L’entreprise lyonnaise Novadiscovery, spécialiste de la modélisation et de la simulation numériques des essais cliniques, présentera son approche in silico des investigations cliniques entre le 4 et le 7 septembre 2018 au cours de deux conférences (l’International Avicenna Alliance Conference, en Belgique, et la Virutal Physiological Human (VHP) Conference de Saragosse, en Espagne).
Depuis octobre 2017, Novadiscovery a engagé un partenariat avec la société française experte en biotechnologie Enyo Pharma pour un calibrage fondé sur une modélisation numérique de la phase II (visant à déterminer la posologie thérapeutique optimale sur des sujets malades) des essais cliniques menés avec le candidat médicament EYP001 développé contre l’hépatite B. Dans ce cadre, entre la phase I et la phase II des essais, l’entreprise a élaboré un procédé à même de simuler les effets de l’absorption de la molécule sur 10 000 patients virtuels.
Ce type d’approches in silico, qui tendent à s’introduire dans les recherches avant-gardistes entre l’in vitro et l’in vivo, pourrait engendrer une amélioration tant scientifique et économique qu’éthique des protocoles d’investigations cliniques.
La démarche adoptée par Novadiscovery
Pour conduire son essai in silico de la molécule EYP001, Novadiscovery a procédé à :
- une étude bibliographique à propos de l’hépatite B, permettant de concevoir un modèle physiopathologique intégrant toutes les connaissances actuelles sur l’ensemble des acteurs biologiques impliqués dans cette maladie et leurs interactions ;
- la transcription mathématique du modèle physiopathologique élaboré ;
- la génération de patients virtuels, c’est-à-dire d’une combinaison de valeurs prises par chacun des paramètres du modèle ;
- la simulation en tant que telle.
Les apports attendus de l’in silico
Ce type d’approches, qui existe depuis quelques années dans des phases plus précoces de la recherche de candidats médicaments telles que le screening virtuel de molécules, reste à l’avant-garde des essais cliniques. En effet, concevoir un modèle mathématique suffisamment puissant pour supporter une simulation sur un être humain entier demeure difficile.
Toutefois, le développement futur d’étapes de calibrage in silico de certaines phases d’essais cliniques pourrait contribuer à améliorer les investigations menées in vivo tant d’un point de vue scientifique et économique qu’éthique.
Apports scientifiques supposés
Les essais in silico permettraient de conduire les investigations cliniques avec une plus grande rigueur scientifique et statistique. En effet, la simulation numérique autorise à explorer l’effet d’une variation d’administration (posologies différentes, par exemple) en proposant virtuellement plusieurs fois et selon différentes modalités la même molécule à un même patient virtuel : la comparaison de diverses modalités d’administration du candidat médicament peut ainsi être analysée, l’effet d’une unique variation isolé. Ce n’est pas le cas des essais cliniques classiques, qui proscrivent le test de plusieurs possibilités d’administration par un même patient.
Améliorations économiques attendues
En permettant de calibrer les différentes phases des essais cliniques, ce genre d’approches engendrerait un gain de productivité des investigations menées sur l’Homme, une accélération de la mise sur le marché des nouveaux médicaments et ainsi, par gain de temps, une réduction des coûts de développement des molécules thérapeutiques.
Arguments éthiques
Parmi les apports éthiques que l’on pourrait attendre de la systématisation de pré-recherches cliniques in silico figurerait l’amélioration de la sélection des patients participant à l’étude, notamment en phase II. Il s’agirait en particulier de mieux prévoir les groupes de patients sur lesquels la molécule n’agirait pas, d’éviter l’inclusion dans les investigations de malades dont la participation induirait une perte de temps et donc de chance de guérison plutôt qu’un bénéfice thérapeutique.
Finalement, si les simulations virtuelles n’ont pas vocation à remplacer les étapes de recherche in vitro ou in silico, elles pourraient, en s’ajoutant aux phases habituelles de développement des médicaments, sécuriser et accélérer ce dernier.