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  • « Inciter les médecins à communiquer sur leurs pratiques par voie numérique » (Conseil d’État)

    Le Conseil d’État a publié le 21 juin 2018 une étude intitulée « Règles applicables aux professionnels de santé en matière d’information et de communication ».

    Dans ce document, la haute juridiction administrative préconise d’instaurer un principe de libre communication des informations par les praticiens au public, dans une volonté d’harmonisation des législations européennes. Il formule à cette fin une série de 15 propositions, en insistant notamment sur la nécessité de former les professionnels concernés à la communication et à l’utilisation des outils numériques.

    Dans une étude adoptée par l’Assemblée plénière de la haute juridiction administrative le 3 mai 2018 et publiée sur le site de la Documentation française le 21 juin 2018, le Conseil d’État formule quinze propositions destinées à enrichir les informations susceptibles d’être communiquées au public par les professionnels de santé sur leurs compétences et pratiques professionnelles ainsi que sur leurs honoraires et les coûts des prestations.

    Le Conseil d’État propose de :

    • supprimer l’interdiction générale de la publicité directe et indirecte ;
    • de poser un principe de libre communication des informations par les praticiens au public, sous réserve du respect des règles gouvernant leur exercice professionnel.

    Une réglementation sujette à débat face aux évolutions de la jurisprudence de la CJUE et des attentes du public à l’ère du numérique

    Évolution de la jurisprudence de la CJUE

    Par son arrêt Vanderborght du 4 mai 2017, la Cour a jugé que le droit de l’Union européenne s’opposait à une législation nationale interdisant de manière générale et absolue toute publicité relative à des prestations de soins. Elle confère à la directive sur le commerce électronique une portée étendue, susceptible de fragiliser la réglementation française, indique le Conseil d’État.

    Évolution des aspirations du public « à l’ère numérique »

    L’encadrement strict des informations que les praticiens peuvent aujourd’hui rendre publiques ne paraît plus répondre totalement aux attentes légitimes du public. L’institution souligne en effet à ce titre que les patients sont désireux, avant de s’adresser à un professionnel de santé, de pouvoir bénéficier d’une plus grande transparence au sujet des pratiques et des expériences professionnelles ainsi que du coût des soins.

    « L’essor rapide de l’économie numérique fragilise certaines des restrictions actuelle »

    Le développement rapide du numérique dans le domaine de la santé est « susceptible de rendre obsolètes certaines des règles applicables en matière de publicité et d’information », rappelle le Conseil d’État, tandis que des professionnels de santé sont confrontés à la concurrence d’établissements et de professionnels non soumis à l’interdiction de la publicité.

    Information et publicité : 15 propositions pour faire évoluer les règles applicables aux professionnels de santé

    • Proposition n° 1

    Prévoir la faculté pour les professionnels de santé, dans le respect des règles déontologiques, de communiquer au public des informations sur leurs compétences et pratiques professionnelles, leur parcours professionnel, des informations pratiques sur leurs conditions matérielles d’exercice ainsi que des informations objectives à finalité scientifique, préventive ou pédagogique et scientifiquement étayées sur leurs disciplines et les enjeux de santé publique.

    • Proposition 2

    Rendre obligatoire, dès la prise de rendez-vous, la diffusion sur tout support des informations économiques précises, dont l’article R. 1111-21 du code de la santé publique impose déjà l’affichage dans les salles d’attente ou lieux d’exercice.

    • Proposition 3

    Favoriser le développement de la communication des pharmaciens auprès du public, afin de l’assister dans le parcours de soins, sur la gamme des prestations qu’ils peuvent délivrer et leur qualité, leur certification quant à la dispensation des médicaments, la validation de leur formation professionnelle continue ainsi que leur appartenance éventuelle à des groupements d’officines ou à d’autres réseaux professionnels. Ces informations à caractère objectif et informatif pourraient être diffusées par tout support et en particulier sur les sites internet des officines.

    • Proposition 4

    Imposer aux professionnels libéraux venus d’autres États membres – auxquels un accès partiel à l’exercice de certaines activités a été accordé au titre de l’article L. 4002-5 du code de la santé publique – d’informer préalablement le public, par tout support, de la liste des actes qu’ils ont été habilités à effectuer.

