Artificial Insight (groupe Fealinx) a lancé début 2019 une plateforme d’algorithmes d’intelligence artificielle à destination du monde médical. Créée en 2018, la société a pour ambition de faciliter l’accès des médecins aux dernières avancées technologiques pour le diagnostic médical de précision, explique Bruno Virieux, son directeur général adjoint (DGA).
Dans un entretien accordé à Health & Tech Intelligence, il explique en détail la vision de l’entreprise, qui conçoit, développe et commercialise des algorithmes d’intelligence artificielle pour le secteur de la santé. Les clients d’Artificial Insight sont plus précisément l’industrie pharmaceutique et les acteurs du soin, tels que les hôpitaux, les cliniques et les cabinets de radiologie de ville.
L’offre de la société passe par la mise à disposition d’une plateforme cloud, l’Artificial Insight Store, qui propose des outils d’aide à la décision pour les médecins et d’autres clients (industriels). Le catalogue est composé d’algorithmes développés par la société elle-même et par des fournisseurs externes sélectionnés, comme Pixyl (neurologie) et Casis (cardiologie). L’accès aux algorithmes est facile, basé sur un vocabulaire simple, réalisé en un seul clic, indique Bruno Virieux : « On sollicite un algorithme clairement défini et on lance l’application comme on le ferait pour une appli sur un smartphone ».
Le groupe Fealinx a un passé de 20 ans dans le numérique et de 10 ans dans la santé. Il repose sur une équipe de 75 personnes, essentiellement des développeurs, des data scientists et des datas managers. Impliqué dans la recherche collaborative et l’innovation, Artificial Insight est membre des différents pôles de compétitivité liés à ses lieux d’implantation (Lyonbiopôle, Medicen Paris Région et Atlanpole).
Une offre structurée autour de grandes pathologies :
L’activité santé s’est structurée autour de grands projets portés par 4 grandes aires cliniques (grandes thématiques de santé publique) :
- des solutions disponibles en ligne :
- la neurologie, les pathologies neurodégénératives ;
- le cardio-vasculaire ;
- des solutions en développement et à venir :
- l’oncologie ;
- l’orthopédie (avec un focus sur les pathologies du genou, qui représentent 50 millions de patients potentiels en Europe, des pathologies de plus en plus fréquentes du fait du vieillissement de la population, du surpoids, de la traumatologie, des sports à risques et de fait un marché intéressant pour les industriels…).
Au début, l’activité a été portée par des études cliniques avec de grands académiques (AP-HP, CHU de Bordeaux…) et des industriels comme Sanofi et Servier. Ces projets ont la particularité de s’inclure dans un univers compétitif et collaboratif en un même temps.
Artificial Insight (Fealinx) est impliqué dans différents grands projets de recherche collaboratifs, type RHU et PSPC.
En ce qui concerne les RHU, deux projets viennent d’être gagnés (4ième vague des RHU) :
- le projet Shiva, mené par le Pr Sophie Debette et l’université de Bordeaux, qui a pour objectif de prévenir et stopper le déclin cognitif et la démence (liés aux maladies des petites artères cérébrales). Une approche multi « omiques »* mobilise les compétences de Artificial insight ;
- le programme Psycare du Pr Marie-Odile Krebs, du centre hospitalier Sainte-Anne, pour une psychiatrie préventive et personnalisée (avec un focus sur la schizophrénie). Un des objectifs sur lequel Artificial Insight est mobilisé est l’utilisation de signaux faibles (réseaux sociaux) pour identifier des facteurs de risques.
Présentation de l’Artificial Insight Store :
Modèle économique : les industriels font vivre la structure pour l’instant
Actuellement, les industriels font vivre la structure mais les applications s’intégrant dans la routine clinique sont appelées à devenir un marché important, note Bruno Virieux.
Une activité grands industriels
Les prestations pour les grands industriels s’inscrivent dans le cadre d’études cliniques, l’utilisation de cohortes et la mise à disposition d’algorithmes. Ces acteurs sont issus :
- de l’industrie pharmaceutique, comme Sanofi et Servier ;
- de l’industrie du DM, comme Tornier-Wright (fabriquant de prothèses avec un besoin de grosses capacités d’images pour les post traitements et la segmentation, maillage d’éléments finis pour « adapter » au patient la prothèse existante).
