« Les Français sont ambitieux pour leur système de santé et souhaitent des réformes » : ils sont notamment prêts pour la digitalisation de leur parcours de soins et éprouvent peu de craintes face à sa mise en place. C’est l’un des 5 enseignements majeurs qui ressortent de la grande consultation menée par la Fédération hospitalière de France (FHF), en partenariat avec l’institut Ipsos, pour que les questions portant sur le système de santé soient prises en considération au sein du Grand débat national lancé par le président de la République.
Dans le détail :
• 91 % des sondés se disent favorables (« tout à fait » ou « plutôt » favorables) au fait de donner accès à chaque patient à ses données médicales via la création d’un espace numérique de santé ;
• 89 % sont favorables au fait de rendre accessibles toute les données concernant la santé d’un patient à tous les professionnels de santé qui le suivent.
Les 4 autres enseignements clés du sondage sont les suivants :
• pour les Français, l’accès à de bons établissements de santé est, juste après l’éducation, la condition essentielle d’égalité des chances dans la vie ;
• de réelles tensions apparaissent en termes d’accès aux soins : l’éloignement géographique des infrastructures et des professionnels de santé semble être au maximum de ce que peuvent accepter les Français, tout comme les délais d’obtention de rendez-vous.
• face à des problèmes de santé peu graves, de nombreux sondés ont recours aux services des urgences, parfois pour des raisons inadéquates.
• les personnes interrogées ne comprennent pas bien le fonctionnement de leur système de santé.
Le livret de restitution de ces contributions avec les 14 propositions de la FHF (ci-contre), dévoilées le 13 mars 2019, sera officiellement adressé au président de la République avant le 15 mars 2019, date de fin du Grand débat national. Parmi les propositions énoncées : investir massivement pour rattraper le retard français dans la révolution numérique en engageant un Plan numérique sanitaire et médico-social.
5 enseignements majeurs
La FHF met en avant les 5 éléments centraux qui émergent de cette contribution et « que les Français souhaitent [soumettre dans le cadre du] Grand débat national sur les questions de santé » :
Les Français sont ambitieux pour leur système de santé et souhaitent des réformes
- Les Français sont prêts pour la digitalisation de leur parcours de soins et éprouvent peu de craintes face à sa mise en place.
- « Face à la situation du système de santé, les Français estiment que l’hôpital public rencontre plus des problèmes de moyens que de qualité des soins, rapporte la FHF. Pour améliorer le fonctionnement de l’hôpital public, ils estiment qu’il faut en priorité plus de personnels (87%) et de budget (77%). Ils ne demandent pas plus d’excellence (23%), de spécialisation (23%) ou de flexibilité (20%), qui sont déjà des atouts majeurs reconnus de l’hôpital public. »
- Les sondés réclament, sur la forme, plus de pédagogie : les trois quarts d’entre eux souhaitent la mise en place d’une conférence de consensus annuelle.
- Pour 92% des Français, la lutte contre les actes inutiles ou en doublon représente une source d’économie pertinente.
- Les personnes interrogées évoquent des pistes diverses comme :
- l’obligation pour les médecins de s’implanter dans certains territoires lors de leurs premières années d’exercice pour les répartir plus équitablement (84%) ;
- la priorisation de la HAD chaque fois que cela est possible (82%) ;
- la mise en place d’indicateurs permettant d’identifier les problèmes rencontrés par les patients dans leur parcours de soins (88%) ou à l’issue de leur prise en charge (79%).
Pour les Français, l’accès à de bons établissements de santé est, juste après l’éducation, la condition essentielle d’égalité des chances dans la vie.
Les sondés s’inquiètent pour l’avenir de leurs établissements de santé (hôpital, maison de retraite, Ehpad ou psychiatrie) et demandent plus de moyens.
- Pour 84% des Français, l’accès à de bons établissements de santé est le second critère le plus important pour assurer à chaque individu une égalité des chances dans la vie :
- 88 % citent l’accès à de bons établissements scolaires ;
- 53 % l’assurance de pouvoir bénéficier d’une protection de sa personne et de ses biens (53%) ;
- 49 % le fait de disposer de bonnes infrastructures de transport ;
- 27 % le fait de disposer d’un bon accès à la culture et aux loisirs.
De réelles tensions apparaissent en termes d’accès aux soins : l’éloignement géographique des infrastructures et des professionnels de santé semble être au maximum de ce que peuvent accepter les Français, tout comme les délais d’obtention de rendez-vous
- Les délais moyens d’obtention de rendez-vous avec les médecins spécialistes sont importants :
- 1 mois et 3 semaines pour un cardiologue ;
- 2 mois et 2 jours pour un dermatologue ;
- 3 mois et 1 semaine pour un ophtalmologiste.
Face à des problèmes de santé peu graves, de nombreux Français ont recours aux services des urgences, parfois pour des raisons inadéquates
- Plus de 4 Français sur 10 avouent avoir déjà eu recours aux urgences pour des raisons inadéquates : difficulté d’obtention de rendez-vous, refus de prise en charge, facilité et praticité, réalisation de l’ensemble des examens, etc.
Les Français ne comprennent pas bien le fonctionnement de leur système de santé
Cette méconnaissance « alimente une demande forte de réorganisation de la gouvernance nationale et davantage de concertation », analyse la FHF.
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70 % des sondés avouent ne pas bien comprendre comment le système de santé français fonctionne. 86 % des personnes interrogées admettent ne pas savoir à quoi les différentes cotisations (sociales, CSG, mutuelle, etc.) servent.
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56 % des Français considèrent en majorité contribuer plus qu’ils ne bénéficient du système de santé.
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Une demande de refonte de la gouvernance avec, par exemple, une fusion du ministère de la Santé et de l’Assurance maladie est souhaitée par plus de deux tiers des Français.
Les Français souhaitent une augmentation des effectifs et des moyens financiers
« Enfin, quand on demande spontanément aux Français la principale mesure qu’ils prendraient pour améliorer le système de santé, ils proposent majoritairement d’augmenter les effectifs et donner plus de moyens financiers aux établissements de santé et médico-sociaux mais aussi lutter contre les déserts médicaux », synthétise la Fédération hospitalière de France dans un communiqué.
Grand débat national : les 14 propositions de la FHF
Proposition 9 : Investir massivement pour rattraper le retard français dans la révolution numérique en engageant un Plan numérique sanitaire et médico-social.
Actions :
- prévoir un plan d’investissement d’envergure pour enclencher la transformation numérique en santé :à l’hôpital comme dans le secteur médico-social ;
- déployer des systèmes d’information populationnelle pour améliorer la qualité du système de santé ;
- imposer dès à présent les normes de communication/standards d’interopérabilité choisis par l’Union européenne ;
- une véritable volonté politique pour améliorer l’interopérabilité des systèmes d’information ; de nombreux travaux pluridisciplinaires ont été menés, que l’insuffisante coordination inter administrative en la matière a freinés et rendus inopérants. C’est pourquoi il est proposé que les pouvoirs publics définissent la norme d’interopérabilité pour l’échange et l’exploitation des données de santé.
De même, il est fondamental pour la coordination et l’amélioration de la qualité des parcours de soins que les pouvoirs publics imposent et rendent opposable des normes d’interopérabilité pour les systèmes d’information de production de soins.
Enfin, inscrire dans la loi l’obligation pour les pouvoirs publics de définir les normes d’interopérabilité qui obligeront les éditeurs à faire des logiciels communiquant entre eux.