    • Proposition 5

    Supprimer l’interdiction de la publicité directe ou indirecte dans le code de la santé publique et poser un principe de libre communication des informations par les praticiens au public, sous réserve du respect des règles gouvernant leur exercice professionnel.

    • Proposition 6

    Imposer, par des dispositions expresses, que la communication du professionnel de santé soit loyale, honnête et ne fasse état que de données confirmées ; que ses messages, diffusés avec tact et mesure, ne puissent être trompeurs, ni utiliser des procédés comparatifs, ni faire état de témoignages de tiers.

    • Proposition 7

    Inviter les ordres à encourager les professionnels de santé à davantage communiquer au public, conformément à leurs recommandations, de manière à éviter toute « auto-proclamation » non vérifiée de spécialités, pratiques ou parcours professionnels

    • Proposition 8

    Prévoir que les nouvelles informations diffusées par les professionnels de santé le soient par tout support adéquat n’étant pas de nature à rendre cette diffusion commerciale. Les codes de déontologie pourraient confier aux ordres le soin de préciser, par des recommandations, les conditions dans lesquelles ces modes de publication seraient déontologiquement admis.

    • Proposition 9

    Inciter les professionnels de santé, dans le cadre de leur formation initiale et continue, à davantage utiliser les outils numériques pour communiquer sur leurs expériences et pratiques professionnelles et à intervenir efficacement sur tout support afin de répondre aux fausses informations ou approximations susceptibles d’affecter la protection de la santé publique.

    • Proposition 10

    Moderniser et harmoniser les rédactions des dispositions des codes de déontologie relatives au contenu et aux procédés de diffusion des informations.

    • Proposition 11

    En accord avec les professionnels de santé, les pouvoirs publics pourraient inclure sur leurs sites numériques – le cas échéant par des liens hypertextes – les informations que ces professionnels communiqueraient au public volontairement ou obligatoirement. Les professionnels de santé seraient autorisés à diffuser au public les informations les concernant rendues publiques par les sites numériques des administrations. Les sites d’information mis en ligne par les pouvoirs publics gagneraient à être davantage coordonnés afin d’en accroître le référencement numérique et d’en améliorer l’accessibilité.

    • Proposition 12

    Veiller, au besoin en insérant des clauses en ce sens dans les conventions conclues avec l’assurance maladie, à ce que les établissements de santé ne placent pas les professionnels de santé qui y travaillent en contradiction avec leurs obligations déontologiques en matière de communication au public et puissent, le cas échéant, faire l’objet de rappels à la loi à cet effet.

    • Proposition 13

    Suggérer aux ordres de proposer que soit ajoutée à leur code de déontologie une formule inspirée de l’article R. 4321-124 du code de la santé publique relatif aux masseurs-kinésithérapeutes, qui distinguerait les activités relevant du monopole, pour lesquelles la libre communication serait encadrée, de celles qui n’en relèvent pas, pour lesquelles la publicité serait autorisée sous certaines conditions.

    • Proposition 14

    Mettre en place des outils d’évaluation des effets de la publicité ou de la communication commerciale sur les dépenses de santé ainsi que des effets induits, à terme, sur l’offre de soins en France par la concurrence entre prestataires au sein de l’Union européenne et dans le reste du monde.

    • Proposition 15

    Proposer aux États membres de l’Union européenne une concertation en vue d’une meilleure coordination des législations nationales fixant les règles applicables aux professionnels de santé en matière de communication, à partir d’un livre vert de la Commission.

    Le rapport est consultable et disponible au téléchargement en suivant ce lien.

  • Singapour : 3 start-ups en e-santé lèvent une somme globale de plus de 11,2 millions d’euros

    Trois start-up health tech basées à Singapour ont levé début juillet 2018 une somme globale de plus de 13 millions US$ (11,2 M€) :

    Doctor Anywhere, une start-up de télémédecine proposant des consultations par vidéo, a recueilli 4,1 millions de dollars américains (3,5M€) dans un tour de série A dirigé par la société singapourienne Kamet Capital Partners. Cette somme l’aidera à développer ses produits et services de santé ainsi qu’à élaborer de nouvelles solutions de e-santé dans l’optique d’améliorer l’accessibilité des soins au sein de la cité-État, à étoffer son équipe et à explorer de nouveaux secteurs d’activité.

