Depuis bientôt 3 ans, le projet d’innovation Fast Path est déployé à Strasbourg, avec pour objectif d’améliorer les prises en charge des patients pour les pathologies colorectales, les tumeurs hépato-bilio-pancréatique et l’obésité, explique à Health & Tech Intelligence le Pr Patrick Pessaux, directeur médical adjoint de l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) de Strasbourg, président de l’Association française de chirurgie et membre du cercle « Valeur Santé ».
Le projet, porté par l’IHU de Strasbourg, le Nouvel hôpital civil – hôpitaux universitaire de Strasbourg et Medtronic Integrated Health Solutions, avec une équipe dédiée sur place, met en place des parcours de soins optimisés co-construits avec les patients.
Leur impact, évalué par des protocoles de recherche, s’appuie notamment sur une méthodologie Value Based Health Care (VBHC ou « valeur en santé »), qui se focalise sur la pertinence des soins et les résultats qui importent aux patients plutôt que sur le volume de soins produits.
Selon les pathologies, il est fait appel à différents leviers d’optimisation : diagnostics resserrés, solutions numériques de préparation à la chirurgie et de suivi, nouveaux modes d’hospitalisation, supervision par un coordinateur de parcours… L’enjeu commun est la réplicabilité des modèles innovants les plus efficients afin de partager avec d’autres centres les meilleures pratiques, au bénéfice des patients et du système de santé.
La chirurgie hépatobiliaire et du pancréas : le diagnostic en un jour
L’optimisation de la prise en charge de ces pathologies doit permettre d’améliorer leur pronostic, actuellement très sévère. Caractérisés par une évolution rapide et dramatique, ces cancers représentent :
- 8 200 nouveaux cas par an pour le cancer du foie et 11 000 pour le pancréas ;
- des taux de survie à 5 ans de 13 % pour le foie et de 5 % pour le pancréas.
Actuellement, le temps entre les premiers symptômes et le diagnostic pour un cancer du pancréas varie entre 41 à 65 jours, incluant un délai d’environ un mois imposé par l’imagerie, indispensable au diagnostic – délai qui peut signifier une perte de chance pour le patient.
L’organisation mise en place par le Pr Patrick Pessaux repose sur la réalisation en un jour du diagnostic et de la préparation à l’intervention : les examens et consultations avec les différents professionnels de santé impliqués dans la phase de diagnostic (chirurgien, radiologue, infirmière d’annonce, anesthésiste, diététicien…), sont regroupés sur une seule journée, permettant de raccourcir les délais d’accès au traitement.
Depuis la mise en place du « diagnostic en 1 jour », 82 % des patients ont obtenu un diagnostic en une journée. Pour plus de 80 % des patients relevant d’une intervention chirurgicale, la date de leur intervention était planifiée et les consultations d’anesthésie et d’accompagnement thérapeutique réalisées à la fin de la journée ; tous les dossiers d’oncologie étaient présentés en réunion de concertation multidisciplinaire pour discuter la validité des indications.
2 sessions par semaine sont désormais dédiées à ce dispositif, qui a déjà accueilli 370 patients. « Les patients comme les soignants sont très satisfaits, le système permet une prise en charge plus rapide et évite la redondance de certains actes », commente le directeur médical adjoint de l’IHU de Strasbourg.
Les chirurgies colorectale et bariatrique : une préparation et un suivi personnalisés sur le long terme
Bien qu’un diagnostic resserré soit mis en place pour la chirurgie colorectale, pour cette dernière et pour la chirurgie bariatrique, il existe un autre enjeu qui est l’accompagnement renforcé du patient, en amont et en aval de l’intervention (mise en place de la préparation nutritionnelle, physique et psychologique adéquate, obtention de l’observance post opératoire…).
Pour la chirurgie colorectale, un programme de réhabilitation améliorée était en place ; il a été complété d’une solution numérique (Get Ready) qui informe, prépare et « coache » le patient avant et après son intervention. Une prise en charge ambulatoire est aussi désormais possible par une étroite collaboration entre l’hôpital et le suivi en ville, toujours dans l’idée de rendre les soins moins invasifs.
L’évaluation de ces nouvelles pratiques : qu’en pensent les patients ?
Les patients qui bénéficient de ces nouvelles organisations sont régulièrement interrogés sur leur ressenti, avec l’aide du coordinateur de parcours. Au-delà de l’évaluation de la qualité de l’offre de soins (expérience perçue, critères cliniques telles que durée d’hospitalisation, taux de complication, taux de réadmission), la nouveauté consiste à suivre la qualité de vie des patients sur le long terme, afin de vérifier que l’on apporte des résultats qui comptent vraiment dans leur quotidien.
Pour le cancer colorectal, le référentiel d’évaluation utilisé est celui proposé par ICHOM (International Consortium for Health Outcomes Measurement). Il permet une comparaison internationale entre établissements engagés dans cette démarche d’amélioration des soins.
Pour la chirurgie hépatobiliaire et du pancréas, un référentiel standard n’existait pas. Le Pr Pessaux a travaillé, en suivant la même méthodologie qu’ICHOM, à le définir, et il est maintenant mis en place et utilisé à Strasbourg. La chirurgie bariatrique suivra à terme.
« Les patients ne refusent quasiment jamais de répondre aux questionnaires de suivi de leur qualité de vie. On constate qu’environ 90 % des patients sont très satisfaits, heureux d’être écoutés ; l’équipe de soins apprend à tenir compte de ces nouvelles données qui proviennent directement du patient », témoigne le directeur médical adjoint de l’IHU.
Autres partenaires du projet :
Le projet a vocation à diffuser des bonnes pratiques éprouvées, dans une logique de transparence et d’amélioration continue. Il collabore donc avec différents partenaires : autres établissements de santé français et internationaux (par exemple, pour la constitution de référentiels d’évaluation et le partage des résultats obtenus), experts en évaluation économique (collaboration avec l’École de management de Strasbourg), institutionnels (ARS, assurance maladie…).