Patrick Olivier a été nommé Directeur Général (CEO) de la filiale française de la société Ivbar au cours du mois de mars.
Auprès du groupe Elsan, il a développé les systèmes d’information, la prospective et la démarche de responsabilité sociétale (RSE) du groupe. Auparavant, il a été directeur de la stratégie de l’Agence Régionale de Santé Ile-de-France pendant 5 ans. « Aux côtés de Claude Evin, pendant la période de construction de l’agence, j’ai notamment mis en place les systèmes d’information régionaux et développé le GCS e-santé d’Ile-de-France ».
De 2005 à 2010, Patrick Olivier a contribué à la mise en place de la tarification à l’activité et à la préparation des PLFSS au Ministère chargé de la santé. En parallèle, il est également vice-président du Think tank Healthcare Data Institute.
Les données ont été un fil conducteur au cours de sa carrière, et c’est une rencontre avec le PDG de la start-up suédoise d’Ivbar – qui développe des outils de mesure de la performance – à l’occasion d’un événement organisé par le HealthCare Data Institute qui lui a permis de trouver le partenaire qu’il cherchait pour monter des projets autour des données. « Si j’ai fait ce saut, c’est que ce que je trouve que le service rendu par les solutions d’Ivbar répond concrètement à des questions très opérationnelles des opérateurs ».
H&TI l’a rencontré pour parler de l’intérêt des outils de performance et du marché français.
Pouvez-vous présenter Ivbar Suède ?
C’est une start-up dynamique de 40 salariés en forte croissance, montée il y a 5 ans par une communauté pluriprofessionnelle (médecins, économistes de la santé, informaticiens, praticiens en activité), qui a mené un long travail académique et d’expérimentation, avec le soutien du gouvernement suédois, en association avec l’ensemble des parties prenantes (associations de patients, administration, communauté médicale, etc.) pour créer des outils de mesure et de pilotage de la performance des établissements. Par ailleurs, la plateforme déployée par Ivbar au niveau européen permet d’élaborer de nouveaux modèles de financement des établissements.
C’est un outil d’observation de très haut niveau qui permet de comparer de manière juste et efficace la performance des établissements ou des organisations. Elle se fonde sur un modèle, mis à jour en continu, qui permet d’évaluer des besoins de prise en charge de chaque patient (suivi à domicile, rendez-vous chez le généraliste, etc.). La plateforme, baptisée ERA, s’enrichit en effet de l’expérience de chaque utilisateur. En Suède, cinq régions, représentant 70% de la population, utilisent déjà la plateforme pour mesurer la performance autour de 6 groupes de patients (femmes enceintes, chirurgie de la hanche, etc.). Deux régions l’utilisent pour le paiement à l’épisode de soin sur deux pathologies distinctes. Le déploiement sur l’ensemble du pays est prévu au cours de l’année 2018.
Les outils développés par Ivbar sont aussi déployés en Finlande et bientôt en Norvège et au Danemark. D’autres pays ont d’ores et déjà manifesté leur intérêt pour cette plateforme – Royaume-Uni, Pays-Bas, etc.
Comment fonctionne concrètement la plateforme de mesure de la performance ?
La plateforme est évolutive et s’adapte aux besoins identifiés par les opérateurs. L’outil analyse la prise en charge des patients sur une longue durée. Il est capable de corréler des données de situation initiale du patient (âge, antécédents, situation clinique, etc.) avec ce qui se passe pour lui par la suite : taux de ré-hospitalisation, nombre de cas où la douleur est importante, nombre de cas où, lors d’accouchements, il y a recours à la césarienne, etc.
A partir de là est calculé un indicateur de performance. Concrètement, si la durée moyenne de séjour (DMS) est l’indicateur suivi pour deux établissements qui, pour un même acte technique, vont avoir des DMS variant de 2 à 6 jours, on pourrait conclure que le second est le moins performant. Or, peut-être prend-il en charge des patients polypathologiques ou avec un contexte social spécifique ? Peut-être y a-t-il d’autres critères à prendre en compte ? ERA est capable de les comparer objectivement, en recalculant les indicateurs pour tenir compte de ces différences. On peut ainsi comparer des établissements ou des services qui n’ont pas la même typologie de patients.
Cet outil permet ensuite de mettre en place des programmes d’amélioration continue au sein des établissements, au plus près des services et des équipes de soins.
A quoi cela sert ? Pouvez-vous donner des exemples concrets de réalisation ou de projets ?
En Suède par exemple, les outils ont permis d’identifier de grands potentiels d’amélioration pour plusieurs échantillons de patients étudiés pour une même pathologie. Par exemple, il a été possible de réduire de 30% les risques d’infection lors d’un accouchement, ou encore de réduire de 18% les complications nécessitant une hospitalisation dans les deux ans suivant la pose d’une prothèse totale de hanche.
Le fait de disposer d’une série d’indicateurs communs permet de réaliser des comparaisons fiables de manière la plus large possible (à l’échelle régionale, nationale voire internationale).
Aujourd’hui, il n’existe pas d’outils aussi pratique en France, qui est comparable à la Suède en matière d’enjeux du système de santé. Il y a des outils de mesure et il y a des indicateurs mais aucun qui permet une correction des indicateurs selon la complexité de la situation des patients. Et encore moins de manière aussi dynamique avec une mise à jour en temps réel des indicateurs.
Et ce qui est intéressant, c’est qu’à chaque fois qu’on enrichit la base – grâce à tous les utilisateurs avec lesquels nous travaillons – on améliore l’algorithme et notre compréhension des parcours. C’est cela qui fait la valeur de la plateforme. Les utilisateurs auront à leur disposition en temps réel un modèle mis à jour.
Ivbar déploie également sur sa plateforme des outils pour gérer des modèles de financement au parcours qui s’adaptent la aussi à la complexité de chaque prise en charge.
Vous travaillez avec les données ? D’où viennent-elles ?
En Suède, Ivbar a travaillé sur des données qui sont l’équivalent de celles du système national des données de santé (SNDS), enrichies de données issues de registres, et qui se développent en France. La deuxième source de données est celle qui vient des établissements de santé et des opérateurs.
Le système est conçu de manière à ce que, quand on travaille dans un établissement, il n’y a pas de problèmes de confidentialité car la technologie fait que les données restent là où elles sont. C’est l’algorithme qui se déplace et nous créons le modèle dans l’environnement de l’établissement.
Pourquoi Ivbar a-t-elle décidé d’ouvrir une filiale en France ?
L’entité que je dirige est sa première filiale. L’entreprise a bien mesuré l’importance des enjeux de santé et d’organisation de notre système en France, par ailleurs assez similaires à ceux de la Suède. Les dirigeants d’Ivbar croient en la capacité d’innovation dans notre pays. La France sera sans nul doute un terrain d’innovation pour développer de nouveaux modèles et des outils au service des acteurs de santé. D’ailleurs tous les outils proposés par Ivbar pourront accompagner les expérimentations qui vont être lancées en France dans le cadre de l’article 51 de la LFSS pour 2018.
Nous n’en sommes qu’au début de notre déploiement sur le territoire, mais les premiers contacts sont prometteurs et confirment que notre offre répond à des besoins opérationnels.
Quelles sont les différences avec le marché suédois ?
Nous sommes sur la même typologie d’utilisateurs en France et en Suède : d’un côté les opérateurs que sont les établissements de santé, les groupes d’établissements et les GHT, qui veulent suivre des indicateurs de performance ; de l’autre les pouvoirs publics qui affichent une volonté de rééquilibrer la tarification à l’activité et de promouvoir des organisations et des financements innovants en santé.