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  • Télémédecine : les plateformes nationales, « une fausse bonne idée » (Agnès Buzyn, Sénat)

    Créer « des plateformes de télémédecine nationale [aboutira à] tuer définitivement l’installation libérale en secteur sous-doté ». C’est ce qu’a déclaré la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, auditionnée le mardi 21 mai 2019 par la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable du Sénat, à l’approche de l’examen au Palais du Luxembourg de son projet de loi relatif à l’organisation et à la transformation du système de santé.

    L’audition a démarré par l’intervention du sénateur Jean-François Longeot (Union centriste), président du groupe de travail de la commission sur les déserts médicaux. « D’ici le déploiement complet des CPTS, les assurés résidant dans un désert médical pourraient, selon lui, subir une double peine » du fait de la restriction du remboursement de la télémédecine. Le sénateur s’interroge sur l’opportunité de « prévoir pour ces patients un régime dérogatoire permettant d’assurer la prise en charge des téléconsultations par l’assurance maladie. »

    « La télémédecine, je l’ai souhaitée ancrée dans le territoire, rappelle la ministre dans sa réponse, parce qu’aujourd’hui nous prônons un parcours de soins coordonné [afin qu’un malade] soit connu des professionnels de santé qui interviennent autour de lui. »

    Selon elle, les médecins auront encore moins envie de s’installer en zone sous-dotée s’ils peuvent traiter les mêmes patients par télémédecine et être rémunérés de la même façon. « Si nous favorisons des plateformes nationales d’accès à la télémédecine (…), nous allons avoir de plus en plus de médecins qui seront ravis (…) d’être derrière leur téléphone ou leur ordinateur [dans le cadre d’un] temps plein très bien financé sans voir de patients». Avec cette « fausse bonne idée, je ne vois pas comment nous rendrons les territoires attractifs ».

    Les plateformes nationales « répondront à un besoin [mais] vont aspirer les professionnels », estime-t-elle. Par conséquent, il faut selon elle « ancrer le remboursement de la télémédecine dans un territoire de soins, dans une communauté professionnelle et territoriale de santé, [pour] que ce soit les médecins de ce territoire qui répondent aux malades ».

  • PHW 2019 : Étapes et télésurveillance cardio-« l’objectif est de rentrer dans le droit commun » (DGOS)

    « Le but du programme Étapes est d’évaluer l’impact de la télésurveillance dans l’optique de préparer l’entrée dans le droit commun, insiste Yann-Maël Le Douarin, conseiller médical « télémédecine » à la DGOS, intervenu lors d’une session focus sur Étapes en tant qu’ »accélérateur vers la cardiologie connectée pour tous les patients », organisée le 21 mai 2019 lors de la Paris Healthcare Week.

    Après une présentation détaillée des modalités du programme dans le cadre de la télésurveillance cardiaque, Yann-Maël Le Douarin s’est exprimé sur les perspectives de l’initiative. Il indique notamment qu’il est « difficile de dire quel sera le point de sortie » de ce programme. Il précise que l’entrée dans le droit commun est d’ores et déjà envisageable parce qu’il est possible de déposer un dossier devant la Cnedimts (HAS). « La question, cependant, est de savoir si Étapes est le modèle le plus adapté », complète-t-il.

    Lorsqu’on lui demande si d’autres cahiers des charges vont être ajoutés, en plus des 5 existants, il répond que le premier patient à avoir été placé en télésurveillance a été inclus en mars-avril 2018, alors que les cahiers des charges avaient été publiés en 2016. « Au moment de la publication du cahier des charges, il faut compter environ un an et demi de travail. Or, les expérimentations vont s’arrêter en 2022. Faites le calcul et vous aurez votre réponse », élude-t-il, soulignant que « l’investissement doit être mis dans le travail de point de sortie » plutôt que dans la mise en place de nouveaux cahiers des charges

    Interrogé de manière plus générale sur la e-santé, Yann-Maël Le Douarin est plutôt enthousiaste sur le sujet mais prudent. « Nous allons tous apprendre en marchant, commente-t-il. L’important c’est que nous ayons tous le même cap, que nous avancions dans la même direction. Il y a des questions qui se posent et de nouvelles qui vont se poser au fur et à mesure que nous progressons. L’essentiel est de discuter de façon sereine, sans paranoïa. »

    Programme Étapes : rappel

    5 cahiers des charges (pathologies) concernées :

    • insuffisance cardiaque (l’objet de la session) ;
    • insuffisance rénale chronique ;
    • insuffisance respiratoire ;
    • diabète ;
    • arythmie.

    Objectif principal des expérimentations :

    • fixer une tarification préfiguratrice des actes de télémédecine permettant aux professionnels de santé de développer des projets cohérents et pertinents en réponse aux besoins de santé.

    Étapes doit permettre de :

    • cibler des patients à risque d’hospitalisation ou à risque de complications à moyen et long terme ;
    • obtenir un état de stabilité de la maladie, voire d’amélioration ;
    • améliorer la qualité des soins et leur efficience ;
    • améliorer la qualité de vie des patients

    Cahiers des charges télésurveillance :

    • 2016-2017 ;
    • Article 54 LFSS 2018 : prorogation de 4 ans des expérimentations de télésurveillance.

    Fonctionnement :

    • Le patient transmet ses données par le biais du système de télésurveillance.
    • L’algorithme génère des alertes quand il y a un risque de décompensation ou d’hospitalisation.
    • Un accompagnement thérapeutique va ensuite être mis en place. Les infirmières vont pouvoir accéder aux données des patients pendant le suivi et pouvoir les appeler pour voir avec eux comment se passe la télésurveillance, s’ils comprennent bien le fonctionnement de l’outil et leur pathologie, s’ils suivent bien leur traitement, etc.

    Cardiologie : 2 cahiers des charges

    1. Prothèses cardiaques implantables

    Patients éligibles : ceux qui remplissent les critères suivants :

    • porteur d’un défibrillateur automatique implantable, quel qu’en soit le type, ayant une fonction de télésurveillance et mis en place pour une prévention primaire ou secondaire chez des patients à haut risque de mort subite ;
    • porteur d’un simulateur cardiaque ayant une fonction de télésurveillance et mis en place pour trouble de la conduction ou pour resynchronisation cardiaque.

