« Le virage numérique dessiné par la stratégie « Ma santé 2022″ suppose un développement cohérent de la e-santé et de ses outils digitaux », déclare le Resah en introduction de la cinquième partie de son rapport d’activité 2018, intitulée « Donner sa place à l’innovation ». Le Réseau des acheteurs hospitaliers souligne que « la fonction achat, qui sert d’interface entre les besoins en services et produits des acteurs de santé et les industriels du secteur, est appelée à jouer un rôle déterminant dans cette transformation ».
Le groupement d’intérêt public (GIP) détaille dans ce document le rôle dévolu à son nouveau Centre de l’innovation par les achats. « À la fois showroom permanent, lieu de débats et de conférences, espace de co-création et de design thinking, il permettra de détecter des innovations présentant une véritable valeur d’usage pour améliorer la qualité des soins », annonce Stéphane Pardoux, vice-président du Resah et animateur du comité de pilotage du centre.
« Les industriels pourront suggérer mieux et plus rapidement aux hospitaliers des outils, en prise directe avec nos réalités quotidiennes, précise-t-il. Les innovations les plus performantes seront consacrées par leur mise à disposition sur étagère par le Resah, afin que les acteurs de la santé puissent les acquérir simplement dans des formats juridiques sécurisés. »
Le Centre de l’innovation par les achats : un nouveau concept
Convaincu que « l’acheteur est une interface incontournable entre les besoins en services et produits des professionnels de santé et l’offre des industriels », le Resah s’étend dans son rapport sur le projet de création d’un Centre de l’innovation par les achats, appelé à devenir « une véritable plateforme d’intermédiation entre établissements, utilisateurs et entreprises ».
« Le Centre s’articulera avec l’ensemble des acteurs de écosystème de l’innovation (clusters, incubateurs, etc.) mais aussi avec les ambassades de pays étrangers avec lesquelles le Resah a commencé à nouer des partenariats », explique Pierre Lebon, directeur « conseil, innovation et international » du Resah.
« Pour garantir une bonne connaissance des meilleures innovations au niveau mondial », le Centre de l’innovation par les achats organisera également des missions d’étude afin de faire découvrir a ses membres les organisations et les technologies les plus innovantes au monde. Un premier voyage sera organise en juin 2019 à Singapour.
Des partenariats ont été noués avec le Lab Santé et LNA Sante (anciennement le Noble Âge) « afin de tirer parti des compétences de chacun et ainsi de fonder ensemble un écosystème de l’innovation ».
Les premiers projets du Centre
Le rapport signale que le site www.resah-innovation.fr a été mis en ligne début 2019 pour soutenir les activités du Centre (communication, gestion du sourcing et des appels a projet). Il annonce que les premiers projets qui seront lances début 2019 couvriront :
- l’expérimentation de nouveaux usages territorialisés d’une solution informatique de gestion du remplacement du personnel, en partenariat avec WHOOG;
- la co-création d’exosquelettes pour la diminution du stress physique lié a la manutention des personnes par les personnels de santé, en partenariat avec LNA Sante ;
- le co-développement d’applications adaptées aux robots humanoïdes ;
- l’étude de la modalité d’achat en coût complet, appliquée au passage des gants chirurgicaux vers du 100 % synthétique, en partenariat avec les sociétés Ansell et Cardinal Health ;
- l’étude d’un nouveau modèle de mise a disposition des robots chirurgicaux.
Un cas pratique: le partenariat avec LNA Santé sur l’exosquelette
Interrogée, Marie-Laure Lévêque, directrice du Pôle « prospective stratégique et marketing » du groupe LNA Sante salue le premier projet engagé par son groupe avec le Resah sur « la création d’un exosquelette, sous la forme d’un gilet, destiné aux soignants, pour leur permettre de soulager les postures pénibles, de faciliter le port de charge et ainsi améliorer leur qualité de vie au travail ».
« Cette technologie conçue pour le secteur de l’industrie (…) n’est pas encore complètement adaptée [au milieu hospitalier], souligne-t-elle. Nous réfléchissons donc avec le Resah à l’élaboration d’un cahier des charges adapté aux usages des professionnels de santé ».
Déploiement de solutions spécifiques
Accord avec Doctolib pour la prise de rendez-vous
Le Resah revient sur l’accord cadre national attribué pour 4 ans à Doctolib pour « une solution logicielle de prise de rendez-vous en ligne », affirmant qu’avec ce contrat, « pour la première fois, une centrale d’achat nationale a ouvert son catalogue a une offre de fourniture et de mise en œuvre de solutions de télémédecine ».
Selon le rapport, le partenariat a permis aux établissements d’optimiser l’activité des secrétariats médicaux grâce a une diminution de 30 % de prises de rendez-vous téléphonique » et de « réduire de 75 % la non-venue des patients grâce a des outils spécifiques : annulation en ligne, e-mails et SMS de rappel ».
Géraldine Gicquel, directrice des systèmes d’information et des télécommunications du GHT Yvelines Nord, affirme avoir découvert grâce à cette initiative que Doctolib donnait « la possibilité de gérer transversalement des plateaux de rendez-vous sur les différents sites dans le contexte de la territorialisation des spécialités ». Elle rend hommage au Resah pour avoir « apporté la solution contractuelle ad hoc pour traiter avec une jeune société innovante, qui plus est sur du SaaS (logiciel en tant que service), une modalité d’achat dont nos hôpitaux n’ont pas encore une grande expérience ».
Accord avec Whoog pour le remplacement de personnels
Le Resah se félicite également d’avoir attribué fin 2018 à la société WHOOG « un marché portant sur une solution logicielle de gestion de remplacement du personnel [pour] fluidifier et rendre plus efficients les rappels internes de personnels, en évitant aux établissements de recourir a l’intérim, onéreux et de qualité inégale ».
L’application « permet a certains membres de se déclarer volontaires et de recevoir des mails ou des SMS pour leur proposer une mission lorsqu’un membre du personnel annonce son absence a la dernière minute », est-il expliqué. Selon le réseau des acheteurs hospitaliers, elle permet aux établissements de santé « d’optimiser leur budget » et de « ne plus faire perdre de temps aux cadres pour qu’ils puissent mieux se consacrer aux soins ».
Des projets pour 2019
Le projet européen EURIPHI
Le Resah a poursuivi en 2018 sa participation à 2 projets européens digitaux dans le domaine de la santé : inDemand et RELIEF.
En 2019, le GIP français devient partenaire du projet EURIPHI (Europe-wide Innovative Procurement of HealthInnovation), cofinancé par la Commission européenne dans le cadre du programme Horizon 2020 sous la forme d’une CSA (Coordination and Support Action).
Porté par MedTech Europe et 25 autres partenaires, le projet a pour objectif de créer un consortium européen d’acheteurs publics afin de continuer les travaux sur le « Value Based Procurement« (création de valeur par la fonction achats) : développement d’outils, méthodologies et adoption du modèle.
Les marchés lancés en 2019
Le Resah prévoit dans ses « perspectives 2019 » le lancement de plusieurs marchés, portant sur :
- une solution de commande de transports sanitaires, suite au changement de réglementation en octobre 2018 ;
- une solution de gestion électronique documentaire, « visant a favoriser l’émergence d’un hôpital « zéro papier » », indique-t-il.
- des solutions d’interopérabilité, afin de favoriser la convergence des systèmes d’information au sein des GHT sur 2 grands thèmes : le dossier patient informatise et les systèmes de gestion de laboratoire.