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  • Entreprises françaises du numérique en santé : plus de fonds levés au 1er semestre 2026 que sur toute l’année 2025

    Les 626,6 millions levés au second trimestre en font le troisième plus gros montant depuis qu’Health&Tech Intelligence a commencé le suivi des levées de fonds en 2016.  

    Cela est cependant à nuancer par la concentration des montants levés, particulièrement importante ce trimestre, avec les 480 millions de financement, 76,6% du montant total, levé par une seule entreprise, Alan. Pour illustrer cette concentration, la moyenne des montants levés est de 62,6 millions mais la médiane est à 15,4 millions. 

    La tendance habituelle est plutôt à 50% des montants levés par 15% des entreprises.

    2026 déjà supérieur à 2025 

    Avec 940,6 millions levés sur les deux premiers trimestres le montant est déjà presque deux fois supérieur aux 447,6 millions levés par les entreprises françaises du numérique en santé en 2025. 

    L’IA exceptionnellement minoritaire dans la part des montants levés 

    Alors que l’IA avait représenté en 2025 58,6% des montants levés, elle ne représente ce trimestre que 3,4%. Ces résultats sont cependant à nuancé car beaucoup de solutions utilisent plusieurs types de technologies numériques, c’est le cas par exemple pour Alan, une plateforme proposant aussi des services grâce à l’IA. Même avec cette nuance, cela démontre que l’IA n’est pas hégémonique dans le numérique en santé.

     

     

  • Lauxera Capital Partners lève 520 M€ pour financer 12 à 15 scale-ups européennes de la healthtech avec des tickets de 20 à 50 M€

    Porté au-delà de son objectif initial de 500 M€, ce deuxième fonds s’appuie sur un réinvestissement d’investisseurs historiques et vise un déploiement transatlantique, avec des bureaux à Paris et San Francisco, pour accompagner l’expansion des sociétés vers le marché américain. 

    Un fonds au-delà de son objectif initial

    La société de gestion française Lauxera Capital Partners annonce la clôture finale de son deuxième fonds, « Lauxera Growth II », à hauteur de 520 millions d’euros. Ce montant dépasse l’objectif maximal initial fixé à 500 millions d’euros, notamment grâce au réengagement d’investisseurs historiques.

    Cette levée intervient dans un contexte marqué par une intensification des besoins de financement des entreprises européennes de la healthtech, en particulier à des stades de croissance avancés. Elle illustre une dynamique persistante du capital-investissement dans le secteur, malgré un environnement macroéconomique plus contraint.

    Répondre au déficit de financement en Europe

    Lauxera positionne ce nouveau véhicule comme une réponse au déficit structurel de financement auquel font face les entreprises européennes de santé lorsqu’elles cherchent à changer d’échelle. L’objectif affiché consiste à accompagner la transformation de ces sociétés en acteurs globaux, avec un accent sur leur développement aux États-Unis.

    La stratégie repose sur une présence transatlantique, avec des bureaux à Paris et à San Francisco, permettant d’articuler accompagnement opérationnel, accès aux marchés et mise en relation avec des partenaires industriels et financiers.

    Une stratégie d’investissement ciblée

    Le fonds prévoit d’investir dans 12 à 15 entreprises, avec des tickets compris entre 20 et 50 millions d’euros. Les investissements couvriront plusieurs segments de la healthtech :

    • Medtech
    • Santé numérique
    • Intelligence artificielle appliquée à la santé
    • Outils de diagnostic

    Les entreprises ciblées devront répondre à des critères d’impact définis par le cadre « Triple Aim » :

    • Amélioration de la qualité de vie des patients
    • Renforcement de l’efficience des systèmes de santé
    • Génération de valeur économique pour les payeurs

    Cette approche vise à aligner performance financière et contribution aux systèmes de santé.

    Premiers investissements et track record

    Deux opérations ont déjà été réalisées dans le cadre de ce nouveau fonds : Acandis GmbH, entreprise allemande spécialisée dans les dispositifs médicaux neurovasculaires, et Antaros Medical, société suédoise positionnée sur les services d’imagerie et de biomarqueurs pour les essais cliniques. Lauxera a également accompagné plusieurs entreprises européennes, dont la société française Lifen, spécialisée dans la gestion et la structuration des données de santé.

    Le fonds met en avant son expérience passée avec OrganOx, entreprise britannique développant des dispositifs de préservation d’organes. Durant la période d’investissement, le chiffre d’affaires de la société a été multiplié par plus de cinq. OrganOx a été acquise en août 2025 par le groupe japonais Terumo pour un montant d’environ 1,5 milliard de dollars.

    Une dimension philanthropique intégrée

    Lauxera introduit une composante philanthropique dans la structuration de ce fonds. Une partie du carried interest sera reversée à l’Institut Imagine, centre de recherche basé à Paris, dédié aux maladies génétiques pédiatriques rares. Ce partenariat vise à contribuer au financement de programmes de recherche, en associant performance financière et soutien à des projets scientifiques. Ce type de mécanisme reste peu répandu dans le capital-investissement en santé.