    Rémunération :

    2. Insuffisance cardiaque (IC) chronique

    Patients éligibles : ceux qui remplissent les critères suivants :

    • hospitalisation au cours des 30 derniers jours pour une poussée d’IC chronique (diagnostic principal selon le compte rendu ou le codage CIM 10 – I500-I502-I509) ;
    • hospitalisation au moins une fois au cours des 12 derniers mois pour pour une poussée d’IC chronique (diagnostic principal selon le compte rendu ou le codage CIM 10 – I500-I502-I509) actuellement en classe NYHA supérieure ou égale  à 2 avec un taux élevé de peptides natriurétiques (BNP > 10 pg/ml ou NT-proBNP > 100 pg/ml).

    Rémunération :

    Côté financement, Yann-Maël Le Douarin précise que l’Assurance maladie paie directement l’industriel, excepté pour les prothèses cardiaques.

    Le but de ce programme est de « gagner du temps pour que le patient puisse bénéficier de cette innovation au plus vite possible », ajoute-t-il.

    Republication des cahiers des charges Étapes

    • Harmonisation à l’éligibilité de la prime de performance ;
    • harmonisation du mode de recueil du consentement patient ;
    • simplification de la section relative à l’évaluation ;
    • adaptation de la population éligible au CDC diabète, insuffisance rénale et insuffisance respiratoire.

    Chiffres clés :

    • plus de 60 fournisseurs déclarés conformes auprès de la DGOS ;
    • plus de 2 100 patients télésurveillés

    Sur les 5 pathologies concernées par le programme Étapes, la cible potentielle est de 2 millions de patients.

  • Étude : une feuille de route pour évaluer les outils de e-santé (Nature Digital Medicine)

    Des chercheurs de l’université Johns Hopkins viennent de dessiner les contours d’une évaluation objective, transparente et fondée sur les preuves du secteur de la santé numérique. Selon eux, elle devra analyser les aspects techniques, cliniques, de la convivialité et des coûts de ces solutions de e-santé. Dans leur article*, publié le 13 mai 2019 dans Nature Digital Medicine, les chercheurs américains pointent aussi du doigt les mauvaises pratiques actuelles qui obligent les développeurs à privilégier des exigences marketing plutôt que la validation scientifique.

    3 millions d’applis de santé et un manque cruel d’évaluation

    Le paysage de la santé mobile est de plus en plus encombré et volumineux. Il y aurait actuellement 3 000 000 d’applications de santé et plus de 200 nouvelles seraient créées quotidiennement. Côté investissement, c’est aussi la surenchère : 6 milliards de dollars US (environ 5,4 Mds €) d’investissement en 2017, contre 4,4 en 2016 (3,9 Mds €). Le défi consiste à trouver des solutions offrant une vraie valeur ajoutée. Or, il n’existe actuellement aucun mécanisme fiable permettant d’identifier les solutions de santé numériques validées. Ni les patients, ni les soignants, ni les payeurs ne peuvent facilement identifier les outils de qualité dans cette jungle de la e-santé.

    Un groupe de chercheurs des facultés de médecine et de santé publique de l’université Johns Hopkins, ainsi que du laboratoire de physique appliquée de l’établissement, ont élaboré une feuille de route pour naviguer dans ce paysage complexe.

    Le choc des cultures entre santé et technologie

    Dans un premier temps, les chercheurs pointent du doigt un conflit de cultures entre technologie et soins de santé. Ils soulignent que le mantra du secteur technologique « échouez vite, échouez souvent » est en opposition directe avec l’axiome bioéthique : « D’abord, ne pas nuire ».

    Avant l’ère numérique et mobile de la technologie de la santé, la vitesse de développement de la technologie était déterminée par des considérations de fabrication, de distribution et de réglementation, qui exigeaient par nature un cycle de développement plus lent.

    Les développeurs d’outils de e-santé peuvent réduire ce temps de développement et une étude rigoureuse pour déterminer l’efficacité clinique de ces outils est rare. Par exemple, une évaluation récente de 280 applications mobiles pour le diabète a révélé que seulement 5 d’entre elles étaient associées à une amélioration cliniquement significative et aucune n’était de qualité méthodologique élevée. Le manque de modèles économiques bien établis, fondés sur la valeur et l’impact, pour la santé numérique, conduit également à une expérimentation plus rapide.

    Vers un tableau de bord numérique de la santé

    Afin de remédier à cette lacune, qui peut avoir de graves conséquences, les chercheurs de l’université Johns Hopkins proposent dans Nature Digital Medicine un « tableau de bord numérique de la santé » pour les technologies liées à la santé.

    Le tableau de bord offrirait des notations en appliquant une validation rigoureuse et objective des solutions de technologies de la santé. Il rendrait compte des résultats des tests effectués dans 4 domaines : la validation technique et la validation clinique ainsi que l’évaluation de la convivialité et l’évaluation des coûts.

    Selon eux, la santé numérique devrait s’inspirer du secteur de l’aviation, dans lequel le cycle de vie du produit commence par l’établissement des exigences requises avant sa commercialisation. Ils proposent qu’une entité indépendante objective (ou des entités autorisées) entreprenne l’évaluation de produits de pré-commercialisation de la santé numérique issus de développeurs. « Cette évaluation reposerait sur un ensemble d’exigences bien définies, c’est-à-dire mesurables, concises et non ambiguës », précisent les auteurs de l’article.

    La démarche d’évaluation sera donc longue et consommatrice de ressources ; les chercheurs ne s’en cachent pas. Cependant, cette approche, qui devra intégrer toutes les parties prenantes, « constituerait une étape importante pour la mise au point de produits de santé numériques axés sur l’impact qui fonctionnent dans de véritables établissements de soins de santé », estiment les chercheurs, qui mènent actuellement une étude pilote à petite échelle pour tester la méthode.

    Un outil à disposition des instances réglementaires

    À leurs yeux, les organismes de réglementation gouvernementaux, tels que la Food and Drug Administration (FDA), pourraient adopter cette approche.

    Quant aux hôpitaux, ils pourraient établir un réseau de partenaires pour aider à définir les exigences et tester les solutions selon des normes transparentes.

    La bibliothèque d’applications du NHS propose déjà des validations parrainées par le gouvernement, évaluant les applications liées à la santé pour l’efficacité clinique, l’approbation réglementaire, la sécurité, la confidentialité…

    « C’est un pas dans la bonne direction vers une source crédible et digne de confiance pour les fournisseurs et les consommateurs, a déclaré le premier auteur de l’étude, mais il reste encore beaucoup à faire. »

  • CPTS : l’accord conventionnel interprofessionnel critiqué par les médecins mais validé par l’USPO

    La Fédération des médecins de France (FMF) a mis en ligne le 17 mai 2019 le projet d’accord conventionnel interprofessionnel (ACI) sur les CPTS, proposé à la signature par l’Assurance-maladie.

