Articles

  • Sciences de la vie : +70 % d’investissements en un an (Bpifrance)

    Dans son bilan d’activité 2025, Bpifrance annonce 72 Md€ injectés dans l’économie et une création de valeur de 1,3 Md€. Dans le secteur de la santé, c’est 143M€ qui ont été investis dans des entreprises innovantes via son activité de capital-innovation en 2025. Côté capital-développement, plusieurs opérations santé sont citées, dont Softway Medical, DMS Group, Hublo, Proteor.

    Capital-innovation : 143 M€ fléchés « santé (French Care) »

    Dans la répartition thématique 2025 de son activité Capital Innovation, Bpifrance mentionne 143 M€ investis dans des entreprises innovantes de la santé, au titre de French Care. L’activité globale de capital-innovation se maintient à 559 M€ investis dans 155 entreprises (dont 43 nouvelles) malgré un marché des levées en repli.

    Au sein du capital-innovation, les pôles Sciences de la Vie et Patient Autonome totalisent 59 M€ investis en 2025, en hausse de 70% par rapport à 2024, sur 26 opérations dont 6 nouveaux investissements. Bpifrance cite notamment ADCytherix, Arthex Biotech, EG427, ainsi que Fizimed.

    Capital-développement : logiciels de santé, imagerie, medtech et services à domicile cités

    Bpifrance annonce un record en Capital Développement avec 2,5 Md€ investis dans 168 entreprises. La santé est identifiée comme une thématique présente à plusieurs niveaux d’intervention:

    • Large Cap : la banque cite la finalisation de l’investissement dans Opella, ainsi que des investissements dans Softway Medical et DMS Group (systèmes d’imagerie médicale).
    • Mid Cap : renforcement du portefeuille santé avec Proteor (prothèses orthopédiques) qui bénéficie d’un accompagnement « double » (dette privée et fonds propres), Hublo (plateforme SaaS pour établissements de santé) et Vitalaire (prestations de santé à domicile).
    • Small Cap Régions : confirmation d’investissements santé, notamment dans les logiciels, la fabrication de matériel médical et l’imagerie médicale.

     

  • À l’AP-HP, un entrepôt de données pour industrialiser l’innovation en médicaments de thérapie innovante

    Les médicaments de thérapie innovante (MTI, thérapies géniques, thérapies cellulaires, produits issus de l’ingénierie tissulaire et médicaments combinés) s’imposent dans la prise en charge de pathologies graves, rares ou sans alternative thérapeutique.

    Dans ce contexte, L’AP-HP annonce le lancement de la stratégie MTI@AP-HP, destinée à structurer et renforcer ses capacités de développement, d’évaluation, de production et de diffusion de ces biomédicaments.

    Un entrepôt de données pour accélérer recherche et soins

    Un projet d’entrepôt de données MTI inter-pathologies doit être initié au second semestre 2026. Il s’appuiera sur les registres et bases existants afin d’améliorer le suivi et l’évaluation à long terme des patients traités. L’objectif est double : documenter l’évolution clinique et la qualité de vie en vie réelle, et disposer d’éléments consolidés pour éclairer les décisions médico-économiques et organisationnelles.

    Plus de 200 essais cliniques dans le champ des MTI ont été ouverts, depuis 7 ans, au sein de l’institution. L’AP-HP figure parmi “les premiers établissements européens à avoir intégré les CAR-T dans les soins courants”, ce qui représente environ 20 % des administrations réalisées en France, notamment en onco-hématologie (lymphomes, myélomes, leucémies).

    Pour d’autres thérapies géniques, principalement pédiatriques, l’institution a organisé une diffusion accélérée en s’appuyant sur les centres nationaux de référence maladies rares, dont près de la moitié sont coordonnés par ses équipes. Des investissements ont été engagés, avec le soutien de l’État et de la région Île-de-France, dans des infrastructures de bioproduction de thérapies géniques et cellulaires.

    Franchir le cap clinique

    Avec MTI@AP-HP, l’objectif est de franchir une nouvelle étape. La stratégie vise à :

    • Accélérer le transfert au grade clinique des innovations issues des unités de recherche internes ;
    • Favoriser l’accès à coût maîtrisé à des MTI pour des indications de niche, notamment dans les maladies rares ;
    • Soutenir l’écosystème biotech et l’ingénierie biomédicale ;
    • Renforcer l’évaluation en vie réelle de l’impact clinique et de la qualité de vie des patients.

    Augmenter le volume et la valeur des essais cliniques en MTI

    La feuille de route s’articule autour de six ambitions :

    • Garantir aux patients le meilleur accès aux MTI disponibles, en recherche comme en soins, en innovant dans les parcours de prise en charge.
    • Porter jusqu’aux patients les solutions issues de la recherche endogène, avec un schéma de développement et d’exploitation adapté à chaque projet.
    • Répondre aux besoins médicaux non satisfaits en renforçant la recherche et l’innovation en lien avec les universités, l’Inserm, les instituts hospitalo-universitaires (IHU) et les bioclusters.
    • Augmenter le volume et l’impact des essais cliniques académiques et industriels dans le champ des MTI.
    • Consolider l’évaluation clinique, médico-économique et éthique des MTI en vie réelle.
    • Constituer une expertise coordonnée et structurée dédiée aux MTI, au bénéfice de la recherche et des soins, à l’échelle interne, nationale et européenne.