    Homage, à l’origine d’une application connectant les personnes âgées ayant besoin de soins à des praticiens, a levé 4,15 millions de dollars US (3,6M€) dans une ronde de financement (série A) co-dirigée par la société de capital risque sud-asiatique Golden Gate Ventures et HealthXCapital, un fonds de capital risque axé sur la health tech. Cette levée de fonds servira à mener à bien les projets d’expansion de la start-up dans la région Asie-Pacifique, en forgeant des partenariats technologiques plus forts et en formant les professionnels de soins utilisant la plateforme.

    • La start-up de technologie médicale et de diagnostic du cancer Clearbridge BioMedics a récolté 4,8 millions US$ (4,1M€) dans le cadre d’une levée de fonds pré OPI soutenue par des professionnels médicaux en oncologie et des investisseurs centrés sur les secteurs des soins et de la biotechnologie. La somme recueillie permettra de soutenir le développement des activités de Clearbridge et de ses innovations technologiques, le recrutement de nouveaux talents et les dépenses liées à son entrée en bourse, prévue pour le dernier trimestre de 2018.

  • NDRC

    National Development and Reform Commissionnull

  • ASHA

    Activistes de santé sociale accréditésnull

  • MoSQuIT

    Mobile based Surveillance quest using Information Technologynull

  • Point de vue : l’analyse prédictive du big data pourrait conduire à des décisions erronées (Jama)

    Le big data suscite beaucoup d’espoir en matière de prédiction de risque sanitaire. Des chercheurs américains et néerlandais attirent cependant l’attention sur ces capacités prédictives qui sont sans doute sur-estimées. La qualité des données et les intérêts commerciaux peuvent nuire à la capacité de prédiction du big data et pousser les médecins à prendre de mauvaises décisions. Les chercheurs ont publié leur point de vue* le 3 juillet dans la Jama.

    Big data : 4 obstacles à la prédiction du risque

    Les données de santé sont innombrables. L’utilisation massive des dossiers électroniques dans les hôpitaux mais aussi les techniques de traitement automatique du langage naturel pour décrypter les comptes-rendus de consultation ont conduit à une croissance exponentielle des données ces dix dernières années. Par ailleurs, de nouvelles approches d’apprentissage automatique par ordinateur promettent une prédiction de plus en plus précise.

    Données massives et amélioration des puissances de calcul « suggèrent que dans un avenir proche la médecine se transformera en une science de l’information », écrivent trois chercheurs dans le Jama du 3 juillet 2018. Nilay D. Shah, de la Mayo Clinic (USA), Ewout W. Steyerberg de l’Université de Leyde (Pays-Bas) et David M. Kent de l’Institute for Clinical Research and Health Policy Studies de Boston (USA) tiennent à attirer l’attention sur les risques des prises de décision médicale reposant sur le big data.

    Certes, plusieurs études ont déjà démontré que des systèmes statistiques surpassent l’être humain en matière de précision pronostique. Pourtant, soulignent les auteurs de ce point de vue, ces outils sont encore rarement utilisés dans la pratique clinique. Et, selon eux, « il semble peu probable que des améliorations progressives de la performance discriminative de l’apprentissage automatique entraînera un changement majeur dans les soins cliniques. » Pour soutenir leur affirmation, ces chercheurs mettent en avant 4 obstacles majeurs qui ne devraient pas être facilement surmontés à l’ère du big data.

    Des décisions indépendantes des statistiques

    L’objectif du big data n’est pas l’accumulation de données en soi mai l’amélioration de la prise de décision… et donc l’amélioration des soins. « Cependant, toutes les décisions ne sont pas sensibles aux prédictions issues de l’information pronostique », alertent les auteurs de la tribune. « Le simple fait de fournir la probabilité d’un résultat particulier, tel qu’un risque de réadmission ou un risque de mortalité à un an, est peu susceptible de modifier le comportement du médecin ou du patient dans la plupart des contextes », ajoutent-ils. En fait, les décisions médicales ne changent que lorsqu’un seuil de risque est franchi, que lorsque la balance bénéfice/risques d’un traitement bascule. Or, les concepteurs de modèles statistiques intègrent rarement ces éléments clés de la prise de décision. Ils s’attachent davantage à la précision statistique.