    Créées par la loi de modernisation du système de santé du  26 janvier 2016, les CPTS sont l’association de professionnels de santé libéraux autour d’une population donnée. L’accord négocié vise à définir les missions et le financement de ces communautés.

    Le Dr Richard Talbot, médecin généraliste, annonce dans un texte publié sur le site de la FMF qu’il votera contre ce texte qu’il juge « hypertrophié, compliqué au possible, [même] incompréhensible », qui « dévoie la « magnifique idée de constitution par les soignants eux-mêmes de communautés de partage et de coordination, pour porter des projets ». Selon lui, d’après l’accord, « c’est à la CPTS de mettre en place la quadrature du cercle, normalement du ressort des pouvoirs publics ».  

    Les principaux griefs du Dr Talbot sont les suivants :
    • il dénonce la volonté des autorités d’« imposer à marche forcée » cette « révolution » à la profession, alors que « moins de 10 % des médecins exercent réellement en MSP » et que « 50 % des généralistes sont les seuls médecins de leur lieu d’exercice » ;
    • le texte impose à la CPTS de mettre en place « la prise en charge le jour-même ou dans les 24 heures de la demande d’un patient du territoire en situation d’urgence non vitale (…) sans s’occuper de la justification médicale réelle de la demande » ;
    • le montant du budget de fonctionnement prévu « de 50 000 à 90 000 € » est selon lui « ridicule », parce que, indique-t-il, « pour fonctionner, les CPTS auront besoin de personnel (très) qualifié, à commencer par des coordinateurs ». Le budget alloué « ne couvrira pas les frais de personnel » pour une zone regroupant « de 40 000 à plus de 175 000 habitants, et de 1 000 à 4 000 soignants », commente-t-il ;
    • le texte demande de « favoriser les parcours pluriprofessionnels et les actions territoriales de prévention » alors qu’il n’y a déjà « pas assez de temps pour le soin », estime-t-il.

    Le SML critique également le texte

    Le Dr Philippe Vermesch, président du Syndicat des médecins libéraux (SML), déclare que ses cadres restent « très mitigés » sur l‘accord, jugeant également le dispositif « complexe » et son financement « insuffisant », notamment sur « la prise en charge des soins non programmés » (source : Le Quotidien du médecin).

    Le chef de file du SML précise que le montant de 70 000 euros proposé par l’Assurance maladie « pour l’organisation d’une régulation des demandes de soins pour une grosse CPTS couvrant plus de 175 000 habitants (…) n’est pas suffisant car, pour cette taille, il faudrait recruter deux secrétaires pour assurer les appels mais qui ne feront pas de la régulation ». « Comment payer alors les régulateurs ?, interroge-t-il. Dans le Grand-Est, le dispositif de régulation mise en place coûte 280 000 euros par an. »

    Les spécialistes CSMF inquiets

    Le Comité directeur des Spé-CSMF « soutient » pour sa part dans un communiqué daté du 29 avril 2019 « la volonté des pouvoirs publics et des syndicats médicaux de développer l’exercice coordonné, (…) gage de qualité et de pertinence au bénéfice du patient sur tout le territoire » mais refusent qu’il soit « gâché par une organisation technocratique tatillonne ».

    Les spécialistes CSMF dénoncent notamment :

    • le modèle porté par la Cnam, seul eux « très technico-administratif », qui « risque d’être chronophage pour les praticiens, avec un cahier des charges de plus en plus lourd, complexe, loin des réalités de terrain ». Telle qu’elle est envisagée, « la CPTS rappelle trop l’épisode des réseaux, dont l’échec fut patent il y a vingt ans », ajoutent-ils ;
    • la place de la médecine spécialisée, « réduite à la portion congrue » en l’absence de  « zonage territorial » dédié aux spécialistes. « Les demandes multiples de participations des hôpitaux de proximité donc des GHT, des structures médicosociales, de l’hôpital à domicile et demain des prestataires de services (…) risquent de marginaliser » [la contribution des médecins libéraux] au pilotage et à l’animation [de ces communautés] », estiment-ils ;
    • les « ambitions personnelles [de ceux qui] en mal de pouvoir espèrent, à travers la fédération des CPTS, contrôler le dispositif [si les CPTS étaient] reconnues par le régulateur comme les uniques représentants de l’ensemble des professionnels sur un territoire donné [intégrant les hôpitaux de proximité, alors que la Fédération hospitalière de France (FHF)] ne cache pas son intention d’inféoder les CPTS aux GHT ».

    Les pharmaciens plus enthousiastes

    S’agissant des pharmaciens, l’Union des syndicats des pharmaciens d’officine (USPO) a annoncé qu’elle serait signataire de cet accord. Dans un communiqué daté du 16 mai 2019, le conseil d’administration de l’organisation juge que cet accord « équilibré » va permettre « d’homogénéiser l’offre de santé, d’améliorer l’accès aux soins pour les patients et de renforcer l’attractivité des métiers de santé, et en particulier pour les médecins ».

    Il souligne que « l’utilisation des nouvelles technologies, comme la messagerie sécurisée de santé, la télémédecine et les télésoins, sera un élément déterminant pour faciliter le parcours de soins des patients et renforcer la coordination des professionnels de santé ». 

    Selon Le Moniteur des pharmacies, le syndicat de pharmaciens FSPF « attend encore un peu » avant d’annoncer sa décision.

  • IA en santé : où en sont les établissements de santé ? Panorama des projets en cours

    H&TIntelligence présente chaque jour à l’occasion de la Paris HealthCareWeek qui se déroule du 21 au 23 mai 2019 à Paris 3 sessions sur l’IA et publie chaque jour un état des lieux de l’IA en santé. Jour 2 : IA et hôpitaux : arrêt sur image !
    Découvrez la présentation : IA et Hôpitaux : arrêt sur image

    Les établissements de santé se lancent dans l’IA dès qu’ils disposent de moyens et de données structurées

    De nombreux hôpitaux français sont déjà investis dans une activité intégrant de l’intelligence artificielle. Les grands établissements répondent aux prérequis nécessaires : disposer de moyens financiers et humains et de bases de données conséquentes et structurées.

