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  • Centres de ressources territoriaux : un modèle prometteur mais freiné par un déploiement plus lent que prévu

    La Mission d’évaluation et de contrôle des lois de financement de la sécurité sociale (Mecss) consacre en partie son rapport 2025 aux CRT, créés par l’article 47 de la LFSS (loi de financement de la sécurité sociale) pour 2022.

    Afin de rapprocher le domicile et l’Ehpad, certains Ehpad ou service à domicile, érigés en CRT, se voyaient confier les missions suivantes :

    – « aider les professionnels du territoire intervenant auprès des personnes âgées » (volet 1) par des formations, des téléconsultations, et la mise à disposition de ressources humaines et de plateaux techniques de l’établissement ;

    – proposer un accompagnement renforcé à domicile des personnes âgées ou des aidants, dans le but de prévenir leur perte d’autonomie et d’éviter l’institutionnalisation (volet 2).

    Le cahier des charges publié par décret élargit le public cible du volet 2 comme les « personnes âgées en situation de perte d’autonomie (GIR 1 à 4). Il prévoit un financement à hauteur de 400 000 euros par CRT pour une file active d’au moins trente bénéficiaires. Le budget dédié aux CRT sera porté en 2023 à 200 millions d’euros d’ici 2028, pour financer 500 CRT sur l’ensemble du territoire.

    Bilan mitigé

    Un déploiement plus lent que prévu (18 mois pour démarrer) malgré une montée en puissance des autorisations

    Au 31 décembre 2024, 274 CRT avaient été autorisés et 175 étaient en activité. Fin 2025, 405 CRT sur 500 devaient avoir été autorisés.

    Le bilan de leur activité après 18 mois d’activité fait ressortir un démarrage des activités des CRT plus lent que prévu (18 mois s’écoulent entre la désignation et l’accueil des premiers).

    Plusieurs raisons sont avancées :

    • Une implication inégale des ARS et CD ;
    • La nécessité de conventionnement avec les services à domicile du territoire + le recrutement chef projet ;
    • Des difficultés en matière de systèmes d’information, en l’absence d’un accompagnement au niveau national.

    Un glissement des patients recrutés : ils sont plutôt évalués en GIR 3 ou 4, donc moins dépendants, et en nombre inférieur à celui fixé dans le cahier des charges.

    La mission d’évaluation estime que le CRT créé « une réelle dynamique sur le terrain » en faveur des personnes en perte d’autonomie en permettant :

    • Une meilleure adaptation aux besoins des usagers en situation complexe grâce à une meilleure coordination des acteurs de l’accompagnement à domicile ;
    • Une transition plus douce entre le domicile et l’Ehpad, plutôt qu’une alternative à l’entrée en institution ;
    • Un effet positif sur l’attractivité des métiers du secteur

    Coûts élevés, impact limité, priorités à redéfinir ; un modèle à recentrer

    La mission relativise la portée de ce nouveau dispositif, « Une goutte d’eau dans l’océan de ce qu’il faudrait faire pour absorber les évolutions démographiques ».

    Pour l’avenir, la mission d’évaluation recommande une profonde révision du cahier des charges du CRT, avec les orientations suivantes:

    • Recentrage sur l’accompagnement à domicile ( volet 2), jugé prioritaire, et la mission 1 (animation territoriale) étant également assurée par les DAC ;
    • Modulation du financement en fonction de la file active et du GIR des patients inclus. Ceci d’autant que le coût rapporté au nombre de bénéficiaires est élevé : environ 10 800 € par an et par patient pour 30 patients, sans compter le coût des autres interventions au domicile ;
    • Clarification du public cible : cibler prioritairement les personnes pour qui l’entrée en Ehpad serait inéluctable sans accompagnement renforcé, correspondant aux GIR 1 et 2 ;
    • Amélioration des systèmes d’information ;
    • Redéfinition du territoire d’intervention : privilégier la proximité et la mutualisation des moyens ;

    Par ailleurs, le rapport insiste sur l’accélération de la réforme des services autonomie à domicile en SAD, condition essentielle à la réussite des CRT ;

    Au-delà de la question des CRT, les rapporteurs demandent une réflexion globale sur la stratégie domiciliaire car le maintien à domicile ne pourra absorber seul l’augmentation à venir du nombre de personnes âgées dépendantes. L’investissement dans les Ehpad reste indispensable en veillant à aller « vers un « Ehpad domicile », de façon à concilier les contraintes budgétaires avec les aspirations des personnes âgées dépendantes ».

    Rapport de la MECSS 2025 :

    https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/rapports/cion-soc/l17b1649_rapport-information.pdf

    Cahier des charges des CRT :

    https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000045696583

     

  • PCR portable au point de soin : Co-Diagnostics élargit l’accès aux analyses moléculaires

    PCR en temps réel : les limites du modèle centralisé

    Selon l’Organisation mondiale de la Santé, les maladies infectieuses demeurent un enjeu de santé publique :

    Face à ces données, l’accès à un diagnostic moléculaire rapide constitue un impératif. La PCR en temps réel reste la référence analytique pour la détection des agents pathogènes. Toutefois, les plateformes conventionnelles exigent infrastructures spécialisées, personnel qualifié et logistique centralisée, limitant leur déploiement dans les environnements à ressources contraintes.

    Une plateforme PCR portable intégrée

    La société américaine Co-Diagnostics, Inc. a dévoilé au WHX Labs Dubai 2026 une solution de PCR en temps réel portable dédiée au point of care (PoC). Le dispositif associe :

    • Une technologie PCR propriétaire brevetée
    •  Une application mobile de pilotage et d’interprétation
    • Des tests moléculaires dédiés

    L’objectif est d’atteindre des performances analytiques comparables aux systèmes de laboratoire, avec un rendu des résultats en environ 30 minutes et une utilisation possible en laboratoire décentralisé, en cabinet ou à domicile.

    Déploiement régional et perspectives réglementaires

    Actuellement en études cliniques aux États-Unis, la plateforme est en attente d’évaluation réglementaire. Le développement de la PCR décentralisée s’inscrit dans une stratégie d’élargissement de l’accès au diagnostic in vitro et de renforcement des capacités de surveillance épidémiologique.

    • Mise en place d’une coentreprise, CoMira Diagnostics, avec Arabian Eagle Manufacturing pour structurer une production régionale
    • Déploiement industriel ciblant 19 pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (MENA), afin de soutenir l’approvisionnement local en solutions de PCR au point de soin

     

  • AMI : Novavue ouvre son programme d’accompagnement aux solutions numériques en santé visuelle

    Le Tiers-Lieu d’Expérimentation Novavue annonce l’ouverture de son programme d’accompagnement à destination des porteurs de projets qui développent des solutions numériques en santé visuelle.

    L’objectif est de permettre aux acteurs concernés de valider et de sécuriser le déploiement de leurs dispositifs en conditions réelles, en amont d’une mise sur le marché ou d’un passage à l’échelle.

    Le programme s’inscrit dans le cadre de la stratégie nationale « Santé Numérique » portée par France 2030 et vise les projets qui ciblent les patients déficients visuels, leurs aidants ainsi que les professionnels de santé.

    Co-conception et expérimentation en vie réelle

    Le dispositif proposé par Novavue repose sur trois axes d’accompagnement.

    • Le premier concerne la co-conception et l’analyse des usages. Des ateliers de design thinking sont organisés afin d’adapter les solutions aux besoins des utilisateurs finaux. Des tests sont également menés en conditions réelles pour évaluer l’appropriation et la pertinence des outils développés.
    • Le deuxième volet porte sur l’expertise méthodologique. Novavue accompagne les porteurs de projets dans l’élaboration de protocoles expérimentaux, la conduite d’analyses statistiques et la réalisation d’évaluations médico-économiques.
    • Enfin, le troisième axe concerne la sécurisation réglementaire. Le programme prévoit un accompagnement sur le marquage CE, la conformité au RGPD et les démarches d’accès au remboursement.

    L’appui combine donc structuration des données, évaluation médico-économique et anticipation des exigences réglementaires afin de sécuriser la validation scientifique, limiter les risques de conformité et accélérer l’intégration des solutions dans le système de santé.

    Modalités de candidature

    Le programme s’adresse donc aux startups et entreprises en santé numérique développant des solutions destinées aux personnes déficientes visuelles, à leurs aidants ou aux professionnels de santé. Les candidatures sont ouvertes jusqu’à fin avril 2026. Les porteurs de projets peuvent bénéficier d’un forfait de précadrage gratuit afin d’évaluer la viabilité de leur projet avant une entrée complète dans le dispositif. Le dossier de candidature est disponible en ligne sur le site de Novavue. Les équipes peuvent également adresser leurs questions par courriel à l’adresse dédiée : contact@novavue.fr.