    Une dynamique sectorielle confirmée

    L’annonce intervient dans un contexte de forte activité dans l’écosystème européen de la santé numérique, observée notamment lors des récents événements sectoriels tels que SantExpo. Elle confirme l’intérêt des investisseurs pour des modèles combinant innovation technologique, impact clinique et potentiel de déploiement international. Avec « Lauxera Growth II », la société de gestion renforce sa position sur le segment du growth equity en santé, en ciblant des entreprises déjà structurées mais nécessitant des capitaux significatifs pour franchir une nouvelle étape de développement.

  • Eurobio Scientific consolide sa position dans le diagnostic de transplantation

    Le spécialiste français du diagnostic in vitro Eurobio Scientific a annoncé la finalisation de l’acquisition de CareDX AB en Suède et de ses filiales aux États‑Unis, correspondant à la division Lab Products de CareDx, société américaine de médecine de précision spécialisée dans la transplantation. 

    L’opération, réalisée pour un montant d’environ 145 millions d’euros après ajustements, porte sur des activités dédiées au typage des antigènes leucocytaires humains (HLA) et au diagnostic en transplantation. Eurobio Scientific met en avant la complémentarité de son portefeuille avec celui de CareDx Lab Products, dans un segment où l’intégration des chaînes de valeur, de la biologie de routine à la médecine de précision, devient un enjeu stratégique pour les industriels du diagnostic.

    En réunissant ces offres, le groupe renforce sa présence sur le marché mondial du diagnostic de transplantation, marqué par une demande croissante en solutions de typage HLA et en outils d’aide à la décision pour la prise en charge des greffés. La transaction illustre aussi l’intérêt d’acteurs européens pour des actifs nord‑américains positionnés sur des niches technologiques en médecine de précision.

    Livmeds, la promesse de la livraison de médicaments à domicile interrompue

    En parallèle de cette consolidation dans le diagnostic, l’écosystème français de la e‑santé voit se fragiliser certaines initiatives centrées sur les services pharmaceutiques. La start‑up Livmeds, positionnée sur la livraison de médicaments à domicile en lien avec les officines, a annoncé l’arrêt de son activité. Fondée pour faciliter l’accès aux traitements via une plateforme numérique et un service logistique, Livmeds visait un maillage territorial avec des pharmacies partenaires et un parcours patient simplifié, notamment pour les personnes en difficulté de mobilité.

    La fermeture du service s’inscrit dans un contexte où les modèles économiques des plateformes de livraison de produits de santé font face à plusieurs contraintes : cadre réglementaire strict, intégration avec les systèmes d’information des officines, coût de la logistique du dernier kilomètre et concurrence d’acteurs plus généralistes. Les retours de professionnels de la pharmacie et d’investisseurs soulignent la difficulté à atteindre une masse critique de patients tout en restant conforme aux règles encadrant la dispensation des médicaments.

    Une autre initiative, portée par un fondateur très actif sur les réseaux professionnels, illustre les mêmes tensions autour de la soutenabilité du modèle de service en santé numérique. L’entreprise, qui avait construit sa notoriété sur une proposition de valeur centrée sur la fluidification du parcours de soin par une application mobile, a rencontré des obstacles similaires en matière de financement et d’adoption par les acteurs de terrain. Ces signaux faibles nourrissent les interrogations sur la capacité des services B2C en santé, fortement exposés aux coûts d’acquisition et aux exigences réglementaires, à se pérenniser sans relais institutionnels ou assureurs.irdes

    Vitadx placé en procédure de sauvegarde

    Dans le domaine du diagnostic assisté par IA, Vitadx, connu pour sa technologie de dépistage précoce du cancer de la vessie, a été contraint de se placer en procédure de sauvegarde. La société développe une solution de cytologie urinaire automatisée, reposant sur l’analyse d’images et d’algorithmes d’intelligence artificielle pour détecter des lésions urologiques à un stade précoce. Cette technologie vise à améliorer la sensibilité par rapport aux examens de cytologie classiques et à optimiser la surveillance des patients à risque.

    La mise en sauvegarde, décrite par l’entreprise comme une étape pour se donner du temps dans la recherche de nouveaux financements et partenariats, souligne les besoins capitalistiques importants des solutions de diagnostic IA, soumis à des phases longues de validation clinique, de marquage réglementaire et de déploiement dans les établissements de santé. Les échanges autour du cas Vitadx mettent en avant la difficulté pour une société de taille intermédiaire d’absorber simultanément les coûts de R&D, de certification et de diffusion commerciale dans un marché hospitalier en tension budgétaire.

  • Assurance, thérapies numériques, robotique et IA : 626,6 millions d’euros investis dans dix projets de santé numérique en France et à l’international

    Entre prévention assurantielle, dermatologie robotisée, suivi du diabète, santé mentale, télé-rééducation et documentation chirurgicale, dix jeunes pousses ont levé des fonds ce trimestre, afin d’industrialiser leurs technologies et accélérer leur adoption clinique. 

    Des financements orientés vers les usages cliniques

    Les dix levées de fonds recensées illustrent une orientation vers des solutions directement intégrées aux parcours de soins, plutôt que vers des briques technologiques génériques. Les sommes levés investis visent autant la consolidation réglementaire que l’industrialisation et la structuration commerciale des plateformes de santé numérique. Les investisseurs attendent des preuves d’efficacité clinique, des modèles économiques robustes et une capacité à s’inscrire dans les politiques de prévention, de transformation hospitalière et de prise en charge des maladies chroniques.

