Créée en 2010 à Mérignac (Gironde), Domicalis (6 salariés) édite des progiciels de e-santé pour la chirurgie ambulatoire et le télé-suivi des pathologies chroniques à domicile.
En décembre 2017, l’entreprise a obtenu les certifications internationales ISO 9001 et ISO 13485 (Dispositif Médical) ainsi que le marquage CE de son produit Domicalis Care.
L’occasion pour H&TI de rencontrer Gérald O’Brien, son PDG. Cet ingénieur de formation, ex-directeur de programme à Capgemini Consulting a créé Domicalis afin de mettre à profit ses deux compétences : la R&D et le business developpement.
Quels sont les progiciels développés par Domicalis ?
Notre métier est d’accompagner les prises en charge des patients sur leur lieu de vie et d’assurer la coordination entre les professionnels de santé (hospitaliers, libéraux, paramédicaux) et médico-sociaux impliqués. Pour cela, nous avons mis au point deux logiciels, le premier – né en 2013 – s’appelle Domicalis Care. Il est orienté autour de la télésurveillance médicale à domicile. Il facilite les parcours de soins au domicile en mettant tous les acteurs de la prise en charge en relation à travers un outil numérique fonctionnant comme un réseau social professionnel et sécurisé. Cet espace collaboratif réunit à la fois des personnes physiques (par exemple le médecin traitant, l’infirmière, etc.), des sociétés (assistance à la personne), des équipements connectés (médicaux, domotique, bien-être) et des progiciels métier. Cet espace numérique de partage d’information est essentiel pour assurer le continuum Hôpital-Ville-Domicile et donc décloisonner les parcours des patients.
Le deuxième, Ambulis, gère tout ce qui est suivi de la relation avant et après une chirurgie ambulatoire. C’est un facilitateur qui répond à une attente sociétale : les patients préfèrent passer du temps chez eux que de rester à l’hôpital, quand cela est possible. Mais aussi à une attente gouvernementale : Agnès Buzyn, ministre de la Santé, qui envisage 70 % d’ambulatoire à l’horizon 2022. Actuellement on atteint péniblement 54 % en France tandis que les pays anglosaxons sont plutôt autour de 80-85%.
Les promesses de nos solutions sont :
- l’efficience opérationelle des établissements de soins (gain de productivité) ;
- un meilleur management du risque (détection des dégradations de l’état général, des décompensations, de l’observance du patient, etc.) grâce à un canal de communication
- la fluidification de la relation Hôpital-Ville-Domicile ;
- la satisfaction du patient, qui est rassuré. S’il a des douleurs, le signale via les outils numériques et a besoin de parler à quelqu’un, la mise en relation est simple et rapide et il sait que le responsable de sa prise en charge va tenir compte de cette information.
Concrètement, comment fonctionnent ces logiciels ?
Pour Ambulis, le patient qui va être opéré télécharge l’application sur son téléphone. Par son biais, l’établissement hospitalier peut rester en permanence en lien avec lui, avant et après l’opération. Ambulis sert à sécuriser l’ensemble du processus : il permet aux professionnels de vérifier que tout est bien requis pour que l’intervention ait lieu, que les examens sanguins sont faits, que le patient a pensé à prendre ses béquilles par exemple, voire qu’il a prévu qu’on vienne le chercher à la sortie de l’hôpital. Certaines choses peuvent sembler basiques mais si tous les critères ne sont pas remplis, l’opération ne peut pas avoir lieu dans de bonnes conditions. Après l’intervention, l’Appli est utilisée pour vérifier les symptômes post opératoires et répondre à des questionnaires sur l’efficacité de l’opération chirurgicale.
Pour Domicalis Care, tout commence par la construction du parcours de soin du patient et du réseau de prise en charge par l’infirmier(e) de coordination. Véritable « chef d’orchestre » de la prise en charge, ce(tte) dernier(e) identifie les acteurs dans le système, paramètre le parcours de soins (constantes médicales suivies, appareils connectés, questionnaires de suivi, modalités d’observance, seuils d’alerte, etc.). Chacun ensuite peut accéder à Domicalis via un portail Web ou une application mobile, le tout parfaitement sécurisé conformément au RGPD. Notre système facilite l’usage en fournissant à chaque acteur uniquement l’information qu’il souhaite, via son canal de communication usuel et sans même qu’il se connecte à nos solutions (mode « push » d’information). Les personnels intervenant à domicile disposent des dossiers de leurs patients sur leur téléphone et peuvent le mettre à jour même en l’absence de connexion Internet (mode « offline »). Lorsque l’accès à Internet est de nouveau possible, l’information saisie est synchronisée avec le serveur de Domicalis Care.