    Ainsi, quasiment tous les CHU développent des activités d’intelligence artificielle : c’est le cas notamment de Toulouse, Bordeaux, Strasbourg, Dijon, Nantes, Nice …. On dénombre également quelques GHT ayant une certaine maturité dans la gestion des données (comme celui de Valenciennes), les grands groupes d’établissements privés (Elsan, Ramsay, Doctegestio), ainsi que par les établissements privés à but non lucratif, en particulier les centres de lutte contre le cancer tels que l’institut Gustave Roussy, l’Institut Curie, ou encore à travers leur fédération (Unicancer).

    Des initiatives multiples sur le territoire, hétérogènes et peu structurées.

    Ces initiatives peuvent être décomposées en deux démarches distinctes :

    • Codévelopper des algorithmes d’intelligence artificielle avec des partenaires (notamment des startups), en mettant à leur disposition des bases de données.
    • Acheter des solutions contenant de l’intelligence artificielle de manière intégrée, permettant à des plus petites structures ne disposant pas de données en quantité suffisante d’avoir recours à l’intelligence artificielle. La clinique mutualiste de Saint-Etienne a par exemple investi en janvier 2018 dans un chatbot (MemoQuest), commercialisé par la startup Calmedica, et fonctionnant avec de l’IA pour dialoguer avec les patients.

    4 axes d’utilisation de l’IA identifiés :

    Les initiatives identifiées sont multiples et ont été classifiées selon quatre grandes thématiques d’utilisation de l’IA :

    • Améliorer l’efficience thérapeutique
    • Améliorer l’expérience patient,
    • Optimiser la performance hospitalière
    • Aider à la recherche clinique.

    En premier lieu, l’IA est mise au service des professionnels de santé, notamment dans un but d’amélioration de l’efficience thérapeutique. L’utilisation la plus courante est l’aide au diagnostic, dans les domaines de l’imagerie (en radiologie, ophtalmologie, dermatologie), de la cardiologie et de la biologie. Un autre segment concerne l’aide au traitement, à la fois pour améliorer la précision du geste médical (notamment par les robots utilisés en chirurgie), et pour sécuriser les prescriptions (en anticipant les interactions médicamenteuses, en adaptant les doses utilisées en radiothérapie).

    La recherche clinique est aussi bénéficiaire de l’IA, qui fournit une aide à la gestion des données de masse (aide à la structuration des bases de données par exemple), et permet d’identifier de nouveaux biomarqueurs (de diagnostic, de facteurs de risque …). Ainsi, à l’AP-HP, l’IA est notamment présente au sein des projets RHU.

    L’optimisation de la performance hospitalière est un autre grand enjeu pour lequel l’IA est fortement mobilisée : aide au codage des actes (PMSI), gestion des flux (notamment l’anticipation des parcours patients, la gestion des flux aux urgences ou des activités du bloc opératoire), optimisation des ressources (gestion des lits et blocs, gestion des compétences, gestion financière …).

    Enfin, l’IA est mise directement au service des patients, pour améliorer leur information et le dialogue avec les professionnels de santé, notamment à travers des chatbots médicaux ( Chatbot Memoquest ou le Chatbot de Ramsay) pouvant être utilisés tout le long du parcours patient et pour du suivi à distance.

    Des thématiques surreprésentées : aide au diagnostic et aide au codage des actes médicaux

    Parmi les thématiques privilégiées d’utilisation de l’IA par les établissements de santé, deux ressortent clairement, tant dans les initiatives identifiées que dans les entretiens réalisés : l’aide au diagnostic, notamment en radiologie (par exemple au GHT de Valenciennes), ainsi que l’aide au codage des actes médicaux (déjà mise en place notamment à l’AP-HP et chez Elsan).

    Le GHT de Valenciennes, qui dispose d’une base de données conséquente et structurée, a conclu en 2018 un partenariat de 5 ans avec la PME Arterys pour mettre l’intelligence artificielle au service de la radiologie. Deux axes différents ont été définis : l’exploitation d’algorithmes déjà fonctionnels ainsi que le codéveloppement d’algorithmes à partir des bases de données du GHT. Interrogé par H&TI, M. Bernard CASTELLS, chef du service d’imagerie médicale et coordinateur du projet médical du GHT, affirme que « d’ici 2020, 60% des besoins seront couverts en termes d’analyse d’image par l’IA ». De plus, il considère que l’IA doit être un outil transversal, au service des différents enjeux auxquels font face les établissements de santé : « l’IA est un enjeu systémique, pas uniquement un enjeu en imagerie ».

    L’aide au codage des actes médicaux est une autre utilisation majeure de l’IA, déjà mise en place dans plusieurs établissements, notamment à l’AP-HP et Elsan, avec des partenaires industriels (la startup Collective Thinking par exemple). Les résultats sont actuellement variables en fonction des POC.

    Enfin, certaines utilisations de l’IA semblent émerger, comme c’est le cas pour la gestion des flux de patients, notamment aux urgences. Le CH de Lorient est ainsi en train de développer un outil qui doit permettre de prédire le parcours intra hospitalier des patients à partir de l’entrée aux urgences, afin d’améliorer les flux et de permettre une sortie la plus rapide possible.

    Des défis multiples à relever

    La multiplication des initiatives ne doit pas occulter les défis auxquels sont confrontés les hôpitaux voulant utiliser et codévelopper des outils d’IA :

    • la maitrise de la donnée indispensable, tant en disponibilité qu’en quantité, structuration et anonymisation.
    • les compétences nécessaires à l’exploitation de ces données, que ce soit en interne (par le développement de nouveaux métiers ou par l’évolution des métiers et formations existants) ou en externe (en ayant recours à des partenaires extérieurs de différents milieux : universitaire, recherche publique et privée, startups …). Enfin, un obstacle majeur réside dans la recherche de financements et dans l’évaluation des solutions (Proof of Concept, essais cliniques), les deux étant souvent liés.

    La majorité du financement de ces démarches est actuellement assurée dans le cadre d’appels à projet et manifestations d’intérêts (au niveau régional, national, voire européen). Certains établissements débloquent des budgets propres comme cela a été fait au GHT de Valenciennes.

     

    Des initiatives de pionniers mais un manque de structuration globale

    La démarche d’utilisation et de développement d’outils d’intelligence artificielle est déjà largement engagée par les établissements de santé, notamment les plus grands qui disposent des prérequis nécessaires (moyens et bases de données). Ces prérequis sont beaucoup moins accessibles aux établissements de petite taille, ce qui explique les disparités actuelles dans les démarches identifiées. La maturité des établissements étant très hétérogène, des outils sont en cours de réflexion afin de leur permettre de s’auto-évaluer sur leurs capacités à s’investir dans l’IA.