    Squaremind : 15,3 M€ pour robotiser l’examen dermatologique

    Squaremind annonce une levée de 18 M$, soit environ 15,3 M€, pour déployer son robot d’imagerie dermatologique Swan et sa plateforme d’analyse associée. La société parisienne combine robotique, imagerie corps entier haute résolution et algorithmes d’IA pour cartographier la peau et appuyer le repérage des lésions suspectes, dans un contexte de tension sur l’accès aux dermatologues. Le tour de table mené par le fonds Deep Tech 2030 de Bpifrance et Sonder Capital doit soutenir l’industrialisation, les études de validation et le lancement commercial en Europe et aux États‑Unis.

    Alan : 480 M€ pour l’assuranceprévention numérique

    Le néo‑assureur Alan lève 480 M€ auprès de Prosus pour consolider son modèle d’“assurance‑prévention” s’appuyant sur une plateforme numérique intégrée. La société associe couverture santé, services de téléconsultation, outils de prévention et accompagnement des salariés, en exploitant la donnée pour personnaliser les parcours et orienter les assurés. Ce tour de table doit financer l’expansion internationale, l’enrichissement des briques de mesure des risques et le déploiement de partenariats avec les employeurs et les institutions de protection sociale.

    Sêmeia : 21 M€ pour le suivi des maladies chroniques

    Sêmeia boucle une levée de 21 M€ afin d’élargir la diffusion de sa plateforme de télésuivi pour patients atteints de maladies chroniques. La solution collecte en continu données cliniques, indicateurs de qualité de vie et questionnaires patients, analysés via des modèles d’IA pour ajuster les plans de soins et déclencher des alertes vers les équipes hospitalières. Les capitaux doivent soutenir l’intégration dans de nouveaux établissements, le renforcement des preuves médico‑économiques et l’ouverture vers des programmes de type “hôpital hors les murs”.

    Axomove : 4 M€ pour structurer la télérééducation

    Axomove franchit une étape stratégique avec une levée de 4 M€ destinée à accélérer le déploiement de sa plateforme de télérééducation. L’entreprise propose des parcours d’exercices personnalisés supervisés à distance pour les pathologies musculosquelettiques, avec analyse des données d’adhésion et de progression afin d’adapter les protocoles. Ce financement soutient la structuration commerciale auprès des réseaux de soins, le renforcement de l’offre B2B et la sécurisation des intégrations avec les systèmes d’information des professionnels.

    DiappyMed : 5 M€ pour une thérapie numérique du diabète

    DiappyMed lève 5 M€ pour EkiYou, sa thérapie numérique d’aide au dosage de l’insuline destinée aux patients diabétiques. L’application calcule, à partir de multiples paramètres, une dose d’insuline personnalisée, avec l’ambition d’alléger la charge mentale et d’améliorer le contrôle glycémique. La levée, portée notamment par Ventech et AFI Ventures, doit financer les études cliniques, la finalisation du dossier réglementaire, la demande de remboursement auprès de l’Assurance maladie et les actions d’information des endocrinologues.

    Thiais Santé mentale : 5 M€ pour outiller la prise en charge psychique

    Thiais Santé mentale mobilise 5 M€ pour renforcer sa capacité de prise en charge et développer des outils numériques complémentaires à son activité clinique. L’établissement travaille sur des modules de suivi à distance, de psychoéducation et de coordination avec la médecine de ville, en articulation avec ses équipes pluridisciplinaires. Les financements visent la modernisation des infrastructures, l’intégration de solutions de télésanté et la participation à des projets de recherche sur de nouvelles approches de prise en charge psychique.

    Lucis : 17,3 M€ pour une plateforme de diagnostic assistée par IA

    Lucis annonce une levée de 17,3 M€ pour sa plateforme de diagnostic qui utilise l’intelligence artificielle pour analyser signaux cliniques et données biologiques. La technologie agrège résultats d’examens et données patient afin de soutenir les décisions des médecins, notamment dans les contextes où le volume de résultats à interpréter est élevé. Les capitaux doivent permettre d’étendre les cas d’usage, d’obtenir des validations cliniques supplémentaires et d’adresser les marchés hospitaliers et de laboratoires à l’échelle européenne.

    Sonomind : 20 M€ pour les ultrasons focalisés dans la dépression résistante

    Sonomind annonce une Série A de 20 M€ pour traiter la dépression résistante par ultrasons focalisés de faible intensité. La medtech développe un dispositif de neuromodulation non invasif, fondé sur 25 ans de recherche Inserm‑ESPCI‑CNRS, ciblant des zones profondes du cerveau avec une lentille acoustique sur mesure. La levée, menée par Critical Path Ventures et les fonds French Tech Seed et Deep Tech 2030 de Bpifrance, doit financer des essais randomisés multicentriques, la préparation des autorisations de mise sur le marché et la structuration industrielle.