     

  • Imagerie : entraîné sur 220 000 IRM, Prima affiche 92 % d’AUC sur 52 diagnostics neurologiques

    Publiée dans Nature Biomedical Engineering, une étude décrit le développement de Prima, un modèle d’IA fondation dédié à la neuro-imagerie, entraîné à l’échelle d’un système de santé académique. L’étude rapporte des performances diagnostiques élevées et une évaluation en conditions réelles sur un volume important d’IRM.

    L’augmentation du nombre d’IRM exerce une forte pression sur les services de radiologie, avec des délais prolongés et un impact sur la charge de travail médicale.

    Pour répondre à ces tensions, les chercheurs ont constitué un corpus de plus de 220 000 examens IRM issus d’un grand système de santé universitaire. Sur cette base, ils ont développé Prima, un modèle fondation reposant sur une architecture hiérarchique de vision par ordinateur. Conçue pour extraire des caractéristiques générales et transférables en IRM clinique réelle.

    L’objectif affiché est de dépasser les approches centrées sur une tâche unique, en proposant un socle commun exploitable pour de multiples indications neurologiques.

    52 diagnostics évalués en vie réelle

    Prima a été déployé dans une étude à l’échelle du système de santé sur une période d’un an, incluant 29 431 IRM réalisées en pratique courante.

    Le modèle a été évalué sur 52 diagnostics radiologiques couvrant les principaux troubles neurologiques. Il atteint une aire sous la courbe (AUC) moyenne de 92,0 %. Les auteurs indiquent que ces performances dépassent celles d’autres modèles d’IA généralistes et médicaux considérés comme état de l’art.

    Au-delà du score global, l’étude met en avant plusieurs fonctionnalités intégrées :

    • Génération de diagnostics différentiels explicables.
    • Priorisation des examens dans les listes de travail des radiologues.
    • Recommandations d’orientation clinique.

    Les auteurs rapportent également des analyses d’équité algorithmique, montrant des performances homogènes entre différents groupes sensibles.

    Vers des modèles fondation entraînés sur données cliniques massives

    L’article souligne que l’entraînement sur des données à l’échelle d’un système de santé permettrait de capter la variabilité des pratiques et des populations réelles, condition nécessaire à une généralisation robuste.

    Cette approche s’inscrit dans une dynamique plus large de modèles fondation médicaux, entraînés sur des volumes importants de données hétérogènes, avec l’ambition de fournir des briques transversales pour le diagnostic, l’aide à la décision et l’organisation des flux cliniques.

    En démontrant la faisabilité d’un entraînement sur plus de 220 000 IRM et une évaluation prospective sur près de 30 000 examens, les auteurs positionnent Prima comme un exemple d’industrialisation de l’IA en imagerie, articulant performance diagnostique, intégration aux workflows et exigences d’équité.

    Vers un socle universel du diagnostic neurologique

    Avec Prima, on passe d’algorithmes spécialisés à un modèle fondation en neuro-imagerie, entraîné à l’échelle industrielle sur plus de 220 000 IRM issues d’un système de santé réel.

    Ce changement d’échelle ne vise pas seulement la performance diagnostique (déjà élevée) mais l’intégration dans les workflows cliniques, la priorisation des examens et l’optimisation des flux face à la surcharge des services de radiologie.

    En étant évalué prospectivement sur près de 30 000 examens et 52 diagnostics en conditions réelles, le modèle franchit un cap en matière de crédibilité.

  • AVC : le CHU de Martinique déploie l’IA RAPID ANGIO en salle d’angiographie

    Le Centre Hospitalier Universitaire de Martinique annonce le déploiement de la solution d’intelligence artificielle RAPID ANGIO en salle de neuroradiologie interventionnelle, lors des procédures de thrombectomie mécanique.

    La thrombectomie mécanique consiste à retirer le caillot responsable de l’obstruction d’une artère cérébrale. Elle est réalisée par les équipes de neuroradiologie interventionnelle du CHU dans une salle d’angiographie dédiée.

    L’IA n’est pas seulement mobilisée en amont d’un diagnostic, elle accompagne le geste médical

    Intégrée à l’équipement d’angiographie, la solution analyse les images produites pendant l’intervention. Elle permet de visualiser les zones cérébrales atteintes, d’identifier les tissus potentiellement récupérables et d’éclairer les choix du neuroradiologue.

    L’IA est souvent utilisé comme un outil d’aide à la décision, avant l’acte. Ici, la solution RAPID ANGIO intervient au moment même de la procédure.  Dans le contexte de l’AVC, où la rapidité conditionne la limitation des séquelles neurologiques, cet usage contribue à raccourcir les temps décisionnels. Car dans ce genre de situation, des biais cognitifs peuvent influencer l’évaluation clinique et le pronostic.

    L’analyse automatisée des images permet une lecture standardisée et rapide des paramètres critiques, une objectivation des décisions et un structuré des informations entre professionnels impliqués.

    Selon Santé publique France, près de 900 patients sont hospitalisés chaque année en Martinique pour un AVC. L’intégration de l’IA en neuroradiologie interventionnelle marque une étape dans l’évolution des organisations hospitalières face aux pathologies temps-dépendantes.

  • Santé mentale : un plan pour ramener les délais d’accès aux soins de 2 à 5 ans à moins de 3 mois, et sortir de l’exception française

    Commandé par Yannick Neuder, et remis en février à la ministre Stéphanie Rist, le rapport sur le repérage et l’intervention précoce propose dix mesures pour généraliser un modèle déjà déployé dans 68 dispositifs en France.

    Dans le prolongement de la Grande Cause nationale, l’objectif est de : réduire l’errance, limiter les hospitalisations sous contrainte et inscrire la psychiatrie dans une logique d’investissement public.

    Rédigé par la Dre Rachel Bocher (CHU de Nantes), la Pr Marie-Odile Krebs (GHU Paris Psychiatrie & Neurosciences, Université Paris Cité, RHU PsyCARE) et Angèle Malâtre-Lansac (Alliance de la Santé Mentale), le document s’appuie sur plus de 100 auditions conduites entre novembre 2025 et février 2026.

    Sortir du “millefeuille” et sécuriser la transition 15-25 ans

    Le rapport dresse un constat sévère : multiplication des dispositifs, hétérogénéité des missions, ruptures entre pédopsychiatrie et psychiatrie adulte, absence de pilotage national. Pour les familles, le système est jugé illisible. L’intervention précoce introduit une logique de parcours gradué plutôt qu’une juxtaposition de structures. Elle vise à clarifier les rôles : première ligne (repérage), seconde ligne (évaluation spécialisée), équipes intensives pour situations complexes. La période 15–25 ans, souvent décrite comme un angle mort organisationnel, devient un axe structurant.

    Passer d’une psychiatrie de crise à une stratégie de prévention

    Il ne s’agit plus d’uniquement soigner des troubles installés, mais d’intervenir avant la bascule dans la chronicité.

    L’analogie est revendiquée par ses autrices : en santé mentale, l’intervention précoce doit jouer le rôle que le dépistage organisé a joué en cancérologie ou que la prise en charge rapide de l’infarctus a représenté en cardiologie. Aujourd’hui, les jeunes accèdent encore aux soins spécialisés après plusieurs années d’errance. Pour un premier épisode psychotique, les délais sont estimés entre deux et cinq ans, alors que la littérature recommande une durée de psychose non traitée inférieure à trois mois.

    La réforme proposée repositionne la psychiatrie comme politique structurelle de prévention, dans le prolongement de la Grande Cause nationale santé mentale.

    Une urgence générationnelle

    Le sujet dépasse le champ clinique. Entre 63 % et 75 % des troubles psychiatriques débutent avant 25 ans. Environ 15 000 nouveaux cas de psychose surviennent chaque année en France.

    Les conséquences sont éducatives, professionnelles et sociales : ruptures scolaires, décrochages universitaires, difficultés d’insertion, isolement. Réduire les délais d’accès aux soins, c’est limiter ces ruptures. Le rapport insiste sur la nécessité d’intervenir au stade des symptômes atténués : en l’absence de prise en charge, près d’un tiers des jeunes présentant un état mental à risque évolueront vers un trouble psychotique constitué. La santé mentale est un déterminant d’avenir pour une génération entière.

    1 € investi pourrait en économiser 15 pour les finances publiques

    L’intervention précoce n’est pas présentée uniquement comme une exigence sanitaire. Elle est aussi documentée sous l’angle médico-économique.

