La stratégie nationale de recherche en intelligence artificielle (IA), présentée le 28 novembre 2018 à Toulouse par la ministre de l’enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, Frédérique Vidal, et le secrétaire d’État chargé du numérique, Mounir Mahjoubi, sera financée par l’État à hauteur de 665 millions d’euros d’ici à 2022.
L’objectif :
• installer durablement la France dans le top 5 des pays experts en IA à l’échelle mondiale ;
• faire de la France le leader européen de la recherche en IA, comme l’a annoncé en mars le président de la République, Emmanuel Macron, lorsqu’il a dévoilé le plan élaboré à partir du rapport présenté en mars par le député (LREM, Essones) et mathématicien Cédric Villani.
Frédérique Vidal et Mounir Mahjoubi ont révélé les six axes de cette stratégie nationale à l’occasion de la première réunion du comité de pilotage du plan pour l’IA, qu’ils ont coprésidé hier à l’Institut de recherche en informatique de Toulouse (IRIT, université Paul-Sabatier) :
• déployer un programme national pour l’IA piloté par l’Inria : il s’appuiera entre autres sur le réseau des instituts 3IA, dont les 4 projets sélectionnés sont issues de structures impliquées en santé ;
• lancer un programme d’attractivité et de soutien aux talents : visant notamment à doubler le nombre de docteurs formés en IA ;
• dynamiser la recherche en IA à l’Agence nationale de recherche (ANR) : 100 millions d’euros seront consacrés au renforcement de la dotation de l’ANR ;
• renforcer les moyens de calcul dédiés à l’IA : plus de 170 millions d’euros seront consacrés d’ici 2022 à ce projet et un supercalculateur sera mis en place début 2019 ;
• renforcer la recherche partenariale : l’État investira 65 millions d’euros d’ici 2022 pour porter le volume total des projets à au moins 130 millions d’euros ;
• renforcer les coopérations bilatérales, européennes et internationales : en particulier avec l’Allemagne.
Une stratégie en 6 axes
Déployer un programme national pour l’IA piloté par l’Inria
Un programme national, qui sera dirigé par l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria), va être déployé pour permettre de développer l’écosystème de l’intelligence artificielle (IA) française et d’accélérer sa croissance.
Il s’appuiera notamment sur le réseau des instituts 3IA, dont les 4 projets présélectionnés dans le cadre de l’appel ont été annoncés en novembre. Il s’agit des initiatives portées par MIAI@Grenoble-Alpes (Grenoble), 3IA Côte d’Azur (Nice), Prairie (Paris) et Aniti (Toulouse), des instituts fortement impliqués dans la santé (voir article en lien ci-contre).
Lancer un programme d’attractivité et de soutien aux talents
- création de 40 chaires dédiées à l’intelligence artificielle à partir de 2019, en dehors des 3IA ;
- doublement du nombre de docteurs formés en IA par le biais d’un programme spécifique et des actions des 3IA.
Dynamiser la recherche en IA à l’Agence nationale de recherche (ANR)
100 millions d’euros seront dédiés au renforcement de la dotation de l’Agence nationale de recherche (ANR) d’ici 2022, avec un ciblage spécifique sur l’intelligence artificielle.
L’objectif est de développer des projets de recherche, principalement collaboratifs, « au meilleur niveau pour dépasser la frontière des connaissances sur le cœur des technologies de l’IA et sur leurs applications », explique le ministère de lʼEnseignement supérieur, de la Recherche et de lʼInnovation dans un communiqué.
Depuis 2018, 61 projets ont été déjà été soutenus pour un montant de 27 millions d’euros.
Renforcer les moyens de calcul
- Plus de 170 millions d’euros seront consacrés d’ici 2022 pour les moyens de calcul dédiés à l’intelligence artificielle, une somme versée par le gouvernement, conjointement avec la Commission européenne ;
- L’un des plus puissants supercalculateurs en Europe sera installé début 2019 par l’opérateur national de calcul intensif Genci* au centre de calcul de l’IDRIS du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), sur le plateau de Saclay : « Sa puissance de calcul sera supérieure à 10 petaflops /s (1016 opérations par seconde) », précise le ministère ;
- L’accès au calcul sera facilité pour l’ensemble de la communauté de recherche : une procédure d’accès aux moyens de calcul définie par Genci sur recommandation de l’alliance des sciences et technologies du numérique Allistene « sera mise en place en 2019 et permettra de disposer de ressources de calcul à la volée ».
Renforcer la recherche partenariale
65 millions d’euros seront investis par l’État d’ici 2022 pour porter le volume total des projets à au moins 130 millions d’euros.
- 20 millions d’euros supplémentaires seront consacrés au programme « Laboratoire commun » (Labcom), mis en place en 2013 pour « développer le potentiel de partenariat industriel et de transfert existant chez les acteurs de la recherche académique » (source : ANR) ;
- 10 millions d’euros supplémentaires aux Instituts Carnot, le label Carnot ayant pour but de « [valoriser] les structures de recherche qui s’engagent dans la recherche partenariale et [de soutenir] l’effort de recherche et d’innovation des entreprises » (source : ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche) ;
- 35 millions d’euros aux instituts de recherche technologique (IRT).
Renforcer les coopérations bilatérales, européennes et internationales
- renforcer la collaboration franco-allemande ;
- soutenir une stratégie ambitieuse de l’Europe en IA.
La France s’investit dans la préparation de la stratégie sur l’intelligence artificielle européenne et construit une stratégie partagée avec l’Allemagne.
« Le couple franco-allemand est particulièrement performant en matière de recherche, notamment dans le domaine de l’intelligence artificielle », commente le ministère.