    Uromems : 53 M€ pour une prothèse urinaire active implantable

    Uromems lève 53 M€, via un investissement stratégique d’Ajax Health Fund I pour sa prothèse urinaire implantable destinée au traitement de l’incontinence. L’implant embarque capteurs et mécanique active, pilotés par des algorithmes, pour adapter le soutien urinaire au profil du patient et suivre les performances dans le temps. Le financement doit permettre d’achever les études cliniques pivot, de préparer les dossiers réglementaires sur plusieurs marchés et d’installer une capacité industrielle de production.

    Uncovr : 6 M€ pour automatiser la documentation chirurgicale

    Uncovr sécurise 6 M€, en seed pour sa plateforme de documentation chirurgicale fondée sur l’IA. La solution vise à capter les données du bloc opératoire, les structurer et générer automatiquement comptes rendus et documents administratifs, en lien avec les exigences de codage et de traçabilité. Les fonds serviront à enrichir les modules de compréhension du langage clinique, à adapter la plateforme à différents environnements hospitaliers et à démontrer les gains de temps et de fiabilité pour les équipes chirurgicales.

    Entreprises

    Squaremind

    Montants

    15,3

    Alan 480,0
    Semia 21,0
    Axomove 4,0
    DiappyMed 5,0
    Thia santé mentale 5,0
    Lucis 17,3
    Sonomind 20,0
    Uromens 53,0
    Uncovr 6,0
  • Vaccination : une IA conçoit un antigène capable de cibler plusieurs coronavirus avec un seul vaccin

    Après un premier essai mené chez 39 volontaires, un vaccin conçu intégralement par IA a démontré un profil de tolérance satisfaisant. Les chercheurs britanniques lancent désormais une étude de phase 2 pour évaluer sa capacité à induire une réponse immunitaire large contre des familles entières de virus.

    Anticiper les futures pandémies

    Des chercheurs des universités de Cambridge et de Southampton ont développé un vaccin conçu intégralement par IA afin de protéger contre des familles entières de virus, y compris de futurs variants ou des agents pathogènes encore inconnus. Cette approche marque une rupture avec le modèle actuel de développement vaccinal, fondé sur l’adaptation successive des vaccins à l’émergence de nouveaux variants.

    Selon le Pr Saul Faust, investigateur principal de l’essai à l’Université de Southampton, les virus tels que les coronavirus, les virus grippaux ou ceux du groupe Ebola évoluent continuellement, rendant les vaccins disponibles parfois insuffisamment adaptés au moment de leur déploiement.

    Un antigène conçu par apprentissage automatique

    La spécificité de cette approche repose sur un antigène entièrement conçu par IA. Les chercheurs ont utilisé l’ensemble des séquences génétiques disponibles des sarbecovirus (une sous-famille de coronavirus circulant principalement chez les chauves-souris et susceptibles d’être transmis à l’humain) issues des programmes internationaux de surveillance. Des algorithmes d’apprentissage automatique ont permis de concevoir une protéine de synthèse, qualifiée de « super-antigène », reproduisant les caractéristiques communes à de nombreux coronavirus plutôt que celles d’une souche particulière.

    Cette stratégie vise à déclencher une réponse immunitaire capable de reconnaître un large éventail de virus partageant ces caractéristiques, y compris après l’apparition de nouvelles mutations. Pour le Pr Jonathan Heeney, responsable scientifique du projet au sein du Lab of Viral Zoonotics de l’Université de Cambridge, cette approche permettrait de « passer d’une vaccination réactive à une vaccination capable d’anticiper l’évolution virale ».

    Une administration sans aiguille

    Le vaccin utilise également un mode d’administration différent des technologies conventionnelles. L’antigène est injecté dans la peau grâce à un jet microfluidique à haute vitesse, sans recours à une aiguille.

    Cette technologie réduit les déchets liés aux objets piquants, nécessite un plus faible volume d’administration et pourrait faciliter les campagnes de vaccination. Le vaccin présenterait également une meilleure stabilité thermique que les vaccins à ARN messager, limitant les contraintes de chaîne du froid et facilitant son utilisation dans les pays à revenu faible ou intermédiaire ainsi que lors de réponses rapides à de nouvelles épidémies.

    Un premier essai clinique rassurant

    Le premier essai clinique a inclus 39 volontaires. L’objectif était d’évaluer la sécurité, la tolérance et la réponse immunitaire induite par le vaccin. Les chercheurs rapportent une bonne tolérance des quatre niveaux de dose évalués, sans signal de sécurité significatif.

    Pour le National Institute for Health and Care Research (NIHR), ces premiers résultats constituent une étape vers le développement de vaccins capables d’offrir une protection durable contre plusieurs familles virales.

    Une étude de phase 2 en préparation À la suite de ces résultats, les équipes britanniques prévoient de lancer un essai clinique de phase 2 afin d’évaluer la capacité du vaccin à induire une réponse immunitaire dans une population plus large et plus diversifiée.

    A phase I, needle free, dose escalation clinical trial of pEVAC-PS, a candidate pan-Sarbecovirus Vaccine – Journal of Infection

  • Étude : une IA assiste les médecins dans la rédaction des résumés d’hospitalisation (Jama)

    Des chercheurs de Stanford Health Care ont évalué une intelligence artificielle générative capable de rédiger automatiquement les résumés d’hospitalisation à partir du dossier médical électronique. Publiée le 27 mai 2026 dans JAMA Network Open*, leur étude prospective montre que les médecins ont intégré ses propositions dans 57 % des comptes rendus finaux.