    Les travaux cités par le rapport, notamment ceux de la London School of Economics, estiment qu’une unité monétaire investie dans l’intervention précoce pour la psychose permet d’économiser l’équivalent de 15 unités en coûts futurs (hospitalisations, rechutes, désinsertion). La psychiatrie peut-elle être pensée comme un investissement à retour mesurable pour les finances publiques ?

    Rattraper un retard international

    Le modèle proposé n’est pas expérimental. Il est structuré depuis les années 1990 en Australie, au Royaume-Uni, au Canada ou au Danemark. Ces pays ont intégré l’intervention précoce dans leur panier de soins national, avec des cahiers des charges, des indicateurs et un maillage territorial défini. La France, elle, fonctionne encore sur des initiatives locales hétérogènes, sans cadre national stabilisé. Le rapport marque une volonté d’alignement avec des standards internationaux validés scientifiquement.

    Un modèle déjà opérationnel sur le terrain

    L’enjeu n’est plus d’expérimenter, mais de généraliser

    Le réseau Transition, adossé notamment au RHU PsyCARE, recense aujourd’hui 68 dispositifs d’intervention précoce en France, dont 17 à vocation régionale. Les données disponibles montrent une réduction de la durée médiane de psychose non traitée à 4,5 mois dans ces dispositifs spécialisés, contre plusieurs années dans le droit commun. Ces équipes pluridisciplinaires, organisées autour d’un case manager, proposent des évaluations rapides (moins de sept jours en situation non programmée), des prises en charge ambulatoires de deux à trois ans et une articulation renforcée avec les secteurs.

    Réduire les ruptures de parcours par le numérique

    Le rapport intègre le numérique comme un outil en faveur de l’intervention précoce. Il recommande le déploiement d’auto-questionnaires en ligne, comme PRIMO, afin de faciliter le repérage et l’orientation des jeunes dès les premiers signes. Il préconise également le développement des téléconsultations et de la télé-expertise, avec la création d’une cotation spécifique pour les situations complexes en psychiatrie des jeunes.

    Au-delà de l’accès, le numérique est envisagé comme un outil de maintien du lien (SMS, suivi à distance, dispositifs “aller-vers”) —adapté aux usages des 15-25 ans et susceptible de limiter les ruptures de parcours.

    Un moment charnière

    Les preuves internationales existent, les dispositifs pilotes fonctionnent et les recommandations sont formulées. Reste la décision politique de passage à l’échelle : maillage territorial, financement pérenne, pilotage national, inscription dans les Programmes régionaux de santé.

    Récapitulatif des 10 mesures :

    • Cartographier les ressources territoriales : Établir, à l’échelle de chaque territoire, une cartographie exhaustive des acteurs impliqués dans le repérage, l’orientation et les soins, rendue publique et intégrée aux PTSM et CPTS.
    • Repenser l’articulation repérage, orientation, soins : Former les professionnels de première ligne (médecins généralistes, personnels scolaires, acteurs associatifs), développer la littératie en santé mentale et les outils numériques comme le questionnaire PRIMO, autoriser l’auto-adressage et réserver des créneaux dédiés en CMP pour les primo-accédants.
    • Créer un centre national ressource : Ce centre définirait un cahier des charges national des DIP, coordonnerait la formation (DIU DIPPPEJAAD, formation au case management), harmoniserait les indicateurs et accompagnerait le déploiement territorial.
    • Mailler le territoire : Implanter un dispositif pour 300 000 à 500 000 habitants, avec des centres régionaux capables de gérer les situations complexes et des équipes de proximité assurant un panier de soins minimal.
    • Former massivement les professionnels : développer une culture commune entre pédopsychiatrie et psychiatrie adulte, et entre sanitaire, médico-social et éducation nationale.
    • Favoriser le changement de pratiques : Soutenir les communautés de pratiques territoriales et les équipes mixtes 15-25 ans.
    • Déployer les technologies numériques : Téléconsultations, télé-expertises, questionnaires d’orientation en ligne et outils mobiles pour maintenir le lien.
    • Garantir un financement pluriannuel : Sortir d’une logique d’appels à projets successifs pour sécuriser les équipes et limiter les inégalités territoriales.
    • Soutenir la recherche : Renforcer l’évaluation médico-économique, notamment dans le cadre des expérimentations financées par le Fonds d’Innovation Organisationnelle en Psychiatrie et l’article 51 (DIPPE).
    • Renforcer la co-construction avec les usagers : Associer jeunes et familles à la conception des dispositifs et intégrer la pair-aidance.

    10 mesures d’urgence pour le repérage et l’intervention précoce en santé mentale 

     

  • Selon le MIT, 95 % des projets d’IA générative aux US échouent à créer de la valeur, le pilote ne suffit plus, l’échelle doit être pensée dès l’origine

    Le rapport 2025 du Massachusetts Institute of Technology indique que 95 % des projets d’IA en entreprise ne produisent pas de valeur mesurable. En santé, ce taux agit comme un signal : l’obstacle n’est pas d’abord algorithmique, mais organisationnel, stratégique et opérationnel.

    Ce chiffre ne traduit pas spécialement l’immaturité de l’IA. Il met en évidence les limites des organisations à absorber l’innovation.

    Des problèmes récurrents dans les systèmes de santé freinent le déploiement de l’IA (silos IT, dette technique accumulée, gouvernance fragmentée, priorités concurrentes). La question se déplace donc d’un « modèle performant » vers un « système capable d’intégrer et de soutenir l’innovation ».

    L’enjeu n’est plus de démontrer la supériorité d’un algorithme en environnement contrôlé, mais de vérifier que l’organisation est prête à en porter les implications associées.

    Les 90 premiers jours d’un produit doivent intégrer simultanément architecture logicielle, exigences réglementaires, modèle commercial et support opérationnel. Les acteurs capables d’articuler produit, gouvernance et adoption clinique dès l’origine se distinguent de ceux qui misent uniquement sur la démonstration technologique.

    Pour les investisseurs, la question devient : la logique de croissance rapide est-elle compatible avec des cycles d’intégration hospitaliers lents et exigeants ?

    Par exemple Forward Health, valorisée 650 millions de dollars, avait développé des CarePods présentés comme des cabinets médicaux automatisés. L’entreprise a cessé ses activités fin 2024, confrontée à la complexité opérationnelle et à la difficulté de maintenir le modèle à grande échelle. Olive AI, valorisée jusqu’à 4 milliards de dollars et déployée dans près de 900 hôpitaux, a cédé ses activités principales en 2023 après une expansion rapide et des difficultés opérationnelles.

    Ces cas rappellent qu’une valorisation financière ne valide pas une viabilité opérationnelle. L’IA ne simplifie pas mécaniquement les systèmes de soins : elle en augmente la complexité en introduisant de nouvelles dépendances techniques, réglementaires et organisationnelles.

    Ils marquent la fin d’une phase dominée par le marketing “AI-powered” et l’entrée dans une phase “AI-integrated”, centrée sur l’intégration progressive et la compatibilité avec les contraintes hospitalières.

    L’échelle ne peut plus être considérée comme un objectif ultérieur ; elle doit être le point de départ

    Depuis une décennie, les établissements multiplient les pilotes. Beaucoup produisent un signal positif à court terme : visibilité interne, communication externe, démonstration d’ouverture à l’innovation. Mais le pilote crée parfois une illusion de progression stratégique. Conçues pour séduire lors des démonstrations, certaines solutions ne sont pas pensées pour survivre aux files d’attente IT, aux arbitrages budgétaires ou aux exigences de sécurité.

    Le pilote n’est pas une preuve de valeur durable. Il constitue un test de robustesse organisationnelle. Si l’architecture logicielle, le modèle économique et les processus de support ne sont pas conçus pour l’échelle dès l’origine, le passage en production devient un point de rupture.

    La gouvernance, véritable goulot d’étranglement

    L’intelligence artificielle devient un sujet de risk management autant que d’innovation.

    Les échecs tardifs s’expliquent fréquemment par une accumulation de « dette de validation » : modèles peu explicables, modifications non documentées, intégrations ad hoc, supervision insuffisante.

    Lors du passage à l’industrialisation, les équipes conformité et sécurité examinent des critères précis : certification SOC 2, gestion des accès aux données de santé (PHI), traçabilité, positionnement dans l’architecture existante, capacité de maintien sur cinq ans. L’incapacité à répondre de manière structurée conduit souvent à l’arrêt du projet après 12 à 18 mois.

