De nombreux aspects de la cancérologie sont aujourd’hui impactés par la transformation numérique et représentent des opportunités et des défis pour les acteurs de santé. Les évolutions de la prise en charge et de l’organisation des soins induites par les progrès de la recherche et les nouvelles thérapies ouvrent la porte à de nouveaux métiers mais invitent avant tout les professionnels à faire évoluer leurs pratiques et donc les métiers existants.
Lors des 36h chrono de la cancérologie, qui se sont tenues le 2 avril 2019, Christelle Galvez, directrice des soins et des parcours de santé du Centre Léon Bérard à Lyon, a animé le lab sur la transformation des métiers de la cancérologie. « Nous avons surtout échangé sur l’évolution de nos métiers en lien avec le numérique. Pour les nouveaux métiers, nous avons réfléchi sur comment les intégrer, déterminer des cotations et trouver le langage commun », indique-t-elle à Health & Tech Intelligence.
En effet, si le troisième plan cancer intègre les nombreux atouts de la santé numérique dans la prise en charge et l’organisation des soins, il reste silencieux sur la création de métiers liés directement au numérique. Unicancer va plus loin en appelant à l’accompagnement des nouveaux métiers liés au développement des données de santé (bio-informaticiens et data managers) et à la création d’une filière de formation.
La santé numérique, pas encore vraiment une priorité
De nombreux aspects de la cancérologie sont aujourd’hui impactés par la transformation numérique et représentent des opportunités et des défis pour les acteurs de santé. Outre les évolutions de la prise en charge et de l’organisation des soins induites par les progrès de la recherche et les nouvelles thérapies, de nouveaux métiers apparaissent et d’autres évoluent.
Le troisième plan cancer intègre les nombreux atouts de la santé numérique dans la prise en charge (outils pour garder le lien avec l’école, l’université…) et l’organisation des soins (dossier patient informatisé, dossier communicant de santé…). Il intègre, dans son objectif 4, la reconnaissance de nouveaux métiers en cancérologie, comme l’infirmier clinicien, devenu depuis l’infirmier de pratique avancée, le radiophysicien et le dosimétriste. Pour autant, il n’évoque pas les métiers liés directement au numérique.
Unicancer, qui appelle à un nouveau plan cancer, avait adressé une série de propositions aux candidats aux élections présidentielles de 2012. Parmi elles, l’accompagnement de l’émergence de nouveaux métiers en cancérologie dont ceux liés au développement des données de santé (bio-informaticiens et data managers). La fédération des centres invite également à la création d’une filière de formation et d’émergence des futurs métiers de la e-santé et du big data concernant le traitement du langage, l’analyse sémantique, etc.
Le programme Ma Santé 2022, quant à lui, voit surtout dans le numérique, l’opportunité « d’améliorer les organisations, dégager du temps médical et offrir un bouquet de services numériques aux professionnels de santé ». Dans les faits, le développement de ces nouveaux métiers est donc encore au stade des expérimentations, notamment au regard de l’hétérogénéité du niveau de développement du numérique, évoqué par le Pr Gilles Calais, président de la FHF Cancer, dans une interview accordée à H&TI.
L’évolution des métiers de la recherche
Le premier axe du lab qui s’est déroulé lors des 36h chrono de la cancérologie a insisté sur la croissance des métiers de la recherche en cancérologie depuis 2004. Dans les CHU, en 2016, ils représentait plus de 5 000 employés équivalant temps plein. Le champs de la recherche regroupe ainsi 9 métiers reconnus depuis 2008, de l’assistant de recherche clinique au coordinateur mais aussi le gestionnaire de données médicales et le bioinformaticien.
Pour Marie Lang, directrice du comité national de coordination de la recherche « la transformation attendue de la médecine doit faire repenser l’organisation de la recherche alors que la révolution numérique percutent les frontières entre recherche, santé, prévention et le parcours patient ».
L’arrivée massive du numérique inquiète certains professionnels sur la valorisation de leur plus-value et donc sur la pérennité de leurs postes, qui sont déjà liés à la durée des projets de recherche et essais cliniques. Cette précarisation aboutit a un turnover important ainsi qu’à une difficulté de recrutement pour les métiers d’assistants ou techniciens de recherche clinique et de chefs de projets à compétence cancérologique, une fuite des talents et une démotivation.
L’évolution de ces métiers à l’ère du numérique doit être accompagné d’une démarche pour les rendre plus attractifs et fidéliser ces professionnels.
La création d’une direction des data
Il y a environ 2 ans, une direction des data a été ouverte à l’Institut Curie, sous la direction du Pr Alain Livartowski pour « valoriser ces données accumulé depuis des années pour la recherche et pour la santé en utilisant notamment les algorithmes de l’intelligence artificielle », a indiqué à H&TI le professeur. Au sein de cette direction, plusieurs métiers sont représentés pour accompagner la transformation numérique.
Selon Julien Guérin, directeur des données à l’Institut Curie, la transformation numérique est à la fois une modernisation des parcours de prise en charge clinique, avec notamment le développement de moyens de communication vers les patients et le développement d’outils innovants pour l’accompagnement diagnostique et théranostique (contraction de thérapie et diagnostic) ou des projets de recherche (entrepôts de données, IA). L’accompagnement au changement est une clé du succès pour tirer partie de toutes les énergies. « Il faut partir des idées reçues et montrer le bénéfice notamment de remettre l’humain comme valeur essentielle, commente Julien Guérin. L’outil n’est pas là pour contrôler mais pour aider. » Le numérique fait évoluer les métiers mais ne les remplace pas dans un contexte d’activité toujours plus tendu et à effectif constant.
Les actions à faible plus-value (impression papier, transmission de documents, etc.) seront remplacées par de nouvelles actions à meilleure plus-value (contrôle qualité, temps pour la recherche, amélioration continue des processus). Par exemple, les assistantes médicales, dont l’activité était jusque là concentrée sur la saisie pourraient être inquiètes du développement des outils qui l’automatise. L’accompagnement au changement consiste à à leur redonner une valeur ajoutée et les faire évoluer dans leur métier. « Il s’agit d’ailleurs plus de l’évolution d’une équipe que des métiers », observe Julien Guérin.
Personnaliser la prise en charge avec le numérique
L’apprentissage principal de ce lab est donc bien que la santé numérique, avant la création de nouveaux métiers, fait évoluer les métiers actuelles. La recherche menée par Julien Edeline, oncologue médical au Centre Eugène Marquis à Rennes, en est un bon exemple. Il réaliste actuellement une étude sur 5 centres pour recueillir les symptômes des patients, en s’appuyant sur les infirmières pour mieux organiser l’hôpital de jour (HDJ). Cette personnalisation anticipée de la prise en charge en HDJ est basée sur un recueil des données via un outil numérique et une évaluation clinique réalisée par une infirmière de pratiques avancées (IPA).
Le tout nouveau métier d’IPA, dont le décret est paru en juillet 2018, croise ainsi le développement de la santé numérique. L’algorithme permet d’anticiper et authentifier les actions à mettre en place lors de la venue des patients selon le recueil. L’IPA est ainsi intégrée pleinement et a sa place dans l’organisation. Grâce à l’outil numérique, elle participe à rendre plus efficace le temps passé en hôpital de jour.