    Rédiger un compte rendu de sortie fait partie des tâches les plus chronophages à l’hôpital. Avant qu’un patient ne quitte le service, le médecin doit synthétiser plusieurs jours d’hospitalisation à partir du dossier médical électronique : évolution clinique, examens, traitements, décisions thérapeutiques… Une étape indispensable, mais largement administrative.

    Une IA au cœur des dossiers médicaux

    Pour tenter d’automatiser cette tâche, des chercheurs de Stanford Health Care ont développé une intelligence artificielle générative capable de produire un premier brouillon du résumé d’hospitalisation. Restait à déterminer si un tel outil pouvait réellement s’intégrer dans la pratique clinique, sans compromettre la qualité des comptes rendus ni la sécurité des patients.

    Concrètement, les chercheurs ont mené une étude prospective au sein de Stanford Health Care, aux États-Unis. Pendant 10 semaines, ils ont déployé un système d’intelligence artificielle générative intégré au dossier médical électronique. Baptisé Draft Clinical Documentation, cet outil analyse les informations du séjour hospitalier afin de générer automatiquement un premier brouillon du résumé chronologique de l’hospitalisation qui sera inclus dans le compte rendu de sortie.

    Au total, l’étude a porté sur 331 patients et 384 sorties d’hospitalisation, pour lesquelles l’IA a produit 1 274 brouillons. Les médecins conservaient toutefois le contrôle du document final : ils pouvaient accepter, modifier ou rejeter les propositions de l’outil avant validation. Les auteurs ont ensuite analysé la fréquence d’utilisation de ces brouillons, les erreurs relevées par les cliniciens et leurs conséquences potentielles, ainsi que l’effet du dispositif sur leur charge documentaire.

    Les résultats de l’étude ont été publiés le 27 mai 2026 dans JAMA Network Open.

    Résultats : l’IA adoptée dans plus de la moitié des comptes rendus

    • Les médecins ont intégré les propositions de l’outil dans 57 % des comptes rendus finaux. Dans les autres cas, ils ont préféré le rédiger eux-mêmes ou ne pas utiliser le brouillon généré.
    • Parmi les 100 résumés ayant fait l’objet d’une évaluation détaillée, les cliniciens ont relevé 25 omissions, 20 inexactitudes et 2 hallucinations.
    • Aucune erreur identifiée n’a été considérée comme susceptible d’entraîner un dommage grave ou le décès d’un patient.
    • Les médecins rapportent une amélioration significative de leur niveau de burn-out après le déploiement de l’outil (score moyen de 1,75 à 1,20). En revanche, la diminution du temps consacré à la rédaction des comptes rendus n’était pas significative.

    Pour les auteurs, ces résultats montrent que les principaux défis des assistants de rédaction médicale évoluent. « Si notre architecture de travail a permis de limiter efficacement les hallucinations, les omissions restent le principal type d’erreur », écrivent-ils. Pour réduire ces omissions, les auteurs estiment que l’IA devra s’appuyer sur une part plus importante des informations contenues dans le dossier médical électronique, et pas seulement sur les notes rédigées par les soignants.

    Une réduction du burn-out chez les médecins

    Les auteurs soulignent également que les bénéfices observés ne se limitent pas au gain de temps. « Un flux de travail fondé sur un grand modèle de langage peut générer des résumés cliniques sûrs et utiles dans la pratique, tout en étant associé à une réduction du burn-out des médecins malgré un gain de temps modeste », concluent-ils. Selon eux, ces résultats justifient désormais des études de plus grande ampleur afin de confirmer ces observations dans d’autres établissements et spécialités.

    * Physician-Reported Safety Outcomes of AI-Generated Hospital Course Summaries.

    Grolleau F, Liang AS, Keyes T, et al.

    JAMA Netw Open. 2026;9(5):e2616556

    https://jamanetwork.com/journals/jamanetworkopen/fullarticle/2848785?guestAccessKey=1b34668e-afe8-4888-aa3d-dd05b3b83eff&utm_source=for_the_media&utm_medium=referral&utm_campaign=ftm_links&utm_content=tfl&utm_term=050826

  • Datatransformeurs 2026 : les groupes de travail du CNS accélèrent la préparation du partage des données de santé

    Présentés par Aymeric Perchant lors de la 4ᵉ journée annuelle des Datatransformeurs, le 3 juillet 2026, les premiers retours des groupes de travail du Conseil du numérique en santé (CNS) donnent un aperçu concret des chantiers qui structureront les prochaines années du numérique en santé. Interopérabilité, cybersécurité, intelligence artificielle, Espace européen des données de santé (EHDS), gouvernance ou encore qualité des données : les 14 groupes de travail engagés depuis plusieurs mois dessinent progressivement le futur cadre opérationnel du partage des données de santé en France.

    Une feuille de route centrée sur la circulation des données

    À ce stade, plus de 60 ateliers ont déjà été organisés et 13 groupes de travail ont inscrit des livrables à produire d’ici la fin de l’année. Le fil conducteur est clair : permettre un partage plus fluide et plus sécurisé des données de santé, aussi bien pour les usages de soins que pour la recherche, l’innovation ou le pilotage des politiques publiques.

