Les personnes qui traquent leur sommeil grâce à des applications mobiles sont en bonne santé, surveillent aussi leur alimentation, leur exercice physique et appartiennent aux classes aisées. Tel est le portrait des utilisateurs d’applis sommeil que viennent de réaliser des chercheurs de l’Ecole de médecine de la New York University. Les résultats* de leurs travaux ont été publiés le 15 janvier 2018 dans la revue Health Communication.
Mieux surveiller le sommeil pour mieux le traiter
Les troubles du sommeil touchent 40% des Français. Ce sont les femmes qui se déclarent le plus touchées (39% contre 29% des hommes). Et ces troubles augmentent avec l’âge : 44% des plus de 75 ans sont insomniaques contre 22% des 16-24 ans. Ce portrait-robot est à mettre en regard avec celui des utilisateurs d’applications mobiles visant à traquer le sommeil. Ces outils sont-ils utilisés par ceux qui en ont le plus besoin ?
La question mérite d’être posée dans la mesure où ils pensent que où l’utilisation généralisée des appareils pour surveiller ses habitudes quotidiennes peur offrir aux professionnels de santé un moyen de diagnostiquer plus rapidement et de traiter plus efficacement les problèmes de santé liés à l’augmentation des maladies cardiaques, du cancer et du diabète. D’après une étude de 2015, le temps passé au suivi de ses habitudes de santé est le deuxième le plus important si l’on considère l’ensemble du temps consacré à Internet.
Partant de ce postulat, des chercheurs de l’école de médecine de la New York University ont mené une étude en juin 2015 auprès d’une population de 934 utilisateurs d’applications mobiles afin de mieux connaître l’usage qu’ils en font.
Utilisateurs d’applis : des hommes aisés…
L’étude transversale menée sur des zones géographique diverses a révélé que le profil des utilisateurs d’applications mobiles dédiées au sommeil ne ressemblait pas du tout à celui des personnes souffrant de troubles du sommeil.
- 35% des hommes surveillent leur sommeil contre seulement 20% des femmes ;
- Plus de la moitié appartiennent à des classes aisées ;
- Leur âge moyen était de 47 ans ;
- Ils ont entre 16 et 25 applis santé sur leur smartphone ;
- Les applis sommeil les plus populaires sont Fitbit (10%), Lose (3,5%) puis Apple Health (2,6%).
Les utilisateurs d’appli sommeil souhaitaient en savoir plus sur leur heure d’endormissement, l’existence d’éventuels micro-éveils nocturnes, d’un ronflement, de pauses respirations, et sur leurs changements de position.
… et en bonne santé
L’enquête de la New York Université qui comportait 36 questions a également permis de confirmer que les utilisateurs d’applis santé sont souvent eux-mêmes en… très bonne santé. Le sommeil n’est cependant pas la préoccupation numéro 1.
- 28% de ces utilisateurs d’applis santé avaient recours à une appli sommeil ;
- 53% avaient une appli dédiée à l’exercice physique ;
- 48% utilisaient une appli pour améliorer leur alimentation.
Les personnes qui traquaient leur sommeil avaient tendance à surveiller également d’autres éléments clés de leur hygiène de vie, et à avoir recours à d’autres fonctionnalités de la santé numérique, telles que les discussions en ligne avec des médecins. En outre, ils étaient nombreux à déclarer un « excellent » régime alimentaire. En revanche, l’utilisation d’applis sommeil était associée avec le fait de fumer tous les jours. Les personnes ayant souffert d’un AVC ou d’un infarctus étaient aussi sur-représentées.
La nécessaire validation scientifique des applis
« Pour le moment, les personnes collectent beaucoup d’informations sur leur sommeil mais elles ne savent pas les interpréter et même si ces données sont pertinentes », a déclaré le principal auteur de cette enquête, le Dr Rebecca Robbins. Quand ces applications seront validées scientifiquement, la chercheuse fait le pari que ces outils pourront devenir de véritables « coach de sommeil » et qu’ils seront des outils clés pour suivre les patients entre deux bilans de santé. Enfin, les concepteurs d’applis sommeil devraient s’interroger sur le marché potentiel que représentent les personnes modestes et celles en mauvaise santé.