    Pour traduire ces ambitions, la feuille de route prévoit d’abord la conception de parcours de soins intégrant les MTI de façon sécurisée et soutenable. Un schéma directeur évolutif des pharmacies à usage intérieur et des circuits pharmaceutiques dédiés doit être structuré en coordination avec l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé et les agences régionales de santé. La stratégie prévoit aussi d’adapter les capacités de bioproduction aux besoins de la recherche et des soins.

    Intelligence artificielle et nouvelles méthodologies d’essais

    Sur le versant recherche clinique, la stratégie prévoit d’intégrer l’intelligence artificielle dans l’accompagnement des essais, en particulier précoces. L’AP-HP entend accélérer le développement de nouvelles méthodologies et renforcer son expertise en investigation clinique des thérapies géniques et cellulaires.

    Le numérique est mobilisé pour réduire les délais globaux des projets (autorisation, démarrage, réalisation, valorisation) via des « ATMP Track » spécifiques au sein de la direction de la recherche clinique et de l’innovation, de l’AGEPS et de la direction de la stratégie et de la transformation.

    L’AP-HP prévoit l’instauration d’un codage « MTI » ad hoc des séjours hospitaliers et des essais cliniques. Ce marquage doit permettre un pilotage régulier des volumes de patients, une analyse fine de l’impact sur les structures hospitalières et la construction d’objectifs mesurables.

    Un tableau de bord partagé d’indicateurs MTI sera élaboré par une cellule dédiée. Il servira au suivi stratégique, à la valorisation du positionnement de l’institution et à l’analyse des parcours.

    @AP-HP : Médicaments de thérapie innovante : l’AP-HP lance une feuille de route ambitieuse

  • Etude : l’IA générative peut accélérer l’analyse de données biomédicales (Cell)

    Dans leurs tests, plusieurs systèmes ont atteint des performances comparables à celles d’équipes spécialisées en science des données. Les résultats de cette étude* a été publiée le 17 février 2026 dans Cell Reports Medicine.

    L’essor des modèles d’intelligence artificielle générative bouleverse déjà de nombreux secteurs, et la recherche biomédicale n’y échappe pas. Ces outils peuvent écrire du code et analyser des données à partir de simples instructions en langage naturel. Reste un obstacle majeur : traiter de vastes bases de données cliniques demande habituellement des semaines, voire des mois de travail technique. Nettoyer les données, programmer les analyses, tester les modèles… autant d’étapes qui ralentissent les projets scientifiques.

    8 outils d’IA testés pour produire du code

    Pour évaluer concrètement les capacités de l’IA générative, des chercheurs de University of California ont donc mené une étude. Concrètement, ils ont utilisé un jeu de données déjà exploité dans le cadre d’un challenge international DREAM (Dialogue on Reverse Engineering Assessment and Methods). Ce jeu regroupait les données biologiques et cliniques de plus de 1 000 femmes enceintes issues de neuf études distinctes, initialement mobilisées pour prédire le risque d’accouchement prématuré.

    Les chercheurs ont ensuite confié ces mêmes données à 8 outils d’IA générative disponibles dans le commerce. Concrètement, ils leur ont donné des consignes en langage naturel décrivant l’objectif à atteindre. Les systèmes devaient alors rédiger eux-mêmes le code d’analyse, sélectionner les variables pertinentes et construire un modèle prédictif exploitable. Les performances obtenues ont été directement comparées à celles produites par des équipes humaines spécialisées en science des données lors du challenge DREAM.

    L’étude a été publiée publiée le 17 février 2026 dans Cell Reports Medicine.

    Résultats : la moitié des IA fait aussi bien que l’humain

    • 4 systèmes sur 8 ont généré un code d’analyse fonctionnel et produit des modèles capables de prédire le risque étudié.
    • Les performances de ces modèles étaient comparables à celles obtenues par des équipes humaines spécialisées.
    • Certains outils ont généré du code inutilisable ou des analyses incorrectes, nécessitant une intervention humaine.
    • L’ensemble du projet, de la conception à la soumission de l’article, a été réalisé en environ 6 mois, un délai court pour ce type d’analyse de données biomédicales complexes.

    Ces résultats ne signifient pas que l’IA peut remplacer les équipes de science des données. La moitié des outils testés n’a pas produit de résultats exploitables et une supervision humaine restait indispensable pour vérifier le code généré et corriger certaines erreurs. L’étude ne porte par ailleurs que sur une tâche précise.

    Une solution pour accélérer la recherche ?

    Au-delà des performances obtenues, l’étude montre cependant qu’un modèle d’IA générative correctement guidé est capable de produire du code scientifique fonctionnel et de construire un modèle d’analyse comparable à ceux développés par des spécialistes. Comme le souligne Marina Sirota (UCSF), co-autrice de l’étude, ces outils pourraient lever « l’un des principaux goulets d’étranglement en science des données : la construction des pipelines d’analyse ».

    Pour les auteurs, l’enjeu est en fait avant tout méthodologique. En automatisant certaines étapes techniques (écriture du code, structuration des analyses, itérations rapides) l’IA pourrait accélérer la phase exploratoire des projets exploitant de grandes bases de données. Les auteurs estiment ainsi que l’IA générative pourrait permettre aux chercheurs « de se concentrer davantage sur les bonnes questions biomédicales » plutôt que sur le débogage du code.

    Benchmarking large language models for predictive modeling in biomedical research with a focus on reproductive health

    Sarwal, Reuben et al.