À propos des algorithmes co-développés avec de grands industriels (projets collaboratifs), il est envisagé de tester un modèle de plateforme en copropriété permettant la mise en vente de la solution, indique le directeur général adjoint d’Artificial Insight.
Un marché en devenir : les professionnels de santé
En ce qui concerne l’offre spécifique pour les professionnels de santé, le marché est en train de se constituer et est identifié comme porteur d’avenir. Des discussions sont en cours à ce sujet à la DGOS (forfait innovation), précise Bruno Virieux.
Il ajoute que le modèle financier est basé sur la vente de l’algorithme à la pièce (pay per use) : un médecin-un algorithme-un usage. Actuellement, il n’est pas proposé d’abonnement, complète-t-il. Le prix varie de quelques euros à 50 euros par utilisation de l’algorithme.
Certains hôpitaux de taille petite et moyenne, en tension en ce qui concerne les équipes médicales et disposant d’une capacité à financer de nouvelles technologies, sont très intéressés par cette offre qui s’avère attractive pour leurs professionnels, note le responsable de la société.
Vers une uniformisation des pratiques ?
L’objectif est de pouvoir, pour un patient donné, lier au sein des solutions portées par l’IA :
- l’identification de la pathologie ;
- le diagnostic ;
- les préconisations ;
- la conduite à tenir.
Ce marché et ces solutions vont se généraliser, avec comme conséquences une perspective d’uniformisation des pratiques. Cela doit conduire à de nouvelles offres de l’industrie pharmaceutique : l’algorithme compagnon (identification de la maladie), les solutions de suivi du patient et des phases de rémission.
Les freins sont actuellement financiers (remboursement) et psychologiques, indique Bruno Virieux.
Zoom : le projet Pacific
Le projet Pacific est un projet financé dans le cadre d’un PSPC adressant l’insuffisance cardiaque à fraction d’éjection conservée, une pathologie concernant 1 million de français et coûtant un milliard d’euros par an à la sécurité sociale.
L’insuffisance cardiaque à fraction d’éjection conservée correspond à un ensemble de maladies mal connues ou mal identifiées. L’IA non supervisée à mettre en œuvre pourra identifier des sous-groupes de patients qui relèvent de pathologies différentes. Cela permet de comprendre l’origine de la maladie et de proposer des traitements adaptés, et donc à l’industrie pharmaceutique de repositionner ses molécules.
2 ans et demi de travaux ont été nécessaires pour la conception du projet qui rassemble des acteurs académiques (AP-HP, Inserm, Université Paris-Sorbonne…), et des industriels (Sanofi, Servier, Bioserenity, Casis, Fealinx (Artificial Insight) et Firalis). Artificial Insight est en charge des deux lots adressant le data management et la data science.
les résultats attendus reposent sur des solutions pertinentes pour les patients, avec de nouveaux produits à proposer pour l’industrie pharmaceutique comme des algorithmes compagnons pour définir les sous-groupes des patients.
Avec d’autres industriels de la pharma, des approches similaires et des discussions sont en cours sur l’immunothérapie.
Les données :
L’enjeu repose sur les données. Plateforme by design, un système complexe de gestion de données (very large base et non pas big data), Artificial Insight utilise des données hétérogènes :
- des données omiques ;
- d’imagerie médicale ;
- des questionnaires ;
- des données tabulaires CSV (chiffres) ;
- quelques données d’objets (DM) connectés, comme celles remontées par les t-shirts de Bioserenity.
L’ensemble repose sur une palette d’ontologies qui s’enrichit au fur et à mesure, précise Bruno Virieux.
Le tout est basé sur des technologies en mode « graphe » : pas de base de données traditionnelle mais une organisation en chaîne ou en graphe. Dans ce contexte, l’interconnexion des données peut être étendu à l’infini et répondre aux attentes les plus complexes.
Il est à noter qu’un data scientist passe 80 % de son temps à s’assurer de la qualité des données.