Qui s’en sert actuellement ?
Pour ces deux dispositifs, qui sont gratuits pour les patients, nos clients sont principalement des groupes de cliniques privés, et des établissements ESPIC et des prestataires de santé à domicile. Ils sont déjà une dizaine à avoir signé un contrat avec Domicalis pour les services de chirurgie orthopédique, urologique, bariatrique et ondotologique ainsi que pour la chirurgie du sein en cancérologie. Domicalis Care est actuellement utilisé pour le suivi de la nutrition artificielle et pour la télésurveillance de l’insuffisance respiratoire. Le système est soit en locatif avec un abonnement à l’usage – soit via la vente d’une licence avec un usage illimité – ce que privilégient les grands groupes.
Vous visez depuis plusieurs années les marchés étrangers ?
Il est vrai que nous avons signé en juin 2016 un contrat de distribution mondiale avec Agfa Healthcare en Belgique avec l’ambition de se déployer au niveau international. Nous misons principalement sur l’Amérique du Nord et l’Europe. Mais nous n’en sommes qu’aux balbutiements puisque le déploiement commercial n’a commencé qu’en 2018. Cela devrait prendre 6 à 9 mois avant de constater voir les premiers résultats commerciaux. Il nous fallait d’abord avoir les prérequis réglementaires.
C’est chose faite avec les normes ISO, obtenues en décembre 2017 ?
Oui les normes ISO 9001 et ISO 13485 (Dispositif Médical) facilitent grandement l’obtention des équivalents du marquage CE à travers le monde. Ces marquages sont nécessaires pour commercialiser ce type de produits à l’étranger. Grâce à la certification, Domicalis devrait pouvoir obtenir plus facilement les normes HIPA aux Etats-Unis, qui sont draconiennes en matière du contrôle du risque produit.
Obtenir la certification a été un travail de longue haleine : 18 mois de travail pour un demi-poste à temps plein, ce qui est conséquent pour une TPE de 6 personnes. Tout au long du processus, nous avons dû faire évoluer le produit, la gestion des aspects risques produits et intégrer de nombreuses précisions dans la documentation.
Au même moment, vous étiez noté par l’agence de notation de start-ups Early Metrics ?
Early Metrics, agence de notation financière et extra-financière des TPE a classé 150 entreprises de e-santé. Elle a développé un process, rodé auprès de 1 500 entreprises tous secteur confondus, qui leur permet de faire une évaluation à 360° de la start-up. Les consultants m’ont contacté en fin d’année 2017 pour réaliser cette analyse gratuite. Domicalis a obtenu la notation de 76/100 de la part de l’organisme, ce résultat nous place dans le top 8% des 150 entreprises de la e-santé déjà évaluées par Early Metrics.
Quelles sont les ambitions de Domicalis pour les années à venir ?
Aujourd’hui, nous voulons d’abord être reconnus sur certaines spécialités médicales comme une solution qui amène de la valeur ajoutée pour les patients et contribue à l’efficience opérationnelle des parcours de soins ambulatoires.
Nous souhaitons étendre le nombre des spécialités médicales couvertes par nos solutions (insuffisances rénale et cardiaque chronique) et intégrer du contenu d’éducation thérapeutique et de prévention dans nos outils. Nous avons fait 500 000 € de chiffre d’affaires en 2017 et notre objectif est d’atteindre 3,5 millions d’€ d’ici quelques années, grâce au déploiement en France et à l’international. A plus court terme, nous allons faire grossir les effectifs, en recrutant au niveau R&D et commercial.
Vous faites partie du cluster Tic Santé Nouvelle Aquitaine. Qu’est-ce que cela implique pour vous ?
Faire partie de cette communauté de 68 membres – industriels, institutionnels et usagers – est un réel plus. En dehors du networking, nous organisons des réunions sectorielles sur le thème de la santé et montons des projets collaboratifs. Je suis personnellement très actif au sein du cluster. J’étais déjà membre de ce qui était en quelque sorte son ancêtre, sans véritable structure. Nous avions monté de beaux projets collaboratifs avec des grands industriels aquitains et c’est peut-être cette dynamique qui a pu contribuer à la création du Cluster TIC Santé par le président de la région. Ainsi, le projet Licorne, mis en place avec le service de gériatrie polypathologique du CHU de Nice a pu être possible grâce à notre rencontre avec Agfa Healthcare, tout comme le projet Pelican avec le CHU de Bordeaux, le projet e-DomSanté avec l’Institut Bergonié, le centre de Lutte contre le Cancer de Nouvelle-Aquitaine. Enfin, nous avons été lauréat du concours mondial de l’Innovation en 2015 avec Afga Healthcare et Robosoft, autre industriel de la Région.