    Les initiatives actuellement répertoriées semblent majoritairement prendre place au niveau local, en s’organisant autour d’une équipe ou d’une personne en particulier.

  • DATA – Belgique : les principales mesures du plan d’action « e-santé 2019-2021 »

    Le 28 janvier 2019, la Belgique a adopté son nouveau Plan d’action e-santé 2019-2021. Il fait suite au Plan e-santé 2013-2018, dont 72% des objectifs ont été réalisés : 
    • le portail patient national (le Personal Health Viewer) ;
    • La e-prescription, qui est obligatoire depuis juin 2018 (en novembre 2018, près de 16 000 médecins ont prescrit 4 388 400 ordonnances électroniques, soit près de la moitié de toutes les prescriptions) ;
    • l’attestation et la facturation électronique, de plus en plus utilisées ;
    • les échanges sécurisés d’information entre médecins et publication de Sumehrs (résumé électronique de données médicales de patients) ;
    • l’usage croissant de la messagerie sécurisée (eHealthBox) ;
    • le système de validation d’applications mobiles santé  ;
    • l’accélération de l’informatisation des hôpitaux (15% des hôpitaux généraux ont un DPI quasi intégré, 75 % utilisent la prescription électronique, 60% ont un dossier infirmier informatisé) ;
    • la mise en place dans les trois régions d’une structure permettant à l’ensemble des prestataires de soins de suivre des formations permanentes dans le domaine de la e-santé ;
    • la mise à disposition de l’application BelRai, un outil de collaboration pour prestataires de soins intervenant autour d’un patient.

    La nouvelle stratégie 2019-2021 adresse les points d’amélioration du premier plan e-santé de la Belgique. Il se conforme aux principes suivants : 
    • coopération inter-fédérale ;
    • poursuite des projets en cours et/ou les étendre à de nouvelles cibles ou champs d’application ;
    • excellence opérationnelle et suivi des opérations pour sans cesse améliorer la disponibilité et la performance des systèmes et outils utilisés par professionnels et patients.
    • Intérêt porté sur les initiatives e-santé européennes et internationales

    Le Plan d’action 2019-2021 est composé de sept clusters de 44 projets interdépendants, présentés dans l’indicateur préparé par Health & Tech Intelligence.

    Le tableau présentant la stratégie e-santé de la Belgique est accessible dans la rubrique « Data » via ce lien.

  • Belgique : les principales mesures du plan d’action « e-santé 2019-2021 » porté par le gouvernement

    La Belgique a adopté son nouveau plan d’action e-santé 2019-2021 en janvier. Il fait suite au plan e-santé 2013-2018, dont 72 % des objectifs ont été réalisés : 
    • le portail patient national (le Personal Health Viewer) ;
    • la e-prescription, qui est obligatoire depuis juin 2018 (en novembre 2018, près de 16 000 médecins ont prescrit 4 388 400 ordonnances électroniques, soit près de la moitié de toutes les prescriptions) ;
    • l’attestation et la facturation électronique, de plus en plus utilisées ;
    • les échanges sécurisés d’information entre médecins et publication de Sumehrs (résumé électronique de données médicales de patients) ;
    • l’usage croissant de la messagerie sécurisée (eHealthBox) ;
    • le système de validation d’applications mobiles santé ;
    • l’accélération de l’informatisation des hôpitaux (15 % des hôpitaux généraux ont un DPI quasi intégré, 75 % utilisent la prescription électronique, 60 % ont un dossier infirmier informatisé) ;
    • la mise en place dans les trois régions d’une structure permettant à l’ensemble des prestataires de soins de suivre des formations permanentes dans le domaine de la e-santé ;
    • la mise à disposition de l’application BelRai, un outil de collaboration pour prestataires de soins intervenant autour d’un patient.

    La nouvelle stratégie 2019-2021 adresse les points d’amélioration du premier plan e-santé de la Belgique. Il se conforme aux principes suivants : 
    • coopération inter-fédérale ;
    • poursuite des projets en cours et/ou les étendre à de nouvelles cibles ou champs d’application ;
    • excellence opérationnelle et suivi des opérations pour sans cesse améliorer la disponibilité et la performance des systèmes et outils utilisés par professionnels et patients ;
    • intérêt porté sur les initiatives e-santé européennes et internationales.

    Le plan d’action 2019-2021 est composé de sept clusters de 44 projets interdépendants, présentés ci-dessous.

  • PHW : Vidal, L’effet papillon, Ehtrace, DataGalaxy et VieConnect lauréats des prix HIT Innovations

    Dans le cadre des HIT Innovations Trophées, la FHF récompense les sociétés Vidal, L’effet papillon, Ehtrace, DataGalaxy et VieConnect pour leurs solutions innovantes dans le secteur de l’IT appliqué à la santé. Les prix ont été remis le 21 mai 2019 à l’occasion de la Paris Healthcare Week 2019, qui a actuellement lieu à Paris, Porte de Versailles.

    Les lauréats et leurs solutions : 

    • Catégorie 1 : prévention & santé 

    La société Vidal a été récompensée pour sa solution Vidal Sentinel, un outil d’évaluation continue du risque des prescriptions pour les patients hospitalisés permettant aux pharmaciens hospitaliers d’identifier et d’expliciter les situations à risque qui nécessitent une intervention pharmaceutique.

    • Catégorie 2 : traitement et éducation thérapeutique 

    La société L’effet papillon a été récompensée pour sa solution Bliss, dispositif médical destiné à combattre les douleurs physiques et psychiques grâce à la réalité virtuelle. Bliss sert de complément ou d’alternative à l’anesthésie. 

    • Catégorie 3 : accompagnement, suivi et coordination 

    La société Ehtrace a été récompensée pour sa solution ScanDm, qui permet au personnel hospitalier de lire et d’interpréter tous types de code-barres (1D, 2D, standards et non standards) dans n’importe quel contexte (bloc opératoire, pharmacie).

    • Catégorie 4 : valorisation de la donnée  

    La société DataGalaxy a été récompensée pour sa plateforme, permettant de collaborer autour d’une cartographie commune et d’accéder à une connaissance fiable et à jour en temps réel. 

