. Dans la même séance. Et si le patient ne peut se déplacer, il appelle l’équipe et la téléconsultation part du domicile ! Qui peut offrir ça en dehors de la télémédecine ?
Pour le Maire qui s’agite, à l’occasion du départ du toubib non remplacé, la téléconsultation c’est mieux qu’un expédient : sans médecin sur site, c’est offrir instantanément un recours médical « solide ». Le jour où un médecin vien(drai)t à s’installer, le dispositif devient un soutien pour le nouveau venu qui ne pourra assurer plus que 35 à 70 heures hebdomadaires (10 heures par jour, 7 jours sur sept !) et qui bénéficiera ainsi du soutien de collègues pendant ses absences. Et il leur retournera la politesse, le moment venu. Un réseau de « gardes » multi-sites, non contraignant s’installe et soulage le praticien. C’est aussi la façon de lui permettre de rompre l’isolement dans lequel il se trouve vis-à-vis des spécialistes alentours trop occupés, en « s’ouvrant » un espace sans limites où il trouvera une réponse globale aux questions de dermatologie, de cardiologie, de gynécologie, de gastro-entérologie…d’ophtalmologie, de psychiatrie, etc.
Monsieur le Maire, Monsieur le conseiller municipal d’un quartier compliqué dans la cité. Vous cherchez à visser la plaque d’un toubib ?! Vous pouvez faire mieux : poser la première pierre d’un hôpital virtuel qui donne accès aux soins primaires et aux spécialistes. Et c’est un argument décisif pour attirer l’oiseau rare, ce médecin, que vous recherchez désespérément.
Et si, par bonheur, se crée sur votre territoire une maison médicale avec plusieurs médecins généralistes, leur ambition ne sera pas de mutualiser le/la préposé(e) à l’accueil, le parking et l’électricité en se cloisonnant dans des cabinets adjacents et indépendants mais de se lancer dans l’échographie de débrouillage, certaines endoscopies, les clichés radiologiques (haute fréquence) de base, les prélèvements biologiques, les sutures et les plâtres en lien avec des spécialistes distants. D’élargir la palette de leurs services. Et on verra, au delà des mots et des incantations hypocrites, les services d’urgence se désengorger et répondre à leur véritable mission. Si c’est cela que l’on cherche, bien entendu.