    Parmi les chantiers les plus avancés figure celui consacré à la portabilité des données dans les logiciels de gestion de cabinet, désormais finalisé. Les travaux ont permis de définir un cahier des charges minimal visant à garantir l’exhaustivité, l’interopérabilité, la gratuité et des délais maîtrisés lors des changements de logiciels.

    Autre groupe arrivé à son terme : celui consacré à l’intelligence artificielle dans Mon espace santé et le DMP. Les participants ont identifié comme priorité le développement d’une fonction de synthèse automatisée des documents médicaux, destinée à faciliter l’accès des professionnels de santé aux informations essentielles d’un patient.

    L’EHDS irrigue la majorité des travaux

    Au-delà des usages nationaux, plusieurs groupes préparent directement l’application de l’Espace européen des données de santé (EHDS).

    Les travaux portent notamment sur la définition des bonnes pratiques d’évaluation des demandes d’accès aux données, les exigences de sécurité des environnements d’hébergement, la gouvernance des futurs rôles prévus par le règlement européen, les modalités de calcul des redevances ou encore les obligations qui s’imposeront demain aux logiciels de dossiers médicaux électroniques.

    L’interopérabilité constitue également un axe structurant. Un groupe dédié travaille à la labellisation de la qualité des jeux de données au format OMOP-CDM, devenu une référence internationale pour harmoniser les données utilisées en recherche.

    Faire émerger un cadre commun avant le déploiement :

    D’autres travaux concernent des sujets plus transversaux, comme les systèmes d’aide à la décision médicale, l’urbanisation des systèmes d’information au service des parcours de soins, les modèles de financement du partage des données ou encore la sensibilisation des citoyens à l’utilisation secondaire de leurs données.

    Si plusieurs livrables sont encore en cours d’élaboration, ces groupes de travail témoignent d’une volonté de construire, en concertation avec l’ensemble des acteurs du secteur, un cadre commun avant l’entrée en application progressive de l’EHDS.

    Présentés aux Datatransformeurs, ces premiers résultats montrent que la préparation de l’Europe des données de santé ne repose plus uniquement sur les textes réglementaires. Elle se traduit désormais par des travaux très opérationnels visant à harmoniser les pratiques, sécuriser les échanges et préparer les futurs usages de l’intelligence artificielle et de la recherche à grande échelle.

  • L’ANS ouvre un appel à projets en 3 volets pour financer les études d’usage des innovations

    Un appel à projets ouvert jusqu’au 30 octobre 2026 cible des entités expertes pour cofinancer trois types d’études d’usage, de la validation du besoin à la mise en œuvre, afin d’évaluer la faisabilité des solutions numériques innovantes, notamment celles intégrant de l’IA. 

    Un nouvel appel centré sur l’usage 

    L’Agence du Numérique en Santé, en partenariat avec la Délégation au numérique en santé, lance un appel à projets intitulé « Adoption des innovations », destiné au secteur social et médico-social. Cette initiative s’inscrit dans la continuité des appels « Structures 3.0 » déployés depuis 2020. L’objectif est de cofinancer des études d’usage en amont du déploiement des solutions numériques. Cette approche vise à documenter, dès les premières phases, les conditions d’appropriation par les professionnels et les organisations. 

    Réduire les freins à l’adoption 

    Le dispositif part d’un constat récurrent dans le numérique en santé : des solutions techniquement abouties peinent à trouver leur place dans les pratiques. Plusieurs facteurs sont identifiés : inadéquation avec les besoins des utilisateurs, décalage avec les organisations de travail, freins culturels, difficultés d’interopérabilité ou encore contraintes économiques. Les études d’usage financées dans ce cadre doivent permettre d’anticiper ces obstacles. Elles reposent sur des méthodologies structurées et impliquent les parties prenantes concernées : utilisateurs finaux, bénéficiaires et acheteurs. 

    Les analyses attendues portent notamment sur : 

    • L’utilité de la solution au regard des besoins identifiés.
    • Son utilisabilité dans les conditions réelles d’usage.
    • Son acceptabilité par les professionnels et les structures.
    • Sa viabilité économique.

    Des acteurs ciblés et un périmètre ouvert 

    L’appel à projets s’adresse à des entités expertes dans la conduite d’études d’usage, en lien étroit avec une structure de santé ou implantées en son sein. Sont notamment concernés les tiers-lieux d’expérimentation en santé numérique et les living labs. Les solutions éligibles couvrent l’ensemble du champ social et médico-social. Les technologies intégrant de l’intelligence artificielle sont explicitement attendues, sans exclure d’autres formes d’innovation numérique. 

    Trois volets de financement cumulables 

    Le financement proposé s’articule autour de trois volets, qui peuvent être mobilisés séparément ou conjointement selon l’état d’avancement du projet : 

    • Volet 1 : validation initiale du besoin, visant à confirmer la pertinence de la solution au regard des attentes du terrain.
    • Volet 2 : définition du protocole d’étude d’usage, incluant la méthodologie, les indicateurs et les modalités d’évaluation. 
    • Volet 3 : mise en œuvre de l’étude d’usage, avec déploiement opérationnel et collecte des données.