    Cell Reports Medicine, Volume 7, Issue 2, 102594

    https://www.cell.com/cell-reports-medicine/fulltext/S2666-3791(26)00011-

     

  • MICI : la Chine accélère la télésanté face à une incidence en hausse

    Chine : une incidence presque doublée depuis 1990

    Selon le Global Burden of Disease, la charge des  maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI), qui regroupae la maladie de Crohn (MC) et la rectocolite hémorragique (RCH), progresse de façon continue en Asie de l’Est. En Chine, 168 077 patients vivaient avec une MICI en 2021 et 24 941 nouveaux cas ont été recensés, pour une incidence standardisée d’environ 1,4/100 000 habitants.

    À l’échelle régionale, prévalence et incidence ont été multipliées par plus de trois depuis 1990.

    • 168 077 cas prévalents en Chine
      • 24 941 nouveaux diagnostics annuels
      • Incidence standardisée : 1,4/100 000

    mHealth : suivi connecté et personnalisé

    Les modèles conventionnels, consultations espacées, endoscopie, biomarqueurs,  peinent à capter la variabilité quotidienne des symptômes. Une équipe de spécialités en soins infirmiers et en gastroentérologie de l’université de Zhejiang, au sud de Shanghai, a analysé les interventions de santé mobile (applications, télémédecine, objets connectés, IA), montrant leur potentiel pour un suivi longitudinal centré sur l’autogestion et l’analyse de données cliniques.

    Jusqu’à 15 % de consultations évitées et suivi renforcé

    Publié début 2026 dans le Journal of Multidisciplinary Healthcare, leur travail montre :

    • Les applications de mHealth permettent un enregistrement en temps réel des symptômes digestifs, de l’observance et de l’alimentation, avec retour clinique à distance
      • Des plateformes comme MyIBDcoach réduisent de 15 % les consultations en présentiel, tout en améliorant la satisfaction et l’engagement
      • Un programme de thérapie cognitivo-comportementale mobile a réduit les scores d’anxiété de 35 % et amélioré la qualité de vie de 20 %

    Ces données confirment que mHealth, télémédecine et IA transforment le suivi, optimisent l’adhésion, préviennent les poussées et soutiennent le bien-être psychologique.

    Vers une intégration au diagnostic in vitro

    La prochaine étape repose sur des études pragmatiques, l’interopérabilité avec les dossiers médicaux électroniques et la standardisation des parcours numériques. Ces solutions s’inscrivent dans la dynamique du diagnostic in vitro, où le monitoring à distance et la stratification moléculaire deviennent stratégiques pour une gastroentérologie de précision.

  • « L’IA n’a pas vocation à se substituer à l’essai clinique, mais plutôt à en faciliter la réalisation. » Vincent Diebolt, Directeur chez Infrastructure F-CRIN.

    Pour approfondir son analyse sur la transformation digitale des essais cliniques, Health & Tech Intelligence a recueilli le témoignage de Vincent Diebolt, directeur de la plateforme nationale de réseaux F-CRIN (French Clinical Research Infrastructure Network). L’entretien explore la manière dont l’intelligence artificielle devient un prolongement naturel de la numérisation, en soutenant la conception, le recrutement et l’analyse des données au travers de nouveaux modèles d’essais in silico.

    « L’IA peut intervenir à de multiples segments » : une nouvelle grammaire de l’essai clinique

    Pour Vincent Diebolt, l’intelligence artificielle ne se résume ni à un outil monolithique ni à un simple effet de mode, mais à une série de briques qui s’insèrent tout au long du cycle de l’essai clinique. « L’IA peut intervenir à de multiples segments, de multiples points de développement de l’essai clinique », souligne-t-il, en insistant sur la continuité entre numérisation des pratiques et exploitation algorithmique. L’IA est décrite comme un continuum d’usages, depuis l’amont de la recherche jusqu’aux opérations de terrain. La numérisation des dossiers, des protocoles et des flux de données est ainsi décrite comme « un élément constitutif et un préalable pour l’utilisation de l’intelligence artificielle ». Cette vision met en lumière une transformation progressive, où l’IA vient se greffer sur des processus déjà structurés.

    Du screening à l’analyse : l’IA comme moteur de gains opérationnels

    Au plan opérationnel, l’IA est perçue comme un levier pour automatiser des tâches à forte intensité de données, en particulier le recrutement et l’analyse. « L’IA peut intervenir dans les éléments très opérationnels, par exemple pour […] faire un screening des patients », note le directeur de F-CRIN, évoquant la possibilité de croiser automatiquement critères d’inclusion et d’exclusion avec les dossiers numériques. Cette capacité de présélection algorithmique est d’autant plus stratégique que de nombreux essais butent sur des difficultés de recrutement, notamment lorsque les critères sont complexes ou très spécialisés, ce qui avec le développement des connaissances et l’hyper spécialisation des disciplines est de plus en plus fréquent. L’IA est également mobilisée en aval, « pour l’analyse de données » et la rédaction accélérée des livrables, comme les rapports d’étude. L’intervenant anticipe un rôle croissant de ces outils pour « identifier les bons patients, pour réaliser l’analyse de manière accélérée, rédiger peut-être les rapports d’étude ». Cette vision positionne l’IA comme un compagnon de route des équipes de recherche clinique, plutôt que comme un substitut direct. Elle laisse entrevoir un repositionnement des compétences : moins de temps consacré à des tâches répétitives, davantage à l’interprétation, à la validation et au dialogue avec les autorités de régulation. La valeur ajoutée de l’humain se déplace alors vers la supervision et la décision, dans un environnement où le volume et la complexité des données ne cessent de croître.

