Selon l’étude Problèmes rencontrés par les pharmaciens des établissements de santé avec les systèmes d’information hospitaliers : analyse des échanges opérés au sein de réseaux sociaux (en lien ci-contre), à paraître dans l’édition de septembre 2018 des Annales pharmaceutiques françaises, les pharmaciens des établissements de santé « sont confrontés à de très nombreux problèmes d’insécurité et d’inefficience générés par les [SIH] », tels que des difficultés de paramétrage du logiciel et la survenue de bugs. Autant de soucis techniques qui entraînent des erreurs et une perte de temps nuisant à leur efficacité.
Les auteurs du document proposent ainsi 4 actions à conduire pour améliorer les SIH :
• évaluer l’impact organisationnel de ces systèmes d’information (SI) « avant la mise sur le marché » ;
• garantir la formation des utilisateurs en renforçant la réglementation en la matière ;
• automatiser en amont le paramétrage et la mise à jour des bases de données ;
• inscrire les SI dans les programmes de formation initiale et continue.
Ils souhaitent transmettre ces différentes informations aux agences chargées de la qualité et de la sécurité des soins ainsi que de la protection des patients(HAS, ANSM, DGOS) comme « une matière première pour encourager les décideurs à agir ».
Une centaine de courriels émis par 80 pharmaciens analysés
L’étude publiée par les Annales pharmaceutiques françaises a pour but d’identifier ce qui peut « détourner » le pharmacien hospitalier de sa mission de soin des patients.
Pour ce faire, ses auteurs ont rassemblé puis analysé les échanges des professionnelles membres de l’Association pour le digital et l’information en pharmacie (ADIPH) réalisés entre mars 2015 et 2016 ainsi que plusieurs résumés de communications effectuées à l’occasion des congrès Rencontres convergences santé hôpital (SNPHPU) et Hopipharm (Synpreph).
Au cours de cette période, 122 courriels émis par 80 pharmaciens exerçant dans des pharmacies à usage intérieur (PUI) concernaient les systèmes d’information hospitaliers (SIH). Entre 2006 et 2016, 45 résumés de communication ont traité de ce sujet.
Les pharmaciens dont les propos ont été observés exerçaient dans :
- des centres hospitalo-universitaires (CHU) ;
- des centres hospitaliers (CH) ;
- des cliniques ;
- des établissements publics de santé mentale (EPSM) ;
- des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) ;
- des établissements de moyen séjour et/ou de soins de suite et réadaptation (SSR) ;
- des soins de longue durée, etc.
« 44 courriels comportaient au moins une question, 58 une réponse et 77 un commentaire », est-il précisé dans le document.
Les problèmes abordées par les pharmaciens sont :
- les difficultés liées au paramétrage et aux fonctionnalités, soit les problèmes de gestion et de paramétrages des médicaments injectables ou les difficultés d’interfaçage (mentionnée 116 fois) ;
- les problèmes de temps et de charge de travail (32 fois) ;
- les difficultés relationnelles avec les fournisseurs et le manque de réactivité des fournisseurs (32 fois) ;
- le manque d’ergonomie (30 fois) ;
- la survenue de bugs (23 fois) ;
- la formation des utilisateurs (22 fois) ;
- la responsabilité du pharmacien (19 fois) ;
- la réglementation (18 fois) ;
- les problèmes portant sur les référentiels produits (17 fois) ;
- les problèmes portant sur le livret thérapeutique (15 fois) ;
- les problèmes organisationnels (12 fois) ;
- la gestion du projet avec les décisions unilatérales des directions (3 fois).
Une perte de temps néfaste pour « la qualité et la sécurité des soins »
« Les problèmes liés aux systèmes d’information rencontrés dans les pharmacies des établissements de santé français sont interdépendants, entraînent des erreurs et contraignent, pour en atténuer les conséquences, les professionnels à détourner une quantité importante d’heures de travail au détriment du soin et de la pharmacotechnie », expliquent les auteurs des travaux, indiquant que ces problèmes informatiques « [n’épargnaient] aucun type d’établissement ».
Ce temps consacré aux problèmes d’ordre informatique a des répercussions néfastes « sur la qualité et la sécurité des soins », précisent-ils. Il peut s’agir d’erreurs entraînées par des pannes, de défaillance des interfaces ou d’erreurs médicamenteuses « aux conséquences graves et parfois mortelles ». Ces problèmes relatifs aux SIH contraignent d’ailleurs le pharmacien à engager sa responsabilité « sur des facteurs qu’il ne maîtrise pas », relèvent-ils par ailleurs.
Une offre de logiciels trop riche
La non-maîtrise de ces logiciels informatiques est régulièrement mise en avant par les pharmaciens, qui estiment également trop riche l’offre de logiciels à leur disposition. 53 logiciels « de différentes natures » (prescription, dispensation, dossier patient, gestion et comptabilité, traçabilité, chimiothérapie, référentiel articles, pilotage de stockeurs) ont été cités « au moins une fois au sein de 99 courriels ».
Les auteurs des travaux soulignent qu’il existe une importante concurrence sur le marché des logiciels hospitaliers et regrettent que le référencement de la Direction générale de l’offre de soins (DGOS) « ne donne pas d’indications sur comment choisir dans cette offre pléthorique ni sur comment elles tiennent leurs engagements et [ne donne] aucune information quant à leur pérennité ».
4 actions à conduire pour améliorer l’utilisation des SIH
Plusieurs propositions sont émises au sein de l’étude afin d’améliorer l’utilisation des SIH. Elle met en avant 4 actions à conduire :
- évaluer l’impact organisationnel de ces SI avant leur mise sur le marché ;
- garantir la formation des utilisateurs en renforçant la réglementation en la matière ;
- automatiser en amont le paramétrage et la mise à jour des bases de données ;
- inscrire les SI dans les programmes de formation initiale et continue.
Les auteurs des travaux appellent également à la mise en place de « recherches pour déterminer [le] coût [des systèmes d’information], en préciser les effets délétères sur les soins et identifier les systèmes d’information les plus sûrs ».
Encourager les agences nationales de santé à agir
Ils indiquent également qu’ils souhaitent transmettre les informations mentionnées dans leur document aux agences en charge de la qualité et de la sécurité des soins, telles que la Haute autorité de santé, l’ANSM et la DGOS, pour les « encourager [à] agir ».