    La conformité devient ainsi un facteur différenciant. Les équipes gouvernance ne constituent pas un frein à l’innovation, mais un filtre de survie. En santé, l’IA ne se vend pas d’abord aux médecins : elle doit d’abord convaincre les responsables du risque, de la sécurité et de la qualité.

    Le temps médical devient l’indicateur clé du ROI numérique

    Dans un contexte de pénurie de ressources humaines et de pression réglementaire, le temps médical devient une unité de mesure centrale.

    Chaque clic supplémentaire, chaque double saisie, chaque interruption crée une charge cumulative. Si une solution ne réduit pas la charge cognitive ou ne restitue pas un volume de temps mesurable (par exemple 15 à 20 minutes par poste et par jour) son retour sur investissement devient difficile à démontrer.

    La promesse de l’IA se déplace ainsi de la « performance algorithmique » vers les « minutes restituées ». Le temps soignant devient une métrique à la fois économique et sécuritaire, liée à la capacité, à la qualité des soins et à la prévention de l’épuisement professionnel.

    Le mid-market hospitalier, marché décisif

    La majorité des soins aux États-Unis est délivrée par des hôpitaux communautaires de taille intermédiaire, disposant de marges plus faibles et d’équipes IT restreintes. Or de nombreuses solutions sont conçues pour les centres académiques disposant de ressources importantes. Ce décalage stratégique limite l’adoption réelle. Le marché déterminant n’est pas celui des hôpitaux vitrines, mais celui des établissements de 200 à 300 lits capables d’absorber des intégrations légères, des déploiements rapides et des modèles opérationnels autonomes.

    Dans ces environnements, la simplicité opérationnelle prévaut sur la sophistication technologique.

    L’écosystème entre dans une phase de maturité. L’enthousiasme centré sur la seule performance algorithmique laisse place à une exigence d’intégration, de traçabilité et de soutenabilité. Le critère de sélection évolue : la robustesse organisationnelle devient aussi déterminante que la précision des modèles. Pour les établissements de santé, comme pour les investisseurs, la question n’est plus de savoir si l’IA fonctionne en laboratoire. Elle est de déterminer si l’organisation, l’architecture et la gouvernance sont capables de l’absorber durablement.

  • Cartographier pour agir : Chiffres, données de marché, acteurs, cas d’usage et solutions du numérique pour les maladies rares

    Insights :

    • Le premier AMI de l’association Radar pour l’IA en santé a reçu 12 candidatures et en a retenu 4 (dont AXIA, AIDY, MAG4Epirare EDS, AccelRare), ciblant explicitement la réduction de l’errance diagnostique dans des pathologies complexes.
    • Le PNMR4 prévoit une application mobile « France Maladies Rares », connectée à la BNDMR, pour permettre aux patients de contrôler leurs données, leurs consentements et de contribuer par des questionnaires et retours d’expérience.
    • AccelRare permet aux médecins de premier recours de suspecter 270 maladies rares avec traitement ou prise en charge en 5 à 10 minutes, et améliore la performance diagnostique des professionnels de 47% à 73%.
    • La Plateforme Maladies Rares, hébergée à l’hôpital Broussais, joue un rôle de hub unique en Europe en combinant plaidoyer patient (Alliance Maladies Rares, Eurordis), financement (AFM‑Téléthon, Fondation Maladies Rares) et information publique.
    • La cartographie recense 28 solutions d’IA couvrant tout le continuum, de la drug discovery au suivi et à la formation, dans un contexte où environ 3 millions de personnes sont concernées en France et où de nombreuses pathologies présentent un délai moyen de diagnostic de 2–3 ans, pouvant atteindre 5–15 ans.
    • Seule une personne atteinte de maladies rares sur deux dispose d’un diagnostic précis, et pour plus d’un quart des patients le délai diagnostique dépasse cinq ans, générant errance et prises en charge inadaptées.
    • L’enrichissement des bases de données par du texte clinique non structuré augmente de 73,5% le nombre de patients éligibles aux analyses longitudinales et réduit de 30% les erreurs standard dans la modélisation de la progression de certaines maladies rares.

    📌 Maladies rares : 3 millions de patients, 223,5 M€ par an et un tournant numérique structurant

    Les maladies rares touchent près de 3 millions de personnes en France, pour plus de 8 000 pathologies, dont environ 80% d’origine génétique. Seul un patient sur deux bénéficie d’un diagnostic précis et, pour plus d’un quart, le délai dépasse cinq ans, créant une errance diagnostique et des prises en charge inadaptées. Le PNMR4 mobilise 223,5 M€ par an jusqu’en 2030, dont 188,7 M€ pour les centres et filières, et finance la labellisation de 132 nouveaux centres de référence, portant le total à 603. La structuration des données via la BNDMR, Orphanet et les plans nationaux, couplée aux outils numériques (télémédecine, DMP, séquençage génomique), vise à harmoniser les protocoles, mutualiser les cohortes et faire des maladies rares un laboratoire d’innovation pour la médecine de précision.

    👉 Plus de détails sur «Maladies rares : données, numérique et expertise, un changement d’échelle porté par la coopération européenne – Health & tech»

     

    📌 IA et maladies rares : 35 études internationales pour transformer diagnostic, essais et thérapeutiques

    Les maladies rares affectent entre 300 et 400 millions de personnes dans le monde, mais plus de 90% restent sans thérapie efficace, avec de longs délais diagnostiques et des prises en charge limitées. L’article synthétise 35 publications récentes (2024‑2026) issues de grandes institutions européennes, nord‑américaines et asiatiques, couvrant IA pour la découverte de médicaments, le diagnostic précoce, la pharmacovigilance et les technologies de santé numérique. Des approches comme les jumeaux numériques, les modèles génératifs, l’apprentissage fédéré, les algorithmes few‑shot et les frameworks multimodaux montrent des gains d’efficacité, une meilleure précision diagnostique et une optimisation des essais cliniques, tout en restant majoritairement au stade de preuve de concept. L’article met en avant les enjeux de données FAIR, d’équité, de validation clinique robuste et de gouvernance algorithmique pour transformer ces avancées techniques en bénéfices réels pour les patients.

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    📌  223,5 M€ par an et 603 centres : comment le PNMR4 structure la recherche et les données en 2026

    Le PNMR4 2025‑2030 finance 223,5 M€ par an, dont 36 M€ pour 132 nouveaux centres de référence (603 au total) et 188,7 M€ pour les centres et filières, ainsi que des plateformes Outre‑mer, PNDS, ETP et formation. À l’échelle européenne, des programmes comme EU4Health, l’European Joint Programme on Rare Diseases, les ERN ou ERA‑Net E‑Rare structurent des cohortes transnationales, harmonisent les protocoles et soutiennent des bases de données interopérables. L’article insiste sur le rôle stratégique d’infrastructures telles que la BNDMR, Orphanet et les plateformes de génomique pour mutualiser les données, soutenir la médecine de précision et rendre l’IA opérationnelle dans les parcours de soins.

    👉 Plus de détails sur «Maladies rares : dispositifs coordonnés pour soutenir la recherche, structurer les données et accélérer l’usage de l’IA en santé en 2026 – Health & tech»

     

    📌 PNMR4 et France Médecine Génomique : le numérique au cœur des parcours en maladies rares

    Le Plan France Médecine Génomique 2025 et le PNMR4 structurent l’usage du numérique dans les parcours de soins, du diagnostic aux traitements. Des plateformes de séquençage haut débit, appuyées sur des algorithmes d’IA, affinent les diagnostics et orientent vers des thérapies adaptées, tandis que l’IA appliquée à l’imagerie aide à détecter précocement des anomalies rares. Le DMP, les plateformes collaboratives, la télémédecine et la télé‑expertise facilitent la coordination entre spécialistes et réduisent les inégalités territoriales, pendant que la BNDMR centralise les données cliniques pour la recherche et les cohortes. Avec environ 80% des maladies rares d’origine génétique, ces dispositifs en font un terrain privilégié pour la médecine de précision, dont les avancées diffusent ensuite vers des pathologies plus fréquentes.