    Données synthétiques et essais in silico : un relais face aux impasses de la recherche clinique classique

    Lorsque la recherche clinique se heurte à des limites structurelles, l’IA apparaît comme un relais plutôt qu’un substitut. L’intervenant insiste sur l’intérêt des « méthodes d’extrapolation de profils de données existantes, rétrospectives, ou données synthétiques » et des « données artificielles », générées à partir de modèles expérimentaux qui reproduisent et miment le fonctionnement de l’organisme humain. L’objectif est clair : « développer le nombre de données dont on dispose par l’extrapolation de celles qui sont disponibles à travers les quelques patients dont on dispose ou la génération ex nihilo ». Cette approche est particulièrement pertinente dans les maladies rares ou en cancérologie, où l’utilisation de biomarqueurs entraîne un « effet d’attrition et de stratification des patients », avec pour conséquence de ne « pas [avoir] assez de patients pour les essais ». Dans ces contextes, « on va essayer de le fabriquer, l’essai, vraiment in silico », explique-t-il. L’idée n’est pas de remplacer l’essai clinique humain, mais de le compléter là où « la recherche clinique bute sur des obstacles majeurs ». L’IA et les données synthétiques deviennent alors des outils d’extension du champ du possible : elles permettent de tester des hypothèses, de renforcer la puissance statistique et de mieux préparer des essais physiques parfois très difficiles à conduire. Cette perspective ouvre la voie à de nouveaux modèles hybrides, associant patients réels, données simulées et bras de contrôle virtuels.

    De la méthode « artisanale » aux essais augmentés : une rupture progressive, pas une table rase

    Vincent Diebolt rappelle qu’historiquement, « on était intégré dans un bras, dans un des deux bras de randomisation d’un essai, c’est-à-dire l’essai avec un placebo ou avec le traitement de référence », sans recours particulier à des outils de numérisation ou d’IA. « Ce modèle de “Randomised clinial trial” reste le “gold sandard” de l’expérimentation en recherche clinique.” C’est comme ça que ça s’est fait depuis plusieurs dizaine d’années », résume-t-il, en soulignant que cette approche reste la référence en termes de sécurité et de robustesse. La transition actuelle ne signifie pas pour autant une mise au rebut de ces principes fondamentaux. « L’intelligence artificielle, elle n’a pas vocation […] à se substituer à l’essai clinique tel qu’il a été fait aujourd’hui dans les meilleures conditions de sécurité », insiste-t-il, mais plutôt « à aider la réalisation d’essais cliniques qui ne peuvent pas se faire ». À horizon cinq ans, prévient-il, l’IA « va être un élément d’accompagnement » mais « n’aura pas vocation […] à dire on fait table rase de l’essai clinique tel qu’il est actuellement ». Le cœur du message est celui d’une coexistence : l’essai clinique traditionnel demeure la colonne vertébrale, tandis que l’IA vient en accroître la portée, l’efficacité et la granularité, notamment dans les segments les plus complexes ou les plus contraints.

    Une transformation lente, encadrée et collaborative avec les autorités de régulation

    Si le potentiel est élevé, la dynamique de déploiement reste mesurée. « Aujourd’hui on s’aperçoit que les choses se mettent en place mais lentement », constat l’interviewé, en évoquant une phase de transition où les usages se structurent progressivement. Cette lenteur n’est pas perçue comme un frein, mais comme une condition de légitimité et de sécurité. « Les choses devront se faire de manière très pondérée, collective avec l’ensemble des acteurs, ce qui implique “nécessairement […] une démarche d’accompagnement qui va être faite », affirme-t-il. Cet accompagnement implique une collaboration étroite avec les autorités de régulation, « toujours sur les différents aspects de la recherche clinique », afin d’évaluer la sécurité des dispositifs, la robustesse méthodologique et l’éthique des nouveaux modèles. L’IA est ainsi conçue comme un champ de co-construction entre industriels, académiques, établissements de santé,  patients et régulateurs nationaux et européens, plutôt que comme une innovation imposée unilatéralement. Pour les acteurs de la santé numérique, cette perspective trace une feuille de route claire : démontrer l’utilité clinique et organisationnelle des outils, documenter leur impact, et participer activement à la définition de cadres de référence partagés. « Je crois beaucoup […] dans l’intelligence artificielle dans le domaine opérationnel », conclut-il  tout en rappelant que cela croyance s’accompagne d’une exigence de preuve, de temps long et de responsabilité collective dans la transformation de la recherche clinique.

     

  • Trophées PACTES : 8 lauréats distingués pour leur contribution sociétale, Septodont reçoit le Grand Prix du Jury (Leem)

    Une reconnaissance sectorielle portée par le Leem

    Le Leem a dévoilé les lauréats des Trophées PACTES 2025. En écho aux attentes sociétales, ces trophées mettent en lumière des projets portés par les entreprises du secteur pharmaceutique pour améliorer la prévention, favoriser l’inclusion, optimiser la qualité du parcours patient, réduire les impacts environnementaux et soutenir le développement local du progrès thérapeutique en France.

    Cette sixième édition entend traduire la convergence entre responsabilité des entreprises et compétitivité au service des patients et de la société.

    « Nos entreprises innovent, agissent et démontrent concrètement leur contribution à la santé, à l’environnement et aux territoires », déclare Vincent Bocart, directeur de l’Engagement du Leem.