    Un manque d’étalonnage des données affaiblit la prédiction

    Les chercheurs pointent du doigt un deuxième obstacle : le manque d’étalonnage des données. Pour établir et valider un score de risque, deux étapes sont en effet essentielles, la discrimination et la calibration. La discrimination d’un score est sa capacité à séparer les sujets qui présentent ou non la maladie pour un score diagnostique, les sujets à risque d’événement pour un score de risque. Cette étape est bien maîtrisée. En revanche, la calibration, qui permet de chiffrer dans quelle mesure le risque prédit par le score correspond au risque réel, suscite « une préoccupation sérieuse », écrivent les chercheurs. C’est même « le talon d’Achille de la prédiction ». « Or, un mauvais étalonnage peut mener à des décisions nuisibles », préviennent-ils.

    Une pression commerciale

    Troisième obstacle qui pourrait bien limiter l’intérêt des mégadonnées dans la prise de décision médicale : les intérêts commerciaux. « Lorsque les décideurs dans les systèmes de prestation de soins de santé investissent dans des données, des outils et du personnel liés aux mégadonnées, il y a une pression énorme pour obtenir des résultats rapides », soulignent les trois auteurs de la prise de position. En outre, pour vendre leurs produits, les fournisseurs de technologies de l’information sont incités à surestimer leur valeur d’analyse prédictive. Et comme les algorithmes d’apprentissage automatique sont généralement plus opaques que les modèles statistiques classiques, toutes les conditions ne sont manifestement pas réunies pour que les médecins prennent une décision rigoureuse en fonction du risque.

    Des données hétérogènes

    Enfin, les chercheurs américains et néerlandais s’inquiètent de la qualité des données. Faire un pronostic sur des données inexactes et/ou manquantes s’avère hasardeux. « Comme les patients peuvent voir plusieurs cliniciens qui utilisent différentes plateformes ou qui pratiquent dans différents systèmes de distribution dans lesquels les données ne sont pas partagées, ces données sont souvent incomplètes, ce qui crée potentiellement un biais dans l’estimation des effets et finalement la prédiction », estiment ces derniers.

    Surveiller le big data comme les médicaments

    En conclusion, les chercheurs estiment que ces modèles basés sur le big data sont à l’heure actuelle insuffisamment validés et nécessitent une plus grande surveillance, afin d’éviter de mauvaises décisions. Ils ajoutent que « le public exige une telle surveillance pour les nouvelles technologies médicales telles que les produits pharmaceutiques et les appareils. Les médecins sont également assujettis aux exigences de permis et à la certification du conseil. » L’apprentissage automatique ne doit pas échapper à un tel encadrement.

    « Bien qu’un médecin mal préparé puisse faire des erreurs sur un patient, un algorithme défectueux pourrait, lui, affecter un plus grand nombre de patients. »

  • Data : bilan des levées de fonds de juin 2018

    En juin 2018, 5 start-ups françaises de la e-santé ont procédé à des levées de fonds pour atteindre une somme totale de 44,1 de millions d’euros.

    C’est Dreem, ancienne Rythm, qui est en haut du podium avec 35 millions d’euros levés.

    Aux start-ups françaises s’ajoute la start-up suédoise Kry qui a levé 53 millions d’euros afin de se lancer sur le marché français.

    Ce sont donc 97,1 millions d’euros qui ont été injectés dans le secteur de la e-santé en France.

    Le détail des opérations se trouve dans la rubrique Data du site Health & Tech Intelligence directement accessible via ce lien.

  • 44,1 millions d’euros, c’est la somme levée par les start-ups françaises de la e-santé en juin 2018

    En juin 2018, 5 start-ups françaises de la e-santé ont procédé à des levées de fonds pour atteindre une somme totale de 44,1 de millions d’euros.