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    📌 🎙️ Application France Maladies Rares : IA, LLM et hub collaboratif au service des 95% de patients sans traitement approuvé

    L’écosystème des maladies rares accélère sa transformation numérique, avec une application France Maladies Rares connectée à la BNDMR et adossée au logiciel BaMaRa pour structurer un set minimal de données standardisé. Dans un contexte où seulement 5% des maladies rares disposent d’un traitement approuvé, l’enjeu se déplace vers le diagnostic, l’orientation et l’accompagnement des 95% restants grâce à des outils d’IA (reconnaissance faciale, scan dentaire) et à des modèles de langage capables de pré-remplir automatiquement les bases à partir de textes libres. Plus d’une centaine d’événements annuels s’appuieront sur un maillage de 23 plateformes d’expertise et de 23 filières pour diffuser l’application, avec des téléphones de démonstration dès le 2ᵉ trimestre afin de tester l’ergonomie en conditions réelles. Pensée comme un hub collaboratif, l’application permettra à l’ensemble des acteurs (associations, professionnels, industriels) de pousser des questionnaires ciblés, dans un cadre éthique et pseudonymisé, pour mieux documenter les parcours et les besoins des personnes concernées.

    👉 Plus de détails sur «« Il aura des téléphones de démonstration [application France Maladies Rares] à partir du 2e trimestre » Victor Hannothiaux, Responsable de l’équipe France Maladies Rares – Health & tech»

    📌🗺️ IA et maladies rares : de Face2Gene à WEST, 14 cas d’usage pour le diagnostic, les essais et la pharmacovigilance

    L’IA améliore le diagnostic (reconnaissance faciale, imagerie, symptom checkers), la conduite des essais cliniques et la pharmacovigilance dans les maladies rares. Des outils comme DeepGestalt/Face2Gene modifient en temps réel les stratégies de tests génétiques, tandis que des symptom checkers optimisés doublent la proportion de cas où la maladie de Fabry est proposée en premier diagnostic (de 17% à 33%). Une revue systématique de 262 essais montre une forte hausse de l’usage des technologies de santé numérique entre 2017‑2020 et 2021‑2024, avec par exemple près de 30% des essais en mucoviscidose intégrant des DHT sur la période récente. L’article met aussi en avant des approches d’IA pour la pharmacovigilance, l’enrichissement de bases de données cliniques (+73,5% de patients éligibles, –30% d’erreur standard) et des frameworks multimodaux ou sécurisés (chiffrement homomorphe) pour un diagnostic plus précoce et plus sûr.

    👉 Plus de détails sur «Maladies rares : 14 cas d’usage d’IA structurés en 6 catégories, du diagnostic génomique au repositionnement thérapeutique – Health & tech»

     

    📌🗺️ Un écosystème de plusieurs milliers d’acteurs pour 3 millions de patients : la galaxie maladies rares en 2026 »

    L’article cartographie un écosystème très dense, associant centres de référence, filières, plateformes de données, associations de patients, industriels, start‑ups d’IA, agences publiques et réseaux européens autour des maladies rares. Il souligne le rôle central de structures comme la Fondation Maladies Rares, EURORDIS‑Rare Diseases Europe, l’ANR, la BNDMR, Orphanet et les ERN pour financer des projets, structurer des registres et porter des standards de données interopérables. La coopération public‑privé et les partenariats internationaux sont mis en avant comme indispensables pour constituer des cohortes suffisamment larges, mutualiser les coûts et partager les expertises dans un contexte de très faible prévalence par pathologie. L’article montre enfin comment cet écosystème interconnecté crée les conditions de diffusion de l’IA, de la génomique et de la médecine de précision, tout en posant des défis de gouvernance, de coordination et d’équité d’accès.

    👉 Plus de détails sur «Maladies rares : un écosystème interconnecté riche de plusieurs milliers d’acteurs – Health & tech»

     

    📌🗺️ 28 solutions d’IA pour les maladies rares : un tableau de bord des usages du diagnostic au suivi

    Ce dernier article se présente comme un dashboard recensant 28 solutions d’intelligence artificielle appliquées aux maladies rares, positionnées selon leurs cas d’usage (diagnostic, triage, imagerie, génomique, essais, suivi, pharmacovigilance). Il met en avant les types d’algorithmes utilisés (deep learning, modèles multimodaux, LLM, jumeaux numériques), les sources de données mobilisées (imagerie, génomique, DSE, registres, capteurs) et le niveau de maturité (preuve de concept, pilote clinique, intégration en routine). Plusieurs solutions ciblent directement la réduction de l’errance diagnostique, la détection de phénotypes rares, le repositionnement de médicaments et l’optimisation des essais dans des indications orphelines. Le tableau de bord illustre la montée en puissance rapide de l’offre, mais aussi la fragmentation des initiatives, la nécessité de cadres d’évaluation harmonisés et l’enjeu d’interopérabilité avec les infrastructures nationales et européennes de données.

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  • PNMR4 : un levier numérique pour structurer les données et les parcours en maladies rares

    Le numérique comme colonne vertébrale du PNMR4

    Le PNMR4 positionne les outils numériques comme supports centraux de ses objectifs, notamment pour réduire les délais diagnostiques, améliorer l’orientation et suivre les parcours des personnes vivant avec une maladie rare. Il articule les registres et bases existantes autour de la Banque nationale de données maladies rares, en cherchant à mieux exploiter ces données pour la recherche, la santé publique et l’évaluation des produits de santé.

    Des données numériques au service des enjeux économiques

    En structurant et en centralisant les données dans la BNDMR, le plan vise à rendre plus efficaces la production d’indicateurs et l’évaluation médico‑économique des thérapies innovantes, dans un contexte de coûts élevés et de faible volumétrie de patients. L’interopérabilité avec les systèmes d’information hospitaliers et la réduction de la double saisie doivent préserver le temps médical, diminuer les coûts de collecte et améliorer la qualité des données utilisées pour la décision et l’attractivité de la France en recherche clinique.

    Un écosystème d’acteurs structuré autour de la BNDMR

    Le PNMR4 consolide un écosystème centré sur la BNDMR, qui fédère filières maladies rares, centres de référence, laboratoires de biologie et établissements de santé contribuant aux bases via BaMaRa ou des flux connectés. Il associe également des acteurs patients et associatifs, ainsi que des partenaires académiques et industriels qui s’appuient sur ces données pour concevoir et évaluer des projets de recherche, des essais ou des dispositifs numériques.

    Un cadre réglementaire renforcé pour les usages numériques

    Le plan insiste sur la qualité, la standardisation et la gouvernance des données, avec des référentiels structurants pour les laboratoires et les centres cliniques, afin de sécuriser la réutilisation des données à des fins de recherche et de santé publique. Il prévoit un dispositif renforcé de pharmacovigilance, notamment pour les prescriptions hors AMM, et articule les projets numériques maladies rares avec les cadres nationaux existants, en intégrant les exigences de protection des données, de consentement et de conformité réglementaire.

    France Maladies Rares : une application pivot pour les patients

    Le PNMR4 prévoit le développement de l’application mobile France Maladies Rares, connectée à la BNDMR, pensée comme point d’entrée unique pour les patients et leurs aidants. Cette application doit leur permettre de contrôler leurs données et leurs consentements, de participer à la production de données (questionnaires, retours d’expérience) et de s’orienter vers des ressources fiables, selon une démarche de co‑conception avec patients, associations, filières et acteurs publics.

  • Intelligence Artificielle et Maladies Rares : Innovations, Défis et Trajectoires de Recherche dans l’Écosystème de Santé Numérique

    Les maladies rares représentent un défi sanitaire d’envergure mondiale, affectant entre 300 et 400 millions de personnes à travers le monde[3]. Malgré cette prévalence collective considérable, plus de 90% de ces pathologies demeurent sans thérapie efficace[1], et la majorité des patients restent non diagnostiqués ou insuffisamment traités en raison de délais diagnostiques prolongés et de l’absence de traitements spécifiques[3]. Dans ce contexte, l’intelligence artificielle offre des perspectives transformatrices pour accélérer la détection, optimiser le développement thérapeutique et améliorer la prise en charge clinique des maladies rares.

    Le présent article synthétise un corpus de 35 publications scientifiques récentes couvrant la période 2024-2026, issues de revues internationales de référence incluant Journal of Chemical Information and Modeling, Trends in Pharmacological Sciences, Nature, Orphanet Journal of Rare Diseases, JMIR AI, et NEJM AI. Ces travaux proviennent d’institutions académiques et cliniques situées en Europe (Université de Coimbra au Portugal, University College London au Royaume-Uni, Charité-Universitätsmedizin Berlin en Allemagne, Università degli Studi di Milano en Italie), en Amérique du Nord (Mayo Clinic et U.S. Food and Drug Administration aux États-Unis, Boston Children’s Hospital et Harvard Medical School), et en Asie (Showa University Northern Yokohama Hospital au Japon). L’analyse couvre les applications de l’intelligence artificielle dans la découverte de médicaments, le diagnostic précoce, la pharmacovigilance, la gestion clinique et les infrastructures de recherche, en mettant l’accent sur les innovations méthodologiques, les résultats quantitatifs et les implications stratégiques pour le secteur de la santé numérique.