    Cette structuration permet d’accompagner les porteurs de projet à différents stades de maturité, depuis l’exploration du besoin jusqu’à l’expérimentation en conditions réelles. 

    Calendrier et modalités de candidature 

    Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 30 octobre 2026. Les porteurs de projet peuvent accéder au cahier des charges détaillé ainsi qu’à la plateforme de dépôt en ligne via les ressources mises à disposition par l’ANS. 

    Un webinaire de présentation est prévu le 11 septembre 2026 de 14h, afin de préciser les attendus et répondre aux questions des candidats. Une adresse de contact dédiée (ans-aap-innovation@esante.gouv.fr) est également disponible pour les échanges avec l’équipe en charge du dispositif. 

    Vers une structuration des preuves d’usage 

    Avec cet appel, l’ANS et la DNS renforcent une orientation déjà engagée : documenter l’usage des solutions numériques avant leur diffusion à grande échelle. Le recours à des entités spécialisées dans l’évaluation vise à produire des données exploitables par les décideurs publics, les établissements et les industriels. Ce positionnement traduit une évolution dans les politiques de soutien à l’innovation, en intégrant plus systématiquement les enjeux d’appropriation, d’organisation et de modèle économique dans les phases amont. 

  • Présidentielle 2027 : Unicancer veut accélérer la reconnaissance des essais cliniques fondés sur l’IA et les données de santé

    L’organisation propose d’intégrer plus rapidement les données synthétiques et les nouvelles méthodologies de recherche dans le cadre réglementaire afin de renforcer l’attractivité de la France en cancérologie. 

    À moins d’un an de l’élection présidentielle de 2027, Unicancer a dévoilé, le 9 juillet, un ensemble de 25 propositions destinées à nourrir le débat sur les politiques de santé.

    L’organisation estime que la politique de lutte contre le cancer, construite depuis plus de vingt ans autour de la prévention, de la recherche, de l’innovation et de l’égalité d’accès aux soins, peut servir de référence pour répondre à la montée des pathologies chroniques. Parmi les mesures dévoilées, Unicancer consacre plusieurs propositions au numérique en santé, aux données de santé et à l’intelligence artificielle.

    Selon Unicancer, les données de santé constituent une ressource encore insuffisamment exploitée. Le rapport souligne que le Système national des données de santé (SNDS), enrichi par les registres, les données hospitalières, les biobanques ou encore les cohortes, offre un potentiel important pour développer de nouvelles méthodologies de recherche, mieux sélectionner les patients pour les essais cliniques, personnaliser les traitements ou encore faciliter la recherche décentralisée.

    Cinq axes d’action

    Les 25 propositions sont réparties en cinq axes

    • Le premier vise une prise en charge plus globale et plus équitable sur l’ensemble du territoire. Unicancer propose notamment de renforcer la prévention personnalisée, d’intensifier la vaccination contre les papillomavirus, de développer des centres dédiés à la prévention, d’améliorer le maintien dans l’emploi après un cancer et de mieux accompagner les proches aidants.
    • Le deuxième axe porte sur la qualité, la pertinence des soins et la coordination des parcours. L’organisation défend une loi de programmation pluriannuelle en santé intégrant une trajectoire dédiée à la cancérologie, le renforcement des parcours coordonnés ville-hôpital, un financement davantage fondé sur la qualité des résultats et la pertinence des soins, ainsi qu’une réduction de l’empreinte environnementale du système de santé.
    • Le troisième axe concerne la recherche et l’innovation. Parmi les mesures proposées figurent la simplification des procédures de recherche clinique, la mise en place d’un dispositif national d’adressage vers les centres de référence pour faciliter l’accès aux essais cliniques, le développement de la recherche en dehors des établissements hospitaliers et l’accélération de la reconnaissance des nouvelles méthodologies de recherche fondées sur les données de santé et l’intelligence artificielle. Unicancer appelle également à améliorer l’accès aux innovations thérapeutiques et à engager une réforme de la radiothérapie.
    • Le quatrième axe est consacré aux professionnels de santé, avec des propositions destinées à renforcer l’attractivité des carrières, développer les compétences et accompagner les évolutions des métiers dans un contexte de tensions démographiques.
    • Enfin, le cinquième axe vise à conforter le rôle des Centres de lutte contre le cancer (CLCC), dont Unicancer demande une meilleure reconnaissance dans les politiques publiques et les mécanismes de financement, afin de soutenir leur activité de soins, de recherche et d’innovation.

    L’IA comme accélérateur de la recherche clinique

    Unicancer met en avant les applications déjà identifiées de l’intelligence artificielle en cancérologie : assistance au diagnostic par l’imagerie, prédiction des risques d’hospitalisation, personnalisation des traitements, détection des effets indésirables, optimisation des parcours de soins ou automatisation de l’analyse de données.

    Le réseau rappelle avoir développé une stratégie dédiée à l’intelligence artificielle et aux données de santé, fondée sur deux piliers : la structuration d’infrastructures de données de référence et la participation à des projets nationaux.

