Une étude* randomisée publiée dans le Jama Internal Medicine a démontré qu’une application mobile pouvait améliorer l’observance médicamenteuse chez des patients présentant une hypertension mal contrôlée. Cependant, l’amélioration est modeste et elle ne se traduit par un bénéfice clinique. Le recours à l’application ne modifiait pas la tension artérielle systolique.
L’hypertension affecterait 34% de la population américaine de plus de 20 ans et serait responsable de 73000 décès par an. Un meilleur contrôle de la pression artérielle représente donc un enjeu de santé publique de premier ordre. Or, parmi les patients souffrant d’une hypertension mal contrôlée, la moitié d’entre eux ne suivent pas correctement leur traitement. L’amélioration de l’adhérence constitue donc un levier d’action majeur.
Des applis au service de l’autosurveillance de la tension
Dans ce contexte, le recours aux applications mobiles est recommandé dans la mesure où elles peuvent faciliter l’éducation thérapeutique, rappeler les prises de médicaments, assurer un suivi des résultats ou encore faciliter les interactions sociales propices à la motivation. Et les applications mobiles ne manquent pas. Il y en aurait plus d’une centaine dédiée à l’hypertension. Pourtant, d’après une étude datant de 2015, parmi les utilisateurs d’applis, seulement 20% des patients avaient été conseillés par leur médecin.
Une étude sur 411 patients
Des chercheurs américains de la Harvard Medical School ont donc mis sur pied une étude incluant 411 patients, entre 18 et 75 ans, ayant une hypertension artérielle mal contrôlée. Ils ont tous reçu un moniteur de pression artérielle bluetooth. Ces derniers ont ensuite été randomisés en deux groupes : un groupe bénéficiait de l’application Medisafe (Medication Adherence Improvement Support App For Engagement-Blood Pressure) et les autres n’avaient aucun suivi particulier. Les membres du groupe d’intervention devaient saisir manuellement leur liste de médicaments et à chaque qu’ils prenaient leur traitement.
L’appli envoyait des alertes pour leur rappeler de prendre leurs médicaments et génèrait des rapports hebdomadaires d’adhérence. Le suivi de la pression artérielle est également assuré mais dans cette étude, Medisafe n’était pas synchronisée avec le brassard et ne communiquait pas avec un professionnel de santé. Enfin, les patients pouvaient désigner un « ami » qui recevait les alertes et pouvait fournir un soutien.
Une évaluation de suivi était effectuée à :
- – 4 semaines : mesure de la pression artérielle
- – 8 semaines: mesure de la pression artérielle
- – 12 semaines : mesure de la pression artérielle + de l’adhérence + de la connaissance de l’hypertension
Des résultats mitigés
- Résultats sur l’observance
Au début de l’étude, le niveau d’adhérence moyen était de 6 dans le groupe d’intervention et de 5,7 dans le groupe contrôle. Après 12 semaines de suivi, l’adhérence moyenne a augmente de 0,4 dans le groupe ayant bénéficié de l’appli alors qu’elle n’a pas évolué dans le groupe contrôle.
- Résultats sur le contrôle de la pression
Au départ, la pression artérielle systolique moyenne était de 151,4 (9,0) mm Hg dans le bras d’intervention et de 151,3 (9,4) mm Hg chez les témoins. Après 12 semaines de suivi, elle avait diminué de 10,6 (16,0) mm Hg dans le groupe d’intervention et de 10,1 (15,4) mm Hg dans le groupe témoin.
- Un bon contrôle de la pression artérielle à 12 semaines a été atteint par 35,8% dans le groupe intervention et 37,9% dans le groupe témoin
La nécessaire implication des professionnels de santé
«L’étude MedISAFE-BP est, à notre connaissance, la première étude clinique randomisée à rapporter l’effet d’une plateforme mobile autonome sur l’observance du traitement et le contrôle de la pression artérielle, ont déclaré les auteurs de cet essai. Nous avons constaté une amélioration significative de l’adhésion au traitement, mais aucune différence de pression artérielle systolique entre les groupes d’intervention et de contrôle. «
Pour améliorer l’impact clinique de telles applications, les chercheurs préconisent de personnaliser encore davantage ces outils. Ils émettent, par ailleurs, l’hypothèse que les résultats seraient meilleurs si l’autosurveillance de la tension était liée à un contrôle par des professionnels de santé. Ils rappellent, enfin, que l’étude n’a évalué que Medisafe et qu’il ne faut pas généraliser ces résultats à l’ensemble des applications mobiles.