    Découverte de Médicaments et Repositionnement Thérapeutique

    État des Lieux et Potentiel Transformateur

    Le développement de médicaments pour les maladies rares présente des obstacles structurels majeurs. Gangwal et Lavecchia, chercheurs en Inde et en Italie, soulignent que les modèles traditionnels de découverte pharmaceutique, caractérisés par des cycles de développement prolongés et des taux d’échec élevés, génèrent des retours sur investissement insuffisants pour ces pathologies[1]. L’adoption de techniques d’intelligence artificielle, englobant le machine learning et le deep learning, permet de surmonter ces limitations en accélérant l’identification de cibles thérapeutiques, le repositionnement de médicaments existants, la découverte de biomarqueurs et l’optimisation des essais cliniques[1].

    Amorim et collaborateurs, affiliés à l’Université de Coimbra et à l’entreprise PURR.AI au Portugal, démontrent que l’intelligence artificielle intègre des données génomiques, cliniques et d’imagerie pour accélérer la détection et la découverte thérapeutique dans le domaine des maladies rares[3]. Cependant, ces auteurs constatent une persistance du fossé entre l’innovation algorithmique et l’impact clinique réel, la plupart des outils d’intelligence artificielle demeurant confinés au stade de preuve de concept[3]. Les avancées récentes dans les modèles génératifs, l’apprentissage fédéré et l’intelligence artificielle explicable ont commencé à surmonter les barrières liées à la rareté des données, aux préoccupations de confidentialité et aux biais algorithmiques[3].

    Infrastructures et Données pour la Recherche Thérapeutique

    Dette et collaborateurs, issus de l’Université de la Sarre en Allemagne et d’institutions internationales, examinent l’application des jumeaux numériques dans le développement de médicaments pour les maladies rares[5]. Leur analyse de 16 études identifie plusieurs techniques de modélisation sous-jacentes, incluant la modélisation pharmacocinétique physiologique, la modélisation pharmacocinétique de population, la modélisation pharmacologique des systèmes quantitatifs et la modélisation du physiome[5]. Bien que ces approches facilitent la stratégie thérapeutique, la modélisation de la progression de la maladie et le support décisionnel clinique, l’implémentation des jumeaux numériques dans le domaine des maladies rares demeure à un stade précoce de développement[5].

    L’intégration de données issues de registres et de dossiers de santé électroniques constitue un levier stratégique pour l’enrichissement des bases de données thérapeutiques. Yadaw et collaborateurs, du National Center for Advancing Translational Sciences aux États-Unis, ont développé un workflow semi-automatisé permettant d’identifier 357 codes ICD-10 et 12 081 codes SNOMED-CT représentant 6 342 maladies rares répartis en 30 classes de linéarisation Orphanet[21]. Cette approche systématique a permis d’identifier 404 735 patients atteints de maladies rares dans une cohorte de 4 835 718 individus positifs à la COVID-19, soit 8,37% de la population étudiée[21]. Les ratios de risque de mortalité et d’hospitalisation pour les différentes classes de maladies rares variaient de 0,23 à 5,28 et de 0,93 à 3,13 respectivement[21].

    Diagnostic Précoce et Reconnaissance Phénotypique

    Technologies de Reconnaissance Faciale et Multimodale

    L’identification précoce des maladies rares constitue un enjeu clinique majeur, les délais diagnostiques prolongés entraînant une progression pathologique et des coûts sanitaires substantiels. Rudy et collaborateurs, représentant des institutions américaines, géorgiennes et italiennes, présentent 17 cas cliniques impliquant 19 patients pour lesquels la technologie DeepGestalt, intégrée dans l’application Face2Gene, a modifié les décisions de tests génétiques des médecins généticiens en temps réel[13]. Cette technologie de reconnaissance faciale avancée permet d’orienter une stratégie de test plus efficace dans les situations où les défis cliniques incluent l’étendue limitée de l’expérience du clinicien, l’absence de dysmorphologie distinctive ou chevauchante, les présentations atypiques et les difficultés d’identification phéno typique à travers différentes ancestralités[13].

    Wang et collaborateurs, du Shanghai Health Development Research Center en Chine, identifient des applications de l’intelligence artificielle centrées sur le support décisionnel diagnostique, le phénotypage, le suivi de la progression et la stratification des risques[14]. Les algorithmes d’apprentissage few-shot, conçus pour surmonter la rareté des données, et les modèles fondamentaux validés cliniquement améliorent la cohérence diagnostique entre institutions[14]. Les frameworks d’intelligence artificielle multimodaux, intégrant imagerie, données génomiques et phénotypiques, augmentent la précision diagnostique[14].

    Performance Comparative et Intégration Clinique

    Sendtner et collaborateurs, de l’Hôpital Universitaire de Bonn en Allemagne, ont comparé les performances de l’outil de diagnostic différentiel Isabel Healthcare DDx companion avec celles de conférences de cas interdisciplinaires sur une cohorte de 100 patients d’âge moyen de 44 ans[24]. L’outil et les conférences ont généré un total de 727 suggestions diagnostiques[24]. Parmi les dix premiers diagnostics suggérés par Isabel Healthcare DDx companion, 28% correspondaient à au moins un diagnostic identifié lors des conférences de cas interdisciplinaires[24]. Les diagnostics suggérés comme plus probables par l’outil présentaient une corrélation plus élevée avec les diagnostics différentiels et les procédures identifiés lors des conférences, suggérant un alignement potentiel dans les processus de prise de décision clinique[24].

    Frias et collaborateurs, de l’Hôpital Sant Joan de Déu en Espagne, abordent le défi de l’utilisation de techniques d’intelligence artificielle dans le diagnostic de la dystrophie musculaire congénitale liée au collagène VI à partir d’images de microscopie confocale[17]. Leur étude démontre qu’en utilisant des procédures appropriées de gestion et d’entraînement des données, il est possible de dériver un classificateur hautement précis même avec une quantité limitée de données d’entraînement, en appliquant à la fois des techniques classiques de machine learning et des approches modernes de deep learning[17].

    Pharmacovigilance et Surveillance des Effets Indésirables

    Limites des Systèmes Conventionnels

    La pharmacovigilance pour les maladies rares présente des lacunes considérables dans les mesures conventionnelles, susceptibles d’entraîner des problèmes de sécurité significatifs, particulièrement dans le monitoring de l’efficacité des médicaments orphelins[2]. Jain et Adenwala, chercheurs chez Curis Inc. et Seres Therapeutics Inc. aux États-Unis, identifient les systèmes de notification d’événements indésirables inefficaces, le faible taux d’enrôlement de patients et la surveillance faible des signaux comme obstacles à l’évaluation efficace de la sécurité des maladies rares[2].

    Potentiel de l’Intelligence Artificielle et du Machine Learning

    Les technologies d’intelligence artificielle et de machine learning offrent la possibilité d’automatiser la notification des événements indésirables en intégrant des données provenant de sources multiples et en augmentant la sensibilité de la détection des risques[2]. Les auteurs identifient des préoccupations techniques et réglementaires telles que la confidentialité et l’explicabilité des modèles comme obstacles à l’adoption de l’intelligence artificielle dans la pharmacovigilance[2]. Toutefois, si elle est correctement intégrée dans le système, cette technologie présente le potentiel d’améliorer le monitoring du traitement des maladies rares et d’augmenter le taux de développement de nouvelles thérapies[2].

    Technologies de Santé Numérique et Essais Cliniques

    Adoption des Technologies de Santé Numérique

    Mao et collaborateurs, affiliés à la Tsinghua University en Chine, aux institutions australiennes, américaines et européennes, ont conduit une revue systématique de 262 études identifiées via ClinicalTrials.gov et d’autres registres internationaux jusqu’au 26 juin 2024[9]. Les applications de technologies de santé numérique ont été classifiées en recrutement de patients, traitement numérique, surveillance et collecte de données, évaluation des résultats, suivi à distance et gestion des soins à long terme[9].

    Application DHT Proportion Description
    Surveillance et collecte de données 31,3% Suivi continu des paramètres physiologiques pertinents pour des conditions spécifiques de maladies rares
    Traitement numérique 21,8% Principalement physiothérapie numérique

     

    Table 1: Distribution des applications de technologies de santé numérique dans les essais cliniques de maladies rares

    Une augmentation notable de l’adoption des technologies de santé numérique a été observée entre les périodes 2017-2020 et 2021-2024 dans la quasi-totalité des dix maladies étudiées[9]. Entre 2021 et 2024, la mucoviscidose présentait la proportion la plus élevée d’essais intégrant des technologies de santé numérique par rapport à toutes les études menées pour cette pathologie, soit 29,7%[9]. Les auteurs proposent un cadre conceptuel 4A incluant l’accessibilité, l’agilité, la sensibilisation et l’adaptabilité pour accélérer le développement thérapeutique et élargir l’accès aux soins pour ces populations de maladies rares sous-desservies[9].

