« Socle national« , « complémentarité« , « valeur ajoutée« , « ouverture » et « patient » sont les cinq mots clés retenus par le directeur de la Caisse nationale de l’Assurance maladie (Cnam), Nicolas Revel, et la directrice de la DGOS, Cécile Courrèges, pour définir la stratégie numérique à mettre en œuvre dans le secteur de la santé. À l’occasion de la 6ème Journée nationale « Le numérique en santé », organisée le 25 septembre 2018 par l’Anap, les deux responsables ont partagé leur vision de la e-santé pour les années à venir.
Les dispositifs actuels « restent insuffisants, sont morcelés, cloisonnés et oublient le patient », estime Nicolas Revel (source : Hospimedia), ajoutant que le deuxième problème est l’inexistence de socles de services de base, le manque de performance de la norme d’identification du patient, le déploiement incomplet des référentiels d’interopérabilité et de sécurité, et le manque d’exhaustivité du répertoire partagé des professionnels de santé (RPPS).
« Des réformes importantes ont certes été menées mais elles ont manqué de coordination faute d’un cadre stratégique clair », juge-t-il. Le lancement d’un dossier médical partagé (DMP) à échelle nationale fait partie des projets les plus importants de la stratégie numérique annoncé dans le secteur de la santé. Selon le directeur général de la Cnam, deux principaux défis seront à relever pour garantir ce déploiement : la création du DMP et son alimentation.
Le déploiement du DMP : un projet clé
Tous les Français pourront ouvrir un DMP à partir de novembre (patient)
500 000 dossiers médicaux partagés (DMP) ont été créés depuis dix ans en France, a indiqué Nicolas Revel. Dans le cadre de l’expérimentation menée par la Cnam dans neuf départements, 1,5 million de dossiers supplémentaires ont été créés au cours de l’année passée.
À partir du mois de novembre, tous les Français pourront ouvrir un DMP en ligne par le biais d’un dispositif dédié, à l’accueil de leur caisse primaire ou dans les officines, a précisé le directeur général de la Cnam.
Cécile Courrège ajoute que l’idée est de proposer au patient d’ici 2022 un espace numérique sur lequel il aura accès à toutes ses données de santé, un « vrai défi [dont] la première brique sera le DPM ».
« Une couche numérique nationale de base » (socle national)
« Nous avons besoin d’une couche numérique nationale de base pour partager des éléments du parcours de soin impliquant tous les patients et tous les professionnels et qui soit accessible tout le temps en tous points du territoire », insiste Nicolas Revel.
Le DMP, un complément des dispositifs locaux (complémentarité)
Le directeur général de la Cnam indique cependant que « DMP et messagerie sécurisée de santé n’ont pas la prétention d’être des outils universels ». Il sont des outils nationaux mais complémentaires des autres dispositifs du même type développés au niveau régional par exemple.
Il ajoute, cependant, que le but n’est pas de déployer des « mini DMP mais d’être dans une logique d’interopérabilité et d’alimentation croisée ».
Au niveau territorial, la DGOS porte deux programmes s’inscrivant dans le plan défini pour le numérique en santé :
- Hop’en, à destination des établissements de santé, a pour but d’harmoniser les outils numériques sur un territoire ;
- e-parcours, déployé en collaboration avec l’Assurance maladie, a pour objectif de développer des outils pour la coordination en articulation avec les services socles. « Les territoires seront priorisés en fonction de leurs besoins et le programme passé par un pilotage fort des régions », explique Cécile Courrèges.
L’alimentation du DMP sera progressive
L’alimentation du dossier médical partagé sera un autre combat à mener, « tout aussi difficile que le premier ». Premier objectif : rendre accessible l’historique de remboursements des deux dernières années. Ensuite devront être ajoutés sur la plateforme les résumés médicaux et les résultats de laboratoire ainsi que les comptes rendus d’hospitalisations et les dossiers de liaisons des urgences. La prescription devra également être numérisée : un test de e-prescription va ainsi être lancée en 2019.
La valeur ajoutée du système de santé réside dans l’enrichissement du patrimoine des données
Le troisième point essentiel à prendre en considération dans la stratégie de numérisation du système de santé est la valeur ajoutée, estiment Nicolas Revel et Cécile Courrèges, une notion reprise dans le rapport « Accélérer le virage numérique », remis il y a quelques jours au ministère des Solidarités et de la Santé par Annelore Coury, directrice déléguée à la gestion et à l’organisation des soins à la Cnam, et Dominique Pon, président de SantéCité (voir article en lien ci-contre).
L’objectif est d’apporter aux professionnels de santé des services réunis sur un même portail qui répondent à leur besoins.
Il faut « aller plus loin pour enrichir le patrimoine de données, a indiqué le directeur de la Caisse nationale de l’assurance maladie. C’est un fort enjeu que de relayer les bases nationales avec les bases cliniques locales. » La mission actuellement conduite par Dominique Polton, directrice de l’Institut national des données de santé (INDS), vise à progresser dans ce sens. Le but de cette dernière est notamment de créer un « Health Data Hub » (voir article en lien ci-contre), l’un des projets forts de la stratégie sur l’intelligence artificielle annoncée par le gouvernement.