    C’est Dreem, ancienne Rythm, qui est en haut du podium avec 35 millions d’euros levés.

    Aux start-ups françaises s’ajoute la start-up suédois Kry qui a levé 53 millions d’euros afin de se lancer sur le marché français.

    Ce sont donc 97,1 millions d’euros qui ont été injectés dans le secteur de la e-santé en France.

  • « Il existe un impératif moral à digitaliser notre système de santé » (Colloque Ethik IA – Sénat) 2/2

    L’initiative Ethik-IA organisait au Sénat, le lundi 2 juillet 2018, un séminaire intitulé « Pour une régulation positive de l’IA et de la robotisation en santé : le temps est compté ! »

    Cet article constitue la suite de la synthèse des interventions de la première table-ronde intitulée « IA, robotisation, certification et normalisation : quelles clés de régulation ? », que vous propose Health & Tech Intelligence.

    Chaque orateur disposait de cinq minutes pour exposer sa vision des enjeux juridiques, éthiques et économiques de l’IA en santé.

    Table-ronde 1 : IA, robotisation, certification et normalisation : quelles clés de régulation ?

    Session coordonnée par Maître Delphine JAAFAR (Cabinet Vatier) et Julia PETRELLUZZI (Ethik IA)

    « Il existe un impératif moral à réaliser la transformation digitale de notre système de santé », Thomas LONDON, Directeur Santé chez Mc Kinsey

    Thomas London considère qu’il existe « un impératif moral à réaliser la transformation digitale de notre système de santé », à plusieurs titres :

    • notre système n’est pas soutenable à moyen terme, sa digitalisation permettrait de dégager des économies importantes ;
    • l’accès aux soins s’améliore en France mais n’est pas encore intégralement assuré (pour des raisons géographiques, sociologiques ou économiques). Les outils digitaux facilitent l’accès à l’information des patients ;
    • il existe une « tension palpable » sur les ressources humaines médicales et médico-sociales ;
    • la digitalisation du système de santé permettrait de répondre à une préoccupation croissante des décideurs politiques et professionnels de santé, à savoir la qualité des actes médicaux dispensés : il existe une variabilité importante dans les prises en charge, selon les établissements et les professionnels, rappelle l’intervenant. Cette variabilité se traduit par des taux de mortalité évitable parfois élevés. Thomas London préconise à ce titre d’automatiser certains processus pour en réduire la variabilité.

    Une étude réalisée par le cabinet McKinsey en 2013 (« Accélérer la mutation numérique des entreprises : un gisement de croissance et de compétitivité pour la France) a montré que le potentiel de création de valeur des technologies du numérique d’ici 2023 est chiffré à 1 000 milliards d’euros (tous secteurs confondus).

    Le Global Institute de la société McKinsey a réalisé une étude sur les conséquences des nouvelles technologies sur les ressources humaines, publiée en mai 2018 (intitulée « Skill shift : automation and the future of the workforce » et consultable ici). Ses conclusions se veulent « rassurantes ». L’étude rapporte un « effet net neutre ou positif » des technologies numériques, lesquelles n’induisent pas un chômage de masse mais renforcent l’efficacité, la qualité et la soutenabilité du système de santé.

    « Les stratégies européennes de soutien à l’innovation ne sont pas viables » David FAJOLLES, Professeur Affaires publiques Sciences Po Paris

    Les stratégies de soutien à l’innovation au sein de l’Union européenne sont-elles viables ? Professeur d’affaires publiques à l’IEP de Paris, David Fajolles juge que la politique de soutien à l’innovation en Europe est lacunaire, sinon « risquée ».

    Il rappelle que les États-membres se sont alignés sur la politique insufflée par la Commission européenne, qui propose une stratégie de communication proactive des données. L’Europe manque de capital risque disponible pour l’IA. Le European Tech Report (2017) a montré que le dispositif d’accompagnement des start-up est optimal en phase initiale (early stage), mais moins efficace lors du passage à échelle. Ce cocktail « risqué » peut, à termes, placer l’Europe à la remorque d’États plus innovants, comme la Chine ou les États-Unis et en faire « l’idiot éthique du village » mondial.