    Cas d’Usage Spécifique : Maladie de Fabry

    Pankow et collaborateurs, de la Charité-Universitätsmedizin Berlin et de l’Hannover Medical School en Allemagne, ont évalué l’intégration de vignettes cliniques dérivées d’experts dans des symptom checkers alimentés par intelligence artificielle pour améliorer la précision diagnostique et la satisfaction utilisateur dans la maladie de Fabry[19]. Trois experts médicaux spécialisés dans les maladies de surcharge lysosomale ont contribué à la création de cinq vignettes cliniques intégrées dans le symptom checker[19]. L’étude a comparé les versions originale et optimisée sur six patients atteints de la maladie de Fabry[19]. La version optimisée a amélioré la précision diagnostique, avec la maladie de Fabry identifiée comme suggestion principale dans 33% des cas, comparativement à 17% avec le modèle original[19]. La satisfaction utilisateur globale était supérieure pour la version optimisée, les participants l’évaluant plus favorablement en termes de couverture des symptômes et d’exhaustivité[19].

    Biocuration Assistée et Représentation Structurée des Connaissances

    Automatisation de l’Annotation Ontologique

    Niyonkuru et collaborateurs, du Jackson Laboratory for Genomic Medicine aux États-Unis et institutions internationales, présentent AutoMAxO, un workflow semi-automatisé exploitant les modèles de langage de grande taille pour rationaliser la biocuration de la Medical Action Ontology[11]. AutoMAxO utilise d’abord les modèles de langage de grande taille pour récupérer des curations candidates à partir de résumés de publications pertinentes, puis les curations candidates sont appariées aux termes ontologiques de MAxO, Human Phenotype Ontology et MONDO disease ontology via une combinaison de modèles de langage de grande taille et de techniques de post-traitement[11]. L’approche a été utilisée pour traiter des résumés liés à 37 maladies génétiques rares et a identifié 958 nouvelles annotations de traitement transférées vers l’ensemble de données d’annotations MAxO[11].

    Implications pour la Standardisation des Données

    Wang et collaborateurs, de l’Institut Imagine en France, démontrent que l’enrichissement des bases de données structurées avec du texte clinique non structuré augmente de 73,5% le nombre de patients éligibles pour l’analyse longitudinale, élargit de 189% les mesures disponibles et étend significativement la durée médiane de suivi de 3,2 à 6,6 ans dans l’étude de la progression de la maladie rénale chronique chez les patients atteints de ciliopathies[23]. L’utilisation de la régression mixte linéaire pour modéliser les trajectoires individuelles du taux de filtration glomérulaire estimé en fonction de l’âge a révélé que l’enrichissement des données réduisait les erreurs standard de 30%, indiquant une augmentation substantielle de la précision et de la fiabilité[23].

    Considérations Éthiques, Réglementaires et Organisationnelles

    Enjeux Éthiques dans l’Ère de la Santé Numérique

    Siderius et collaborateurs, représentant des institutions néerlandaises, australiennes, lituaniennes, indiennes et portugaises, soulignent que pour améliorer les résultats de santé et de bien-être des personnes atteintes de conditions rares, il est nécessaire d’intégrer tous les aspects de la santé et du bien-être[6]. Les technologies de santé numérique peuvent capturer et partager de manière appropriée des données harmonisées entre les prestataires de soins et les personnes concernées[6]. La qualité de la santé numérique dépend de points de données définis reflétant la situation médicale et sociétale réelle et enregistrant les changements lorsque de nouveaux diagnostics ou thérapies deviennent disponibles[6]. Les expériences de vie des individus vivant avec une condition, individuellement ou en groupe, sont sous-représentées dans le monde en voie de digitalisation[6]. Les auteurs considèrent la notion kantienne de noumènes : seuls les individus atteints de conditions rares invalidantes peuvent véritablement transmettre la réalité de vivre avec ces conditions[6].

    Cadre Réglementaire et Défis Techniques

    Refolo et collaborateurs, de l’Università Cattolica del Sacro Cuore en Italie et d’institutions espagnoles, roumaines et italiennes, identifient treize problématiques supplémentaires et leurs questions correspondantes dans l’évaluation éthique, légale et sociale des technologies basées sur l’intelligence artificielle pour la prévention et le diagnostic des maladies rares[20]. Les préoccupations éthiques liées aux maladies rares incluent la connaissance insuffisante de l’historique de la maladie, le manque de données cliniques robustes, l’absence d’outils d’efficacité validés, les risques de surdiagnostic et sous-diagnostic et les seuils ICER inconnus[20]. La médecine défensive a été identifiée comme une problématique légale[20]. Pour les technologies basées sur l’intelligence artificielle, les préoccupations incluent les résultats discriminatoires, l’explicabilité et l’impact environnemental sur le plan éthique, la responsabilité et le remboursement sur le plan légal, et l’implication des patients et les pertes d’emplois sur le plan social[20].

    Papadopoulou et collaborateurs, de l’Université Ionienne en Grèce, soulignent que malgré les avancées, les préoccupations éthiques concernant l’intelligence artificielle dans la médecine de précision demeurent un défi[16]. Aborder ces problématiques nécessite une recherche transdisciplinaire impliquant des praticiens médicaux, des éthiciens et des scientifiques des données pour développer des cadres de validation robustes et des méthodologies de certification[16]. L’objectif est d’assurer une gouvernance algorithmique responsable garantissant des innovations médicales sûres, transparentes et équitables[16].

    Défis de Données et Stratégies d’Atténuation

    Poddar et collaborateurs, de la U.S. Food and Drug Administration, examinent les défis liés aux données limitées dans le développement de médicaments pour les maladies rares et proposent des stratégies d’intégration de l’intelligence artificielle[22]. Les problématiques liées aux petites populations de patients, aux informations limitées sur l’histoire naturelle et à l’hétérogénéité clinique au sein des maladies rares peuvent être abordées par diverses stratégies, incluant l’utilisation de l’intelligence artificielle et de méthodes analytiques avancées, l’exploitation de données détaillées au niveau individuel et l’exploration de la génération de données synthétiques pour surmonter les limitations des petits ensembles de données[22]. L’établissement de bases de données centralisées et la promotion de partenariats public-privé peuvent contribuer à construire un référentiel plus complet des données disponibles[22].

    Cas d’Usage en Vie Réelle et Validation Clinique

    Implémentation dans les Systèmes de Santé

    Greco et collaborateurs, de la Harvard Medical School et du Boston Children’s Hospital, proposent WEST, un transformer faiblement supervisé pour le diagnostic et le sous-phénotypage des maladies rares à partir de dossiers de santé électroniques[33]. Au cœur de WEST se trouve un transformer faiblement supervisé entraîné sur un ensemble limité d’étiquettes validées par des experts et d’étiquettes silver-standard probabilistes extensives dérivées de caractéristiques structurées et non structurées des dossiers de santé électroniques, qui sont itérativement raffinées à travers les cycles d’entraînement pour améliorer la calibration du modèle[33]. L’évaluation de WEST sur deux conditions pulmonaires rares utilisant des données de dossiers de santé électroniques du Boston Children’s Hospital démontre qu’il surpasse les méthodes existantes en termes de classification de phénotype, d’identification de sous-phénotypes cliniquement pertinents et de prédiction de la progression de la maladie[33].

    Abugabah et collaborateurs, de la Zayed University aux Émirats Arabes Unis et d’institutions indiennes, présentent un framework de santé multimodal intelligent intégrant dossiers de santé électroniques, séquences génomiques et imagerie médicale pour améliorer la détection des maladies rares[26]. Le framework utilise Swin Transformer pour extraire des caractéristiques visuelles hiérarchiques dans les scans radiographiques, Med-BERT et Transformer-XL pour apprendre les relations sémantiques et temporelles à long terme dans les narratifs longitudinaux de dossiers de santé électroniques, et un encodeur basé sur Graph Neural Network pour apprendre les relations fonctionnelles et structurelles dans les séquences génomiques[26]. L’alignement de la représentation cross-modale est renforcé par un mécanisme de Knowledge-Guided Contrastive Learning exploitant les ontologies de maladies rares d’Orphanet pour améliorer l’interprétabilité du modèle et l’infusion de connaissances[26]. Le Nutcracker Optimization Algorithm est proposé pour optimiser les hyperparamètres, calibrer les mécanismes d’attention et améliorer la fusion multimodale[26]. Les résultats expérimentaux sur les ensembles de données MIMIC-IV, ClinVar et CheXpert montrent que le framework surpasse significativement les références multimodales de l’état de l’art en termes de précision et de robustesse du diagnostic précoce des maladies rares[26].