    • Catégorie coup de coeur du jury :

    La société VieConnect a été récompensée pour sa solution connectée conçue pour garantir une meilleure prise en charge de l’incontinence grâce à des capteurs et à des systèmes connectés permettant de fournir des analyses en temps réel et d’envoyer des notifications aux personnes aidantes.

    Le jury :

    Présidents du jury :

    • Enguerrand Habran, Directeur du Fonds FHF « recherche et innovation »
    • Cyrille Politi, Conseiller Transition Numérique de la FHF. 

    Membres du jury :

    • Eric Baseilhac, directeur des Affaires Economiques, Internationales et Affaires Publiques du Leem
    • Corinne Collignon, Adjointe au chef du service en charge de l’évaluation des Dispositifs Médicaux de la HAS
    • Sébastien Delescluse, Interne de Santé Publique au Chu d’Amiens
    • Pierre Desmarais, Avocat
    • Romaric Hervo, Vice-Président en charge de la Stratégie du Réseau National au CHRU de Brest
    • Olivier Le Pennetier, Urgentiste – Ex-Président de l’ISNI (internes de médecine) au SAMU de Paris
    • Chanfi Maoulida, Expert Numérique, Service de Santé des Armées / Direction des Systèmes d’Information et du Numérique (DSIN)
    • Stéphane Michaud, Directeur des Soins et Coordonnateur Général au CHU de Poitiers
    • Nicolas Noiriel, Délégué national, FNEHAD
    • Géraldine Salord – Associé fondateur à Metalaw Avocats Associés
    • Mathieu Trystram, Responsable incubateur à Tech Care Paris&Co
    • Guillaume Wasmer, Directeur Adjoint Chargé du Développement et du Marketing, Nehs.
  • PHW 2019 : « la notion d’IA doit être intégrée dans la formation des PS » (S. Kirche, GHT Saône&Loire)

    « L’OMS indique qu’il est nécessaire de former les utilisateurs aux nouvelles pratiques, aux outils numériques, et insiste sur le fait que cela doit être facile. Les industriels ont un travail important à réaliser au niveau de l’accompagnement des professionnels. La notion d’IA doit être intégrée dans la formation des professionnels de santé« , commente Stéphane Kirche, directeur de l’innovation et de l’ingénierie biomédicale de territoire du GHT Nord Saône-et-Loire (Bourgogne-Franche-Comté), intervenu lors d’une conférence sur le parcours de soins et les nouveaux enjeux de l’hôpital numérique, organisée le 21 mai 2019 par Siemens Healthineers France en partenariat avec le Snitem à l’occasion de la Paris Healthcare Week.

    À ces propos réagit Frédéric Pegaz-Fiornet, responsable du département « digitalisation » de Siemens Healthineers France, indiquant que sa société dispose d’équipes en charge d’accompagner ses clients. « La formation est un point essentiel dans la transformation numérique des établissements, acquiesce-t-il. Il est indispensable que les constructeurs assurent cet accompagnement. »

    Siemens Healthineers France est spécialisé dans les domaines de l’imagerie médicale diagnostique et interventionnelle, du diagnostic de laboratoire et de la biologie moléculaire. L’entreprise développe également des services de santé numériques et des services dédiés aux établissements de santé. Lors de la conférence assurée durant la PHW, elle est revenue en détail sur les solutions d’IA qu’elle propose aux établissements de soins et sur sa vision du secteur. Stéphane Kirche est venu compléter le discours de l’industriel par son expérience en tant qu’utilisateur, enthousiaste quant au développement des nouvelles technologies dans le système hospitalier.

    Imagerie médicale : l’IA utilisée à toutes les étapes de l’examen

    Agnès Malgouyres, responsable « marketing IA » à Siemens Healthineers France, met en avant les solutions développées par l’entreprise dans le domaine de l’imagerie médicale, présentes à toutes les étapes de l’examen dans l’optique d’améliorer l’efficacité des professionnels.

    1. Positionnement du patient

    L’IA permet que la dose de rayon X infligée au patient soit exactement la dose nécessaire et non trop importante.

    2. Programmation de l’examen

    « Dans le cas de lésions cérébrales, des IRM doivent être réalisées tous les 2 mois par exemple, illustre Agnès Malgouyres. Notre solutions permet de suivre l’évolution de la pathologie à un endroit précis du cerveau. Examen après examen, nous allons pouvoir placer les plans acquisitions exactement au même endroit grâce à l’IA pour suivre au mieux la pathologie. La machine se positionne au bon endroit même si la tête du patient est tournée une fois à droite et une autre fois à gauche par exemple. »

    3. Traitement d’image : là où l’IA effectue le « plus gros » travail

    C’est dans le domaine de l’analyse des images que l’IA effectue « le plus gros » travail, commente l’experte. « L’IA fait ressortir des valeurs fournies par l’image et permet de comparer à 2 états différents ce qui s’est passé, explique-t-elle. Elle prend en considération dans son analyse les résultats des examens précédents.e

    4. Compte rendu

    Toutes les informations obtenues pendant examen sont reportées directement dans le compte rendu pour qu’il n’y ait pas d’erreurs de transmission.

    « Nous avons une quarantaine d’applications déjà existantes sur le marché, complète Agnès Malgouyres, précisant que Siemens Healthineers travaillait depuis « des années » avec l’intelligence artificielle dans l’optique de permettre aux professionnels de santé d’éviter certaines tâches répétitives et sans valeur ajoutée et ainsi de leur libérer davantage de temps pour leurs patients.

    Lancement d’un outil d’assistance au radiologue pour le scanner thoracique

    La responsable annonce par ailleurs le lancement prochain sur le marché d’un « outil d’assistance au radiologue pour le scanner thoracique ». Le dispositif vise à repérer les anomalies et à donner des valeurs quantitatives, sur le volume du cœur par exemple, pour faciliter l’analyse du professionnel, en lui évitant de rechercher d’éventuelles anomalies sur la multitude d’images fournies par scanner.