    À travers cette sélection, le Leem met en avant des démarches portant sur la gouvernance, l’environnement, le social et le sociétal, avec un accent sur la mesure de l’impact, l’écoconception, la logistique adaptée aux territoires ultramarins, l’inclusion des personnes en situation de handicap, la lutte contre les maladies chroniques et la désinformation en santé.

    Le palmarès 2025

    Prix Internautes

    Roche Pharma France : On a toutes des raisons de se faire dépister

    Catégorie Gouvernance

    Roche Pharma France : Mesure de la valeur sociétale de l’amélioration des parcours patients

    Catégorie Environnement

    UPSA : Réduction de l’empreinte environnementale d’une gamme grâce à l’écoconception

    Prix Coup de Pouce #1

    Takeda : Reverse logistics pour les DROM-COM : logistique repensée et réutilisation

    Catégorie Social

    Septodont : Construction d’une politique durable d’inclusion des personnes en situation de handicap

    Catégorie Sociétal

    Novo Nordisk : Cities For Better Health à Strasbourg : cinq ans d’actions contre les maladies chroniques

    Prix Coup de Pouce #2 (Sociétal)

    MSD : Lutte contre la désinformation en santé auprès des jeunes

    Grand Prix du Jury

    Septodont est récompensé pour l’ensemble de sa démarche de responsabilité sociétale des entreprises.

  • Lutte contre les VSS : la DGOS s’appuie sur les outils numériques

    C’est le message qu’ont voulu faire passer deux représentants de la DGOS, Clotilde Durand, cheffe de service, adjointe à la directrice, et Nicolas Delmas, chef de projet “attractivité”, lors d’un petit-déjeuner de presse organisé par l’Ajis (Association des journalistes de l’information sociale) le 18 février 2026. Les principaux outils sont le dispositif ONVS, pour lequel un formulaire unique de déclaration a été élaboré, les fichiers Fijaisv et B2, ainsi que l’application StopVSST lancée par les HCL.

    L’ONVS, vers une version 2.0

    Le premier dispositif numérique mobilisé contre les VSS est l’ONVS (Observatoire national sur les violences en santé). La DGOS souligne qu’une de ses limites est que seuls les professionnels de santé libéraux peuvent le saisir directement : un salarié d’établissement, à date, ne peut pas directement saisir sur la plateforme une violence qu’il subit, car seul son directeur ou son DRH a accès à la partie “salarié.” De plus les médecins libéraux ne se voient pas proposer de lien de signalement dans l’ONVS, car le Cnom n’a pas participé au dispositif, ayant estimé “ne pas avoir été assez bien associés aux formulaires”.

    Qui plus est, le signalement une fois fait est transmis à l’Ordre, mais n’est pas traité en tant que tel : il n’y a pas de retour, ni à la personne qui signale, ni à l’établissement auquel il est rattaché. À date, c’est “juste un outil à visée statistique” et qui n’a pas pour objet d’accompagner les victimes. Enfin, l’ONVS, quand il est connu par les professionnels, n’est pas vraiment identifié comme outil pertinent sur les VSS, mais plutôt sur les violences commises par des patients contre des professionnels de santé.

    La DGOS projette de faire évoluer l’outil et de proposer “un appui, un accompagnement des victimes”. Il s’agirait également de faire ne sorte que “toute personne puisse le saisir sans passer par le filtre d’une direction d’établissement”.

    Un formulaire de déclaration unique

    “Nous sommes arrivés, après plusieurs années de réunions à élaborer un formulaire de déclaration unique et commun, quel que soit votre recours, que ce soit devant un Ordre ou devant un établissement”, annonce Nicolas Delmas. “C’est ce qui nous permettra, au niveau national, à terme, d’avoir des données facilement exploitables” souligne-t-il, alors qu’aujourd’hui “chaque établissement, chaque Ordre a son propre système de déclaration, son propre formulaire, et donc, son propre système de données”. Il s’agit de “faire émerger facilement ces chiffres et de connaitre les suites qui sont données à ces signalements”. Le projet est maintenant de le faire “en lien avec l’évolution de l’ONVS”.

    “Le problème de l’actuel formulaire”, ajoute Nicolas Delmas, c’est qu’il y a “beaucoup de champs libres”, ce qui “donne des réponses très variées” car les déclarants décrivent différemment les mêmes faits. Par exemple, le formulaire actuel ne propose pas de saisir “service d’urgences”, donc certains déclarants écrivent “urgences”, d’autres “service d’urgences”, d’autres “SAU” et “ces données multiples ne permettront pas d’avoir des données fiables rapidement”. Nicolas Delmas souligne que le nouveau système est “beaucoup plus contraint sur les choix”, pour “permettre d’avoir de la donnée quantitative”. Il imagine une liste d’établissements “témoins” permettant de faire des statistiques de manière scientifique et de ne plus compter que sur le volontariat.

    Les Ordres demandent l’accès aux fichiers Fijaisv et B2

    Les fichiers constituent un autre outil numérique de lutte contre les VSS. Un juge saisi d’un fait peut aujourd’hui décider d’une inscription au Fijaisv (Fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes). Il peut inscrire une personne au fichier, après sa condamnation et “même s’il y a appel”, s’il y a “un faisceau d’indices” qui lui laisse penser qu’elle peut être dangereuse.