    Confidentialité et Sécurité des Données

    Rajaganapathy et collaborateurs, de la Mayo Clinic et de l’University of Texas Health Science Center aux États-Unis, développent un framework de diagnostic assisté par modèles de langage de grande taille préservant la confidentialité des patients en exploitant le chiffrement homomorphe, avec le diagnostic de maladies rares comme application représentative[30]. Les textes des antécédents des patients et d’une base de connaissances sur les maladies rares ont été intégrés par les modèles de langage de grande taille dans des vecteurs, puis chiffrés en utilisant le chiffrement homomorphe pour obscurcir les informations privées tout en conservant les nuances sémantiques[30]. Les recommandations diagnostiques ont été générées en calculant et classant les similitudes entre l’historique du patient et les vecteurs de maladies rares dans l’espace chiffré[30]. Le système a été évalué en utilisant 50 rapports de cas synthétiques couvrant cinq maladies rares avec dix rapports chacune[30]. L’application du chiffrement homomorphe a protégé les informations privées contre les attaques de reverse-embedding[30]. Le chiffrement homomorphe a imposé peu de perturbations à la précision diagnostique, avec des valeurs de normalized discounted cumulative gains de 0,6108 ± 0,3412 pour les données chiffrées contre 0,6083 ± 0,3415 pour les données non chiffrées[30].

    Stratégies d’Intégration dans les Systèmes de Santé Africains

    Gamba et Magili, de l’Université de Liverpool au Royaume-Uni et de la Tanzania Human Genetics Organization en Tanzanie, soulignent la nécessité d’intégrer les maladies rares dans les stratégies de santé numérique de l’Afrique[18]. Cette perspective met en lumière les disparités géographiques dans l’accès aux technologies d’intelligence artificielle et la nécessité de stratégies d’implémentation contextualisées tenant compte des infrastructures sanitaires locales, des capacités techniques et des cadres réglementaires spécifiques aux contextes à ressources limitées.

    Discussion et Implications Stratégiques

    Synthèse des Acquis et Trajectoires de Recherche

    L’analyse du corpus de 35 publications scientifiques révèle une dynamique d’innovation soutenue dans l’application de l’intelligence artificielle aux maladies rares, avec des avancées significatives dans quatre domaines structurants : la découverte de médicaments et le repositionnement thérapeutique, le diagnostic précoce par reconnaissance phénotypique, la pharmacovigilance automatisée et l’optimisation des essais cliniques via les technologies de santé numérique. Les données quantitatives extraites des études démontrent des gains d’efficience substantiels, incluant une augmentation de 73,5% du nombre de patients éligibles pour les analyses longitudinales, une réduction de 30% des erreurs standard dans la modélisation de la progression pathologique, et une amélioration de la précision diagnostique passant de 17% à 33% avec l’intégration de vignettes cliniques expertes dans les symptom checkers.

    Les modèles génératifs, l’apprentissage fédéré et l’intelligence artificielle explicable émergent comme solutions technologiques prioritaires pour surmonter les contraintes structurelles de rareté des données, de confidentialité et de biais algorithmiques[3]. L’adoption de techniques d’apprentissage few-shot et de frameworks multimodaux intégrant données génomiques, cliniques et d’imagerie constitue une réponse méthodologique adaptée à la dispersion et à la faible prévalence caractéristiques des maladies rares[14].

    Lacunes Actuelles et Impératifs de Développement

    Malgré ces avancées, un fossé persistant sépare l’innovation algorithmique de l’impact clinique tangible, la majorité des outils d’intelligence artificielle demeurant confinés au stade de preuve de concept[3]. Amorim et collaborateurs identifient des priorités techniques, éthiques et infrastructurelles incluant l’équité, les données FAIR et la coordination globale comme conditions nécessaires à la traduction de l’intelligence artificielle pour les maladies rares en bénéfices cliniques tangibles[3].

    Les défis méthodologiques identifiés incluent l’hétérogénéité des approches de validation, l’absence d’essais contrôlés randomisés publiés spécifiques aux maladies rares, et la prédominance d’études observationnelles mono-centriques de petite taille[29]. Cette situation limite les inférences sur l’efficacité et l’implémentation routinière des technologies d’intelligence artificielle dans les parcours de soins. L’établissement d’infrastructures de données interopérables, la disponibilité de données de haute qualité, les évaluations prospectives multicentriques et la transparence dans le reporting des algorithmes et workflows constituent des priorités pour une adoption sûre, équitable et scalable alignée avec les priorités européennes et globales en matière de maladies rares[29].

    Implications pour les Acteurs de la Santé Numérique

    Pour les professionnels de santé, l’intégration de l’intelligence artificielle dans les processus diagnostiques et thérapeutiques des maladies rares nécessite une formation spécifique aux outils numériques, une compréhension des limites et biais algorithmiques, et le maintien d’une garantie humaine dans la prise de décision clinique[4]. Germain et collaborateurs, de l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines en France, soulignent que l’utilisation de technologies d’intelligence artificielle dans les soins de santé peut générer des risques éthiques spécifiques, ce qui incite à l’établissement de nouveaux cadres réglementaires en Europe et aux États-Unis visant à aborder ces problématiques tout en assurant que l’implication humaine reste au centre des soins aux patients durant cette révolution technologique[4].

    Pour les dirigeants du secteur de la santé numérique, les opportunités stratégiques incluent le développement de partenariats public-privé pour la constitution de bases de données centralisées, l’investissement dans des infrastructures cloud sécurisées permettant l’apprentissage fédéré, et la conception de modèles économiques adaptés aux spécificités réglementaires et de remboursement des technologies d’intelligence artificielle pour les maladies rares. Les résultats démontrant une réduction des temps de revue de 24,29 ± 12,62 minutes avec ChatGPT comparativement à 42,54 ± 20,43 minutes avec les matériaux de revue traditionnels[19] illustrent le potentiel d’efficience opérationnelle de ces technologies.

    Perspectives d’Évolution et Convergence Technologique

    L’émergence de l’Internet of Medical Things représente une nouvelle frontière à l’ère numérique pour les essais cliniques de maladies rares et le développement pharmaceutique global[34]. L’intégration de biomarqueurs numériques dans le développement thérapeutique pour les maladies rares constitue une perspective identifiée par l’International Rare Diseases Research Consortium[32]. Les avancées dans l’intelligence artificielle génomique, illustrées par les développements de DeepMind[28], offrent des perspectives pour résoudre les mystères des maladies rares en améliorant l’interprétation des variants génétiques et l’identification de mutations pathogènes.

    Conclusion

    L’intelligence artificielle représente un levier transformateur pour surmonter les défis structurels des maladies rares, affectant collectivement des centaines de millions de personnes dans le monde. Les 35 publications analysées, provenant d’institutions académiques et cliniques de référence en Europe, Amérique du Nord et Asie, documentent des avancées significatives dans la découverte de médicaments, le diagnostic précoce, la pharmacovigilance et l’optimisation des essais cliniques. Les données quantitatives extraites démontrent des gains d’efficience substantiels et des améliorations de précision diagnostique mesurables.

    Toutefois, le fossé persistant entre innovation algorithmique et implémentation clinique nécessite une attention stratégique aux priorités techniques, éthiques et infrastructurelles. L’établissement de données FAIR, le développement de cadres réglementaires adaptés, la promotion de partenariats public-privé et la garantie d’une gouvernance algorithmique responsable constituent des conditions nécessaires à la traduction de l’intelligence artificielle en bénéfices cliniques tangibles pour les patients atteints de maladies rares.

    Pour les professionnels de santé et les dirigeants du secteur de la santé numérique, les trajectoires d’innovation documentées offrent des perspectives d’amélioration des parcours diagnostiques et thérapeutiques, tout en imposant une vigilance continue quant aux enjeux éthiques, de confidentialité et d’équité d’accès. La convergence des technologies d’intelligence artificielle, des infrastructures de données interopérables et des modèles organisationnels collaboratifs définit l’horizon stratégique pour l’écosystème de la santé numérique appliqué aux maladies rares.

     

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