Un groupe de chercheurs de la RMIT University de Melbourne, en Australie, a mis au point un nouveau capteur comestible dans le but d’étudier le microbiome (ensemble des génomes des bactéries colonisant un organisme) et les gaz dans l’intestin afin de mieux diagnostiquer les maladies liées à l’appareil digestif, révèle l’équipe d’experts dans une étude publiée début janvier 2018 dans la revue Nature Electronics.
Dans le cadre de leur recherche, les scientifiques ont par ailleurs fait de nouvelles découvertes, dont l’existence d’un mécanisme de défense jusqu’ici inconnu dans l’intestin.
Une méthode non invasive pour étudier l’activité des micro-organismes de l’intestin
« Auparavant, nous devions nous reposer sur des échantillons de selles ou une intervention chirurgicale pour échantillonner et analyser les microbes dans l’intestin, a déclaré dans un communiqué le professeur Kourosh Kalantar-Zadeh, responsable de l’étude (source : Mobihealthnews.com). Mais cela signifiait qu’il fallait les mesurer quand ils ne reflétaient pas fidèlement le microbiote* intestinal. Notre capsule offrira une méthode non invasive pour mesurer l’activité du microbiome. »
* Le microbiote est l’ensemble des micro-organismes (bactéries, levures, champignons…) vivant dans un environnement spécifique, appelé « microbiome », chez un être vivant.
Une capsule connectée
La capsule développée par l’équipe du Pr. Kalantar-Zadeh est équipée de capteurs de gaz afin de mesurer les niveaux d’hydrogène et d’oxygène au sein de l’intestin mais aussi d’un capteur de température.
Les données prélevées par les capteurs sont transmises par radio à un dispositif receveur, porté par la personne ayant ingéré la capsule, et via Bluetooth à un smartphone pour être analysées par des spécialistes.
Les premiers essais ont démontré l’efficacité du dispositif
L’essai dont il est question au sein de l’étude a été mené sur sept personnes volontaires. Auparavant, la technologie a été testée à de multiples reprises chez le cochon.
Résultat : l’étude a démontré que le dispositif était à la fois sûr et efficace. Il pourrait potentiellement être utilisé un jour comme outil de diagnostic pour les maladies liées à l’intestin.
Vers un meilleur diagnostic du cancer du côlon ?
« Nos capteurs comestibles offrent un outil de diagnostic potentiel pour de nombreux troubles de l’intestin, de la malabsorption des nutriments alimentaires au cancer du côlon, comment le Dr. Kyle Berean, l’autre inventeur de la capsule. C’est une bonne nouvelle qu’une procédure moins invasive devienne à l’avenir une option pour de nombreuses personnes. »
Des essais sur l’homme de phase II bientôt mis en place
L’équipe de chercheurs s’est associée au groupe australien de commercialisation des technologies de la santé Planet Innovation pour fonder une nouvelle entreprise, Atmo Biosciences, qui mènera prochainement des essais humains de phase II et proposera à la vente le produit si les résultats sont positifs.
Des révélations sur le fonctionnement du côlon et de l’estomac
L’étude a par ailleurs permis des découvertes surprenantes. Les données prélevées lors des essais ont révélé deux faits intéressants :
- le côlon contient plus d’oxygène que les chercheurs ne le pensaient auparavant ;
- l’estomac semble utiliser un oxydant pour lutter contre les corps étrangers dans l’intestin, démontrant que le système de défense de l’organe serait plus développé que ce que les spécialistes le pensaient jusqu’ici.
« Nous avons découvert que l’estomac libérait des produits chimiques oxydants détruisant les composés étrangers qui restent dans l’estomac plus longtemps que d’habitude, précise le Pr. Kalantar-Zadeh. Cela pourrait représenter un système de protection gastrique contre les corps étrangers. Un tel mécanisme immunitaire n’a jamais été signalé auparavant. »