« Il faut construire la téléconsultation comme une offre complémentaire de soins, en particulier dans les zones sous dotées« , estime François Lescure, P.-D.G. de MédecinDirect, une société qui propose une plateforme de téléconsultation, et président de l’association Les entreprises de télémédecine (LET) nouvellement créée.
La fédération LET a vu le jour en janvier 2019 à l’initiative d’une vingtaine de sociétés impliquées dans la télémédecine, et plus particulièrement dans la téléconsultation. Son objectif est de soutenir et de promouvoir le développement de la télémédecine en France auprès des patients, des professionnels de santé et des pouvoirs publics.
Dans un entretien accordé à Health & Tech Intelligence, François Lescure explique quelles sont les ambitions de la nouvelle association qu’il préside, indiquant qu’il faut notamment rassurer à la fois les patients et les médecins sur la pratique de la téléconsultation et qu’il faut co-construire avec l’État pour parvenir à une réelle démocratisation de l’acte. Il suggère, par ailleurs, de co-concevoir avec la Haute autorité de santé (HAS) un cahier des charges clair et les règles de fonctionnement des plateformes de télémédecine pour qu’elles soient reconnues.
Objectif : rassurer patients et médecins au sujet de la télémédecine
Vous avez créé l’association LET en janvier 2019 avec pour objectif de soutenir et de promouvoir le développement de la télémédecine en France auprès des patients, des professionnels de santé et des pouvoirs publics. De quelle manière comptez-vous mener à bien la mission que vous vous êtes fixée ?
Ce que nous souhaitons avant tout c’est promouvoir l’usage de la téléconsultation en montrant :
- qu’il s’agit d’un acte complémentaire à la consultation physique ;
- que la téléconsultation est déjà pratiquée dans de nombreux autres pays ;
- qu’il s’agit de la seule solution pour donner accès à des spécialités absentes dans certains territoires.
Les membres de l’association sont des sociétés affichant un historique de consultations numériques de plus de 10 ans pour certaines et donc qui connaissent bien le sujet de la démocratisation de la télémédecine.
- Côté patients, il faut les rassurer en leur expliquant que les conditions d’une téléconsultation sont quasi identiques qu’une consultation en face à face, que l’acte est une bonne alternative.
- Côté médecins, il faut leur rappeler que la pratique existe depuis longtemps. Ils ont besoin d’être formés parce que l’exercice n’est pas exactement le même qu’une consultation physique. Il faut eux aussi les rassurer sur leur pratique en les faisant conseiller par leurs pairs.
- Au niveau politique, notre volonté est de travailler avec les instances, les conseils et les syndicats pour montrer au gouvernement que la télémédecine existe depuis 20 ans dans des pays comme les États-Unis et l’Espagne, que ce n’est pas un déploiement exclusif à la France et qu’il y a urgence à le démocratiser.
Au niveau réglementaire, des caps ont récemment été franchis.
Oui, l’avenant n°6 est une étape intéressante mais ça fait 9 ans que la loi est sortie et il y a des points contre-productifs comme par exemple le fait que la téléconsultation doit être réalisée par son médecin traitant et en visio. Comment proposer l’acte dans les zones blanches et avec les personnes qui n’ont pas de smartphone ou d’ordinateur ?
Des téléconsultations par téléphone pourraient être mises en place. Nous ne comprenons pas pourquoi le canal de communication avec le patient ne peut pas être celui le plus adapté au patient et au médecin et qu’il faille tout faire en vidéo. C’est un frein technique à l’accès aux soins dont l’objectif est probablement de s’assurer que les médecins ne font pas autre chose pendant les consultations.
Il faut construire la téléconsultation comme une offre complémentaire de soins, en particulier dans les zones sous dotées.
À ce jour, probablement moins de 0,1 % des consultations passent en téléconsultation. Les médecins estiment que d’ici à 5 ans c’est 1 consultation sur 2 qui pourrait être assurée en téléconsultation.
Pour certains sujets complexes, comme la e-ordonnance, l’État serait inspiré de regarder ce que nous avons déjà mis en place, en tant qu’acteurs de l’écosystème depuis plusieurs années. Nous serions ravis, par ailleurs, de co-construire avec la Haute autorité de santé (HAS) un cahier des charges clair et les règles de fonctionnement des plateformes de télémédecine pour qu’elles soient reconnues.
Nous ne désespérons pas. Nous sommes têtus donc nous ne lâcherons pas.
« Le problème c’est que l’État fait beaucoup de mesurettes »
Que pensez-vous du concept d’État-plateforme, porté par Dominique Pon et Laura Létourneau lors de la présentation de la feuille de route du numérique en santé en avril 2019 ?
Toutes les propositions sont des idées auxquelles nous ne pouvons qu’adhérer. Le problème c’est que l’État fait beaucoup de mesurettes. Il est donc compliqué de faire avancer les choses.
Pour y parvenir, il faut co-construire avec lui et nous sommes tous demandeurs.
L’un des premiers objectifs affichés de l’association est d’établir et de faire adopter une charte de qualité et de déontologie par les adhérents du LET. Où en êtes-vous dans ce projet ?
L’association vient d’être fondée donc nous n’avons pas encore beaucoup avancé sur ce sujet mais cela fait partie de nos priorités.
Si une régulation des sociétés de télémédecine est mise en œuvre avec la HAS et que tout le monde s’engage à respecter les règles émises, nous pourrons légitimer la pratique.
Avez-vous constaté un engouement pour la téléconsultation depuis l’entrée en vigueur de l’acte en octobre 2018 ?
Les choses avancent mais très lentement. Beaucoup de peurs viennent de l’ignorance. L’objectif de notre fédération est de montrer comment nous pratiquons la télémédecine, avec une déontologie et une éthique partagées par tous.
Nous préférons voir le verre à moitié plein, il y a plein de bonnes choses en préparation, mais il faut aller vite et co-construire avec les plateformes existantes qui sont prêtes à jouer le jeu.