    Le numérique, « un des axes majeurs de la réorganisation de l’hôpital » (S. Kirche, GHT Nord Saône-et-Loire)

    « Le numérique devient un des axes majeurs de la réorganisation, de l’efficience de l’hôpital, commente de manière plus générale Stéphane Kirche, directeur de l’innovation et de l’ingénierie biomédicale de territoire du GHT Nord Saône-et-Loire. C’est la première réponse à déployer dans la réorganisation de l’offre de soins au niveau territorial. »

    Il rappelle que le rapport soignant-soigné a complètement évolué. « Le patient disposera prochainement d’un espace numérique de santé. Il va y avoir plus de dialogue entre le patient et les professionnels de santé. Nous allons être obligés, nous, personnel hospitalier, de répondre à cette nouvelle demande de soins personnalisés, d’une thérapeutique adaptée aux attentes et aux besoins de chaque patient. »

    « Le patient devient un partenaire, ajoute-t-il, une collaboration qui va permettre de créer de la valeur dans les soins, un élément extrêmement important. »

    « La gradation des soins n’est pas une utopie »

    Interrogé à propos du DMP, Stéphane Kirche indique que son développement est une évidence dans les structures de son GHT. « La gradation des soins n’est pas une utopie, explique-t-il. Il faut que nous adaptions nos plateaux techniques et que nous rendions l’information disponible là où on en a besoin. »

    Une plateforme qui met à disposition tout l’historique médical du patient

    À propos de l’exploitation des données, Frédéric Pegaz-Fiornet, responsable département digitalisation à Siemens Healthineers France, met en avant la plateforme eHealth du groupe, un portail pour les patients et les médecins qui met à disposition toutes les données médicales, biologiques et génétiques.

    « Quant un patient arrive dans l’établissement, le personnel dispose ainsi de tout son historique. La prise en charge est optimisée, permettant un gain d’argent et de temps », explique-t-il, ajoutant que même les données issues des objets connectés étaient disponibles sur la plateforme. « Par exemple, une montre Fitbit peut être reliée au portail afin de faire remonter les résultats obtenus sur l’espace du patient pour que son cardiologue puisse les consulter », illustre-t-il.

    Frédéric Pegaz-Fiornet précise que cette plateforme Health est équipée de différents modules pour effectuer des téléconsultations, obtenir un second avis à distance ou encore réaliser des conférences inter-établissements.

    Une archive neutre pour rassembler toutes les données au même endroit

    « L’un des principaux problèmes en ce qui concerne l’exploitation des données est que la partie laboratoire est organisée de façon sillotée, que le centre dermatologique ou gynécologie regroupe ses informations sur un petit logiciel propriétaire et que les données d’imageries sont regroupées sur des bases à part », note Frédéric Pegaz-Fiornet.

    C’est pourquoi il souligne que Siemens Healthineers France travaille notamment au « décloisonnement des services, notamment au niveau des GHT ».

    La société propose une archive neutre qui permet de stocker toutes les données au même endroit. « Elle permet de disposer d’un seul accès aux données, d’un seul support à la décision basée sur IA afin de proposer des données structurées, l’un des enjeux majeurs de la transformation des établissement de santé », analyse-t-il.

    L’une des spécificités de cette archive neutre est qu’elle « redonne la donnée aux établissements dans le format auquel elle l’a reçue, précise-t-il, un point important parce que les hôpitaux ont des contraintes en termes de coûts et ne peuvent pas modifier leurs plateformes facilement ».

    « L’idée, résume Frédéric Pegaz-Fiornet, est de proposer des connecteurs qui permettent de partager les données, de savoir s’adapter à l’architecture des établissement ou multi-sites dans le cas de GHT, de faire communiquer toutes les solutions existantes d’un même hôpital. »

  • IA en santé : quoi de neuf un an après l’annonce du plan national IA ? Panorama des actions en cours

    Fort engagement du secteur mais hétérogénéité de la maturité des acteurs et de leur façon d’agir, tel est le constat dressé par H&TIntelligence un an après le lancement de la stratégie nationale en IA le 29 mars 2018 par le Président de la République.
    Un plan d’actions facilitatrices a été annoncé pour renforcer l’attractivité de l’écosystème de la recherche française, faciliter l’accès aux données, augmenter la porosité entre public et privé, travailler sur les mesures à mettre en place pour le contrôle des algorithmes…Un an après, où en sont les différents acteurs et professionnels de la santé ? Quelles sont les actions, projets concrets mis en place pour répondre au challenge de l’IA en santé ?
    H&TIntelligence présente chaque jour à l’occasion de la Paris HealthCareWeek qui se déroule du 21 au 23 mai 2019 à Paris 3 sessions sur l’IA et publie chaque jour un état des lieux de l’IA en santé. Jour 1 : Panorama IA en santé

    La mise en place des actions au niveau national dans le cadre « AI for humanity »

    « La politique industrielle doit être organisée autour de grands enjeux et défis de notre époque : détection précoce des pathologies, médecine des 4P (médecine personnalisée, préventive, prédictive, participative), disparition des déserts médicaux, mobilité urbaine à zéro émission… Ces grands enjeux pourraient être déterminés par des comités sectoriels chargés d’en faire la publicité et d’animer leurs écosystèmes. »   AI for Humanity.

    Plusieurs actions ont été mises en place :

    • La création d’un réseau de 4 Instituts Interdisciplinaires d’Intelligence Artificielle (3IA), dont 3 se focalisent en priorité sur la santé (Grenoble, Nice et Paris),
    • Des Appels à Manifestation d’Intérêt (PIA) afin d’accompagner des acteurs publics dans le déploiement d’outils d’intelligence artificielle (le CHU de Toulouse est l’un des lauréats avec un projet sur le cancer du poumon),
    • Le lancement des « Challenges IA » (cadre d’investissements d’avenir), pour favoriser et accompagner l’open innovation en IA. Quatre secteurs clés ont été identifiés, dont la santé pour lequel Care Insight est accompagnateur.
    • La mise en place du Health Data Hub, qui a lancé son premier appel à projets début 2019. Dix projets ont été sélectionnés et rendus publics le 16 avril 2019 (sur 189 réponses de candidats).

    Une action parallèle est également notable :

    •  Le grand défi « Comment améliorer les diagnostics médicaux par l’IA ?  » mis en place par le conseil national de l’innovation financé par le Fonds pour l’Innovation et Industrie, piloté par Olivier Clatz :  Grand défi « diagnostics par l’IA » : « mieux travailler sur les données du futur » (Olivier Clatz). Cette démarche est en phase de définition de son mode opérationnel.

    Les actions notables portées par les régions

    Les régions souhaitent se positionner sur l’intelligence artificielle, aider les acteurs territoriaux (entreprises, institutionnels, start ups, …) à pouvoir se développer sur leurs territoires, et ainsi renforcer leur attractivité au niveau national, voire international.  

