« Les acteurs du numérique évoluent désormais au sein d’un cyberespace vaste et complexe à défendre, dénué de frontières géographiques, politiques et même parfois techniques », indique l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) dans son rapport annuel. Elle évoque une « perte de notion du périmètre du système d’information ».
« En grande partie liée à l’apparition ou au renforcement de certains usages », cette tendance s’explique par :
• le développement de l’externalisation des données, avec notamment les systèmes de cloud ;
• une plus grande ouverture des systèmes sur internet ;
• « un essor du nomadisme » des utilisateurs ;
• l’interconnexion quasi-systématique des systèmes, conséquence notamment de la diffusion des objets connectés.
Dans ce rapport publié le 15 avril 2019, l’Anssi estime que cette mutation pose « la question de la confiance (…), plus difficile à évaluer que la seule sécurité », alors que « l’isolation des systèmes les plus sensibles[, la réponse la plus fréquemment apportée,] atteint ses limites ».
L’agence appelle à la mise en œuvre d’initiatives qui « ne seront porteuses de sens et de résultats qu’à l’échelle européenne ».
Elle demande aux organisations un accompagnement à la fois culturel et opérationnel au « déplacement de la sécurité des systèmes vers la sécurité de l’information et des services numériques », qui serait animé par « la recherche d’un équilibre entre fonctionnalité et fermeté ».
Des campagnes malveillantes visant les acteurs de la santé
De nombreuses campagnes d’hameçonnage ciblant des acteurs du secteur de la santé ont été observées en 2018, note l’Anssi dans son rapport annuel. Elle explique cette recrudescence par « la préoccupation croissante des opérateurs à l’égard des enjeux de sécurité numérique et le renforcement parallèle de leurs capacités de défense[, qui] amènent nombre d’attaquants à se tourner vers des cibles moins exposées mais plus vulnérables ».
Les objectifs de ces attaques, précise l’agence, sont :
- le vol de données personnelles ;
- la demande de rançon après chiffrement des données ;
- le minage de cryptomonnaies ;
- la constitution de réseaux de machines zombies (botnets).
Alerte sur les objets connectés
« L’une des premières conséquences de l’apparition massive des objets connectés est leur propension à accroître très fortement la surface d’exposition aux attaques », avertit l’Anssi dans un chapitre consacré aux menaces visant les systèmes « cyber-physiques »*.
Les attaques sur les objets connectés « peuvent être dirigées vers l’objet lui-même » mais aussi viser à « en détourner la finalité pour les transformer en vecteurs d’actions malveillantes », est-il indiqué. L’agence déplore ici le « manque de maturité » d’un secteur « encore jeune [bien que] très développé », ce qui se traduit par « une insuffisance de normes et l’absence de sécurité by design », soit l’absence de sécurité directement intégrée dans le code source de l’application ou du site web.
Selon l’Anssi, « l’application de bonnes pratiques et de principes de sécurité tout au long du cycle de développement de ces systèmes (…) ne suffira pas» : elle demande un « changement de paradigme ».