MedTech Europe, organisation représentative des industriels européens des technologies médicales, a adressé une lettre ouverte au vice-président de la Commission européenne sortante, faisant part de sa vive inquiétude au sujet de la mise en place du nouveau système de réglementation des dispositifs médicaux issu du règlement (UE) 2017/745.
Dans ce courrier daté du 15 avril 2019 et adressé au Finlandais Jiyrki Katainen, vice-président de la Commission chargé de l’Emploi, de la Croissance, de l’Investissement et de la Compétitivité, le directeur général de MedTech Europe, Serge Bernasconi, estime que « sans une action immédiate » de la part de Bruxelles, « le nouveau système de réglementation ne sera pas prêt » au 26 mai 2020, date de fin de la période de transition, « pour garantir la continuité de l’accès des patients et des systèmes de santé » aux DM.
Retard dans l’évaluation des organismes notifiés
L’un des principaux motifs d’inquiétude concerne les organismes notifiés, chargés de l’homologation des dispositifs médicaux, et dont le processus d’évaluation par la Commission et les États membres conformément aux nouvelles règles est toujours en cours. Parmi les 58 organismes notifiés existants dans l’ancien système, un seul a déjà été habilité pour mettre en œuvre le nouveau règlement.
Selon la « DG GROW », la Direction générale de la commission européenne chargée du Marché intérieur, de l’industrie, de l’entrepreneuriat et des PME, seule une douzaine d’organismes notifiés pourront être habilités d’ici la fin 2019, soit à cinq mois de l’échéance.
Retard dans la certification et la recertification des dispositifs médicaux
MedTech Europe estime que les organismes notifiés une fois évalués « mettront généralement entre 3 et 9 mois pour procéder à la recertification d’un produit [et] encore plus de temps » pour la certification d’un nouveau produit. Or, ce sont « des dizaines de milliers de dispositifs médicaux » qui sont censés être évalués d’ici mai 2020 , soit dans 13 mois. De plus, « de nombreuses catégories de produits » entreront dans le champ de compétence des organismes notifiés, avec « plusieurs dizaines de milliers d’appareils supplémentaires » qui devront être certifiés selon les nouvelles règles avant mai 2020 pour pouvoir continuer à être utilisés.
« Un grand désordre » à partir de mai 2020
MedTech Europe estime qu’ »au rythme actuel », le nouveau système de réglementation « ne sera pas prêt suffisamment tôt pour absorber cette charge de travail supplémentaire » et qu’ »à compter de mai 2020, des milliers de dispositifs médicaux deviendront non conformes » de sorte que leur utilisation par les chirurgiens, les médecins, les hôpitaux et les patients sera interdite. MedTech Europe redoute que ce problème ne plonge le monde de la santé européenne dans « un grand désordre ».
Une fuite des talents et de la croissance déjà perceptible
Les start-ups et PME, qui représentent 95 % du secteur des dispositifs médicaux en Europe, « se tournent déjà vers les États-Unis [et] la Chine » pour développer leurs innovations, et font bénéficier ces pays de la croissance économique induite, analyse l’organisation.
« Des mesures décisives » sont nécessaires (MedTech Europe)
Soulignant que l’association « continue de soutenir la mise en œuvre de la nouvelle réglementation » et qu’elle y voit « un progrès majeur » pour la sécurité des patients et l’accès à l’innovation, MedTech Europe demande à Jyrki Katainen de prendre « avant la fin du mandat de la Commission » « des mesures décisives pour assurer le bon fonctionnement du marché intérieur de l’UE [et] garantir la continuité des soins aux patients [européens ainsi que] la pérennité d’un secteur d’activité axé sur les PME ».