    Combler le retard français en matière d’IA, Michel BALLEREAU, Président COS AFNOR, Délégué général FHP

    Si la France « sait innover », d’après Michel Ballereau, elle accuse un certain retard en matière d’IA et doit « revenir dans le concert international » sous peine de s’en voir rapidement exclure.

    « L’IA peut améliorer le recours aux soins » en matière d’insuffisance rénale chronique, Magali LEO, Renaloo

    Membre de l’association de patients Renaloo, Magali Leo rappelle que les personnes souffrant d’insuffisance rénale chronique subissent aujourd’hui des prises en charge relativement lourdes (à raison de 3 séances hebdomadaire de dialyse d’une durée chacune de 4h) et coûteuses pour les patients et l’Assurance maladie. Les modes de rémunération actuels sont peu propices à la rénovation des formes de prise en charge car ils favorisent les traitements non autonomes.

    Le recours en l’IA en matière d’insuffisance rénale chronique s’avère à ce titre pertinent. Il permettrait aux patients de réaliser leur dialyse à domicile, d’écourter les durées de traitement et d’en alléger le coût total. Par ailleurs, Magalie Leo regrette que les données compilées dans le registre « Rein » ne soient accessibles qu’au niveau régional, rendant à l’heure actuelle difficile la mise en place de dispositifs de prise en charge autonome au niveau national.

    « La mission de préfiguration du Health Data Hub rendra ses conclusions en septembre 2018 » – Yvanie CAILLE, Directrice générale de l’INDS

    Depuis 2016, les acteurs de santé peuvent avoir accès au Système National des Données de Santé (SNDS), ce qui permet de chaîner :

    • les données de l’Assurance Maladie (base SNIIRAM) ;
    • les données des hôpitaux (base PMSI) ;
    • les causes médicales de décès (base du CépiDC de l’Inserm) ;
    • les données relatives au handicap (en provenance des MDPH – données de la CNSA) ;
    • un échantillon de données en provenance des organismes d’Assurance Maladie complémentaire.

    Directrice générale de l’INDS, Yvanie Caille salue la création récente du Health Data Hub dédié à l’intelligence artificielle en santé. Elle rappelle également le rôle essentiel des CHU, qui disposent d’entrepôts de données importants (notamment à l’AP-HP) et l’existence de cohortes et registres nationaux.

    Elle souhaiterait « faciliter les synergies » entre les bases de données de santé. A ce titre, la mission de préfiguration du Health Data Hub rendra ses conclusions dans le courant du mois de septembre 2018.

    « Les industriels sont partisans d’une régulation minimaliste des technologies » Jérôme CHEVILLOTE, Directeur General Electrics France

    Directeur de General Electrics France, Jérôme Chevillote rappelle que les industriels doivent assumer une double responsabilité : « catalyser les innovations et les rendre accessibles au monde ». Cette mission nécessite :

    • de pouvoir agir selon un principe d’efficience ;
    • d’évoluer vers « des pratiques quantitatives » ;
    • d’associer les patients aux processus de conception des outils en les faisant participer à des évaluations proactives pour réduire les risques.

    Dès lors, pour le Directeur de General Electrics France, les industriels sont partisans d’une régulation minimaliste des technologies (de santé).


    Les deux tables-rondes suivantes portait sur les thématiques suivantes :

    • « IA, robotisation et accompagnement à la transformation des métiers du champ sanitaire et médico-social : comment mettre en œuvre une RSE digitale en santé? »
    • « IA, robotisation et innovation en santé : comment prendre le tournant de la médecine algorithmique et valoriser l’expertise française dans un contexte mondialisé » ?

    Les actes du colloque seront publiés à l’automne 2018.

  • Docavenue et Healphi impliqués dans l’ouverture d’une salle de téléconsultation en milieu rural

    Dans le Loiret, la Selle-sur-le-Bied (environ 1000 habitants) a ouvert le 3 juillet 2018 une salle de téléconsultation. Le projet, financé par la région Centre-Val de Loire, sera déployé dans quatre autres communes d’ici la fin de l’année.