    Joël Le Scouarnec, ancien chirurgien, condamné à vingt ans de réclusion criminelle en mai 2025 pour viols et agressions sexuelles sur près de 300 patients, a été inscrit bien plus tôt au Fijasv qu’au B2 (bulletin n°2 du casier judiciaire). Les deux tiers des victimes du chirurgien auraient été couvertes par la première inscription au Fijaisv, mais les administrations, à date, n’avaient pas accès à ce fichier. C’est pourquoi la DGOS porte un projet d’évolution de la circulaire en discussion avec les Ordres. Actuellement l’obligation d’information de l’ensemble des autorités publiques est présente dans la loi mais porte seulement sur les infractions sur mineurs.

    Les Ordres ont tous demandé à avoir accès au Fijaisv, et si possible au B2, et pas seulement au moment du recrutement, mais à tout moment. Dans l’affaire des viols de Mazan, jugée fin 2024, un infirmier faisait partie des mis en cause et l’Ordre n’avait pas été informé. Pour un salarié “ordré”, c’est son Ordre et son établissement s’il est public qui ont accès à son B2. Une clinique privée n’a pas accès au B2. “Si l’on veut introduire un contrôle systématique il faudra en passer par la loi, cela fait partie des décisions en cours d’arbitrage”, précise Nicolas Delmas.

    L’application Stop VSST, un outil à diffuser

    Les HCL (Hospices civils de Lyon) ont obtenu un financement du Fonds en faveur de l’égalité professionnelle, le FEP, porté par la DGAFP (Direction générale de l’administration et de la fonction publique) pour déployer un outil dédié baptisé “Stop VSST”. C’est une application gratuite qu’on peut télécharger, et qui prévoit aussi les contacts internes pour les signalements.

    “A la base, c’était une application portée par les HCL, pour leurs agents”, explique Nicolas Delmas. “On a trouvé que l’idée était intéressante, on a fait le lien pour l’étendre à l’ensemble des établissements publics “. Pour lui, il s’agit maintenant de le proposer aux établissements privés et à tous les salariés du secteur.

    A partir du module formation de l’application, commun à tous, l’idée de la DGOS serait d’avoir un module “contacts” au niveau local, paramétrable par chaque établissement, et un module contact au niveau national, en lien avec l’ONVS, accessible directement par les agents au cas où ils n’auraient pas de retour.

    L’Anap sera chargée de développer l’outil national, et d’accompagner les établissements, pour les aider à le déployer au niveau local. Les HCL cèdent leurs droits mais restent propriétaires de la marque, et l’Anap fournira l’outil à titre gratuit pour les établissements. Pour l’année 2026, la DGOS cible une cinquantaine à une centaine d’établissements.

    L’objectif, une “dénormalisation”

    La lutte contre les VSS dans le monde de la santé devrait faire l’objet d’annonces de la part de la ministre Stéphanie Rist.

    Nicolas Delmas évoque pour conclure son expérience de DRH de l’AP-HP de 2020 à 2024. Une grande campagne sur les outils internes à l’établissement avait débouché sur une hausse de 50% des signalement durant les deux mois suivants. “Les gens avaient vu l’affiche et s’étaient dit ‘ce que je subis, ça correspond à peu près à ce que je vois, donc en fait, ce n’est pas normal’. “C’est une ‘dénormalisation’ de ce qui était considéré, parfois, à tort, comme une culture spécifique du monde de la santé”.

     

  • Biologie médicale : Cerba et Outscale déploient un cloud souverain IA à l’échelle européenne

    Interopérabilité et performance : les limites des SI traditionnels

    Le diagnostic in vitro (DIV) oriente près de 70 % des décisions médicales. Les maladies chroniques représentent 74 % des décès mondiaux, selon l’OMS. En Europe, plus de 3,5 milliards d’analyses sont réalisées chaque année. Cette volumétrie, couplée à l’essor du séquençage génomique rapide et des techniques de biologie moléculaire, impose une gestion industrialisée, sécurisée et interopérable des données.

    Les systèmes d’information de laboratoire (LIS), l’immunodiagnostic et la PCR (réaction de polymérisation en chaîne) génèrent des flux hétérogènes, souvent cloisonnés. Il en résulte :

    • Des délais d’intégration des résultats.
    • Des catalogues d’analyses fragmentés.
    • Des coûts d’infrastructure croissants.

    Ces architectures limitent la rapidité d’accès aux comptes rendus et la continuité numérique du parcours patient.

    Une infrastructure souveraine certifiée HDS et SecNumCloud

    La plateforme développée par Cerba et OUTSCALE s’appuie sur un cloud certifié Hébergement de Données de Santé (HDS) et SecNumCloud, référentiel de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) garantissant un haut niveau de sécurité. Elle intègre :

    • Une IA de structuration et d’harmonisation des données biologiques.
    • Un catalogue d’analyses unifié.
    • Une architecture scalable, interopérable avec les systèmes existants.

    Validation multicentrique en conditions réelles à l’échelle européenne

    Une étude multicentrique conduite en conditions réelles au sein du réseau Cerba HealthCare (plus de 650 laboratoires en Europe) montre :

    • Une réduction de 25 % du temps administratif.
    • Une disponibilité supérieure à 99,9 %.
    • Une capacité de traitement de 100 000 patients par jour.

    Vers la médecine prédictive, les jumeaux numériques et le dépistage distribué

    La feuille de route prévoit l’analyse prédictive, les jumeaux numériques de patients et des passerelles vers la recherche clinique. Les usages ciblent la médecine préventive, l’optimisation des flux et le dépistage distribué, soit la réalisation d’analyses au plus près des patients, connectées en temps réel au système centralisé.