    Par exemple, la région Occitanie a lancé une association « Occitanie Data », qui regroupe 17 organisations publiques et privées dédiées à l’IA, et a mis en place un partenariat avec Microsoft pour l’ouverture de la première école d’intelligence artificielle.

    La région Ile de France a mis en place un plan régional sur l’intelligence artificielle « IA 2021 », avec diverses actions adressant la santé : un challenge international « AI Paris Région 2018 » avec le financement de 4 startups dont deux spécialisées en IA et santé (TheraPanacea et PandaGuide), et un Challenge « AI for Health » 2019 , challenge dédié spécifiquement à l’oncologie en partenariat avec l’IGR.

    Les agences régionales de santé : au-delà des pionniers, un début d’acculturation

    Il existe au sein des agences régionales de santé une prise de conscience souvent émergente de l’importance de l’IA en santé. On constate la mise en place d’actions allant de l’acculturation, de l’organisation de rencontres des différents acteurs impliqués, jusqu’à la mise en place de projets opérationnels.

    L’ARS PACA a décidé de mettre en place une dynamique IA, pour accompagner les établissements de santé à aller vers l’IA et favoriser le rapprochement entre les startups et les acteurs de santé. La démarche repose sur une acculturation interne puis partagée avec les professionnels de santé (journée dédiée le 12 juin 2019), pour préparer le terrain aux actions opérationnelles.

     L’ARS Ile de France, pionnière en la matière, a lancé un projet opérationnel, pour le développement d’un outil de prédiction des soins non programmés grâce à l’IA. Les données utilisées sont multiples : bases de données de santé (activité des services d’urgence ou des SAMU), de climatologie (Météo France), de qualité de l’air (Airparif) ou des réseaux sociaux. Un datathon de 72h sera organisé en Septembre 2019, pour développer le prototype de l’outil en mobilisant startups, datascientists, développeurs et designers.

    Recherche Académique : l’IA, une thématique déjà ancienne, avec un focus plus récent en santé

    Les acteurs de recherche institutionnelle participent à de nombreux projets en IA et santé, comme par exemple :

    – le CEA travaille sur l’IA et l’imagerie (Neurospin, schizophrénie) et sur l’aide au codage et la structuration du DMP pour alléger les missions administratives des médecins (projet mené avec Doctegestio)

    – l’école polytechnique travaille sur le SNIIRAM,

    – l’INSERM s’est associée à Owkin pour adresser la thématique.

    Au sein de l’INRIA, l’IA est une thématique clé portée par des experts reconnus au niveau international et sur  la vision par ordinateur et l’analyse des langages par exemple. Pendant plusieurs années, peu d’applications ont été développées dans le domaine de la santé, du fait des difficultés d’accéder aux données médicales et de travailler avec les médecins. L’émergence de la santé à l’INRIA est récente, mais est désormais pleinement intégrée.
    2 axes en particulier se dégagent : l’imagerie et l’analyse des données du SNIIRAM.

    Pour le pôle de compétitivité Medicen Paris Region, l’IA devient un potentiel levier de financement des projets et start-ups (elle s’inscrit dans les critères attendus ou souhaités), et devient parfois de ce fait un outil de promotion plus qu’une réalité.  C’est une sorte de « toile de fond ». L’IA se retrouve principalement dans le pôle « imagerie » (avec beaucoup d’acteurs parfois concurrents), et relativement peu dans les pôles « diagnostic biologique » et « biothérapies ».

    Pour les industriels, l’IA est un élément le plus souvent essentiel de leurs activités et de leur communication.

    Les industriels de l’industrie pharmaceutique présentent des degrés de maturité hétérogènes dans la gestion de leur données et la mise en place d’algorithmie. L’IA trouve paradoxalement sa place dans tous les aspects de leur activité, le plus souvent à travers la mise en place de partenariats :

    • En recherche et développement pour l’identification de nouvelles molécules, la mise en place des essais cliniques, la découverte de nouvelles thérapies (par exemple, Novartis et le projet DATA42, Merck et son partenaire Iktos pour la conception de nouveaux médicaments, Sanofi et Palantir, Takeda et Vivli…),
    • En phase de production (Sanofi et le jumeau numérique de l’usine 4.0 pour la supply chain et la gestion de crise, Novartis et le contrôle par IA de production) ;
    • Pour le marketing (liens avec les prescripteurs : chatbot (Janssen), monitorage des habitudes de prescription des médecins (Novartis et Aktana)
    • Et l’évaluation et la mesure de l’efficacité et des résultats : mesure de l’Observance, Support, Personnalisation, Mesure (Teva et Chatbot patients pour suivi de pathologies chroniques ou cancérologie)

    L’industrie du dispositif médical : un engagement dans l’IA particulièrement important, en particulier en imagerie médicale.

    En imagerie, l’IA est présente tout au long du parcours patient, de la prescription de l’acte diagnostic, jusqu’à la réalisation du compte rendu, avec une offre de solutions particulièrement riche sur l’aide à l’interprétation des images radiologiques. Les grands industriels de la radiologie comme des PMEs proposent des solutions qui avec l’IA accompagnent la réalisation de l’examen (positionnement du patient, optimisation de la dose…), l’interprétation des images (identification de nodules pulmonaires, de fractures osseuses, lecture de mammographies…), la rédaction des comptes rendus. De même, des solutions proposent une optimisation du parcours patient et des flux liés.

    Ainsi par exemple, Siemens Healthinners a pour l’IA une équipe de 130 personnes dédiées à Princeton, et a déposé 725 Brevets en machine learning et deep learning, et propose 40 solutions déjà disponibles.

    Philips France a annoncé, le 10 avril 2018, dans le cadre de la stratégie « AI for Humanity » la création d’un centre d’expertise en Intelligence Artificielle (IA) entièrement dédiée à l’imagerie médicale, à la génomique et au développement des start-up de la French Tech.

    Quelques pionniers parmi les éditeurs de logiciels

    Evolucare en partenariat avec ADCIS se positionne sur l’IA en ophtalmologie (joint-venture OphtAI) pour industrialiser la production d’algorithmes spécialisés dans le dépistage précoce des pathologies ophtalmologiques. La société Evolucare investit également en IA dans d’autres domaines comme la surveillance des patients ou l’imagerie.

    Pour tous les enjeux sont nombreux : 

    • l’accès à des données de qualité en France, voire en Europe
    • les compétences scientifiques, et notamment les data scientist
    • un cadre réglementaire complexe
    • et le respect d’une éthique à définir dans ce nouveau cadre. 

     Panorama IA en santé