    D’après les élus du département, ce dispositif de télémédecine, installé dans les locaux de la maison paramédicale du centre-ville, doit aider la Selle-sur-le-Bied à faire face à la désertification médicale. En effet, le département est l’un des plus défavorisés de France en matière d’offre médicale : d’après le dernier Atlas de l’Ordre des médecins, seuls 312 praticiens y exercent la médecine pour 100 000 habitants.

    Pour mettre en place ce cabinet de téléconsultation, les élus locaux ainsi que la région Centre-Val de Loire ont fait appel à deux entreprises proposant des services dans le domaine de la télémédecine :
    la start-up Healphi, qui a aidé à l’élaboration du projet et piloté une phase de « mise en conditions sur le terrain » ;
    Cegedim, dont les solutions Monlogicielmedical.com et Docavenue – cette dernière sera lancée à échelle nationale dans les prochaines semaines – ont permis de résoudre les problématiques techniques du projet telles que la gestion des dossiers médicaux, la prise de rendez-vous et la facturation.

    Fonctionnement

    Le cabinet de consultation mis en place à la Selle-sur-le-Bied ressemble à un cabinet médical classique, à ceci près que les locaux sont équipés d’un chariot de téléconsultation doté par Healphi de cinq instruments connectés (un stéthoscope, un otoscope, un thermomètre, un tensiomètre et un oxymètre). 

    Concernant le patient, celui-ci peut prendre rendez-vous directement en se connectant à la plateforme en ligne Docavenue développée par Cegedim, par téléphone ou auprès de l’infirmier du cabinet. À l’heure du rendez-vous, le patient doit se rendre au cabinet de téléconsultation, où une infirmière l’accueille et établit le contact vidéo avec un médecin généraliste partenaire du projet.

    Les professionnels de la santé impliqués dans le projet

    Un ex-cardiologue, le Dr Jean-Pierre Door, est à l’initiative du projet : député du Loiret, il avait annoncé au cours de sa campagne pour les élections législatives de 2017 qu’il participerait au développement de la télémédecine dans les communes rurales « où les médecins généralistes font défaut ».

    Depuis le 3 juillet 2018, cinq infirmiers sont habilités (formés à l’utilisation des différents outils du chariot et des logiciels de support à la téléconsultation) à accompagner les patients du cabinet de téléconsultation. Cinq médecins généralistes exerçant principalement à Orléans et à Tours assureront par ailleurs à tour de rôle les consultations par écran interposé.

    Une cinquantaine de médecins généralistes, principalement des jeunes retraités de la profession, ont exprimé le souhait d’exercer dans les cabinets de téléconsultation que le département mettra en place dans le futur.

    Extension future de la solution

    A l’échelle locale

    Il est prévu depuis le lancement du projet que celui-ci soit déployé dans cinq communes rurales du département, en commençant par la Selle-sur-le-Bied.

    • Au cours du mois d’août 2018, Châtillon-Coligny devrait voir un de ses pôles de santé équipé d’une salle de téléconsultation.
    • À la fin de l’été 2018, le même type de téléservice ouvrira dans le cabinet d’un infirmier libéral à Saint-Maurice-sur-Fessard.
    • À l’automne 2018, l’EHPAD de Dordives et la maison de santé de Lorris ouvriront aux résidents ainsi qu’aux habitants un dispositif identique.

    A l’échelle nationale

    De son côté, Cegedim prévoit de lancer dans les prochaines semaines Docavenue (sa solution de téléconsultation) à l’échelle nationale. Comme le prévoit la réglementation qui entrera en vigueur le 15 septembre 2018, la solution s’adressera aux médecins libéraux désireux d’adopter ce nouveau mode d’exercice auprès des patients à mobilité réduite ou résidant dans des déserts médicaux dont ils sont le médecin traitant.

    Financement du projet et rémunération des professionnels

    Ce projet a été intégralement financé par la région Centre-Val de Loire, qui avait obtenu une dérogation de l’Agence régionale de santé afin de lancer cette activité de téléconsultation deux mois avant l’entrée en vigueur de l’avenant conventionnel fixant le cadre de la télémédecine.