    Simplifier la recherche et favoriser les nouvelles méthodologies

    Parmi ses propositions, Unicancer appelle à poursuivre la simplification des procédures afin de rendre le territoire plus attractif pour la recherche en cancérologie. L’organisation recommande de mettre en place un dispositif structuré d’adressage vers les centres de référence (CLCC et CHU) pour faciliter l’inclusion dans les essais cliniques, ainsi que de développer la recherche en dehors des établissements hospitaliers afin d’améliorer l’accès des patients aux études cliniques.

    Le rapport plaide aussi pour accélérer la reconnaissance réglementaire des nouvelles méthodologies de recherche fondées sur les données de santé, l’intelligence artificielle, les essais utilisant des données synthétiques. L’objectif est de créer un cadre plus favorable à l’innovation.

    Mieux exploiter les données pour personnaliser les soins

    Au-delà de la recherche, Unicancer estime que les données de santé peuvent contribuer à améliorer les parcours de soins. Le rapport cite notamment les tests de diagnostic moléculaire, qui permettent d’orienter les patients vers les traitements ciblés ou les essais cliniques, ainsi que le développement d’études médico-économiques s’appuyant sur les données pour évaluer la valeur des innovations et guider les décisions publiques.

    L’organisation souligne également l’intérêt d’expérimentations numériques telles qu’Onco’link, un dispositif de suivi à domicile des patients sous anticancéreux oraux reposant sur une plateforme numérique et un accompagnement coordonné.

    Cette expérimentation a montré des bénéfices en matière de continuité des soins et de coordination entre l’hôpital et la ville.

    Des prérequis organisationnels

    • Si elle défend une montée en puissance des usages numériques, Unicancer identifie plusieurs conditions de réussite :
    • Simplifier l’accès aux données.
    • Sécuriser leur exploitation.
    • Adapter les organisations de travail.
    • Former les professionnels.
    • Et construire un cadre de confiance garantissant un usage maîtrisé de l’intelligence artificielle dans les parcours de soins et la recherche.

    433 136 nouveaux cas de cancer ont été diagnostiqués en France en 2023.

  • Sécurité des systèmes d’IA : Anthropic veut standardiser l’évaluation des « jailbreaks »

    Quelques semaines après la controverse autour de son modèle Claude Fable 5, Anthropic a dévoilé un nouveau référentiel destiné à mesurer la gravité des failles de sécurité affectant les modèles d’intelligence artificielle.

    Baptisé Cyber Jailbreak Severity (CJS), ce cadre d’évaluation vise à distinguer les vulnérabilités réellement critiques des détournements plus limités. Une initiative qui pourrait rapidement devenir une référence, alors que les modèles d’IA sont appelés à intervenir dans des secteurs sensibles comme la santé.

    Un langage commun pour évaluer les détournements de l’IA

    Un jailbreak consiste à contourner les garde-fous d’un modèle afin de lui faire produire des réponses qu’il est normalement censé refuser : génération de codes malveillants, aide à une cyberattaque ou divulgation d’informations sensibles.

    Jusqu’à présent, aucune méthode commune ne permettait d’évaluer la gravité de ces détournements. Toutes les vulnérabilités étaient souvent placées sur le même plan, qu’elles permettent un simple contournement ponctuel ou qu’elles offrent des capacités offensives inédites à un attaquant.

    Pour répondre à cette limite, Anthropic propose le Cyber Jailbreak Severity, une échelle de cinq niveaux (CJS-0 à CJS-4) qui mesure non seulement la réussite technique d’un jailbreak, mais surtout son impact potentiel dans le monde réel. Le score repose sur quatre critères : le gain de capacités offert à l’attaquant, l’étendue des usages possibles, la facilité de reproduction de l’attaque et les conséquences concrètes qu’elle pourrait entraîner. L’objectif est de disposer d’un référentiel partagé pour prioriser les corrections et faciliter les échanges entre développeurs, chercheurs et autorités.

    Une réponse à la polémique autour de Claude :

    Cette initiative intervient après plusieurs semaines de débats autour de Claude Fable 5. Des chercheurs avaient affirmé avoir identifié un jailbreak permettant de contourner certaines protections du modèle, au point de susciter l’intervention des autorités américaines. Anthropic estimait de son côté que la faille restait limitée et ne justifiait pas les mesures prises.

    Le CJS cherche précisément à éviter ce type de désaccord en proposant une méthode plus objective pour qualifier les vulnérabilités, plutôt que de les décrire de manière binaire comme « critiques » ou « non critiques ».

    Un enjeu croissant pour les usages en santé

    Si cette démarche concerne avant tout la cybersécurité, elle intéresse directement le secteur de la santé. Les établissements de santé commencent à intégrer des modèles d’IA dans des usages sensibles : assistants médicaux, aide à la décision clinique, analyse documentaire ou encore exploitation des entrepôts de données de santé. À mesure que ces modèles accèdent à des informations stratégiques, leur robustesse devient un enjeu de gouvernance.

    L’émergence d’indicateurs comme le Cyber Jailbreak Severity pourrait ainsi contribuer à l’évaluation des risques des systèmes d’IA déployés dans les environnements hospitaliers, en complément des exigences du règlement européen sur l’IA (AI Act) et du futur Espace européen des données de santé (EHDS). Plus largement, cette initiative illustre l’évolution des modèles d’IA : au-delà de leurs performances, leur capacité à résister aux tentatives de détournement devient désormais un critère central de confiance.