  • Étude : la fracture numérique persiste dans les services publics d’e-santé (JMIR)

    Depuis la pandémie de Covid-19, la numérisation des soins s’est accélérée dans la plupart des systèmes publics européens. Prise de rendez-vous en ligne, téléconsultations, messagerie sécurisée, accès aux résultats via des portails patients : ces outils sont devenus des points d’entrée ordinaires dans le parcours de soins. Ces services sont souvent présentés comme des outils améliorant l’efficacité et l’accessibilité. Mais cette transformation pose une question centrale : lorsque l’accès aux services passe de plus en plus par le numérique, que deviennent les patients les moins à l’aise avec ces outils ?

    Numériser sans créer d’inégalité, un enjeu de santé publique

    La littérature évoque depuis plusieurs années une « fracture numérique » structurée en trois niveaux : l’accès au matériel et à la connexion, les compétences et la confiance dans l’usage, puis la capacité à en tirer un bénéfice concret en matière de santé. Dans ce contexte, mesurer les inégalités d’usage des services eHealth devient un enjeu de santé publique à part entière.

    Des chercheurs espagnols ont donc mené une revue systématique d’études observationnelles quantitatives portant sur l’usage des services d’e-santé dans les systèmes de santé publics européens. La recherche a été menée dans quatre grandes bases de données scientifiques et couvre les publications de 2015 à octobre 2025. Seules les études incluant des adultes et analysant des services intégrés aux systèmes publics ont été retenues. Les applications d’auto-suivi et les études qualitatives ont été exclues.

    Au total, 18 études ont été incluses. Elles portaient principalement sur les portails patients, l’accès aux dossiers de santé électroniques, la téléconsultation et la prise de rendez-vous en ligne. Les auteurs précisent que la majorité des travaux retenus présentent une qualité méthodologique satisfaisante, malgré une forte hétérogénéité des méthodes et des indicateurs utilisés.

    Les résultats de leurs travaux ont été publiés le 9 février 2026 dans le Journal of Medical Internet Research (JMIR).

    Résultats : la e-santé, moins accessible aux plus malades

    • Âge : les classes d’âge les plus élevées — souvent ≥60 ou ≥65 ans — utilisent moins les portails patients, l’accès aux dossiers électroniques et la téléconsultation.
    • Niveau d’éducation : les personnes sans diplôme universitaire ou avec un niveau d’études primaire ou secondaire recourent moins aux services eHealth que les diplômés du supérieur.
    • Statut socio-économique : un revenu plus faible ou une position sociale défavorisée est associé à un usage réduit des outils numériques de santé.
    • Compétences numériques : une faible littératie numérique et un manque de confiance dans le digital constituent des freins majeurs à l’utilisation.
    • Origine migratoire / minorités ethniques : plusieurs études montrent un recours plus faible aux services numériques chez certaines populations issues de l’immigration ou appartenant à des minorités ethniques.
    • État de santé : les personnes déclarant un état de santé plus dégradé utilisent moins ces outils, malgré un besoin de soins souvent plus important.
    • Type d’outil : les écarts sont plus marqués pour l’accès aux dossiers électroniques et aux portails patients que pour la simple prise de rendez-vous en ligne.

    Les facteurs d’exclusion identifiés ne sont pas, en soi, surprenants. Âge avancé, faible niveau d’éducation, statut socio-économique défavorisé ou faibles compétences numériques sont déjà bien documentés dans la littérature sur la fracture numérique. Mais leur persistance dans des services désormais intégrés aux systèmes publics de santé pose question. Les auteurs rappellent que les inégalités observées s’inscrivent dans une « fracture numérique à plusieurs niveaux », qui ne se limite pas à l’accès technique. Ils écrivent ainsi que « les inégalités numériques ne concernent pas seulement l’accès aux technologies, mais aussi les compétences nécessaires pour les utiliser et la capacité à en tirer des bénéfices concrets en matière de santé. » Autrement dit, équiper les patients ne suffit pas.

    Intégrer des critères d’équité

    Sans accompagnement, les outils peuvent renforcer des écarts existants. Les chercheurs soulignent d’ailleurs que « la transformation numérique des systèmes de santé doit intégrer explicitement des considérations d’équité ». Ils appellent également à une approche intersectionnelle : « Les déterminants sociaux ne doivent pas être examinés isolément, mais comme des facteurs susceptibles de se cumuler, » écrivent les auteurs de l’étude.

    Enfin, ils estiment nécessaire de mieux harmoniser les méthodes de recherche afin de comparer les résultats entre pays européens et d’évaluer réellement l’impact des politiques eHealth. Sans indicateurs standardisés et sans suivi explicite des écarts sociaux, préviennent-ils en substance, il restera difficile de savoir si la numérisation des systèmes publics parvient finalement à réduire ou creuser les inégalités d’accès aux services de santé.

    * Digital Inequalities in the Use of eHealth Services in European Public Health Care Systems: Systematic Review of Observational Studies

    Monasterio G, Fernández-López MJ, Valero E, Martin U, Ayala-García A J Med Internet Res 2026;28:e81841

    https://www.jmir.org/2026/1/e81841

     

  • 60 % des solutions numériques de santé intègrent l’IA générative (panorama 2025 France Biotech)

    La HealthTech entre dans un cycle de maturité sélective marqué par :

    • Une polarisation entre les leaders solides et les structures fragilisées.
    • Une exigence de preuves cliniques et commerciales.
    • Une forte pression réglementaire, surtout en France (d’où l’internationalisation)
    • Une transformation accélérée par l’IA générative.
    • Une dépendance aux financements publics.

