Lancé en 2004, le dispositif expérimental « Action de santé libérale en équipe » (Asalée) portant sur la coopération entre médecins généralistes et infirmières concerne actuellement environ 3 000 médecins et 700 infirmières, indique l’Institut de recherche et de documentation en économie de la santé (Irdes), qui présente une typologie des binômes généralistes-infirmières participant au dispositif dans un rapport* publié le 11 mars 2019 (Questions d’économie de la santé n°239 – Février 2019).
Asalée a été mis en place dans l’optique d’améliorer la qualité de prise en charge des patients souffrant de maladies chroniques mais aussi de sauvegarder du temps médical grâce à l’éducation thérapeutique et à une délégation d’actes des médecins généralistes vers les infirmières.
Dans son enquête, l’institut identifie 3 classes de binômes, qui se distinguent par l’intensité de l’activité des professionnels impliqués, leur ancienneté dans le dispositif et leur perception de ses apports, la nature et l’intensité des échanges au sein des binômes ainsi que le contexte ou mode d’exercice des infirmières :
• classe 1 dite « à maturité » (38 % des effectifs) : vision majoritairement positive du dispositif ;
• classe 2 dite « en croissance » (44 % des effectifs) : vision globalement positive de la part des infirmières, plus mitigée du côté des médecins ;
• classe 3 dite « en construction » (18 % des effectifs) : perception modeste des effets du dispositif, investissement faible des médecins.
Cette typologie s’inscrit dans le cadre du programme d’évaluation DAPHNEE de l’expérimentation de coopération de ces professionnels. Elle complète les premiers travaux parus en 2018 par une « analyse quantitative exploratoire » de 1 065 binômes de médecins généralistes et d’infirmières à partir d’une enquête réalisée mi-2015, précise l’Irdes.
Asalée : un dispositif pour améliorer la prise en charge des patients chroniques
Le dispositif Action de santé libérale en équipe (Asalée) est une expérimentation de coopération entre médecins généralistes et infirmières créée en 2004 pour améliorer la prise en charge des maladies chroniques en médecine de ville.
Plus précisément, il vise :
- à améliorer la qualité des prises en charge en soins primaires des patients souffrant de pathologies chroniques (diabète de type 2, broncho-pneumopathie chronique obstructive, risque cardiovasculaire, troubles cognitifs), « à travers une offre d’éducation thérapeutique, voire de prévention primaire et secondaire », explique l’Irdes ;
- à sauvegarder du temps médical par le biais d’une délégation dérogatoire d’actes des médecins vers les infirmières (électro-cardiogramme, spirométrie, prescription d’examens biologiques, examens du pied diabétique et tests de mémoire).
Il s’agit d’un dispositif expérimental bénéficiant de financements spécifiques de la part du ministère en charge de la santé et de l’Assurance maladie, indique l’institut. « L’évolution de ce dispositif s’inscrit dans un contexte où de nouvelles mesures relatives à la mise en place d’assistants médicaux et au développement de pratiques avancées des infirmières sont prévues en 2019 », ajoute-t-il.
Un complément aux analyses qualitatives publiées en 2018
Les précédents travaux, fondés sur des analyses sociologiques à partir d’approches qualitatives, ont été publiés en 2018.
Ils mettaient en évidence :
- le caractère innovant du dispositif en termes organisationnels et structurels au regard de la nature et de la finalité des services rendus, des pratiques et interactions à l’œuvre, du rôle singulier d’intermédiaire entre financeurs et professionnels de l’association Asalée ;
- l’hétérogénéité de la mise en œuvre du dispositif ;
- la diversité des pratiques qui se construisent au sein des binômes de médecins généralistes et d’infirmières, et des interactions entre les professionnels et avec les patients.
« Cette hétérogénéité et cette diversité, qui proviennent tant du contexte pré-existant que de l’organisation mise en place, favorisent l’innovation et l’identification de ses leviers », commente l’Irdes.
La typologie récemment publiée a pour objectif de compléter cette première étude qualitative « par une analyse quantitative exploratoire de 1 065 binômes de médecins généralistes et d’infirmières à partir des résultats d’une enquête menée mi -2 015 », indique l’institut.
Implantation géographique des cabinets accueillant le dispositif Asalée selon le nombre de binômes médecins généralistes-infirmières et le type de territoire de vie
3 classes de binômes : à maturité, en croissance et en construction
Classe 1 (38 % des effectifs) : en maturité
La classe 1 regroupe les binômes les plus anciens dans le dispositif, considérant positivement ses apports et dont l’activité est la plus intense, soit les binômes entrés dans une phase de maturité :
- « binômes de médecins et d’infirmières ayant la plus grande ancienneté et l’activité dans Asalée la plus intense, avec des infirmières à plein temps, axées sur l’Éducation thérapeutique du patient (ETP) et les actes dérogatoires, exerçant dans un seul cabinet, le plus souvent de groupe pluri-professionnel et implanté dans des espaces défavorisés, qui perçoivent positivement l’impact du dispositif » ;
Classe 2 (44 % des effectifs) : en croissance
La classe 2 concerne les binômes en phase de croissance, entrés plus récemment dans le dispositif et présentant une activité intermédiaire :
- « binômes de médecins et d’infirmières récents, à l’activité Asalée moins intense que dans la classe 1, exerçant dans des cabinets de groupe mono ou pluridisciplinaires plus sou-vent situés dans des territoires favorisés. Les infirmières, plus souvent à temps partiel, sont moins orientées sur l’ETP et les actes dérogatoires. Elles travaillent plus souvent dans plusieurs cabinets avec plusieurs médecins. Si les infirmières perçoivent globalement positivement les effets du dispositif, cette perception est plus mitigée pour les médecins » ;
Classe 3 (18 % des effectifs) : en construction
La classe 3 réunit surtout des binômes en construction avec moins de 2 ans d’expérience dans Asalée, et ayant l’activité dans le dispositif la plus faible par rapport aux autres « classes » :
- « Des binômes en construction, dont l’activité Asalée est la plus faible, avec des infirmières à temps partiel, un temps de travail beaucoup moins orienté sur l’ETP et les actes dérogatoires. Les médecins et infirmières exercent dans des cabinets pluriprofessionnels majoritairement implantés dans des espaces moins favorisés. Ils s’accordent sur une perception modeste des effets du dispositif Asalée, et sur un investissement faible des médecins ».
Répartition des binômes de médecins généralistes et d’infirmières Asalée, par classe, selon la mise en œuvre, la nature et l’intensité des échanges entre les professionnels
Répartition des binômes de médecins généralistes et d’infirmières Asalée, par classe, selon l’intensité de l’activité et la perception des apports du dispositif
Contact pour obtenir davantage d’informations sur le dispositif Asalée :
- association Asalée :
- 06 13 01 76 25 ;
- contact@asalee.fr
- l’agence régionale de santé.