Babylon Health, une start-up britannique de santé numérique qui utilise des algorithmes basés sur l’IA pour établir des diagnostics à distance, a signé début avril 2018 un accord avec le géant chinois de l’internet Tencent afin de proposer sa technologie sur WeChat, le service de messagerie du groupe, réseau social le plus populaire de Chine.
L’accord permettra aux utilisateurs de WeChat de communiquer leurs symptômes à l’application de Babylon, qui leur enverra ensuite des conseils médicaux. Cette alliance va permettre à l’entreprise britannique de pénétrer plus facilement l’immense marché chinois.
Tencent et Babylon n’ont pas révélé les détails financiers du partenariat.
Confidentialité des données de santé : des réglementations moins strictes en Chine
La méfiance du NHS vis-à-vis de l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) dans le secteur de la santé pourrait être l’une des raisons pour lesquelles Babylon Health recherche des opportunités à l’étranger, selon le Financial Times.
Sam Smith, coordinateur de campagne à medConfidential, une organisation qui milite pour le respect de la confidentialité des informations des patients, a déclaré que l’entreprise britannique devrait en effet être mieux accueillie dans les pays avec des services de santé et des règlements moins développés qu’en Europe.
De son côté, Tencent a déjà investi dans WeDoctor, un fournisseur chinois de soins en ligne, mais a déclaré que Babylon était un « leader dans cette technologie ».
Babylon cherche à développer ses partenariats internationaux
Il s’agit du deuxième contrat international établi par Babylon Health au cours des deux derniers mois, le premier ayant été signé en mars avec le ministère de la Santé de l’Arabie saoudite.
Babylon Health comptabilise actuellement plus d’1,4 million d’utilisateurs, qui peuvent bénéficier de consultations vidéo payantes et d’un vérificateur de symptômes automatisé gratuit. Près de la moitié d’entre eux sont basés au Royaume-Uni, les autres étant répartis entre le Rwanda et l’Irlande.
IA médicale : les médecins britanniques restent prudents
Le directeur général de Babylon Health, Ali Parsa, a tenté de nouer des partenariats avec de grandes entreprises high tech britannique et des services de santé publique comme le NHS du Royaume-Uni.
Un premier puis un deuxième essai ont été mis en place pour permettre à environ 1 million de Londoniens de tester l’application. Mais, le dispositif n’a pas dépassé le mode expérimental en raison des critiques exprimées par certains médecins, avançant que Babylon Health « sélectionnerait » les patients les plus faciles à gérer et que l’application pourrait s’avérer dangereuse d’un point de vue éthique ou renforcer la pression exercée sur le système de santé publique.
La sécurité des données posent question
Daniel Ray, directeur « Data Science » du NHS Digital, a déclaré au Financial Times que l’utilisation de l’IA dans le domaine de la santé offrait d’énormes possibilités, mais soulevait aussi des questions sur la sécurité et la confidentialité des informations des patients. En conséquence, le NHS a lancé un groupe de travail pour discuter de la réglementation à adopter concernant l’usage de l’intelligence artificielle dans le domaine médical.
Les médecins britanniques s’interrogent également sur l’efficacité des outils de diagnostic créés par Babylon Health. Selon eux, les algorithmes d’IA conçus pour apprendre par eux-mêmes à partir de l’analyse de données historiques présenteraient quelques défaillances.
Babylon Health rappelle être classé parmi les « fabricant d’appareils médicaux de classe 1 » selon les règles établies par l’Autorité de réglementation des médicaments et des produits de santé du Royaume-Uni. Cependant, Margaret McCartney, médecin généraliste et rédactrice dans le domaine de la santé, a déclaré que les normes existantes n’étaient pas adaptées aux systèmes basés sur l’intelligence artificielle (Financial Times).
Ce nouveau contrat avec Tencent va permettre à Babylon Health d’expérimenter sa technologie à grande échelle et d’envisager des ajustements en fonction des retours des utilisateurs.