    Présentée le 19 février par France Biotech, la 23e édition du Panorama France HealthTech dresse le portrait d’un écosystème porté par 2 800 entreprises et 80 000 emplois (l’âge moyen des structures atteint désormais 10 ans).

    Le contexte économique est tendu. Le chiffre d’affaires moyen recule à 5,1 M€ en 2024 (contre 6,6 M€ en 2023). Les investissements en R&D diminuent à 2,6 M€ en moyenne (contre 3,4 M€).

    Le paysage n’est plus dominé par des start-up émergentes mais par des sociétés bien installées, dont certaines atteignent une taille critique. Le secteur s’inscrit dans une phase de consolidation. La HealthTech ne relève plus d’une dynamique “exploratoire” mais d’un segment productif bien identifié de l’économie de santé.

    Les levées tombent de 37 % à 20 % en 2025

    La HealthTech entre dans un cycle de sélection financière

    Cette montée en puissance s’accompagne d’un environnement plus contraint. Le secteur bascule vers un cycle de sélection. Les investisseurs se montrent plus exigeants sur les modèles économiques, la trajectoire vers la rentabilité et la démonstration clinique ou commerciale. 41 % des entreprises signalent des tensions de trésorerie. Seules 20 % ont levé des fonds en 2025, contre 37 % un an plus tôt. Les opérations s’étalent sur 10 mois en moyenne.

    La dépendance à quelques locomotives structure le secteur

    Les levées globales reculent de 9 %, mais le capital-risque progresse de 15 %, avec trois opérations supérieures à 60 M€, tandis que la capitalisation moyenne des biotechs cotées est multipliée par plus de quatre et que les biotechs parisiennes enregistrent une hausse de 388 %. Cette configuration du marché montre une concentration des financements autour d’un nombre limité d’acteurs. Les investisseurs privilégient des entreprises perçues comme capables d’atteindre un leadership. L’écart se creuse entre structures solides et entreprises plus fragiles.

    911 M€ d’aides à l’innovation et 1 Md€ mobilisé via France 2030

    Les aides à l’innovation atteignent 911 M€. 695 M€ sont mobilisés via l’IPCEI santé. 1 Md€ est engagé dans le cadre de France 2030. La HealthTech française repose sur un soutien public important. Elle relève d’une stratégie industrielle assumée, dans un modèle hybride mêlant logiques de marché et intervention de l’État.

    Une R&D toujours majoritaire dans les budgets

    Malgré le ralentissement du financement, 64 % des dépenses sont consacrées à la recherche et développement (39 % des effectifs travaillent dans ces fonctions). Les brevets demeurent stratégiques. Leur dynamique ralentit toutefois sous l’effet des évolutions du crédit d’impôt recherche. Mais il faut continuer d’investir dans des technologies différenciantes, y compris lorsqu’elles impliquent des cycles de développement longs et risqués, et ce malgré des contraintes de trésorerie. Une légère baisse des dépôts est observée en 2025, notamment en lien avec l’exclusion des dépenses de brevets de l’assiette du Crédit Impôt Recherche.

    Internationalisation face aux contraintes du marché français

    Parmi les entreprises en phase commerciale, 75 % ciblent les marchés internationaux. Les États-Unis deviennent une destination prioritaire. 42 % des sociétés de plus de 10 ans disposent de filiales à l’étranger. Cette orientation illustre aussi les difficultés d’accès au marché français, notamment liées aux mécanismes de remboursement. L’internationalisation apparaît comme une réponse à des contraintes structurelles, plus que comme une stratégie d’expansion.

    60 % des solutions numériques commercialisées intègrent de l’IA générative

    Deux tiers des entreprises utilisent désormais l’IA générative. 44 % développent leurs propres outils et 60 % des solutions numériques commercialisées intègrent cette technologie. L’IA s’inscrit dans les opérations courantes et dans les produits. Cette internalisation des compétences traduit une convergence entre biotechnologies et data.

    Recrutements 2026 en baisse (78 % Vs 83% avant), priorité à la data science et au développement clinique

    Dans la santé numérique, 76 % des solutions sont déjà commercialisées (le segment affiche un âge moyen de 7 ans et une forte intégration de l’IA). Les cycles de développement sont plus courts que dans les biotechnologies (en raison d’exigences réglementaires généralement moins lourdes). Les modèles économiques se rapprochent des logiques SaaS et technologiques, avec une vitesse d’exécution plus rapide. L’intégration de l’intelligence artificielle, notamment générative, y est élevée, aussi bien dans les fonctionnalités cliniques que dans les outils d’aide à la décision, d’optimisation organisationnelle ou d’engagement patient.

    Les intentions de recrutement pour 2026 reculent à 78 % (contre 83 % fin 2024). Les profils recherchés concernent principalement la data science, l’informatique, la R&D et le développement clinique.

    Multiplication des demandes de fast track face à l’allongement des procédures

    Le segment medtech enregistre une augmentation du nombre de produits en phase d’enregistrement ou de commercialisation, ainsi qu’une progression des certifications CE. En parallèle, l’application du règlement européen sur les dispositifs médicaux (MDR) allonge les délais. Cette évolution favorise une professionnalisation des fonctions réglementaires mais expose les structures les plus petites à un risque d’asphyxie. Les demandes de procédures accélérées se multiplient.