Dans le cadre de ses actions de lobbying, le Club des acteurs de la télésanté (Catel) a coordonné la réflexion d’un « Focus Group » de huit ingénieurs, chirurgiens et spécialistes du numérique au sujet du « bloc opératoire de demain ». À l’issue de ces discussions, il a émis au cours du mois de septembre 2018 des recommandations pour que des innovations de e-santé telles que la télémédecine puissent contribuer à améliorer la chirurgie, c’est-à-dire à « assurer [au mieux] la sécurité des patients et la formation continue des professionnels » malgré les freins actuels au développement de pratiques nouvelles en chirurgie et en endoscopie.
Selon le Catel, les solutions de télémédecine pourraient, en chirurgie, :
• faciliter la formation, notamment en permettant aux étudiants comme aux professeurs de s’affranchir de contraintes de déplacement et en favorisant plus de « conduite accompagnée » des gestes chirurgicaux ;
• garantir une certaine équité d’accès aux formations, du fait de la diminution de ces contraintes de déplacement ;
• augmenter la qualité des soins chirurgicaux dispensés aux premiers patients des nouveaux opérateurs grâce à un guidage en direct par les formateurs ;
• dégager du temps médical, chirurgical.
Cependant, un fréquent manque d’archivage des données du bloc opératoire, des difficultés de sécurisation des données, un manque d’interopérabilité des systèmes actuels, les difficultés liées aux ajouts de matériels connectés ou à l’adaptation d’anciens instruments chirurgicaux, le besoin de pouvoir coopérer avec des opérateurs bien connus et de confiance ainsi que la question du coût de la télémédecine – dont le retour sur investissement demeure peu visible – constituent des difficultés à la mise en place de la télémédecine en chirurgie.
Les recommandations du Catel
Concernant la stratégie et les coopérations médicales, le CATEL recommande :
- d’encourager les coopérations médicales cordonnées entre équipes afin de développer une pratique de « compagnonnage à distance en chirurgie » ;
- aux professionnels de santé de s’engager dans une « réflexion stratégique globale sur leur bloc opératoire de demain » ;
- aux institutions de prendre position à l’échelle nationale pour le développement de la télémédecine en chirurgie ;
- aux pouvoirs publics de clarifier les modalités de déploiement de la télémédecine en chirurgie, en s’appuyant notamment sur les groupements d’achat.
Concernant la responsabilité médicale
Sur ce point, le Focus Group préconise de « laisser la question du partage des informations enregistrées au bloc au libre arbitre du professionnel concerné, pour un usage bien défini au préalable (auto-évaluation, enseignement, etc.) ».
Concernant les outils et leur sécurité d’utilisation, le Catel conseille aux établissements :
- d’anticiper les usages potentiels de la télémédecine lors des achats et d’ »associer notamment la direction du biomédical dans une optique de coordination et d’interopérabilité » ;
- de rapprocher les données du bloc opératoire du DPI et du PACS afin de faciliter leur partage ;
- d’exiger une forte garantie de qualité ;
- de prévoir un système de communication efficace et sécurisé entre hôpitaux partenaires au sein d’un même GHT, par exemple ;
- d’harmoniser les protocoles et de « les rendre obligatoires pour un rapprochement automatisé des données issues des appareils biomédicaux » ;
- de mettre en place un identifiant unique du patient afin de favoriser la traçabilité ;
- de penser l’architecture du bloc et sa construction afin d’être en mesure de garantir maintenance, disponibilité, haute qualité et fort débit ;
- de prévoir des capacités de stockage et de puissance de calculs « suffisants pour envisager le développement des nouveaux usages (IA, réalité virtuelle, etc.) ».
Concernant l’évolution de l’enseignement et la e-formation (e-learning), le groupe d’experts préconise :
- de développer les enseignements spécifiques de type DU/DIU éventuellement en lien avec des filières et organismes spécialisés et en s’appuyant sur les industriels concernés ;
- d’élaborer un guide de bonnes pratiques, « qui pourrait être porté par la HAS » ;
- de rapidement sensibiliser et former aux pratiques de télémédecine et de e-santé en chirurgie ;
- aux « pionniers du domaine » de partager, de valoriser et de diffuser leurs retours d’expériences.
Concernant le financement des changements, le Catel recommande :
- aux professionnels de santé ainsi qu’aux établissements de s’informer et de se faire accompagner « pour une prise en charge des actes de téléconsultation et de télé-expertise réalisés dans le cadre du droit commun » ;
- aux acteurs de terrain de valoriser les autres actes au moyen d’un « forfait formation ou de conventions » ;
- aux pouvoirs publics de « faire évoluer les financements pour inciter à innover et [à] développer des usages de télémédecine, notamment en chirurgie » ;
- au gouvernement d’intégrer la rémunération de l’ensemble des professionnels impliqués.
En outre, « des solutions techniques doivent être prises en charge […], ces coûts étant à mettre au regard des économies générées », exhorte le Focus Group. Ces financements devraient d’ailleurs être complémentaires à d’éventuelles conventions inter-établissements.