Si le système de santé fait toujours la fierté des Français, tous les indicateurs d’image et de satisfaction sont en très nette dégradation : tel est l’un des enseignements du Baromètre 360 sur les « nouveaux usages en santé » d’Odoxa, réalisé en partenariat avec l’Agence des Systèmes d’information partagés de Santé (ASIP Santé), Orange, MNH Group, la chaire Santé de Sciences Po, Le Figaro santé et France inter, dévoilé lundi 26 mars 2018.
Le numérique, le digital, les outils et services liés aux NTIC apparaissent, selon le sondage, comme un levier puissant de la satisfaction, un moyen de « remonter la pente ».
Le sondage du Baromètre 360 a été mené en mars 2018 par Internet auprès d’un échantillon de 1002 Français, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, de 322 médecins et 176 directeurs d’hôpitaux.
Le numérique, une opportunité pour la qualité des soins
Tous les échantillons interrogés par l’étude estiment, à une grande majorité, que le développement du numérique améliorera l’observance des traitements et des prescriptions (78% des Français et 86% des directeurs d’hôpitaux), la coopération et les relations entre professionnels soignants (77% et 85%), la qualité de soins (75% et 84%), et l’implication des patients dans l’élaboration et le suivi de leur traitement (74% et 87%).
84 % des médecins et 87 % des directeurs d’hôpitaux interrogés sont même convaincus que le numérique est « une opportunité pour la qualité des soins », mais que les pratiques restent « extrêmement limitées » en matière de recours aux services digitaux et aux outils de la santé connectée.
Pour 76% des médecins, les nouvelles technologies permettront de « prendre des décisions thérapeutiques plus sereines et plus éclairées », et pour 66%, elles permettront de renforcer leurs compétences et qualifications.
Pour 84% des médecins et 87% des directeurs d’hôpitaux, les objets et services numériques sont aussi un moyen d’améliorer la prévention.
La majorité des Français interrogés perçoivent « avec espoir » le recours aux outils numériques comme les objets connectés pour le suivi post-hospitalisation (77%) ou l’utilisation de la télé-expertise pour solliciter l’avis d’un spécialiste (68%).
Pourtant, à l’heure actuelle, quand on demande aux patients le type d’outils innovants qu’ils ont repéré dans l’hôpital qu’ils fréquentent et aux directeurs d’hôpitaux, les résultats sont proches : un quart des établissements permettent la prise de rendez-vous par Internet, un quart disposent de bornes interactives d’information, 20 % transmettent des questionnaires patients en ligne avant et après hospitalisation.
« Une note d’optimisme tout de même, si les niveaux d’usages et d’équipements actuels des professionnels de santé et des établissements de santé sont encore limités, un frémissement est déjà perceptible dans les radars de l’ASIP Santé », précise Stéphane Seiller, directeur de l’ASIP Santé, présent lors de cette restitution. L’agence a ainsi relevé en deux ans, une multiplication par 5 des médecins libéraux et par 6,5 des établissements de santé utilisant les messageries sécurisées « MSSanté » pour communiquer sur les données des patients.
Les objets connectés recommandés par les soignants pour 14 % des patients
14% des Français disent que leur médecin leur a déjà recommandé l’usage d’un objet connecté médical ou grand public (pèse-personne numérique, tensiomètre…), alors que 80% d’entre eux seraient prêt à l’accepter. De leur côté, 50% des médecins disent faire ces recommandations.
« Peut-être est-ce parce qu’ils sous-estiment la capacité de leurs patients à les utiliser, suggère Gaël Sliman, président d’Odoxa. En effet si 80 % des Français disent vouloir ainsi accéder aux objets connectés mais seuls 10 % des médecins pensent que 75 % des patients accepteraient d’être équipé de ce type d’outil.
Une majorité de Français (61%) souhaiterait que les médecins puissent accéder avec leur smartphone à leur dossier médical, et 43% voudraient qu’ils puissent le modifier par ce biais. Or, en terme de pratique, cela ne concerne que 17% des médecins. Ceux-ci sont 41% à affirmer recevoir sur leur téléphone des informations de leurs confrères sur leurs patients, 27% envoient eux-mêmes des informations à leurs patients par ce biais, et 20% reçoivent des alertes sur leur patientèle.
Numérique et établissements de santé
Seuls 28% des directeurs d’hôpitaux interrogés déclarent disposer de la prise de rendez-vous en ligne dans leur établissement, 21% pratiquent la pré-admission en ligne, 17% ont des bornes d’accueil interactives et 18% permettent aux patients de disposer de leurs données de santé via leur dossier médical partagé (DMP).
Partage des données de santé
71 % des Français seraient favorables à ce que leurs données de santé soient partagées entre professionnels de santé pour pouvoir discuter de leurs traitements après les avoir étudier. « Les Français sont ils ignorants des problèmes liés au piratage, s’interroge Gaël Sliman. Non, ils savent qu’il existe des risques importants liés à l’utilisation de leur données de santé et d’ailleurs leur confiance baisse. Ils étaient à 69 % à avoir confiance en novembre 2017, 59 % en janvier 2018 et à 52% ce jour ».
« Ce partage des données est quelque chose d’extrêmement encourageant car cela signifie que nos concitoyens ont confiance dans nos systèmes de sécurité et de protection des données personnelles, se réjouit Stéphane Seiller. Plus les usages dématérialisés vont se développer, plus il va falloir être vigilant. Il y a dans ce dans ce pays une culture de protection des données de santé personnelles de santé qui doit rester un axe important et permanent de vigilance ».
Enfin, Odoxa a interrogé les Français sur un dernier point : seraient-ils prêts à ce que l’on utilise leurs données pour que la Sécurité Sociale puisse réduire le remboursement des soins des personnes qui ne suivraient pas leur traitement ? 53 % restent favorables à ce partage. Pour une utilisation par les assurances privées en revanche, seul un quart des Français est d’accord.
Retrouvez l’intégralité du baromètre sur ce lien.